Voyager

— Pas encore disponible, devrait paraître en janvier. 

J’avais oublié. Jusqu’à aujourd’hui.

Fin de journée. Fatigué. Je passe par le kiosque à journaux. Pour me faire un cadeau. Le Monde, édition du vendredi. À lire calmement dans le fauteuil rouge de ma chambre d’hôtel, après une longue journée de délibérations.

À la une du Monde des livres je lis: Comment parler des lieux où on a pas été? Il est donc paru. Fin janvier, ça y est!

Le titre du livre est, à lui seul, suffisant pour me faire tomber sous le charme. Je l’achète en quelques clics — hop, dans mon iPhone— après  avoir lu les deux textes qui lui sont consacrés:

Pierre Bayard, voyageur casanier — par Enrique Vila-Matas.

« … un livre où apparaît l’hypothèse qu’il est plus facile de parler savamment et avec de plus larges connaissances d’un lieu où l’on est pas allé que de parler de lui après avoir fait la bêtise de le visiter. »

Comment faire lire un paranoïaque? — par Jean Birnbaum.

* * *

Une citation me frappe particulièrement au terme de ma journée. Elle est d’Enrique Vila-Matas:

« Quant à ma manière préférée de voyager, je dirai simplement que, très souvent, sans bouger de chez moi, j’écris au préalable ce que je vais vivre dans le voyage le plus immédiat que j’ai en vue et que, arrivé à mon point de chute, j’essaie — en général avec succès — de vivre ce que j’ai écrit »

Cela correspond en effet assez bien à la conception que je me fais d’un projet de société — et du travail qui précède sa réalisation.

* * *

Je vous en ai parlé.

Il ne me reste donc plus qu’à le lire:

Comment parler des lieux où on a pas été?

de Pierre Bayard, aux Éditions de Minuit.

Pour sortir de la fermeture de MegaUpload

Merci André Cotte qui m’a fait découvrir le texte de Lionel Maurel qui a le grand mérite de nous sortir du manichéisme auquel la couverture médiatique nous a habitué au cours des derniers jours en rapport avec la fermeture de MegaUpload.

Une autre photo de la guerre du Web

« Ce que [cela révèle] c’est avant tout un profond désarroi face aux évolutions du numérique et une difficulté à penser un modèle économique adapté aux nouveaux usages en ligne. »

Je me réjouis personnellement de la fermeture de MegaUpload. Mais je pense — surtout — que la défense de nos valeurs est plus efficace que de prendre la défense de criminels qui se drapent dans les valeurs des autres.

Je vous invite à lire ce texte, pas forcément parce que je partage tous les points de vue développés par l’auteur, mais parce qu’il nous invite habilement à la réflexion.

Je retiens aussi la pétition des fabricants de chandelles, qui est particulièrement amusante…

L’intellectualisme au Québec

En commentant mardi dans La Presse une entrevue que Wajdi Mouawad a accordé à France Culture il y a deux ans, Patrick Lagacé à provoqué de fortes réactions.

Son collègue Marc Cassivi lui a répondu dans un texte qui (re)centrait le débat sous l’angle de l’anti-intellectualisme.

Patrick Lagacé lui à répondu à son tour — comme des centaines de lecteurs, sur le site de Cyberpresse, sur twitter et un peu partout dans la blogosphère.

Tout cela m’a donné une forte impression de déjà vu.

* * *

Ça m’a ramené au printemps 2003, quand Le Devoir avait publié une série de textes autour du thème « le rôle des intellectuels dans les débats politiques actuels ».

J’ai relu plusieurs de ces textes ce soir, avec un grand intérêt. Ils sont toujours d’actualité — huit ans plus tard.

On y parle de l’espace politique occupé par l’ADQ dans les mêmes termes que ceux avec lesquels on parle aujourd’hui de la Coalition pour l’avenir du Québec.

On y débat de l’importance du Bloc Québécois et de la place que le NPD pourrait avoir, un jour, dans l’espace politique québécois d’une façon très étonnante dans cet après 2 mai.

On y parle du début de la guerre en Irak, alors que les médias parlent ces jours-ci de la fin de la mission canadienne en afganistan.

On y fait référence à Jocelyn Maclure, qui participait au lancement de la revue du 27 juin — et qui est aujourd’hui de l’équipe fondatrice de nouveauprojet.ca

On fait même référence Wajdi Mouawad.

