Un pas à la fois

Ça fait déjà quelques semaines que j’ai revu la forme de mon blogue pour me permettre d’y écrire plus librement: parfois sans photos, des textes plus courts, des réflexions plus variées — voire de simples observations.

Mais je n’ai rien écrit de plus. Syndrome de la page blanche? Peut-être un peu… mais surtout, beaucoup, beaucoup de temps consacré à marcher, courir, profiter du grand air. Souvent tôt le matin.

Presque 15000 pas en moyenne en avril, encore un peu plus en mai — ça fait le plus grand bien!

Sauf que le temps consacré à la lecture et à l’écriture en souffrent évidemment un peu…

Les Laurentides, tôt le matin, du haut de la rue Cherbourg

Brasser nos façons de faire

Le primaire devrait ressembler à un camp de vacances perpétuel, avec plus de plein air, de contacts avec les choses essentielles et tangibles. Pour faciliter ce type d’enseignement, le calendrier scolaire pourrait être inversé: les grandes vacances l’hiver, quand les déplacements sont plus difficiles et que, comme la nature, on se mettrait en latence. Le printemps, l’été et l’automne ont des journées plus longues et des températures qui rendent l’enseignement en plein air réaliste.

Il faut oser brasser nos façons de faire, c’est ça une révolution!

Je dis cela en demeurant consciente que le changement ne se fait pas du jour au lendemain. (…)

J’ai confiance dans les générations futures, je suis du côté de l’espoir.

Élisabeth Cardin, Stoppons l’effritement de notre relation au territoire, dans Caribou.

Reprise

Je n’ai pas écrit ici depuis le 7 février… sans raison particulière. Appelons ça une pause. En vingt ans, il y en a eu d’autres… et des bien plus longues!

Je commence toutefois à sentir le besoin de reprendre — mais comment? Pour partager quoi? On verra bien… Je ne vois pas mon blogue comme une publication… pas tant besoin de cohérence. C’est plutôt un reflet de mon état d’esprit… Et par les temps qui courent, mon esprit butine… alors ce sera probablement ça l’esprit des prochains jours / semaines.

Probablement des images, des extraits de textes qui attirent mon attention, peut-être de courtes réflexions par-ci, par-là.

Ceux qui colonisent notre vision de l’avenir

J’aime beaucoup quand les coïncidences dans mes lectures ont pour effet de mettre en relief des choses importantes. C’est encore arrivé ce matin.

Dans mon Feedly, que j’utilise pour suivre différentes sources d’information (médias, blogues, etc.), il y avait ce texte:

Billionaire capitalists are designing humanity’s future. Don’t let them

En gros: les plus riches (le 1% du 1% du 1%) sont en train de modeler l’imaginaire collectif, de nous imposer leurs rêves, leurs façons de voir le monde. Ce n’est pas nouveau, mais c’est encore plus vrai aujourd’hui étant donné l’ampleur des inégalités et leur outrageuse influence sur les médias de toutes sortes. Pour reprendre les mots de Roman Krznaric, ils sont en train de coloniser le futur — notre futur et celui des prochaines générations.

Pour Matt Shaw, nous n’avons pas à accepter qu’ils exercent une influence indue sur notre façon d’imaginer l’avenir. Je partage son avis. Ça me semble même absolument fondamental. 

Mais alors, quoi faire pour résister?

La réponse était dans une fantastique infolettre que je reçois chaque dimanche matin, Sentiers, qui est éditée par Patrick Tanguay. 

Dans l’édition de ce matin, il y avait cette citation de Madeline Ashby:

« Talk, loudly and frequently and in detail, about the future you want. You can’t manifest what you don’t share. »

La citation pointait vers ce texte:

This year, talk about the future you want

Extraits:

« It’s the same with any particular vision of a future. […] this doesn’t always work. […] Eventually, you have to do the work. You have to commit. But in the meantime, you can refine a lot of ideas if you bounce them off your friends and peers and neighbours. »

« So maybe that’s really my advice for 2018, and the years following it: talk to your neighbours about the future you want. »

Ça m’a ramené à la lecture de From What is to What if — Unleashing the power of imagination to create the future we want. Une de mes lectures importantes de 2020.

