Zoboomafoo, vous connaissez? Non! Alors c’est parce que vous n’avez pas de jeunes enfants parce qu’il s’agit d’une des émissions les plus populaires présentement à l’antenne de Télé-Québec. On peut la voir tous les matins à 8h, juste avant La Maison de Ouimzie… et le départ pour la garderie!
Elle est très bien cette émission, sauf que je ne sais pas pour vous, mais moi, commencer la journée en me faisant demander « papa, est-ce qu’on peut aller manger chez McDo ce soir », ça me donne des brûlements d’estomac… ce qui fait que je devrai peut-être bientôt changer ma télé pour un grand aquarium.
Eh oui… comme vous le savez sans doute, la publicité a fait son apparition depuis plusieurs années à Télé-Québec. D’abord diffusée uniquement aux heures d’écoutes des adultes elle s’est par la suite lentement mais sûrement faufilée une place jusqu’entre les émissions pour les plus jeunes enfants. Bien sûr, il n’y eu au début que des messages publicitaires pour des produits réputés sans intérêt pour les enfants (genre produits d’assurance, voiture, etc.), mais maintenant il y a vraiment de tout ‹ même du fastfood!
C’est ainsi que mes enfants ont pu voir pas plus tard qu’hier matin ‹ entre Zoboomafoo et La Maison de Ouimzie justement ‹ une merveilleuse publicité de McDonald dans laquelle un employé utilise un tube fluorescent comme le sabre laser d’un personnage de Star Wars. Avec le résultat attendu.
Et ce qui m’étonne particulièrement dans cette histoire, c’est que Télé-Québec se place carrément dans l’illégalité en diffusant cette publicité de la multinationale de la malbouffe.
En effet, les articles 248 et 249 de la Loi sur la protection du consommateur lui interdisent (à ma connaissance) de diffuser de la publicité destinée aux enfants de moins de 13 ans. Bon, on pourrait toujours prétendre que le message ne s’adresse pas directement aux enfants mais, franchement, il reste que c’est McDo pas L’Olive Noire… et que l’esprit de la loi s’en trouve pour le moins malmené!
D’autant plus que si je me fie aux informations présentées sur le site du Réseau Éducation Médias, la loi interdit même explicitement « que certains produits (jouets, friandises et aliments) et certains services soient annoncés dans les émissions pour enfants [en particulier si le message publicitaire] fait appel à des personnes qui permettent à l’enfant de s’identifier [notamment des] héros » ‹ ce qui est très certainement le cas de la publicité de ce matin.
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Remarquez, je ne suis pas absolument nostalgique de l’époque où il n’y avait aucune publicité à l’antenne de Télé-Québec. D’ailleurs, c’est moins la présence dans mon écran de quelques messages publicitaires que l’éternel manque de financement dont souffre la télévision éducative et culturelle du Québec qui me révolte.
Que Télé-Québec en soit rendue au point de devoir accepter la présence de Ronald Mcdonald aux côtés de Cornemuse pour pouvoir se payer des émissions pour enfants de qualité me gène au moins autant que cela me désole.
Certains me diront peut-être qu’à 29 ans je suis déjà un vieux réactionnaire et que « ben voyons donc, la pub est partout, et les enfants savent très bien la reconnaître ». Elle est partout, soit, mais qu’il faille pour autant baisser les bras et accepter la situation comme une fatalité, alors là, non!
Dans un contexte où l’appétit des annonceurs ne connaît plus de limites, il est plus essentiel que jamais de réaffirmer la nécessité de conserver des espaces sans publicité ‹ en particulier pour les enfants.
Il faudra pour cela exiger un meilleur financement de la télévision publique, voir à une application plus sévère des lois avant-gardistes dont le Québec s’est doté il y a plus de vingt ans (et que l’Europe commence à imiter) et en étendre l’application à des formats publicitaires non-conventionnels tels que les placement de produits dans les téléséries, les longs-métrages et les jeux vidéos.
Comment y arriverons-nous? Je n’en sais rien… mais il suffit de lire ceci pour se convaincre de la nécessité d’y parvenir.