Première neige / First Snow

J’ai vécu toutes sortes d’expériences émotives au théâtre, mais bien peu comme celle de samedi après-midi au Théâtre de Quat-Sous avec Première neige / First Snow.

J’ai pleuré. Plusieurs fois. Et pas juste avoir les yeux humides: assez pour devoir m’essuyer les joues.

La pièce a été co-écrite par des Québécois et des Écossais autour de thèmes inspirés par leurs malheureuses expériences référendaires — et les conséquences qu’elles ont eu pour eux et pour les sociétés dans lesquelles ils vivent.

Isabelle Vincent est magistrale dans le rôle central de la mère. Harry Standjofski est aussi excellent dans le rôle de l’anglophone québécois qui, selon les moments, taquine et harangue les spectateurs.

Je ne suis pas prêt d’oublier non plus Fletcher Mathers, dans le rôle de l’écossaise, aussi sage que déterminée, et Thierry Mabonga comme immigrant congolais installé à Glasgow, qui accompagne pour la première fois sa blonde au Québec.

***

C’est un récit que j’ai trouvé très dur. Très triste aussi — parce que c’est de notre histoire qu’il s’agit, de mon histoire.

Tout est fait pour nous confronter à cette histoire, pour nous mettre le nez dedans bien comme il faut. Les comédiens nous interpellent, soulignent habilement notre passivité, nous montrent notre responsabilité dans la situation politique dans laquelle se trouve le Québec.

L’histoire adopte le point de vue d’indépendantistes déçus (très déçus) mais ne manque pas d’esprit critique. Pas de complaisance, au contraire. Nos démons y ont aussi leur place.

***

J’ai trouvé ça terrible de revivre l’échec référendaire de 1995 et, pire, de revoir en accéléré, à travers le regard des personnages, les années qui ont suivi: les errances politiques, l’influence du néo-libéralisme et de la globalisation des marchés, l’écrasement du printemps érable, la perte de confiance collective, le dérapage des réseaux sociaux, l’irruption du racisme dans l’espace public, la manipulation des débats, les effets du colonialisme qui nous rattrapent — et ce constat d’impasse, tellement d’actualité.

La pièce joue admirablement sur l’ambiguïté entre la scène et la réalité; entre le jeu des comédiens et la vraie vie. C’est tellement réussi qu’on en vient à ne plus trop savoir non plus si on est spectateur ou acteur… dans un rôle qu’on aimerait mieux ne pas incarner: assis là à ne rien faire pendant que le projet national s’effrite.

J’ai trouvé ça douloureux, mais nécessaire.

Je ne dévoilerai évidemment pas la fin, mais je peux dire que j’ai été agréablement surpris et que je suis heureusement reparti du théâtre avec plus d’espoir pour l’avenir que je n’en avais en arrivant (et pendant dans la majeure partie de la pièce).

Soon.

***

Merci Isabelle Vincent. Merci Fletcher Mathers. Merci à toutes les comédiennes et les comédiens.

Les larmes que vous nous avez tirées ont été un exutoire efficace. Elles m’ont aussi aidé à conclure la démarche que j’avais entreprise il y a quelque mois en écrivant mon histoire personnelle du Québec de 1989 à 2019.

Maintenant on se retrousse les manches et on continue.

Parce que ça ne pourra pas toujours ne pas arriver.

 

 

La pièce est à l’affiche jusqu’au 23 mars: dépêchez-vous!

3 comments

  1. Ah que tu me fais m’ennuyer du théâtre! (On m’avait prédit que je m’ennuierais des restaurants, mais pas du tout. Le théâtre, par contre, oh que si. Allons plus loin: je m’ennuie de mon abonnement au Théâtre d’aujourd’hui! Bah, les enfants finiront bien par vieillir…)

  2. Merci, pour ton commentaire. Cela donne le goût d’aller voir cette pièce, à Montréal.

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