* * *

Antoine Robitaille publiait Les intellectuels au Québec — pas de débat

En somme, bien sûr qu’il y a une vie intellectuelle au Québec. Si seulement les grands médias lui donnaient la place qu’elle mérite. Or on y néglige les livres, notamment les essais. Quant aux revues, on nie carrément leur existence alors qu’il y en a plusieurs qui se maintiennent avec mérite (mentionnons L’Agora, L’Action nationale et Bulletin d’histoire politique).

Dommage, car la vie intellectuelle ne concerne pas seulement les « initiés ». Elle est — et ça semble ridicule de le rappeler — d’intérêt public, éminemment.

Hervé Fischer publiait Les intellectuels au Québec — à peine un murmure

Le rôle des intellectuels est un rôle de visionnaire, de porteur de conscience possible, capable d’analyses globales et d’engagement dans les débats publics au nom de valeurs et d’idées clairement exprimées. Car ce sont les idées qui mènent le monde, à commencer par celles de liberté, de justice et de démocratie ; ce sont les idéaux qui créent les volontés, les visions d’avenir qui mobilisent les gens. Ce ne sont pas la balance des paiements, l’endettement à long terme, la météo, l’état des routes et le prix de l’essence, aujourd’hui pas plus qu’hier, malgré l’aspiration générale au bonheur matériel.

Jean Pichette publiait Les intellectuels au Québec — dire un monde silencieux

La figure de l’intellectuel est fille de la démocratie. Elle est indissociable d’un régime de la parole qui reconnaît aux mots un pouvoir singulier: avec eux, par eux, l’ordre du monde cesse de paraître immuable. Il devient un enjeu politique: il peut être autrement. Les mots ont désormais le pouvoir d’entamer la légitimité de ce qui est. Ils acquièrent un poids qui trouve un prolongement dans la fiction, terreau nourrissant l’imaginaire d’une mise en forme différente du monde, qui n’est plus donné mais à construire. C’est dans cet espace de la parole que l’intellectuel peut agir, avec la seule force des mots, pour élargir le champ des possibles. […]

Disons les choses autrement. La prolifération des images, qui prétendent nous donner un accès direct à la réalité, est en train d’étouffer la parole, qui aurait, elle, le fâcheux défaut de déformer cette réalité. Les images s’acharnent ainsi à remplir le vide sans lequel aucune parole ne peut se faire entendre. Elles nous donnent à voir une réalité qu’elles présentent comme «objective», oubliant que la pensée, l’espoir, l’utopie font aussi partie de notre réalité.

Jean-Jacques Simard publiait — Désarroi chez les intellectuels — le silence des agneaux

C’est la légitimité d’un certain modèle de l’intellectuel qui est en déclin: ce personnage qui, ayant établi son autorité dans un domaine éthéré de la culture seconde (arts, lettres, sciences), fait irruption sur la place publique, se «mêle de ce qui ne le regarde pas», s’engage dans les affaires générales, prend position, se fait conscience critique de la cité commune, pourfendeur du mensonge et de l’injustice, porteur de transcendance, allumeur d’avenir et défenseur d’éternité.

Louis Cornellier publiait Les intellectuels au Québec — intellectuel québécois… en attendant

Peut-on, au Québec, en 2003, être un intellectuel au delà ou au mépris du débat sur la question nationale? Franchement, je ne le crois pas. L’enjeu est trop central, trop fondamental, la tradition à cet égard trop prégnante pour que l’on puisse s’y soustraire. Être un intellectuel, c’est avoir une vision du monde qui dépasse les compartiments du réel et ressentir l’impérieux devoir moral de la défendre.

Et Jocelyn Létourneau publiait Intellectuels silencieux

Au sein d’une société, l’intellectuel est celui qui ne cesse de parler, d’écrire, de débattre et de discuter publiquement. L’intellectuel n’est surtout pas silencieux. Le cas échéant, et paradoxalement, ses silences sont créés par ses paroles, découlent de ses écrits. C’est qu’en énonçant le monde, l’intellectuel fixe l’agenda de ce qui est débattu, voire de ce qui est «débattable». […]

L’intellectuel est celui qui peut focaliser ou (dé)tourner les regards vers des topiques convenus ou à la mode alors même que sa raison d’être, en tant que penseur, est de libérer les regards, de les désenclaver de certaines postures

* * *

J’avais pour ma part soumis une « lettre du lecteur » au Devoir, qui n’a jamais été publiée : le rôle des intellectuels.

