La peur, le vertige, le courage et la prudence

J’écris moins souvent ici, pour toutes sortes de raison. Mais j’aime le faire de temps à autre pour continuer à documenter le regard que je pose sur le contexte et l’état d’esprit qui l’accompagne. Pour m’offrir aussi l’occasion d’être interpellé sur tout ça, parce que je pense que ça peut aider à conserver une trajectoire cohérente.

C’est l’ampleur de la controverse autour du livre de Thélyson Orélien et une conversation que j’ai eue avec Nichèle Compartino, mairesse de Chibougamau, hier après-midi, qui m’amènent cette fois à publier ma réflexion.

Pas pour ajouter mon opinion à toutes celles qui ont été exprimées au cours des derniers jours au sujet C’était ça ou mourir. 

Je veux plutôt noter qu’au terme de la semaine, on ne peut certainement plus affirmer que c’est parce que les médias sont saturés qu’on ne parle pas plus de certains sujets, comme les changements climatiques, par exemple.

On a clairement les moyens de mobiliser rapidement des ressources, de l’expertise, et du temps média pour parler d’un sujet — si on choisit de le faire. Ça me donne espoir!

Ça me donne espoir, dans la mesure où on réussi également à sortir d’une logique de pour et contre ou de tout ou rien quand on aborde un sujet, pour éviter que la conversation soit guidée par nos peurs.

Je comprends évidemment qu’on peut ressentir de la peur devant ce qui risque de transformer notre société. Parce que c’est susceptible de déranger nos habitudes. On a raison d’avoir peur de l’Intelligence artificielle ou de l’effet des changements climatiques — pour ne nommer que ces deux sujets là.

Mais Nichèle me disait, avec raison, que le problème n’est pas d’avoir peur, c’est de se laisser gouverner par cette peur.

Et je pense qu’il faut distinguer deux sortes de peur. 

La peur devant une menace ou un danger perçu, à tort ou à raison. 

Et la peur qu’on ressent devant un projet audacieux.

La première est paralysante. L’autre est une forme de vertige qui nous fait hésiter (« est-ce que je serai capable? ») mais qui peut plus facilement être surmontée, si on arrive à mobiliser un peu de courage.

Je me rappelle qu’il y a eu des périodes de notre histoire où on a eu plus de facilité à surmonter la peur qu’aujourd’hui. Il y a même eu des moments où on a cultivé le goût du vertige.

À certains moments on a cru que rien n’était à notre épreuve. Et que si on se retroussait collectivement le manches, on pouvait réussir même si ça n’avait jamais été fait nulle part ailleurs dans le monde. La nationalisation de l’électricité et la construction des premiers grands barrages en est un remarquable exemple.

Il me semble que c’est un de nos plus grands défis: retrouver cette attitude. Ça nous aidera à faire face aux enjeux soulevés par le développement de l’intelligence artificielle, et aux effets des changements climatiques, notamment.

Il faut qu’on identifie nos peurs pour ce qu’elles sont, qu’on (ré)apprenne à en parler comme des défis plutôt que des menaces et à trouver l’audace et le courage pour pouvoir les relever avec succès.

L’IA permet d’écrire un roman qui fait vivre des émotions réelles à des milliers de gens? Eh oui… ça relève maintenant du constat, que ça fasse notre affaire ou pas. La question est maintenant de savoir ce qu’on fait de ce constat? On se contente de parler des peurs que ça suscite? On déplore? On dénonce? Ou on choisit de faire porter nos débats sur les propositions et les projets concrets pour faire face à la situation?

Les effets des changements climatiques sont maintenants réels. Ils vont de plus en plus affecter notre qualité de vie. On continue à chercher des coupables? On se pointe du doigts les uns les autres? On apprend à vivre avec l’écoanxiété? Ou on fait porter nos débats sur les meilleures façons pour transformer nos villes dans le but de s’y s’adapter?

Je pense qu’il faut vraiment éviter de faire porter nos débats sur ce qui entretient notre peur. On doit plutôt donner la parole aux gens qui ont des propositions audacieuses à formuler, des propositions qui donnerons peut-être le vertige par leurs implications, mais qui nous sortiront de la paralysie.

Je choisis de voir la période actuelle de notre histoire, où de grandes peurs s’expriment, comme une période de tout aussi grandes opportunités. Je choisis (encore) l’optimisme.

Choisissons de transformer notre peur en vertige. Ce doux vertige qu’on ressent au moment de se lancer dans le vide, les mains bien accrochées à la tyrolienne, avant de réaliser, presque aussitôt, qu’on n’avait pas raison d’avoir peur… parce qu’on est déjà rendu de l’autre côté!