Et je me dis qu’il n’y a pas de moment plus propice que 2021 pour prendre le temps d’exprimer généreusement nos visions du futur — sans prétention. Pas pour les imposer à personnes, mais pour les partager, confronter nos idées, trouver des voies communes, s’inspirer les uns les autres… et éventuellement se retrousser les manches, ensemble. 

Comme 2021 sera vraisemblablement encore au le rythme de la pandémie… et que 2022 devrait être au rythme de la reprise… autant profiter de 2021 pour se mettre les idées au clair en prévision de 2022… 

Il faut cultiver l’espoir d’un monde meilleur, et pas juste pour les plus puissants.

Comme le rappelle si bien Emma Marris dans ce texte publié dans The Atlantic:

« Hope for the future is a reasonable and necessary prerequisite for action. »

Trop de superlatifs!

On vient d’entrer dans le 11e mois de la pandémie. Tout le monde est évidemment tanné. Et tout le monde a compris qu’on en a encore pour plusieurs mois. Chacun doit trouver sa manière pour passer à travers.

Je délaisse pour ma part de plus en plus les médias — et même les journaux, dont j’étais un avide lecteur.

Je leur accorde moins d’attention parce que je suis tanné de l’abus des superlatifs. On dirait qu’il y a une surenchère pour attirer l’attention des lecteurs, pour susciter des réactions et pour provoquer l’indignation.

Tout a l’air d’être devenu grave, irréversible ou catastrophique. Et les débats que les textes provoquent sont à l’avenant: très polarisés. Je suis tanné de ça.

Comme cet article, à la une du Devoir de ce matin:

L’école virtuelle susceptible de donner des résultats «catastrophiques»

Il faut tout mettre en œuvre pour garder les écoles ouvertes préviennent des experts.

Franchement!

Et pourquoi ces guillemets? Le titreur savait que le terme était exagéré et a choisi de le conserver quand même? C’est une erreur — je décroche.

J’ai compris que les temps sont difficiles. Je sais que rien n’est simple. Je sais que la situation actuelle n’est pas idéale. Je sais que tout le monde fait son possible et que, trop souvent, ça reste insuffisant. Mais est-ce que c’est nécessaire de toujours faire craindre le pire?

Il y a des experts qui pensent qu’on court à la catastrophe. Soit. Il y a très probablement aussi des experts pour dire le contraire. Et d’autres (heureusement) pour apporter des nuances dans tout ça. C’est comme ça pour tous les sujets.

Je n’ai plus envie de me réveiller le matin pour me faire dire que le monde va encore plus mal que je le pense. Que tout est plus grave que je le crois et que bientôt le ciel va me tomber sur la tête.

Je pense que cet état d’esprit m’épuise encore plus que la pandémie elle même.

Je ne comprends pas que les médias adoptent cette attitude. Le contexte leur offre pourtant une belle occasion de démontrer le rôle qu’ils peuvent jouer pour cultiver un bon état d’esprit dans la population — pour contribuer à notre santé mentale individuelle et collective.

J’aimerais voir à la une des journaux des textes nuancés. Des textes qui engagent les lecteurs au lieu de leur faire baisser les bras. Des textes qui donnent envie de poser des gestes, au lieu de se dire que ça ne sert à rien. Des textes qui font des lecteurs des acteurs sociaux à part entière au lieu d’en faire des spectateurs-commentateurs des décisions prises par d’autres.

J’aimerais lire et entendre des experts qui ne se contentent pas de dénoncer, mais qui éclairent les prochaines étapes. Des experts qui apaisent aussi — parce que la panique n’est pas un bon guide et qu’elle nourrit très souvent les extrémismes.

J’ai besoin que les médias m’aident à rester ancré, à prendre un peu de recul, à mettre les choses en perspective — et surtout pas à me faire grimper dans les rideaux.

Je veux qu’on me rappelle qu’il y a eu des situations bien pire dans l’histoire, qu’on est passé à travers… et que cette fois aussi on va passer à travers — et d’autant plus facilement si on réussit à garder un peu d’optimisme.

Ça fait que c’est ça qui est ça… je suis ben ben tanné de tous ces superlatifs.