En relisant mon texte, je m’étonne un peu de n’y avoir fait référence qu’aux textes d’Antoine Robitaille et d’Hervé Fischer — et je trouve que j’avais un peu « étirée » l’interprétation que je faisais de leurs propos.

Je reste néanmoins confortable avec la conclusion de mon texte, qui me rapprochait du texte d’Hervé Fischer d’une part, et de celui de Jocelyn Létourneau, d’autre part.

Cette conclusion me rapproche aussi un peu de la position de Patrick Lagacé aujourd’hui — j’en suis le premier surpris! — quand il dit en conclusion de son texte d’aujourd’hui, citant Parizeau — j’en suis doublement surpris! :

Comme disait Parizeau aux « jeunes » députés qui lui ont récemment écrit la lettre que l’on sait : personne ne va vous donner votre place, prenez-la…

Toucher à l’Histoire

À lire dans La Presse d’aujourd’hui, le portrait de Lucie Tremblay, qui a récemment été nommée infirmière de l’année par le Collège canadien des leaders en santé. « Mme Tremblay travaille depuis 13 ans au Centre gériatrique Maïmonides Donald Berman de Montréal, un immense CHSLD de 385 places dans le quartier Côte-Saint-Luc. »

D’emblée, la principale intéressée souligne qu’elle est une « passionnée de personnes âgées ». « Les aînés ont tracé notre chemin. Je leur voue un grand respect. Ici, je côtoie des gens qui sont des survivants de l’Holocauste. Ils ont des numéros tatoués sur les bras. Je touche à l’Histoire tous les jours », dit-elle, les yeux brillants.

Eh que ça fait du bien de lire des portraits comme ceux-là!

Le goût du pouvoir public

Je lis depuis quelques jours (sur mon iPhone, lors de mes déplacements et dans les transports en commun) Guy Coulombe, le goût du pouvoir public — un livre de Jacqueline Cardinal et Laurent Lapierre, publié par les Presses de l’Université du Québec.

Je connaissais le nom ce grand commis de l’État, mais pas beaucoup plus. C’est en lisant quelques textes publiés à l’occasion de son décès, la semaine dernière, que j’ai eu envie d’en apprendre davantage à son sujet — et que j’ai découvert ce livre publié tout récemment par les PUQ.

Les auteurs rendent d’ailleurs hommage à Guy Coulombe dans Le Devoir d’hier matin — en présentant notamment ce qu’étaient pour lui les quatre grandes qualités que tout haut dirigeant doit posséder. Une synthèse à lire.

Je n’en suis encore qu’au tiers du livre, mais déjà, je découvre un personnage très inspirant, tant par son parcours professionnel atypique que par le regard qu’il porte sur l’évolution de la société québécoise.

Où j’en suis dans la lecture, je retiens particulièrement l’importance que Guy Coulombe accordait au choix des gestes qu’on pose — parce qu’il faut « choisir ses batailles ».

« …[il faut] savoir distinguer entre l’essentiel et l’accessoire à chaque niveau de responsabilité. Ce qui est essentiel pour un cadre intermédiaire ne l’est pas pour un cadre supérieur. (Le Devoir)

« Il y avait tellement de données détaillées que s’il avait fallu que je commence à lire tout, j’aurais perdu mon temps. Je me suis rendu compte que non seulement c’était pratique d’aller toujours à l’essentiel, mais c’était essentiel de le faire ». (PUQ)

Je retiens aussi l’approche systémique, et l’importance de la planification — pour éviter les conséquences de l’arbitraire.

« …[c'est sous la direction de Michel Bélanger et de Guy Coulombe] que toutes les structures financières d’un État moderne ont été mises en place par l’application du système budgétaire de « planification, programmation et préparation du budget. » (PUQ)

Je trouve habilement formulé le constat qu’il fait sur le Québec des années soixante:

« … il faut dire qu’au Québec, à l’époque, […] il y avait de la place pour ceux qui avaient des ambitions ». (PUQ)

(et me dit qu’on gagnerait à affirmer plus clairement notre volonté de réunir des conditions semblables aujourd’hui).

J’ai aussi surligné à plusieurs endroits dans le texte des passages qui, d’une façon ou d’une autre, mettre en relief la place du pragmatisme dans l’utopie.