Pour faire face aux immenses défis qui nous attendent, la prudence ce n’est surtout pas de ne rien faire, c’est, au contraire, de prendre le risque de se mettre en mouvement, avec audace et de courage. 

Ce n’est pas moi qui le dit, c’est René Lévesque:

« Il est un temps où le courage et l’audace tranquilles deviennent pour un peuple, aux moments clés de son existence, la seule forme de prudence convenable. »

(source)

Le grimpeur et le grognard

J’ai lu récemment Le grimpeur et le grognard, une correspondance entre Régis Debray et Sylvain Tesson.

Le style est très agréable. Les deux manient le verbe avec aisance. Ils savent mettre en scène, éperonner, faire monter le ton. C’est du très bon théâtre.

Dans son introduction, l’éditeur pose ainsi la question qu’il perçoit être au cœur du livre: « Est-ce qu’un millénial devrait devenir aventurier, ou militant ? ». Je l’aurais formulée autrement : « Comment un jeune, aujourd’hui, peut s’inspirer du parcours de ces deux personnages, pour imaginer sa propre voie ».

Parce qu’il faut bien le dire, Debray et Tesson sont présentés ici comme des archétypes plus que comme des modèles. Ils se prêtent habilement au jeu, mais cela les amène parfois à manquer un peu d’humilité.

Je trouve qu’ils se permettent de juger le monde contemporain beaucoup plus qu’ils ne cherchent à le comprendre. J’aurais préféré qu’ils laissent aux jeunes le soin d’interpréter le monde dans lequel ils évoluent (ou, mieux, qu’ils se proposent pour les aider à le faire) au lieu de leur imposer leurs préjugés sur les médias sociaux et l’intelligence artificielle, notamment.

J’ai quand même beaucoup apprécié le livre. Il a le mérite de bien décrire deux façons d’aborder l’existence, et de reconnaître les limites de chacune (dans le cas de Debray, plus que Tesson).

J’en ai retenu quelques citations :

De Régis Debray :

« Vouloir convaincre, rassurez-vous, cela m’est passé, et, d’ailleurs, ça marche rarement. Le zèle à la fin s’estompe, et puis, prêcher la bonne parole, cela finit par fatiguer. »

« On aboutit régulièrement au contraire du but qu’on s’était fixé [mais] ce n’est pas une raison pour décourager les suivants. »

De Sylvain Tesson :

« Si tu veux le salut de l’humanité, commence par ton propre bonheur. »

« Il y a une politique dans la conquête de l’inutile. »

« Nos gambades, exaltant la liberté, la beauté et le funambulisme nietzschéen, constituent un discours. »

Les auteurs prétendent nous forcer à choisir entre leurs propositions respectives: entre la gauche et la droite, entre l’engagement et l’exploration, entre la politique et l’aventure. Je crois qu’ils échoueront avec la plupart des lecteurs.

Ce qu’ils réussiront mieux, c’est à nous amener à s’identifier à l’un des deux, puis à découvrir les charmes de la voie empruntée par l’autre, de s’y sentir convié — de découvrir les exigeants plaisirs du militantisme et d’avoir le goût de sortir des sentiers battus.

Comme le dit Olivier Frébourg dans son introduction, « [leur] énergie épistolaire est un bon combustible pour trouver son chemin ».

Un chemin qui, pour la plupart d’entre nous, ne sera pas un choix définitif, mais une conciliation permanente.

Lecture, bricolage, coincidence

J’adore les coïncidences. Et c’est ce qui va me redonner l’occasion d’écrire un nouveau texte ici. Ça commençait à faire trop longtemps. 

Comme tous les dimanche matin, je lis quelques infolettres. Et tout particulièrement celle de Maria Popova, The Marginalian.

L’édition de cette semaine est, à mon goût, particulièrement intéressante. Sur l’observation, sur l’introspection, la lecture, l’attention, et l’apprentissage de la transgression — de la liberté. De quoi nourrir la semaine en réflexions.

Le texte sur la lecture qui requiert de l’attention, qui amène à sortir de soi pour adopter, pendant quelques instants, la perspective de quelqu’un d’autre, voire de plonger dans son expérience des choses, m’a particulièrement intéressé.

Et il m’a ramené à l’esprit un texte que je me souvenais d’avoir écrit sur mon blogue il y a une dizaine d’année. Un texte sur l’importance pour les hommes et les femmes politiques de lire des romans — justement pour cultiver l’empathie. Je me souvenais vaguement qu’il faisait référence à François Hollande. Moteur de recherche, quelques clics, et paf!

L’automne, la lecture et la politique

Mais la véritable surprise allait suivre.

Je lis lentement le texte… et j’arrive à ce passage:

« Le temps de penser. C’était le sujet de la chronique de Marc Allard, dans Le Soleil d’hier. »

Je relève les yeux regarde à ma gauche sur le bureau…

Dix ans plus tard, la découpure de journal était là, devant moi!