L’art de (me faire) marcher

« La marche est une activité ambiguë et infiniment fertile: elle est en même temps un moyen et une fin, un voyage et une destination. »

La citation est de Rebecca Solnit, dans L’Art de marcher — un livre dont je ne connaissais pas l’existence avant d’en recevoir un exemplaire par la poste hier midi.

Le livre était accompagné d’une note de la libraire (la calligraphie me suggère le féminin), qui m’indique que le livre est un cadeau et qui est complétée par ces quelques mots, retranscrits par sa main:

« Un livre parcours pour tes pérégrinations d’écrivain! Joyeuse année 2021! Un lecteur. »

Rien d’autre!

J’ai pensé que la librairie d’origine pourrait m’offrir un indice: Papeterie des Hautes-Rivières, à Mont-Laurier… Mais non, parce que je sais que les membres de la coopératives des librairies indépendantes du Québec mettent leurs stocks en commun lorsque c’est nécessaire pour pouvoir répondre rapidement à une commande. Dans ces cas, c’est la librairie qui dispose d’un exemplaire qui fait l’envoi. Et selon ce que je peux voir sur le site des LIQ, c’était le seul exemplaire disponible dans tout le réseau, alors… je ne peux rien en conclure!

Mon hypothèse est qu’une des personnes qui a lu mon calendrier de l’avent marché — et peut-être, plus encore, cette histoire de paquet anonyme — veut ajouter au mystère.

…et nourrir du même coup ma réflexion en prévision du tour du monde à pied que je viens tout juste de commencer — à Uashat.

J’aime ça — j’aime vraiment beaucoup ça!

Merci cher lecteur, très grand merci!

« Ce sont les imprévus, les incidents inattendus entre les jalons officiels d’un parcours qui donnent son sens à la vie » (Rebecca Solnit)

Bricolages

Un ami m’a fait réaliser dans les derniers jours que quand j’ai quitté Facebook, j’ai aussi délaissé le compte Instagram (qui y était lié) et que je n’ai pas fait de suivi avec les gens qui me suivaient à cet endroit. L’ami avait perdu ma trace…

Je ne suis jamais revenu à Facebook (et je n’en ai toujours pas l’intention!), mais pour Instagram c’est différent. Je me suis rapidement créé un autre compte parce que c’est le meilleur moyen que j’ai trouvé pour nourrir mon imagination quotidiennement. Je suis surtout abonné à des comptes d’artistes et d’artisans (et quelques amis, évidemment). C’est un espace qui me fait du bien.

Malgré ça, j’avais un peu délaissé Instagram depuis quelques mois (manque de temps)… mais la famille m’a incité à m’y remettre dans le temps des Fêtes, et j’y (re)trouve le même plaisir. J’ai même recommencé à y publier quelques petites choses, des expérimentations très variées (et ça continuera de l’être!).

Je vois mon compte Instagram comme une sorte de babillard où je peux accrocher ce que je fais, qui m’inspire ou ce qui me plaît, sans aucune obligation de cohérence — aucune!

Si mon éclectisme vous intéresse: https://www.instagram.com/victorin_75/

Un jour à la fois (encore!)

1er janvier 2021. Enfin!

Mais pourquoi enfin!, d’ailleurs?

Je pense qu’on dit ça parce qu’on a tous besoin de se donner des objectifs — et de pouvoir se réjouir de les avoir atteints. Surtout par les temps qui courent! On s’est rendu en 2021. Bravo nous! C’est un peu ça…

J’ai écrit 85 textes sur mon blogue en 2020. Des textes plus variés que jamais. J’ai essayé des choses, et je compte bien continuer dans les prochains mois.

J’ai relu quelques-uns de ces textes ce matin. Je retiens particulièrement celui que j’ai écrit le 20 mars, après une semaine de confinement:

«J’ai l’impression que la question la plus déterminante à ce stade-ci est de savoir si, au sortir de tout ça, dans quelques mois, ce sont plutôt les nouvelles contraintes qui influenceront notre avenir ou si ce sont plutôt les nouveaux possibles. (…) Dans le premier cas, la pandémie aura plombé notre avenir pour longtemps alors que dans le second elle nous aura peut-être, au contraire, ouvert de nouveaux horizons. Je choisis d’être optimiste.»

Neuf mois plus tard, je reste optimiste. L’épreuve se prolonge, c’est vrai, c’est encore difficile, mais je crois encore que les nouveaux possibles vont finir par l’emporter sur les contraintes.