« … [parce que] c’est bien beau d’avoir des rêves, mais il faut que ce soit concret, que ce soit appuyé sur une réalité ». (PUQ)

C’est une lecture qui fait le plus grand bien dans cette période où les décisions arbitraires et l’improvisation semble régner dans une multitude de dossiers où on attendrait un fort leadership politique; où les champs d’action (de responsabilités) des fonctionnaires et des élus sont remis en question et où on a parfois l’impression d’avoir perdu tout « point de repère dans le temps » (des objectifs et des projets qui donnent de la perspective aux actions — qui les inscrivent dans le cours de l’histoire et qui nous évitent de succomber aux charmes de la dernière idée à la mode).

C’est un livre qui nous rappelle que  la politique ce n’est pas seulement le vaudeville  que nous en présentent parfois les médias — c’est aussi des hommes et des femmes qui, chacun à leur manière, orientent le développement du Québec, en donnant forme à des idées grâce à des budgets, des programmes — des actions planifiées guidées par des valeurs fortes.

« Quelles valeurs vous guident ? » — voilà une question qu’on devrait plus que jamais oser poser aux gens qui aspirent à nous représenter.

Et s’il vous plaît, ne nous dites pas seulement ce que vous comptez faire… — dites-nous aussi pourquoi vous souhaitez le faire, et sur quoi se fonde votre décision de le faire de cette façon.

* * *

C’est un livre qui peut à première vue paraître aride, mais qui ne l’est pas — c’est tout le contraire! J’en suggère particulièrement  la lecture à tous ceux et celles qui s’intéressent à la tournure politique que le Québec semble être en train de prendre.

Ralentir, pour aller plus vite

L’été est à nos portes. L’année a été mouvementée. J’avais prévu écrire plus. Je l’ai assez peu fait. Je souhaite le faire plus cet été. On verra bien.

Tellement de choses sollicitent mon attention —

— mais l’urgence, à cette période de l’année, c’est de ralentir.

C’est d’ailleurs ce que rappelle ce texte, que @froginthevalley a porté à l’attention de son réseau aujourd’hui. Je l’en remercie.

Prendre le temps de jouer dehors (soirée de tennis!), de lire (13 heures, de Deon Meyer), et de bien manger (pâtes et pizza maison dans les derniers jours) — idéalement avec la famille et des amis. Le temps de réfléchir aussi  — sur ma société, la politique; sur mon entreprise, son plan d’affaire — et sur les liens qui unissent ces différents aspects de ma vie.

C’est dans ce contexte que j’ai pris le temps d’écrire un petit mot à Mario ce matin — lui qui s’engage dans une période de grands bouleversements (voir le commentaire #6, au bas de ce texte).

C’est dans ce contexte que j’ai pris quelques minutes pour une conversation avec une amie ce midi, au soleil, de façon toute à fait imprévue — juste avant une réunion.

C’est aussi dans ce contexte que j’ai apprécié lire ce texte de Jean Trudeau, qui entreprend par la même occasion de réanimer son blogue: bonne nouvelle!

Ralentir, pour éviter de confondre l’action et l’agitation.

C’est une très belle maxime estivale.

Parler moins, écouter plus

Parler moins, écouter plus. C’est le titre de l’éditorial de Bernard Descôteaux dans Le Devoir de ce matin. Je cite sa conclusion:

« Au-delà de l’inventaire des causes de cette défaite, un aggiornamento s’impose dans le mouvement souverainiste. Il lui faut retourner sur le terrain, sortir des parlements, parler moins et écouter plus ce que les Québécois ont à dire. Surtout, il lui faut rejoindre les jeunes, adapter son discours aux générations X et Y. (…) La vraie leçon du 2 mai, elle est là. »

Je suis de ceux qui croient que le résultat de la dernière élection fédérale n’a rien à voir avec les convictions des électeurs souverainistes. Il faut toutefois, sans l’ombre d’un doute, en tirer des leçons importantes au sujet des attentes des électeurs — de tous les électeurs — à l’égard des gens qui les représentent ou qui aspirent à les représenter.

Parler moins et écouter plus. Peut-être. Mais surtout parler autrement, et écouter différemment.

Écouter pour comprendre plutôt que pour réagir.

Parler pour proposer plutôt que pour critiquer.

Il faut arrêter de parler des radio-poubelles et de juger les gens sur la base de ce qu’ils écoutent, regardent ou lisent. C’est une forme de mépris qui nous discrédite. Sans un respect de tous les instants pour tous les citoyens, la souveraineté n’a aucune chance de se réaliser.