Elle est sur le bureau depuis un mois… parce que je suis retombé dessus par hasard en cherchant de vieux journaux pour faire un bricolage — et je n’ai pas pu me résigner à transformer ce texte en matériaux.

Comment ne pas s’émerveiller?

À moins que ce ne soit tout simplement parce que j’ai les idées qui tournent en rond?

N’empêche, je trouve que ça commence bien la journée!

2016

J’ai beau être à peu près absent des médias sociaux, ce qui s’y passe m’intéresse beaucoup. Et comme j’ai lu dans les derniers jours que la plus récente tendance est de faire un flashback en 2016, je me suis demandé qu’est-ce qu’est-ce qui m’occupait l’esprit, moi, en 2016?

J’ai évidemment commencé par chercher simplement « Clément Laberge 2016 » sur Google. 

Un des résultats m’a particulièrement fait sourire. Une chronique de Mario Asselin intitulée Mon ami Clément, dans le Journal de Québec du 10 mai 2016. On se tirait la pipe au sujet de la course à la chefferie au PQ, alors que la CAQ avait le vent dans les voiles. Dix ans plus tard, c’est au tour de mon ami Mario de prendre partie dans une course à la chefferie. Amusant clin d’oeil de l’histoire!

Je suis ensuite retourné dans les archives de mon blogue (où j’ai même trouvé une référence au troisième lien!) et dans mes notes personnelles quotidiennes — pour constater que, ouf! — ça avait été toute une année!

Une année de grande liberté, puisque j’avais choisi de devenir travailleur autonome (ce que je n’ai jamais regretté!), mais aussi une année de grande colère. J’entreprenais même une séquence de 52 vendredis à aller manger un sandwich devant l’Assemblée nationale, avec des amis, pour protester contre l’ambiance politique! Extraits de la conclusion de notre démarche:

« Le Québec souffre d’un burnout politique. Un épuisement qui laisse beaucoup de monde désemparé devant une impasse sociale de plus en plus évidente.

Que faire devant ce constat? S’indigner chacun notre tour sur les réseaux sociaux? Se réfugier dans une partisanerie pire que celle qui nous irrite? Décrocher complètement pour se replier dans un confortable chacun-pour-soi? 

Nous avons cru nécessaire de nous engager dans une démarche exutoire. 

Depuis un an, nous nous sommes réunis chaque vendredi devant l’Assemblée nationale, le temps de manger un sandwich en cherchant à résoudre ce dilemme. »  

À l’évidence, je me questionnais très intensément sur les façons d’insuffler un peu d’optimisme dans la politique. J’avais trouvé de l’inspiration notamment dans le livre Demain, qui m’avait ensuite amené à m’intéresser au film Qu’est-ce qu’on attend?, dont le souvenir m’inspire encore régulièrement.

***

J’ai eu le vertige en relisant la page que j’ai consacrée à l’année 2016 dans mon histoire personnelle de 1989 à 2019. Je retiens particulièrement ce paragraphe, que j’adapte pour le besoin de la réflexion d’aujourd’hui:

«On tourne la page sur une semaine année qui a été très dure pour le moral. J’espère qu’on pourra dire dans quelques années que c’est au cours de celle-ci qu’on a finalement touché le fond du baril. Parce que le moment est clairement venu de se donner un swing dans le fond pour enfin commencer à remonter. Naïf? Peut-être. J’espère que non.»

***

Dix ans plus tard, je me dis que oui… on a entrepris cette année-là quelque chose comme une remontée — même si elle reste lente et sinueuse. 

Certes, les turbulences géopolitiques mondiales actuelles sont vertigineuses, et la politique québécoise est plus incertaine que jamais, mais il me semble qu’on a plus de sources d’espoir à la portée de la main qu’on en avait il y a dix ans. Il me semble qu’on perçoit mieux les possibles. Ce qu’il nous reste à trouver, c’est le comment. 

À moins que ce soit seulement mon regard qui a changé? 

Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, j’ai le goût de faire confiance à 2026.

Et ça me donne envie de conclure de la même façon que Josée Boileau, dans son dernier texte à titre de rédactrice en chef du Devoir, le 30 janvier 2016:

« Changer, c’est vivre. Alors vivons. »

Bri(collages)

Instagram n’est pas qu’une source de distraction, ça peut aussi être une belle source d’inspiration pour nourrir la créativité.

Collage, peinture, gravure, dessin…

Ça peut aussi donner envie de se procurer tout plein de nouveau matériel (créer des besoins, toujours!): des cartons neufs, des papiers extraordinaires, des exactos et des pinceaux particuliers, de la peinture de toutes sortes. Pas cher, pas cher, cliquez ici!