Sauf que ça ne se fera pas tout seul! Il faut qu’on prenne soin de nous — pour se rendre au bout de l’épreuve… et, pour ça, il faut qu’on continue de porter particulièrement attention au beau et au bon, qu’on s’émerveille et qu’on partage.

Pour cette raison, je me dis que ce qui sera le plus important en 2021 ce sera de s’exercer à voir les possibles, même quand ils sont bien cachés, de se pratiquer à sortir des sentiers battus, d’expérimenter — et d’oser essayer de nouvelles choses!

C’est comme ça qu’on va pouvoir passer à travers l’année, un jour à la fois, avec le sourire, et se préparer à rebondir en 2022.

Ça n’a jamais été plus important de se préparer à changer le monde, parce que la fin de la pandémie devrait nous offrir des occasions exceptionnelles pour le faire.

Le monde ne va pas changer par lui-même: c’est nous qui devrons le changer.

Si on le souhaite, autant s’y préparer.

Go 2021! On t’attend de pied ferme!

Le tour du monde à pied

Ce texte marque le véritable départ d’une série intitulé Le tour du monde à pied.

Uashat. 

C’est le nom que j’avais à l’esprit en me réveillant.

J’ai tapé Uashat dans Google, j’ai cliqué sur Maps, et je suis passé en mode Street View.

Ce 31 décembre 2020, avant d’aller pelleter, j’ai marché une trentaine de minutes à Uashat… en juin 2013! 

***

Les rues sont larges et les maisons modestes. Il y a très peu d’arbres sur les terrains, qui sont sablonneux et parfois entourés de très basses clôtures. Il arrive qu’on voit la baie, mais curieusement, aucun endroit ne semble aménagé pour pouvoir la contempler. Le mieux que j’ai pu trouver est une impasse clôturée. Le seul immeuble qui s’y trouve est placardé. Si je n’avais pas été limité par le regard automobile de Google, j’aurais pu m’aventurer sur la grève, mais là… impossible de sortir des sentiers battus. Dommage.

En une centaine de doubles-clics, j’ai pu parcourir presque toutes les rues d’Uashat. Une promenade qui m’a laissé l’impression d’un injuste dépouillement. C’est une impression qui a été renforcée par le fait que je me suis brièvement égaré pendant ma promenade: en quelques pas, je me suis retrouvé un peu hors de Uashat, dans un quartier résidentiel de Sept-Îles. Je m’en suis rendu compte parce qu’il y avait soudainement beaucoup plus d’arbres et les terrains étaient gazonnés. 

Je suis retourné sur mes pas et j’ai revu les enfants qui jouaient. Dix ans, douze ans, peut-être. J’ai résisté à leur dire qu’on les verrait peut-être au grand écran, comme comédiens dans un film qui serait tourné à Uashat en 2018… à partir de l’adaptation d’un roman que venait tout juste d’écrire une jeune femme de la communauté. Je ne crois pas qu’ils m’auraient cru. Heureusement, l’invraisemblable est parfois possible — et c’est une histoire qui pourra inspirer leurs petites soeurs et leurs petits frères.

En repassant sur le boulevard des Montagnais, je me suis arrêté au Casse-croûte du vieux poste pour manger une poutine. Google avait tenu à m’informer que les frites valaient à elles seules le détour par Uashat.

Repu, j’ai ensuite opté pour faire une courte sieste, la tête appuyée sur mes bras, assis à la table à pique-nique.

Je trouve que c’était un bien bel endroit pour commencer un tour du monde à pied.

Le tour du monde?

Bon ben… je ne suis pas très fier de moi. Aussi bête que ça puisse paraître, je n’avais pas pensé copier-coller les textes dans Google pour être mis sur la piste de leurs sources. Je ne comprends pas ce qui a pu se passer… simple distraction ou dérèglement spatio-temporel? Aurais-je oublié qu’on est en 2020? Quoi qu’il en soit, Benoît Melançon l’a fait, lui — et avec succès!

Ainsi donc:

Le premier texte est un extrait de De la marche, de Henry David Thoreau.

Le deuxième texte est un extrait de L’anomalie, d’Hervé Le Tellier — qui a gagné le plus récent prix Goncourt.