Gilles Duceppe a raison de dire que cela a été une erreur de faire preuve de dérision à l’égard de Jack Layton lors du débat en français.

Il faut s’interdire de critiquer sans proposer du même souffle une idée complémentaire ou une alternative.

Il faut utiliser prioritairement le temps de parole qui nous est alloué à toutes les tribunes pour donner forme au projet de société dans lequel nous croyons.

Il serait sans doute utile pour cela que plus d’intellectuels choisissent de se frotter à la réalité politique, comme le souligne Manon Cornellier dans un autre texte publié en page éditoriale.

Il faut relever le défi d’être constructifs même dans un rôle d’opposition parlementaire.

Il ne suffira pas de trouver de nouveaux mots pour parler de la bonne vieille souveraineté si on veut convaincre les jeunes. Ce n’est pas à un problème de marketing auquel fait face le mouvement souverainiste. Le défi est bien plus fondamental: c’est la nature de notre démarche que nous devons accepter de remettre en question.

Les gens attendent de nous que nous proposions un projet de société stimulant et que nous leur expliquions pourquoi la souveraineté est nécessaire à sa réalisation. Nous avons le devoir de formuler un projet progressiste qui pourra rallier une majorité de citoyens.

Il faut (ré)accepter l’idée que pour la majorité de Québécois la souveraineté est essentiellement un moyen et non une fin en elle-même.  Il faut accepter de (re)placer la souveraineté au rang d’outils socio-économiques et élaborer notre discours en s’appuyant sur ce constat. À défaut de nous imposer cette exigence, je crains que nous ne méritions plus la confiance des électeurs.

Il est urgent de formuler clairement un projet ambitieux au coeur duquel se trouvera l’éducation, la culture et l’environnement. Un projet au service duquel les technologies de la communication et les réseaux seront intensivement mis à contribution et pour lequel nous stimulerons le développement de l’esprit entrepreneurial, sous toutes ses formes — parce que c’est nécessaire au bon fonctionnement de l’économie et donc indispensable afin que nous ayons collectivement les moyens de nos ambitions.

La fin de campagne du Bloc québécois a une fois de plus démontré à quel point il est devenu inefficace de présenter la souveraineté du Québec comme une nécessaire conclusion de l’histoire. Il est plus que jamais indispensable d’adopter à ce sujet un discours qui relève de l’invention du futur et de s’assurer qu’il sera porté haut et fort par de nouveaux visages.

Je ne peux pas accepter l’idée de François Legault, selon laquelle il faut mettre de côté la question nationale pour être en mesure de proposer un projet stimulant aux Québécois.

Mais pour la combattre, il ne suffira pas de critiquer, même très habilement, la position de LegaultDQ. Le plus important sera de reprendre le leadership de la proposition sociale. Recommencer à être à l’origine des débats plutôt qu’être sans cesse en situation de réaction.

C’est dans cet esprit que je me réjouis de voir apparaître ce Nouveau projet. C’est aussi ce pour quoi je me réjouis que l’idée de gouvernance souverainiste de Pauline Marois ait lentement fait son chemin dans les différentes instances du Parti québécois.

C’est une méthode dans laquelle je me retrouve parce qu’elle respecte ma conviction que l’essentiel est de décrire la société dans laquelle nous souhaitons vivre et de faire ensuite, en toute indépendance, ce que nous croyons utile pour faire advenir cette société — y compris proclamer notre souveraineté si cela s’avère nécessaire (ce que je crois).

Pour reprendre le leadership politique — et éventuellement, gagner des élections — les souverainistes devront écouter de façon plus active l’ensemble des citoyens et s’exprimer de façon plus constructive que nous l’avons fait au cours des dernières années.

Parler moins, écouter plus.

Proposer plus, réagir moins.

Faire un peu plus confiance aux jeunes aussi, avec tout ce que ça implique… comme le rappelle avec humour cette lettre de Jacques Bujold, aussi publiée dans Le Devoir d’aujourd’hui..

Lettre amicale à Patrick Lagacé

Salut Patrick,

Ça fait des années que je te lis. Pas toujours — tu écris beaucoup trop pour le temps que j’ai à consacrer à ce genre de textes — mais le plus souvent, tu me fais passer du bon temps. Tu me fais sourire. Tu me fais réfléchir. Je t’en remercie.