Il reste que, si on y pense bien, la principale contrainte pour exercer sa créativité, ce n’est pas le matériel dont on dispose, c’est le temps qu’on choisit d’y consacrer. Parce qu’il y a toujours du matériel disponible autour de nous. Et au rythme où le bac de recyclage se remplit… on peut évidemment commencer par là!

C’est un des défis que je me suis donnés cette année: essayer de réutiliser une partie des matériaux issus de notre consommation pour en faire quelque chose de créatif. Sans me casser la tête, pour le fun de le faire, et de le partager.

Il faut un peu d’humilité, bien sûr, parce que ce n’est pas toujours aussi réussi… mais qu’importe, l’important c’est de le faire; de prendre le temps de bricoler. Et tant mieux si ça donne le goût à d’autres de faire pareil!

Alors voilà, ce matin, j’ai récupéré une boîte de panettone du temps des Fêtes pour en faire le support de petits collages que j’ai réalisés à partir d’un vieil exemplaire de National Geographic (et une étiquette de fromage anglais).

Ces collages deviendront bientôt des cartes postales pour partager quelques instants avec des amis.

Voilà, c’était la partie créative de mon dimanche matin.

Je retourne maintenant me faire un café.

Dix jours

10.01 | 9h45
À ma table de travail.
À l’horizon, les glaces et Charlevoix ensoleillé.
Un écureuil gambade sur le banc de neige.
Mon café est déjà tiède.

J’ai fait le souhait d’une année manuscrite. C’est bien parti. 

J’ai commencé l’année avec une nouvelle habitude (ou disons plus prudemment, qu’à ce stade, je souhaite que ça le devienne): je commence la journée en m’adressant un court texte.

Avant même de poser les doigts sur un clavier, je prends la plume et j’écris ce que je souhaite faire de cette journée. Ce n’est pas un plan. Encore moins une liste de choses à faire. Ça crée seulement une image, c’est une visualisation. En une page ou deux. Spontanément. 

Je le fais d’une écriture lente. Parce qu’à l’heure où je le fais, rien ne presse (ou, plutôt, rien ne devrait presser). Le rythme de l’écriture est un métronome. 

J’ai pris l’habitude de terminer cet exercice en écrivant: « Ce sera ça pour aujourd’hui ». Il arrive que j’y retourne en cours de journée, ou à la fin, ou le lendemain, mais pas forcément. C’est un possible. Ça devient possible. 

Je fais toujours cet exercice avec la plume que j’ai eu en cadeau pour Noël. C’est elle qui guide le mieux cette réflexion. 

J’ai quatre plumes qui, par leur taille, leur forme et la largeur de leur pointe, guident l’écriture différemment. Chaque plume a un ressort différent. Chacune lie la main et l’esprit à sa façon. 

Celle qui a un capuchon métallique (Parker) entraîne la main rapidement, presque jusqu’à devancer la réflexion. Je l’utilise pour prendre des notes toute la journée: au téléphone, en réunion. 

Celle faite de laque moirée bleu et noir (Nahvalur) amène à ralentir. Elle incite au calme. Impossible de l’utiliser dans la précipitation. C’est celle que j’utilise le matin. 

La plume transparente (Lamy) est celle qui permet le mieux de mettre l’esprit au repos et de poser des réflexions sans trop se casser la tête — quitte à revenir par la suite pour compléter l’exercice.

Et il y a finalement ma plume couleur café (Sheaffer), qui fait des traits tellement fins qu’ils me semblent tout indiqués pour annoter le travail réalisé avec les trois autres. Elle me sert aussi à écrire dans des racoins de pages où les autres ne laisseraient que des taches. 

Et il y a l’encre aussi! 

Parce que la couleur modifie aussi l’écriture — et même la lecture. Le même mot écrit de deux couleurs différentes ne donne pas la même impression. Imaginez une phrase, et un paragraphe! Ça permet des contrastes. Ça facilite aussi l’annotation de disposer de plus d’une couleur.

Voilà pourquoi je mets rarement la même couleur simultanément dans plus d’une plumes.

Les encres que j’utilise actuellement: Diamine — Writer’s Blood, Canal Side, Rosewood, Monboddos Hat; Monteverde — Caribbean Blue, Valentine Red; Waterman — Mysterious Blue; Faber Castell — Royal Blue.

Autre constat: l’écriture manuscrite fait apparaître les idées à l’horizontal, sur une feuille posée sur une table. Contrairement à l’écriture au clavier, dont le résultat prend forme à la verticale. Je pense que ça change aussi un peu les choses, le résultat. Manuscrites, les idées restent plus humbles, elles ne se prennent pas pour l’horizon. Au contraire, elles s’en nourrissent chaque fois que je relève la tête. 