Le troisième texte est un extrait de la nouvelle Le décret, de Marcel Aymé, qui est dans le recueil Le passe-muraille (une de mes nouvelles préférée en plus! et que j’ai pourtant lu des dizaines de fois!).

Le quatrième texte est un extrait de Les États-Unis du vent, de Daniel Canty.

Et le cinquième texte, qu’il fallait déchiffrer, est la fin du Tour du monde en 80 jours, de Jules Verne (les voyelles étaient remplacées les unes par les autres, simplement…).

Tous des livres de voyages — dans l’espace ou dans le temps (ou les deux!).

Et je dois admettre que sont même des livres que j’ai pu retrouver assez facilement dans ma bibliothèque… ce qui ne rendra pas facile de contredire Benoît, qui me soupçonne d’avoir inventé cette histoire de paquet anonyme pour jouer avec mes lecteurs.

J’ai d’abord été un peu insulté d’une telle insinuation (surtout faite publiquement dans les commentaires de mon blogue!), mais quelques heures plus tard, beaucoup de philosophie, et un bon café, je l’accepte mieux.

Je réalise même qu’il a peut-être raison: c’est peut-être moi qui me suis envoyé ce paquet… Pas moi, moi, mais un autre moi.

Un moi du futur, par exemple (d’un proche futur) qui souhaiterait m’offrir un point de départ rassurant — pour m’aider à commencer une autre expérience d’écriture, comme celle de décembre, parce qu’il sait que sans ça, je n’oserai probablement pas me lancer. Ça, ça se pourrait!

Parce qu’il faut bien dire que la fiction, ça n’a pas tellement été ma tasse de thé sur ce blogue depuis vingt ans. Mais bon… la leçon de tout ça c’est peut-être qu’il va falloir que je commence à être prudent avec le futur! avec mon futur…

***

Alors donc, reprenons l’hypothèse: un deuxième moi m’aurait envoyé un paquet, de façon anonyme, probablement pour m’inviter à écrire, au gré du vent, une histoire de marche autour du monde, dans laquelle il serait possible de jouer avec le temps? L’idée est amusante!

Ce serait l’fun que ce soit ça en tout cas… J’en viens même à espérer que Benoît a raison!

Alors je croise les doigts pour qu’un point de départ arrive bientôt dans ma boîte de courriels.

Les textes

Ça m’a trotté dans la tête toute la journée hier… mais j’ai beau lire et relire les textes, je ne trouve pas. Je ne trouve ni leurs sources ni le lien qui les unit (s’il y en a un!). Je ne trouve pas non plus la signification du cinquième texte, qui reste indéchiffrable.

Je soupçonne que la personne qui m’a envoyé ça a apprécié mon Théâtre matinal et souhaite initier une nouvelle histoire… Alors ainsi soit-il. Je vais jouer le jeu!

En commençant par partager avec vous les cinq textes que j’ai trouvés dans le paquet — je pense qu’il va falloir s’y mettre en groupe!

Je pense même que c’est ce que le coquin espérait.

(merci à Google Lens, qui permet de faire de la reconnaissance de caractères à partir d’une photo!)

Texte 1:

« Mes alentours offrent force belles balades, et bien que j’aie marché presque chaque jour depuis tant d’années, et parfois plusieurs jours d’affilée, je ne les ai pas encore toutes épuisées. Une perspective absolument neuve est un grand bonheur, et je puis encore en dénicher n’importe quel jour. Deux ou trois heures de marche m’entraîneront dans une contrée étrange que je ne me serais pas attendu à voir. »

Texte 2:

« Supposons que l’espace puisse se replier comme une feuille de papier… mais selon une dimension qui ne nous est pas accessible, qui n’est aucune des trois que nous connaissons. Si notre univers est bien régi par la théorie des cordes, c’est un hyperespace en dix, onze ou vingt-six dimensions. Dans ce modèle, chaque particule élémentaire est une cordelette qui vibre différemment des autres, aux dimensions enroulées sur elles-mêmes. Vous me suivez?… »

Texte 3:

« Ce qui, au premier examen, parut le plus remarquable, ce fut l’extraordinaire facilité avec laquelle on avançait l’heure d’été d’une ou deux unités. A la réflexion, rien n’empêchait de l’avancer de douze unités ou de vingt-quatre, voire d’un multiple de vingt quatre. Peu à peu, l’idée se fit jour que les hommes pouvaient disposer du temps. Sur tous les continents et dans tous les pays, les chefs d’Etat et les ministres se mirent à consulter des traités de philosophie. Dans les conseils de gouvernements, on parlait beaucoup de temps relatif, de temps physiologique, de temps subjectif et même de temps compressible. Il devint évident que notion de temps, telle que nos ancêtres se l’étaient la transmise de millénaire en millénaire était une assez risible balançoire.»