Faut toutefois que je te dise que ton texte d’hier matin m’a vraiment plongé dans la mauvaise humeur. Assez pour que je prenne 24 heures avant de te répondre. Assez pour que j’aie le goût de t’écrire ça « comme ça vient », avec spontanéité. On se reparlera des nuances plus tard, dans un autre contexte, si t’en as envie.

Come on Patrick! Franchement… t’es capable de mieux que ce mauvais remake de « Le Québec me tue » de Hélène Jutras, 15 ans plus tard. Ça me choque que tu nous replonges là-dedans…

Y’a rien dans nos vie… le vide… c’est pas toujours aussi agréable que ça la vie…

Y’a rien dans nos vie… une phrase qui résume tout le Québec de 2010…

…envie d’être Polonais…

…envie de sacrer ton camp. Loin.

J’ai évidemment pas de leçon à te donner… ta vie c’est ta vie pis on traverse tous un jour où l’autre un/des passages à vide… mais si t’es dans ça je t’invite à faire une pause. Ou alors, si t’as envie d’écrire tes chroniques avec ton sang… ben vas-y à fond — mais n’oublie pas de me faire signe quand tu ressortiras ta plume, ta pelle pis ton cerf-volant parce que moi je vais lire autre chose pendant ce temps là. Il y a tellement de gens qui écrivent tous les jours des textes stimulants, portés par l’envie de changer le monde — leur monde — notre monde.

Des affaires plates, du vide, de l’intime, du banal, de la résignation — ben de la résignation! — on peut en trouver partout! Cherche pas… il y en a ici, ailleurs, pis encore un peu plus loin aussi. Ça donne quoi de se morfondre avec ça? Qu’est-ce que tu proposes? qu’on fasse un grand brasier avec tout ça? qu’on souffle ensemble sur les braises du confort et de l’indifférence? Qu’on danse ensemble tous nus en pleurant autour du feu? Ça ferait de belles images pour la télé…

Sérieusement… si t’as envie d’aller voir ailleurs si tu y es, n’hésite pas: vas-y! Je t’encourage. Sincèrement! Je l’ai fait. j’ai adoré! Va voir le chum Robert au Cambodge ou en Thaïlande — là où tout est à faire, dis-tu.

Ben voyons!

La lecture de ton texte m’a vraiment donné envie de te brasser gentillement (ce que je suis précisément en train de faire!). Elle m’a donné envie de donner une bine pis de te dire de sortir de ta torpeur — parce qu’ici aussi tout est à faire! me semble que c’est évident! Plus que jamais! Notre problème c’est de trouver par où commencer… Et pour ça… ben faut d’abord sortir de la résignation, du cynisme et de l’indifférence. Qui je suis pour te dire quoi faire? T’as raison…

Sauf que… sauf que, s’il te plaît, Patrick, ne perd pas de vue que

T’as une plume extraordinaire

Tu t’es mérité au cours des ans un lectorat incroyable

T’es payé pour écrire à peu près ce que tu veux

T’as le guts de t’exprimer sans trop de nuances — c’est trop rare

Pis t’as des convictions — quelles sont-elles? dis-le-nous!

Et tu te plaignais de quoi déjà?

Ah oui… que la programmation de Newsworld, RDI et LCN est poche? Et alors?

Que Robert Lepage et François Girard travaillent beaucoup à l’étranger? So what?

C’est pas un peu ce qu’on voulait, faire rayonner notre culture de part le monde? Ça fait’y pas partie de notre grand projet collectif? Je le crois!

Y’a Wajdi Mouawad aussi qui travaille beaucoup à l’étranger (et même à Ottawa!). Et pendant que tu te plaignais du grand vide dans nos vie, il écrivait, le même jour, dans La Tribune un texte inspirant où il nous dit « qu’un artiste est là pour déranger, inquiéter, remettre en question, déplacer, faire voir, faire entendre le monde dans lequel il vit, et ce, en utilisant tous les moyens à sa disposition. »

Mouawad dit aussi, toujours dans le même texte, que « créer, c’est sortir de son propre néant ». Qu’est-ce que t’en penses?