***

Des manies tout ça? Je ne sais pas.

Je m’amuse surtout! Et ça contribue à ajouter une dimension méditative à chaque moment consacré à l’écriture.

Qu’est-ce que je m’apprête à écrire? Quelle plume guidera le mieux mes idées? Et la couleur?

Le choix de l’outil devient lui-même un exercice qui prépare à l’écriture.

***

Je pense que ça se voit: j’ai beaucoup de plaisir à amorcer cette année manuscrite… et je le fais en me moquant un peu de moi-même et du sérieux que j’y mets.

Et une chose certaine, il me faudra bientôt une nouvelle plume (quelles caractéristiques? Ça reste à voir) et de nouvelles encres (il me manque du noir, et des plus funky). 

À suivre!


P.S. J’ai lu dans Le Devoir de ce matin que la station spatiale internationale avait une odeur particulière. C’est logique, mais je n’avais jamais pensé à ça! Et ça sent quoi?

Ce n’est pas très clair si je me fie à ce que j’ai pu trouver rapidement sur le Web. Et l’odeur de l’espace? Ou plutôt l’odeur provoquée par l’espace sur les vêtements des astronautes? La NASA parle de poudre à canon, de steak, de noix… et de framboise! Fascinant. 

Et ici, maintenant, qu’est-ce que ça sent? Voilà une belle question à intégrer à la conscience du moment, avant de rédiger une « story ».

Cinq photos

À Noël, j’ai reçu en cadeau cinq photos anciennes.

Je m’en suis inspiré pour rédiger une courte série de textes. Ça m’a aussi permis de mettre à jour mon exploration des étonnantes possibilités qu’offre l’intelligence artificielle quand vient le temps de transformer et de créer des images. Autant le savoir.

Pour faciliter de futures références à ces textes, les voici regroupés:

Au camp

J’ai longuement regardé la quatrième photo à la recherche de son histoire. Au verso: 22 juillet 1943, au camp chez Georges. Fernand, 3 mois.

Comme pour les autres, j’ai demandé à ChatGPT de l’éclaircir, de l’améliorer, de la coloriser. Malgré tout ça, je n’arrivais pas à entrer en dialogue avec elle. 

J’ai dû me résigner à passer à la cinquième.

Et là… révélation! Au verso: le 20 septembre 1944, Fernand avait 17 mois. Ce sont les mêmes personnes!

Qui avait bien pu prendre ces photos? Au camp chez Georges. Ce pourrait être Georges lui-même. Y avait-il des photographes qui avaient Georges comme prénom à cette époque?

J’ai découvert l’extraordinaire fonds d’archives de Georges A. Driscoll. J’y ai passé plus d’une heure. Wow! Mais pas de traces de Fernand, ou de ses parents.

Je me suis demandé pourquoi la mère n’apparaissait pas sur la deuxième photo. Bien sûr! La voilà l’histoire… le mystère à résoudre…

J’ai fait une longue liste d’hypothèses, de plus plausibles aux plus farfelues (vous me connaissez). Et j’ai cherché des indices pour chacun. 

D’une piste à l’autre c’est peu à peu devenu évident: la mère est absente parce que c’est elle qui a dû prendre la photo!

J’imaginais aisément Georges initier cette jeune femme à la photographie et même qu’elle soit par la suite devenue elle-même photographe.

Y avait-il des femmes photographes professionnelles à cette époque, ou peu après?

J’ai découvert le travail de Marie-Alice Dumont. J’y ai aussi passé plus d’une heure. 

***

J’ai dû me calmer un peu. Après tout, ce n’était qu’une hypothèse. Elle me faisait faire de très belles découvertes, mais je n’avais encore rien de très tangible pour la confirmer.

Je suis allé me faire un café.

De retour à mon bureau, stupéfaction! Une sixième photo avait fait son apparition sur ma table de travail!

Une photographie de la photographe… et elle porte la même robe! Peut-être même au camp, chez Georges! Je n’en croyais pas mes yeux.

Il n’y avait pourtant seulement cinq photos dans la pochette que j’ai reçue en cadeau. Et j’en avais maintenant six… comment était-ce possible? Une photo apparue, comme par magie, comme une réponse à mes questions? J’adore ce genre de révélation!

Vous ne me croyez pas? Je sais, ça semble absolument invraisemblable, mais pourtant, elle est bien là cette photo, sur ma table, avec les cinq autres. Vous voyez bien!

Ce serait vraiment incroyable qu’il s’agisse réellement Marie-Alice, photographiée par Georges, vous ne trouvez pas?

Inspiration

C’est fou! Les cinq photos semblent toutes cacher une histoire plus invraisembable les unes que les autres! La troisième est peut-être même la plus étonnante jusqu’à présent. 