Texte 4:

« Je pars à minuit, par souci symbolique. À mon retour chez moi, la révélation de l’aéroport de ma destination m’attendra dans ma boîte de courriels. Le taxi traverse la ville. Je devrais compter les réverbères. Ça m’aiderait peut-être à dormir. On promet de la neige pour demain. Pourquoi suis-je si nerveux? »

Texte 5:

« Eonso dunc Pholies Fugg eveot gegni sun pero. Ol eveot eccumplo in qyetri-vongts juyrs ci vuaegi eytuyr dy mundi! ol eveot impluai puyr ci feori tuys lis muains di trenspurt, peqyibuts, reolweas, vuotyris, aechts, betomints di cummirci, treonieyx, iliphent. L’ixcintroqyi gintlimen eveot dipluai dens citti effeori sis mirviolliysis qyelotis di seng-fruod it d’ixectotydi. Meos epris? Qy’eveot-ol gegni e ci diplecimint? Qy’eveot-ol reppurti di ci vuaegi? »

***

Les feuilles sont maintenant pliées dans la poche avant gauche de mon pantalon. Les amandes aussi. Chaque fois que je mets la main dessus, ça me fait penser de continuer à chercher… 

Je finirai bien par trouver.

Un paquet anonyme!

Il y a visiblement quelqu’un qui veut s’amuser avec moi…

Je viens de trouver un petit paquet adressé à Monsieur Clément Laberge dans la boîte aux lettres. Avec un collant Fragile sur chaque face. Pas d’adresse de retour. Aucun indice de qui me l’a envoyé. Je l’ai évidemment ouvert tout de suite.

J’ai trouvé à l’intérieur une autre petite boîte, qui contenait cinq petites feuilles roulées sur elles-mêmes, attachées par un ruban rouge (comme ceux avec lesquels on emballe les cadeaux de Noël).  Il y avait aussi un petit sac de velours bleu fermé avec un mince cordon doré. Et dans le petit sac: cinq amandes. 

Rien d’autre! Aucune explication.

Il y a du texte sur les feuilles. Ça semble être des extraits de livres. C’est en français, sauf un, qui est indéchiffrable. Ils ont été transcrits sans indication de la source. Dans une police de caractère banale, évidemment (Palatino, je pense). Pas d’indice là non plus. On veut me faire chercher…

J’ai quelques soupçons sur qui peut m’envoyer ça… mais je vais être bon joueur et essayer de résoudre l’énigme proposée avant d’essayer de deviner.

Une chose à la fois!

Mon théâtre matinal

Le 1er décembre, je m’étais donné le défi d’aller marcher une trentaine de minutes tous les matins et d’écrire un court texte à mon retour pour partager mes observations.

Je m’étais promis de faire ça jusqu’au 24 décembre, à la manière d’un calendrier de l’avent. Je ne savais pas à quel point cela allait me réserver des surprises!

L’aventure étant maintenant terminée, je regroupe ici des liens vers l’ensemble des textes. Certains de mes amis y ont vu une sorte de conte de Noël. À vous de juger.

24- Nicolas

Décidément! À l’avenir, quand on va me parler de la magie de Noël, c’est à ce Noël-ci que je vais penser. Noël 2020, le Noël d’une sale année! Qui l’aurait cru?

C’est incroyable ce qui s’est passé ce matin! Yvon et Camille ont été FAN-TA-STI-QUES!

Mais je vais essayer de me calmer un peu pour vous raconter ça du début.