Il dit que « nous ne sommes pas là pour recommencer » (à se plaindre?) — que « nous sommes là pour impliquer (…) pour élargir les blessures. »

Je veux ben croire que tu ne te vois pas dans la peau d’un artiste — mais je te garroche tout ça quand même. De bon coeur. Je te dis ça parce qu’on a besoin de toi, pis j’ai toujours aimé que tu nous brasses. Ben plus que quand tu nous écrases de ton pessimisme pis que tu tentes de nous faire croire que rien n’a de sens dans notre quotidien collectif… alors qu’il y a des batailles importantes qui se mènent ici aussi, au nom de la solidarité sociale, de l’éducation et du développement culturel.

T’es ben chanceux que Michel Chartrand soit décédé hier matin parce que je pense qu’il t’aurait botté le cul pas mal plus fort que moi.

Salut Patrick!


Mise à jour / lire aussi:

Les technologies de la nouvelle vague informatique

Je suis en train de mettre la dernière main à la conférence que je dois prononcer demain matin dans le cadre du 28e colloque de l’AQUOPS. Je ne peux pas tout garder de mes recherches et explorations préparatoires.

Les quelques lignes ci-dessous sont néanmoins beaucoup trop savoureuses pour que je les laisse retomber dans l’oubli:

Ces technologies de la nouvelle vague informatique, déjà utilisées dans le monde des affaires, entreront, comme toutes les technologies jusqu’à maintenant, dans le monde éducatif… avec un certain délai. Le décalage entre l’arrivée sur le marché, de nouvelles techniques et leur emploi en éducation est, actuellement, de trois à cinq ans. On peut donc prévoir qu’en 1995, les technologies de l’intelligence artificielle seront déjà entrées dans nos écoles.

Puisque ces outils seront là et puisque nous avons encore le choix de leurs utilisations possibles, pourquoi ne pas profiter de ce répit pour fixer nos orientations dans ce domaine et préparer à la fois les applications spécifiques et les personnels

Sinon, avant longtemps, la pression conjuguée des marchands, (prouesses industrielles à l’appui), des ordinomanes, des élèves et des parents leur fera franchir les murs des écoles. Des administrateurs seront tentés de s’en servir pour optimiser l’efficacité pédagogique, c’est-à-dire pour davantage encadrer, uniformiser, robotiser, bref industrialiser l’enseignement car, il faudra bien trouver une raison autre que la hantise de l’analphabétisme informatique.

Il s’agit d’un extrait de la page 76 du rapport du Groupe REPARTIR, publié en 1990.

C’était il y a 20 ans.

Ralentir pour privilégier la qualité? (et s’il fallait plutôt accélérer?)

David Murray présentait hier le mouvement Slowbook dans un très bon texte publié sur le blogue de la Librairie Monet.

Le ton est donné dès le départ:

« On s’inquiète souvent dans les milieux de la librairie et de l’édition indépendantes de la trop grande place accordée à certains titres aux qualités discutables, au détriment de la promotion de fonds riches et diversifiés. C’est le phénomène des best-sellers, promu en première ligne par les grandes surfaces, les grandes chaînes de librairies et certains éditeurs qui en sont les fers de lance. […] cet accent sur la quantité avant la qualité en irrite plus d’un. »

Après une présentation de la librairie italienne Slowbookfarm, David Murray nous présente l’initiative française Rezolibre.com, « qui se présente comme l’Amazon alternatif »:

« Fruit d’une collaboration entre petits et micros éditeurs, cette librairie en ligne est née du désir de combattre la dictature de la nouveauté qui permet aux grands groupes financiers de l’industrie du livre d’être omniprésents sur les tables des libraires. Le site regroupe quelques soixante éditeurs francophones et plus de 3000 titres souvent devenus introuvables dans les grandes chaînes. »

Puis, en conclusion de son texte, l’auteur présente de quelle façon la librairie Monet se situe par rapport à ce mouvement et à ces initiatives:

« nous poursuivons l’idéal de redonner au métier de libraire ses lettres de noblesse. Nous croyons ainsi qu’il ne suffit pas seulement d’améliorer une façon de faire, mais de redéfinir l’essence même de la vocation. En ce sens, nous sommes des passeurs de culture ; nous créons un lien entre le livre et le lecteur. Nous croyons que la place accordée aux livres dans notre vie peut faire une différence dans la qualité de nos rapports en tant qu’êtres sociaux.