Une simple photo de famille? Je ne pense pas… je pense qu’elle pourrait même forcer la réécriture d’une partie de l’Histoire de l’art. Regardez un peu plus attentivement. Vous voyez? Non? Je vais vous aider. Voici la La photo améliorée par ChatGPT. 

Ça vous aide? Pas encore? Regardez les parents de plus près. Vous voyez?

Pas encore? Ok, demandons aux enfants de sortir du cadre de la photo et redonnons-lui un peu de couleurs. 

Et là, vous voyez comme moi? Il me semble évident que ce couple a très bien pu servir d’inspiration à Grant Wood pour sa plus célèbre peinture.

Oui, j’ai vérifié… il l’a peinte en 1930… et la photo a été prise… en juillet 1929!

Je n’en reviens pas encore!

Et dire qu’il reste encore deux photos à explorer…

Un détail (ou pas)

La deuxième des cinq photos est la plus claire. Il n’y a rien d’écrit au verso. Seulement l’étampe du photographe: 

J. Laroche Photo St. Agapit. Lotb.

Les contrastes sont plutôt bons, mais je l’ai quand même numérisée pour pouvoir l’agrandir à la recherche de détails. Et ma curiosité ayant été piquée par l’expérience de la première photo, j’ai aussi demandé à ChatGPT de l’améliorer. Avec ce résultat:

C’est en comparant les deux images que ça m’a sauté au yeux.

Dans le bas de la photo originale, on distinguait l’ombre du photographe!

Pour être certain que c’était bien ça, j’ai reculé de quelques pas… Eh ben oui, aussi incroyable que ça puisse paraître, on peut bel et bien voir la présence de Monsieur Laroche!

Mais alors, me suis-je demandé… si ChatGPT a fait disparaître l’ombre du photographe en améliorant la photo… peut-être que celui-ci a aussi réellement disparu au moment dans l’histoire où il devait prendre la photo? Et si tel est le cas, cela voudrait dire que ces deux hommes et deux femmes (et leurs deux chevaux) se sont retrouvés bien dépourvus au moment d’immortaliser la scène. Ayayaye…

Heureusement, après vérification, j’ai pu constater qu’ils ont su trouver une solution.

Décidément, ces photos sont bien étonnantes!

Améliorer…

Sur ma liste pour l’échange familial de cadeau, j’avais inscrit: 

« Un objet qui pourrait être le premier d’une collection »

J’ai reçu un sachet dans lequel j’ai trouvé cinq photos anciennes. Cinq petits mystères à explorer. Cinq petites histoires à écrire. 

Je les ai bien regardées. J’ai déchiffré l’écriture au verso. Dans certains cas, j’ai même fait quelques recherches.

Prenons la première. 

Ça semble un père avec ses quatre enfants. Ce que le verso tend à confirmer. 

L’écriture (probablement celle de la mère) indique qu’il s’agit de Paul, le père, entouré de Roland, Gérard, Rita et Claire âgés de 3 à 9 ans. 

J’ai numérisé la photo pour essayer d’améliorer un peu les contrastes, dans le but d’y découvrir de nouvelles choses. 

J’ai réussi à faire mieux, mais pas assez à mon goût. Il restait beaucoup d’imperfections. Je me suis demandé si ChatGPT ne pourrait pas m’aider. Je lui ai donc fourni ma version numérisée avec comme requête: « Améliore cette photo ». 

Et là, il s’est passé quelque chose de vraiment très drôle! ChatGPT a effectivement réussi à améliorer la lisibilité de l’image… mais il a du même coup fait disparaître le cigare de la bouche du père! C’est vrai que ce n’est pas bien de fumer en présence des enfants…

Alors je me suis dit que, tant qu’à améliorer la photo, si on pouvait faire disparaître des éléments, on pouvait certainement en ajouter.

« Ajoute la mère de famille à la photo. » — et pourquoi pas coloriser l’image, un coup parti?

Voilà le résultat:

Allez savoir les surprises que nous réservera la deuxième photo!

Une année manuscrite

Premier jour de l’année. Des résolutions? Non. Des souhaits? Certainement! Mais, surtout, une question importante: comment réussir à profiter pleinement de 2026?

Je suis de plus en plus convaincu que, pour réussir à répondre à cette question, il faut apprendre à ralentir de temps à autre.

Pas ralentir tout le temps, ce n’est pas réaliste. Mais réussir à casser périodiquement le rythme. Pour prendre le temps de regarder autour de moi, et de m’interroger sur ce que tout cela veut dire. Pour prendre le temps d’analyser le contexte, et de m’interroger sur les opportunités qu’il contient.

De quoi ce moment peut-il être l’occasion?

