Idées pour l’après — 3

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À la suite de ce texte, je poursuis ma réflexion à voix haute pour brasser quelques idées, pour essayer d’esquisser des propositions concrètes qui pourraient contribuer à mettre le Québec sur la piste d’une transformation positive au sortir de la pandémie.

Aujourd’hui: l’instauration d’un service agricole obligatoire

François Legault l’a dit: le Québec devra développer une plus grande autonomie alimentaire dans un futur rapproché. Notre sécurité en dépend. On ne peut plus être aussi dépendant des États-Unis, et de quelques autres pays, pour nous nourrir — en particulier l’hiver.

On est d’accord. Sauf que c’est plus difficile à dire qu’à faire.

En 2013, le Parti Québécois avait présenté une politique de souveraineté alimentaire… qui n’a jamais pu être mise en oeuvre.

Il y a quelques jours, Québec solidaire a formulé des propositions très intéressantes à ce sujet, notamment pour l’idée de «cultiver partout où c’est possible».

Aujourd’hui, Jean-Martin Fortier a proposé un partenariat stratégique entre Hydro-Québec et les petites fermes dans le but de nourrir le Québec à l’année.

Je suis d’accord.

Il me semble toutefois manquer une dimension essentielle à tout ça: l’éducation. Et j’en ferai le sujet de ma troisième proposition pour contribuer à la réflexion sur l’après COVID-19.

***

L’alimentation est plus qu’un besoin physiologique. Cela comporte aussi une forte dimension culturelle. Notre rapport à l’alimentation fait aussi partie de notre façon de vivre, de profiter des repas, de notre manière de vivre les uns avec les autres.

Alors tant qu’à développer une plus grande autonomie alimentaire, il me semble qu’on devrait en profiter pour se reconnecter progressivement avec la réalité de la production agricole, avec notre terroir, avec la saisonnalité — avec les sources de notre alimentation. Avec notre patrimoine alimentaire.

Je propose pour cela la mise en place d’un service agricole obligatoire (rémunéré) de deux mois pour tous les Québécois et toutes les Québécoises de 16 à 22 ans.

Concrètement, cela voudrait dire que tous les jeunes devraient passer au moins deux mois sur une exploitation agricole entre leur 16e et leur 22e anniversaire. Pour préparer la terre, participer aux récoltes, etc.

Ce serait une façon de prêter main forte aux agriculteurs et agricultrices québécoises (qui autrement dépendent de la main d’œuvre étrangère), de développer des connaissances de bases en agriculture, et de mieux comprendre le circuit alimentaire, de la terre à notre assiette.

Ce serait une façon concrète d’aider le milieu agricole à monter plus rapidement en puissance pour nourrir le Québec.

Une façon de développer le goût pour les produits d’ici, pour leur préparation et pour le patrimoine qui leur est rattaché.

Pour certains jeunes, ce serait aussi une façon de découvrir une autre réalité, en s’installant deux mois dans une région du Québec qu’ils ne connaissaient peut-être pas — et pourquoi pas d’y revenir pour étudier, ou pour s’y installer?

***

En 1930, le Frère-Marie Victorin posait les bases de ce qui allait devenir les Cercles des jeunes naturalistes: un mouvement d’éducation populaire qui a suscité un grand enthousiasme et qui a contribué à développer l’enseignement des sciences et à définir le Québec moderne.

Soixante dix ans plus tard, je pense qu’on devrait s’inspirer des CJN pour amener les jeunes à poser les pieds dans les champs au moins quelques mois dans leur vie — question de participer à un chantier essentiel pour l’avenir du Québec, tout en leur permettant de développer un meilleur contact avec la réalité agricole ainsi qu’une plus grande considération pour les produits d’ici.

***

Dans un tel contexte, il va sans dire que des terres agricoles à proximité des grands centres urbains, comme celles des Sœurs de la Charité, à Beauport — dont le sort est incertain depuis quelques années — devraient rapidement devenir des exploitations agricoles exemplaires, avec une vocation éducative essentielle pour l’ensemble de la population.

Tous les enfants des écoles primaires et secondaires de la région de Québec devraient y faire au moins une visite aux cours de leur scolarité — pour mettre leurs mains dans la terre, vivre la satisfaction de récolter quelque chose et de le porter directement à sa bouche, en plus de mieux comprendre l’importance pour le Québec de développer une meilleure autonomie alimentaire

Il me semble que cela remplacerait avantageusement la visite que ma génération faisait à l’usine des petits gâteaux Vachon.

Note: Merci à Benoît Tardif pour une conversation qui a beaucoup aidé à formuler cette proposition.

3 commentaires

  1. Deux mois obligatoires avec interdiction de port de cellulaire durant les heures de travail (sauf durant les pauses, évidemment). :-)

    Belle idée. Et pas mal salvatrice pour les terres des Sœurs de la Charité.

    T’as bien fait de causer avec Benoît.

  2. Ahah! Je t’aurais probablement traité de plusieurs choses pas gentilles si j’avais lu ça quand j’avais 16 ans. Et même il y a 2 mois, j’aurais été contre le principe de forcer des gens, peu importe leur âge, à une activité spécifique (tout ça malgré ma passion à faire pousser des choses qui se mangent).

    Mais dans le contexte actuel, l’idée devient soudainement plus acceptable… pourquoi pas? Ou une variation sur cette idée là.

  3. Il y a de nombreux avantages à cette proposition et j’y ajouterais quelques éléments :

    1- Inviter les jeunes à ce que ces « stages » se tiennent dans des régions non-limitrophes de leur lieu de vie quotidienne. De cette manière, les urbains vivront à la campagne et les jeunes des régions pourront connaître d’autres régions que celle où ils sont nés.

    2- Que ces stages soient organisés principalement pour élargir les connaissances des jeunes et pas uniquement pour cueillir de fraises pendant 2 mois.

    3- Ces stages doivent permettre aux jeunes de prendre contact avec :
    Le monde végétale
    Le monde animal
    Le monde marin
    Le travail physique
    La mécanique (conduire un tracteur…)
    L’économie – côut d’une pinte de lait, d’une poche de patates

    4- Il y aura des bénéfices collatéraux intéressants :
    Initiation au sexe animal (ce fut quand même nos premières expositions à la sexualité)
    La vie de village ou de rang par opposition à la vie que cartier
    La détection et la différenciation des odeurs, le foin, le trèfle, les vaches, les cochons, les moutons, la fumier, le lisier…
    Les foires agricoles et leurs concours, leurs trophées – (différent du soccer)

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