***

Ça n’a pas été facile de me lever, un peu avant 6h, pour aller marcher le 24 décembre. Mais je m’étais donné un défi le 1er décembre, je n’allais certainement pas lâcher si près du but. Alors je suis sorti du lit, j’ai vérifié la température (-8, pas pire), je me suis habillé et je suis sorti, en me réjouissant à l’idée que demain je pourrais rester couché!

En sortant, j’ai remarqué qu’une auto attendait devant la maison. Le moteur tournait. Quelqu’un était au volant en train de regarder son iPhone, ou quelque chose du genre. Quand la personne m’a vu sortir, elle a arrêté le moteur et elle est sortie de la voiture.

C’était mon ami Nicolas Lafleur. Je ne l’avais pas vu depuis longtemps. On allait au secondaire ensemble.

— J’ai découvert tes textes il y a quelques jours, par un ami qui les a partagés sur Facebook. Mais je me suis demandé si c’était vrai tout ça. Alors j’ai décidé de venir vérifier! Et comme je savais où tu habitais, ben me voilà! 

Il avait l’air encore plus surpris de me voir sortir de la maison que moi de le trouver là.

— Tu vois ben que c’est vrai! 6h, je pars marcher!

— Tu ne t’en tireras pas si facilement! Je vais marcher avec toi, si ça te va?

— Avec plaisir mon cher!

C’est comme ça qu’on est parti vers la rue de la Cour, puis Normandie, puis Dijon. 

On se donnait des nouvelles de nos vies respectives quand le visage lui a soudainement changé. Il est devenu pas mal moins loquace. Au bout de la rue de Dijon, les gardiens du Phare, Yvon et Camille, nous attendaient.

— 24 décembre, il fait beau, c’est doux… on a décidé de sortir faire le dernier tour avec toi. Si ça te va!

Leur sourire était magnifique. Tellement en fait que j’aurais dû me douter de quelque chose! Parce que les surprises ne faisaient que commencer!

Dans le haut de la rue de Tilly, monsieur Bonsaï nous attendait aussi. Il s’est joint à nous pour la marche! Et même chose avec Mme Pepperpot!

Comment était-ce possible?

Eh bien imaginez-vous donc que Yvon et Camille, qui avaient fait la marche avec moi il y a quelques jours, et à qui j’avais pointé toutes les maisons où j’avais laissé une carte, ont refait le chemin hier après-midi et laissé une nouvelle note pour proposer une marche collective à tous les personnages de mon récit. Avec leur numéro de téléphone. Et c’est comme ça que tout s’est organisé.

C’est fou d’même! Je n’en reviens pas. Nicolas était sans mots. Dire qu’il s’était levé avec l’intention de me prendre en défaut… pour pouvoir dire sur Facebook que j’avais tout inventé, que je ne sortais même pas marcher. Ben voilà: bien pris qui croyait prendre!

Nous étions donc six marcheurs quand nous sommes arrivés au grand stationnement de l’église. Et là… et là…

Les autres étaient là! 

Roger Lafontaine, l’amateur d’horloges, la mère et ses trois filles… Tous réunis autour du pickup du Père-Noël, qui avait été décoré avec une guirlande lumineuse!

Ils avaient descendu la rue des Écureuils pour nous rejoindre à mi-parcours! Pour célébrer Noël (et la fin de mes marches matinales!) ensemble. C’est’y pas extraordinaire? J’ai les yeux humides en écrivant ça. C’est beau sans bon sens.

Il y avait même un gros thermos de chocolat chaud et des verres pour tout le monde. C’était magique. Vraiment! Je ne sais pas comment je vais pouvoir remercier Yvon et Camille pour tout ça. J’ai pris un chocolat chaud avec le Père-Noël le 24 décembre… je n’en reviens pas encore! 

Après une vingtaine de minutes de réjouissances, j’ai été chassé… amicalement!

— Faut que tu ailles écrire ton dernier texte! On a hâte de lire ça!

On les a salués, Nicolas et moi, et nous sommes repartis vers la maison.

Je n’oublierai jamais ce moment. Tout le monde était souriant, fier d’avoir participé à une folie pas possible. Une folie qu’on aura vécue ensemble. Une folie qu’on sera probablement les seuls à savoir vraie — parce que presque personne ne nous croira quand on va la raconter.

C’est dommage que je n’aie pas pensé prendre une photo, maudit! 