Est-ce que mon attention est à la bonne place? Est-ce que mon énergie est consacrée aux bonnes choses? Qu’est-ce qui, dans tout ce que je souhaite, pourrait devenir un peu plus probable si j’y consacrais, à cet instant, un peu plus d’efforts?

S’arrêter quelques instants permet parfois de réaliser que l’on consacre trop de temps et d’énergie à faire arriver des choses… qui arriveraient probablement de toute façon! C’est du temps mal investi. « Tu spinnes tes roues », comme le disait un de mes anciens mentors.

Il y a deux ans, j’avais souhaité que le fil conducteur de mon année 2024 soit de cultiver la conscience de l’occasion — sans réaliser l’importance des conditions pour le faire.

Au cours des derniers mois, j’ai trop souvent passé des journées entières sans m’arrêter un seul instant.

Pour éviter que ça se reproduise en 2026, j’essaie quelque chose depuis quelques jours. J’ai ajouté un cahier miniature au centre de mon cahier de notes… et je m’en sers comme d’autres font des « stories » sur leurs médias sociaux.

Je ne suis pas un expert des médias sociaux (c’est un euphémisme), mais une story, c’est, grosso modo, une photo ou une courte vidéo, partagée très spontanément, avec l’intention de témoigner du moment présent.

À divers moments, je sors mon cahier, et sur une page, j’écris quelques mots pour décrire sommairement le moment présent.

Regarder. Écouter. Sentir. Sourire.

Et écrire. Pas plus que ne peut en contenir la petite page.

***

28.12 | 10h
Le fleuve couvert de glace.
L’odeur des crêpes (avec un soupçon de rhum).
Le bruit de l’espresso qui coule.
Ana qui me tend une tasse.
Il était pour moi.

29.12 | 15h30
Lecture après une partie de Château Combo (j’ai perdu).
Par la fenêtre: un tableau de Jean-Paul Lemieux.
Jazz de Nah Youn Sun.
Je suis encore en pyjama.

***

Il ne s’agit évidemment pas de faire de chaque exercice une introspection philosophique. Mais, en s’arrêtant un instant, on ouvre la porte à cela.

C’est évidemment plus facile de le faire en vacances que dans le feu de l’action, mais je compte bien continuer à le faire, au moins une fois tous les jours (est-ce que ça fait de cela une résolution?).

Et ce n’est pas tout!

Question de s’amuser un peu autour de ça — et puisque les stories comportent une dimension « partage » — je me propose de transcrire certains de ces moments sur des cartes postales et de les envoyer à des amis.

Vous aimeriez recevoir une de ces cartes? Donnez-moi simplement votre adresse postale.

Ça pourrait même m’encourager à maintenir la discipline!

Les principes de Barlow

En 2018, j’étais tombé sur une liste de 25 principes établie par John Perry Barlow « pour guider son comportement et transformer les difficultés de la vie en défis ».

J’avais alors fait l’exercice d’identifier sept principes qui me semblaient particulièrement importants parmi les vingt-cinq proposés par Barlow.

J’ai refait l’exercice en 2022, puis en 2023 — évidemment sans regarder ce que j’avais noté précédemment!

Je viens de refaire l’exercice, toujours sans regarder.

C’est intéressant de constater ce qui apparaît et disparaît dans ma sélection — et ce que ça dit des difficultés et des défis que je rencontre.

Évidemment, quand un principe disparaît ce n’est pas parce qu’il ne m’apparaît plus important du tout — c’est seulement parce qu’il a cédé sa place parmi les sept qui me semblent les plus essentiels, à cette étape de ma vie. 

Si vous avez le goût de faire l’exercice, la liste est là, vers le milieu de la page: The 25 Principles for Adult Behavior.

Voici donc ma sélection pour 2025:

1. Be patient. No matter what.

4. Expand your sense of the possible.

5. Don’t trouble yourself with matters you truly cannot change.

7. Tolerate ambiguity.

10. Never forget that, no matter how certain, you might be wrong.

23. Live memorably.

24. Love yourself.

***

Pour comparaison, ma sélection du 1er janvier 2023:

1. Be patient. No matter what

3. Never assume the motives of others are, to them, less noble than yours are to you.

4. Expand your sense of the possible.

5. Don’t trouble yourself with matters you truly cannot change.

7. Tolerate ambiguity.

10. Never forget that, no matter how certain, you might be wrong.

23. Live memorably.

***

Ma sélection du 26 février 2022:

1. Be patient. No matter what.

3. Never assume the motives of others are, to them, less noble than yours are to you.

4. Expand your sense of the possible.

5. Don’t trouble yourself with matters you truly cannot change.

7. Tolerate ambiguity.

10. Never forget that, no matter how certain, you might be wrong.

22. Foster dignity

***

Et, finalement, ma sélection du 18 février 2018

1. Be patient. No matter what.

3. Never assume the motives of others are, to them, less noble than yours are to you.

4. Expand your sense of the possible.

7. Tolerate ambiguity.

8. Laugh at yourself frequently.

10. Never forget that, no matter how certain, you might be wrong.

16. Reduce your use of the first personal pronoun


(expérimentation créative du dimanche après-midi)

L’année en photos

Une fois Noël passé, on entre dans la période de la rétrospective — avant d’entreprendre une nouvelle année.