« nous adhérons à cette idée mise de l’avant par les artisans du slow book et autres amoureux du livre qui entendent faire passer la qualité avant la quantité. L’idée n’est pas de boycotter les best-sellers, mais de rappeler que la littérature, dans sa grande richesse, a beaucoup plus à offrir que quelques titres qui bien souvent ne resteront que des phénomènes de l’instantané. »

* * *

En lisant ce texte, j’ai eu envie d’ajouter quelque chose…

Parce que si je crois profondément aux principes défendus par David Murray — et en particulier à la valeur du libraire comme passeurs de culture et à celle du livre comme vecteur de l’humanisme — je ne pense pas qu’il est possible d’envisager ce rôle aujourd’hui sans aborder, de front, les enjeux associés à l’édition numérique.

Non pas à l’édition numérique comme une simple question de dématérialisation du livre, de nouveaux supports de lecture, de formats de fichiers et de DRM — mais bien comme phénomène culturel beaucoup plus large. Il faut s’interroger sur comment un oeuvre naît, se fait connaître, est lue (voire transformée) dans un environnement culturel de plus en plus numérique — à travers toutes les manifestations des réseaux.

Et pour que les libraires puissent jouer leur rôle de passeurs dans le contexte actuel, ils doivent absolument avoir accès aux livres numériques. Avoir la capacité de les conseiller et de les vendre — d’en tirer un revenu. Et ça, c’est tout un défi! C’est tout un défi parce que les très grands acteurs que sont Amazon, Google, Sony et Apple s’avancent plutôt en fonction de modèles économiques qui tendent à concentrer l’offre de livres numériques entre leurs mains — au détriment des libraires indépendants.

Pour qu’un éditeur puisse vendre des livres numériques chez Amazon, il lui faut donner des copies de ses fichiers à Amazon, pareil pour Sony, Google et, bientôt, Apple. On peut toujours prétendre que tous les libraires pourraient aussi avoir accès aux fichiers — mais ce n’est pas vrai! La logistique informatique nécessaire pour gérer, au quotidien, des dizaines de milliers de fichiers, en de multiples versions, n’est pas à la portée de tous les libraires.

C’est pour cela qu’il faut des plateformes intermédiaires qui prennent en charge la complexité technique associée à la gestion de tous ses fichiers et qui permettent d’assurer un accès équitable aux versions numériques des livres par les libraires.

C’est à cela que je travaille tous les jours avec l’équipe de De Marque — tant pour le Québec (avec l’ANEL: voici une présentation de l’Agrégateur ANEL-DeMarque) qu’en France (avec Gallimard, La Martinière et Flammarion, regroupés sous EdenLivres).

J’y travaille parce que je suis profondément convaincu que l’existence d’un vaste réseau de libraires et d’autres médiateurs du livres, sur le Web, est une condition essentielle de la diversité culturelle, en général, et de la diversité éditoriale, en particulier.

J’y crois, profondément. Parce que je pense que par-delà les défis techniques que nous devons relever tous les jours, il y a là un véritable projet social et culturel: celui d’une société où tous les éditeurs peuvent avoir accès à des infrastructures qui leur permettent de distribuer en versions numériques les livres des auteurs qu’ils publient — quels que soient les tirages attendus — et où tous les libraires peuvent continuer à jouer leur indispensable rôle de passeurs culturels.

Alors s’il est vrai que pour « faire passer la qualité devant la quantité » il faut parfois ralentir — comme le proposent les adeptes du slowbooking — je pense qu’il y a des moments où cette même préoccupation devrait plutôt nous inciter à accélérer. Dans le cas présent, je pense que cela devrait inciter tous les éditeurs et les libraires à s’engager sans tarder dans la vente de livres numériques… avant que les Géants ne prennent toute la place et que cela nuise/empêche le développement des réseaux alternatifs de diffusion/distribution dont nous avons besoin — particulièrement dans des petits pays comme le nôtre. Parce que sans ces réseaux, c’est vrai qu’on risque d’ouvrir encore plus grande la voie à la best-sellerisation de l’édition.

C’est un peu vite présenté — mais c’est, pour l’essentiel, la conviction qui m’anime.

23.03.2010 — Mise à jour: if:book london publie un texte dans le même esprit presque au même moment: april is SEIZE THE TIME time. Extraits:

« With the arrival of the iPad imminent, bookshops closing and all kinds of digital experiments appearing from conventional publishers, the future of the book is happening now.

With an election looming and cuts promised by all parties, it’s a key moment to take stock and think ahead.

It’s time to act quickly but think deeply about how our culture is changing as industries converge – and what the future role of your organisation can be. »

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