Le clivage entre les villes et les régions

Dans son éditorial d’aujourd’hui, François Cardinal évoque le dernier sondage Angus Reid pour mettre en évidence le clivage grandissant entre les villes et les régions.

À mon avis, le clivage auquel il fait référence ne repose pas tant sur «le ressentiment des perdants de la mondialisation» (qui seraient en région) et «ceux qui en chantent les louanges» (qui seraient en ville), comme il le suggère, que sur une réaction de ceux qui ont la perception de subir la mondialisation à l’égard de ceux qu’ils croient capables d’en déterminer l’avenir.

Les ruraux ne veulent pas être compensés pour les inconvénients associés au monde que les citadins sont en train d’inventer. Ils ne sont pas non plus contre la mondialisation. Ils revendiquent seulement la capacité de participer, eux aussi, à sa définition.

Pour faire face à cette situation il va falloir, après des décennies de centralisation, amorcer une ambitieuse redistribution des pouvoirs.

Il faut redonner aux régions un rôle accru dans la définition de nos projets collectifs. Non par charité citadine, mais bien parce que nous avons la conviction que ce sera ultimement favorable pour tout le monde.

Montréal et Québec font bien sûr face à des défis particuliers — mais ce n’est pas en y concentrant toutes les décisions qu’elles arriveront à les relever efficacement. C’est plutôt en leur permettant d’exercer un leadership politique positif dans le but de mobiliser l’ensemble des forces vives de toutes les régions du Québec.

***

J’ajouterai en terminant que n’est certainement pas en affirmant que les urbains sont plus ouverts et plus cosmopolites que les ruraux (suggérant un clivage entre des avant-gardistes et des rétrogrades) qu’on va améliorer la situation. C’est un type de discours paternaliste qui est, au contraire, terriblement contre-productif.

6 commentaires

  1. Ce phénomène est selon moi un des plus grands risques à notre démocratie. Lorsqu’on analyse le Brexit, l’élection de Trump, le vote aux élections Européennes, ce phénomène est palpable. On peut aussi le remarquer en analysant les résultats de la dernière élection provinciale.
    Un client m’a parlé en bien du livre écrit par Luc Ferry et Nicolas Bouzou et qui traite du sujet.
    Sagesse et folie du monde qui vient.
    Je suis impatient de le lire.
    En attendant, je tape du pied afin que toutes les résidences du Québec soient branchées internet haute vitesse, comme elles le sont avec l’électricité. C’est peut-être un peu simplifié, mais il y a quand même un « indispensable » qui permettra à tous citoyens du Québec de s’impliquer sans réserve.

  2. Tu as raison de ramener ça aussi, complémentairement, à des choses aussi concrètes que l’accès à Internet.

    Et dans ce cas, il faudrait arrêter d’annoncer qu’on va le faire et le faire pour vrai!

  3. Lors d’un forum tenu dernièrement sur le numérique où j’y animais un segment, un représentant d’une entreprise de technologie sans fil de la Gaspésie, qui offre des services de télécom complets et qui détient une expertise de plus de 15 ans, disait que les conditions établies par le gouvernement du Québec pour le branchement qui dépassent la rue principale de villages gaspésiens les éliminaient derechef, alors qu’ils sont déjà sur place et ont les ressources tans humaines que technologiques pour réaliser les travaux. C’est TÉLUS qui fait les travaux. Et, pour comble, en employant des travailleurs qui proviennent de l’extérieur de leur région. La mondialisation, ça commence déjà à ce niveau. Et si on change de niveau, nous vivons la même chose. Au moment où le gouvernement du Québec lance des appels de propositions pour la migration vers le « cloud » de jeunes pousses du Québec ne se qualifient pas parce qu’ils n’ont pas la reconnaissance de telle ou telle agence, pourquoi ne pas faire ce qu’on a fait au début des années 80 en informatique, en confiant à des entreprises naissantes telles CGI-DMR-LGS, l’appui qu’il fallait pour qu’ils se qualifient devant des géants qui étaient déjà là tel IBM ou autres firmes de consultants extérieurs. Nous pourrions peut-être permettre à des jeunes entreprises d’ici de grandir et de se donner une carte de visite. N’est-ce pas à ce niveau très local que cette mondialisation que nous décrions nous joue des tours et crée des perdants… locaux alors que nous pourrions faire autrement chez nous.

  4. @Vincent: je pense aussi qu’une stratégie pour appel à des entreprises locales est aussi une forme de redistribution des pouvoirs (économiques et politiques).

  5. Oui au local, oui à Internet (non mais — je rêve de ce que j’avais en ville en 2009, c’est pas drôle, là!). Et j’ai plein de choses à dire sur le clivage ville/campagne, mais en même temps je me rends compte que je suis étrangère où que je sois. En ville j’étais une campagnarde déracinée et malheureuse de son urbanité (mais bien adaptée), et en campagne je suis une urbaine indécrottable. Ça me donne forcément un point de vue externe, et justement, ce clivage ne devrait pas être réglé de l’extérieur…

  6. Tu peux expliquer un peu ce que tu veux dire par «ce clivage ne devrait pas être réglé de l’extérieur»?

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