C’est le temps de repenser aux derniers mois, de toutes sortes de façon, pour constater le chemin parcouru, les plaisirs et les déceptions, et tenter de donner un sens à tout ça.

Des résolutions? Bof. J’aime mieux aborder la nouvelle année comme un projet de repas: qu’est-ce que j’ai déjà dans mon frigo? Qu’est-ce que j’ai à me procurer? Et qui est-ce que je souhaite inviter à ma table? 

***

Quoi de mieux pour commencer l’exercice que de refaire le tour des photos que j’ai prises dans les derniers mois? Ça permet évidemment de se rappeler, mais aussi, surtout, d’activer la mémoire émotive.

J’ai fait l’exercice hier soir, et je me suis endormi avec le sourire. Tellement de beaux souvenirs.

J’en ai conservé une sélection de dix-huit photos que j’aime particulièrement.

Je garde évidemment pour moi les photos de famille, d’amis et de collègues — même s’il y en a aussi des mémorables!

Les fées

Parmi les rituels de vacances: lire un récit de Sylvain Tesson. Cette fois, le plus récent: Avec les fées.

Tesson nous amène avec lui en voilier, de l’Espagne à l’Écosse, en passant par la Bretagne, l’Angleterre, le Pays de Galles et l’Irlande. Au fil des jours, pendant que ses compagnons gardent le cap, lui enchaîne les randonnées sur les promontoires à la recherche du merveilleux.

« Par les grèves et par les pointes (…) j’embarquais, naviguais quelques milles, débarquais, courais la lande [et] retrouvais le bateau à l’endroit convenu. »

« [le merveilleux] est une qualité du réel révélée par une disposition du regard. Il y a une façon d’attraper le monde et d’y déceler le miracle. »

« La fée ne se rencontre pas, elle se convoque. »

« Définition possible de la fée: la conscience d’un moment. »

Ce n’est pas le meilleur Sylvain Tesson que j’ai lu, mais j’ai quand même apprécié la lecture parce qu’elle a été marquée de belles coïncidences. Et y a-t-il plus belle manifestation des fées qu’une coïncidence?

Il est question de menhir — comme ici, il y a quatre jours.
Il est question de Jules Verne — comme ici, il y a deux jours.

Il est aussi question de Tentative d’épuisement d’un lieu parisien, de Perec, que m’avait suggéré Luc Jodoin il y a quelques années, et qui continue de m’inspirer pour prendre une photo à partir de la fenêtre de mon bureau, chaque matin, depuis maintenant près de quatre ans.

« La tentative d’épuisement est un exercice de gratitude. Le contemplateur dispose de peu: ses yeux et quelques mots à offrir à la beauté. On regarde, on enregistre. Le merveilleux s’invite. »

Petite déception: j’aurais aimé trouver aussi une référence à la Chaussée des géants, en Irlande, parce que ça m’aurait permis de faire un lien avec les petits cubes de ma série de textes fantaisistes… pour laquelle je cherche toujours une conclusion.

Malheureusement, Tesson et ses compagnons ont mis le cap vers le Nord, en direction de l’Écosse, quelques miles trop tôt. Rendez-vous manqué.

***

Au fil de la lecture, j’ai aussi apprécié quelques phrases qui m’ont semblé faire échos aux affres et aux joies de l’expérience politique:

« Nous avons essayé de faire au mieux, mais ce fut comme d’habitude. »

« Je me tenais sur un point de contact entre le réel et l’idéal. »

« Un sentiment de plénitude (…) une convergence des sensations, des émotions, des observations, cette croisée des transepts. »

***

Je termine la rédaction de ce texte en savourant un thé Earl Grey, comme le faisait Tesson au moment où il a appris la mort de la reine Elisabeth, en Bretagne, sur la route du retour de son aventure à la voile.

« La mort d’une reine était leur tristesse (…) Ils s’en relèveraient en sacrant Charles. »

Mais alors! Attendez! Je l’ai cette conclusion… puisque le premier texte de la série inachevée s’appelait Salut Charles! — et trouvait son inspiration de la découverte d’une pièce de dix cents… sur laquelle figure le nouveau roi… au verso d’un voilier!

C’est presque invraisemblable…

« Les Fées existent quand on travaille à les faire apparaître. »