Sincérité (moi aussi)

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Dans mon texte précédent je me suis permis d’adresser quelques questions aux femmes et aux hommes politiques québécois. Des questions pour mieux comprendre de quelle façon la crise actuelle avait modifié leur regard sur la société québécoise.

C’était un peu audacieux de ma part, je l’avoue… Ça ma trotté dans la tête une partie de la journée et j’ai fini par me dire que la moindre des choses était de m’imposer aussi l’exercice de sincérité auquel je les avais convié.

Voilà les résultats de cette introspection.

***

Qu’est-ce que cette crise m’a permis d’apprendre?

Il faut se faire plus confiance. Plusieurs choses qu’on croyait devoir inévitablement prendre des années à se réaliser ont pu se faire en très peu de temps. Qui aurait cru qu’autant de monde apprivoiserait autant d’outils technologiques en si peu de temps? Et que le système de santé se lancerait massivement dans la télémédecine? Pourtant, ça se pouvait…

Notre État fonctionne somme toute assez bien, le gouvernement a su être efficace,  mais plusieurs de nos institutions sont beaucoup trop lourdes, complexes et ne font pas assez confiance à la créativité et à l’esprit d’initiative de celles et ceux qui y travaillent.  Il faut déhiérarchiser et valoriser davantage la créativité et l’esprit d’initiative et d’innovation des fonctionnaires.

L’extraordinaire efficacité des chaînes d’approvisionnement internationales a entraîné d’insidieuses vulnérabilités pour les États — en particulier dans les secteurs alimentaire, médical et informatique. Il faut trouver un nouvel équilibre entre la globalisation et l’autonomie dans les domaines essentiels à notre sécurité collective.

Les mécanismes sur lesquels repose notre démocratie sont trop fragiles. Le cas des élections est particulièrement clair: il n’y a aucune raison de prendre le risque de ne pas pouvoir tenir des élections à cause d’une pandémie ou d’autres formes de catastrophes. On doit rapidement trouver des alternatives pour maintenir les processus électoraux: vote par la poste? Vote électronique? On est rendu là.

Quelles questions la crise m’a amené à considérer sous un autre angle? ou à juger plus ou moins prioritaires — et pourquoi?

Assurément la structure de notre système de santé, beaucoup trop centralisé et basé sur les soins hospitaliers. Il faut faire beaucoup mieux dans les soins aux personnes âgées (maintenant une évidente urgence nationale) et miser sur les services à domicile (en plus de la télémédecine).

Le retard de notre système scolaire pour tirer profit du numérique. J’ai été consterné de voir à quel point nous avons été désemparés devant le défi d’offrir un accompagnement pédagogique à un million d’élèves qui disposent, pour la très large majorité, de tous les équipements nécessaires à la maison (et les profs aussi). Un autre chantier prioritaire. 

Ce retard m’a d’ailleurs amené à m’interroger à nouveau sur notre tendance à croire que l’éducation c’est quelque chose qui se passe essentiellement en classe. Il va falloir se libérer rapidement de cette vision archaïque de l’apprentissage. La classe est un port d’attache, pas un sanctuaire. J’aimerais que ce soit l’occasion de réfléchir à nouveau autour du concept de cité éducative.

La question de l’agriculture et de l’alimentation m’apparaît aussi encore plus importante. Pour ce qui concerne la production, mais aussi la distribution (dans des circuits courts, locaux) et même la dimension culturelle qui y est associée.

La question du droit à un accès à Internet de qualité pour tous les citoyens du Québec, sur tout le territoire, m’apparaît plus que jamais un enjeu absolument fondamental — un facteur clé pour éviter d’aggraver de nombreuses inégalités socio-économiques.

Quelles sont les convictions que ça a renforcé chez-moi et celles qui se trouvent ébranlées — et pourquoi?

Je suis plus convaincu que jamais qu’il faut travailler sur le concept de résilience des communautés, des villes, d’un pays devant les catastrophes et les défis liés aux changements climatiques. La réflexion de Rob Hopkins sur les villes en transition me semble encore plus inspirante à cet égard.

J’ai par ailleurs été frappé de constater à quel point les problèmes les plus graves, auxquels on a fait face depuis le début de la crise, étaient essentiellement dans des domaines dans lesquels le Québec a pourtant les coudées franches (santé, soins aux personnes âgées, éducation, etc.).

Ça m’a fait réaliser à quel point il est parfois plus facile de dénoncer le fédéralisme, que de poser des gestes qui pourraient pourtant nous procurer les moyens de concrétiser plusieurs de nos aspirations. Notre déficit commercial pèse probablement plus lourd sur notre destin que le fédéralisme canadien. Notre dépendance croissante à un petit nombre d’entreprises et de plateformes numériques étrangères, dans le domaine de l’information et de la culture, aussi.

Je suis de plus en plus convaincu que si on était vraiment ambitieux dans nos plans d’électrification des transports, par exemple, cela nous approcherait beaucoup plus rapidement de l’indépendance du Québec que tous les discours des vingt dernières années ne l’ont fait. Pour faire l’indépendance il ne suffira pas d’en parler.

J’aimerais voir naître dans les prochains mois une nouvelle forme d’indépendantisme, beaucoup plus pragmatique, qui serait obsédée par la responsabilisation des Québécoises et des Québécois dans leur destin national. Un indépendantisme qui prendrait tous les moyens à sa disposition pour que les citoyens aient de plus en plus confiance en eux-mêmes et dans l’efficacité de leur État. Un indépendantisme qui miseraient sur l’innovation, dans tous les domaines, comme principal levier d’émancipation. 

Comment cela a transformé l’homme (politique?) que je suis — et quels effets ça aura sur mon discours et sur ma façon d’agir?

Je pense que je vais porter beaucoup moins d’attention aux discours et beaucoup plus d’attention aux actions concrètes — aux propositions qui peuvent avoir des effets tangibles.

Je pense que je vais accorder encore plus d’importance qu’avant au développement de la capacité des personnes (par l’éducation) et des communautés (par une décentralisation des pouvoirs et une démocratie plus directe).

Tout ça dans un contexte où les défis liés aux changements climatiques doivent continuer de guider chacune de nos actions.

***

Je dois reconnaître que ça n’a pas été facile de répondre à ces questions — même si c’est moi qui les avais formulées. J’émerge toutefois de l’exercice encore plus convaincu de sa pertinence.

2 commentaires

  1. Ta réflexion est forte. Il te faudra encore la porter par des gestes. Ouf!
    Je serai à tes côtés si tu le souhaites.

    L’imputabilité de nos gestes personnels et professionnels est au cœur de ma propre réflexion. L’imputabilité ministérielle dans notre système parlementaire rend celle de tous les fonctionnaires inexistante. Voilà un frein à l’innovation de l’état et des organisations. Une organisation sans ordre ne peut survivre, une organisation sans désordre (chaos) ne peut innover.

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