Je n’y ai pensé que sur la route du retour, en croisant le chemin Sainte-Foy. Nicolas n’y a pas pensé non plus. Je pense qu’il le regrette encore plus que moi.

Heureusement qu’il était là! Il va pouvoir confirmer tout ce que j’écris! Il a même accepté que je vous communique son adresse courriel si vous voulez vérifier: nicolaslafleur73@gmail.com.

Non mais… quelle histoire! Je n’aurais tellement pas pu deviner tout ce qui allait arriver quand j’ai commencé ces marches! C’est fou! Magique! Ça donne presque le goût de recommencer… mais demain je vous garantis que je vais rester coucher. J’en ai besoin!

Joyeux Noël tout le monde!

23- La remorque

Ouf, je dois vous dire que ça n’a pas été facile de me lever ce matin. Premier jour de vacances, après un automne de fou, et un mois de décembre terriblement exigeant. J’ai snoozé deux fois le réveil… avant de me dire que je ne pouvais pas faire ça. 

Je ne pouvais pas leur faire ça. Et s’ils étaient à leur fenêtre? Voire qu’ils m’attendaient pour aller marcher?

Je ne pouvais pas vous faire ça, non plus… surtout qu’il y a tout plein de nouveaux lecteurs depuis hier! C’est l’fun!

Alors je me suis botté le derrière, je me suis préparé en vitesse et je suis parti, malgré le froid (décidément, ce matin… ce n’était pas facile). À peine un peu plus tard que d’habitude. 

***

Je pense que je ne suis pas le seul à être tombé en vacances hier. Les lumières des maisons étaient presque toutes fermées. Un jour de semaine. Même chez la mère et ses trois filles (21da), la lumière était fermée. Mais les décorations de Noël extérieures étaient allumées! Je pense que c’était la première fois. Oubli, ou salutation discrète? J’ai choisi la deuxième option!

Je me suis retourné en passant devant chez Roger Lafontaine. Il était à sa table et s’est levé pour me saluer. Je trouve ça merveilleux!

Par la suite, rien à signaler avant d’arriver chez madame Pepperpot (39da). Elle était dans sa fenêtre de cuisine. Je me suis imaginé qu’elle m’avait attendu dans la fenêtre du salon, mais que comme je m’étais fait attendre, elle s’était mise à préparer son déjeuner (madame, si vous lisez ce texte, je m’en excuse!).

Juste à côté (40da), c’est la maison du Père-Noël. Qui l’eût cru: il a un démarreur à distance! Le moteur du pickup réchauffait. Et, plus important encore:  il y avait une remorque attachée à l’arrière. Pour celles et ceux qui douteraient encore que les préparatifs de la grande nuit sont bien en cours… 

Les décorations de la maison de monsieur Bonsaï étaient allumées. Je crois que là aussi c’était la première fois. Ça m’a fait chaud au coeur. Mais lui était visiblement resté couché. Le chanceux. 

En tournant vers la rue Martigny, j’étais un peu triste à l’idée que l’aventure se terminerait bientôt. Dernier jour du calendrier de l’avent demain. Il me semble qu’on commence tout juste à se connaître. Mais je ne vais quand même pas continuer ça tous les jours…

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Je vous ai déjà parlé de la maison où il y avait eu un incendie quand j’étais petit, au 53ga. C’est là qu’un petit garçon m’avait vu prendre une branche d’arbre cassée pour m’en faire un crayon.

Eh bien depuis deux jours, c’est un garçon d’une vingtaine d’années qui est assis devant la télévision quand je passe. 

Je me suis demandé si ça faisait tellement longtemps que je faisais cette marche que je l’avais vu grandir. Déjà jeune adulte! Incroyable…

Je vous assure que c’est ça qui m’est passé par la tête (les lecteurs qui me connaissent bien ne seront probablement pas surpris!)… mais je vous rassure: je sais bien que ça n’a pas de bon sens. Je me doute bien que c’est probablement un frère, qui étudie peut-être à Montréal, et qui est de retour dans la bulle familiale pour les Fêtes. Ça se peut… n’empêche… c’est tellement l’fun de laisser un peu vagabonder son imagination!

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Bon… avec tout ça il est déjà 7h30. Je vais publier le texte… et retourner me coucher une petite heure.