11 septembre + 21

Chaque 11 septembre, je me souviens évidemment de ce matin-là. J’étais à New-York. Je l’ai déjà évoqué, ici et , notamment.

Au réveil ce matin, je me disais que c’est, lentement mais sûrement, le souvenir de cet événement qui me permet d’apprivoiser le vieillissement, et l’impression étrange d’avoir vécu une autre époque. Parce que tout a tellement changé depuis ce temps: politiquement, technologiquement, socialement, etc.

En lisant cet article de The Atlantic, me revient aussi vivement à l’esprit ce sentiment d’invraisemblance — le constat que la vie ne tient qu’à un fil et la nécessité d’accepter la fatalité. La pensée que chaque petite décision et chaque petit geste peut changer en profondeur le cours des choses — malgré nous — et qu’il faut l’accepter, sereinement.

« There are so many points of luck that make you realize how random life is. »

Vingt-et-un an tard — la leçon est toujours aussi claire à mon esprit: il est important de savourer chaque instant qui passe.

Créativité

Hier c’était journée créativité: promenade sur la grève pour récupérer des matériaux, installation sur la table à pique-nique, face au fleuve, puis laisser libre cours à l’imagination.

J’ai fait deux créations au cours de l’après-midi, dont celle-ci: une sorte de mobile composé de bois de grève, de cailloux et de fil d’aluminium.

Les petits cailloux sont placés dans de petits « paniers » de fil d’aluminium. Le plus gros caillou, qui sert de contrepoids — est, lui, très bien attaché.

Il y a des choses interchangeables, d’autres pas.

Il y a un autre caillou, discrètement déposé sur la base du mobile. Si on le soulève… tout bascule parce que la base est instable.

Les choses importantes, indispensables, existentielles.

Et le plus amusant, c’est que je constate ce matin qu’en déposant mes bras sur la table, les petits cailloux se sont aussitôt mis à se balancer discrètement au rythme de mon pouls — avant même de commencer à écrire.

Un bel objet pour méditer en prévision de la rentrée.

J’ai mon voyage

Photo: LesPac

(Suite de la série La valeur des histoires)

Cette valise est une malédiction. Je l’ai achetée l’an dernier sur LesPac. En l’ouvrant, j’ai trouvé une enveloppe. Dans l’enveloppe, une lettre manuscrite:

« Merci d’avoir acheté cette valise, vous me permettrez ainsi de poursuivre l’écriture de mon roman. Chaque personne qui achète la valise doit faire un voyage (un seul!) et remettre la valise en vente après avoir apposé un autocollant dessus. Je surveille chacune de ses mises en vente sur LesPac et je communique chaque fois avec les vendeurs.

Je sais qui vous êtes, l’acheteuse précédente me l’a dit.

Si vous ne respectez pas mes indications et ne réussissez pas à revendre la valise vous deviendrez la victime du meurtrier (dans le roman, évidemment!).

Je compte sur vous pour que l’histoire se poursuive. »

J’ai maintenant fait mon voyage. Je vous offre donc la valise. Pas cher. N’hésitez pas! C’est peut-être votre seule occasion de prendre part à la rédaction d’un best-seller et d’y trouver votre nom dans la liste des remerciements (je compte sur l’auteur pour cela, puisqu’il lira cette annonce). C’est une aubaine!

Je vous en prie, achetez vite cette valise et évitez-moi de devenir la victime du roman. Ce serait trop, je ne m’en remettrais pas. Déjà que j’ai failli mourir dans un grave accident d’auto en rentrant de l’aéroport la semaine dernière…

Je compte sur vous. Vraiment.

Tout un village

Photo: Kijiji

(Suite de la série: la valeur des histoires)

Difficile de croire que cet ensemble de boutons anciens a été récupéré dans une vente de garage particulièrement inusitée, en 1971, dans le village de Saint-Gustave-de-l’Avenir.

Comme le gouvernement avait décrété quelques mois plus tôt la fermeture définitive du village, les citoyens avaient organisé une grande vente de garage, à laquelle tous les résidents des villages avoisinant avaient été conviés.

Tout les Gustaviens ont fait leur part pour que la dernière fin de semaine du village soit mémorable et que tout le monde se quitte avec le sourire malgré la tristesse de devoir abandonner leurs maisons. Le propriétaire du magasin général a offert ses derniers stocks à rabais, le marguillers a vendu les dernières possessions de la paroisse, le forgeron a même spécialement frappé des médailles souvenirs vendues 1$ avant d’éteindre une dernière fois sa forge.

Souhaitant participer à l’événement, le chef de police a décidé de mettre en vente les pièces à conviction qui étaient restées inutilisées dans l’armoire du commissariat. Quelle importance, en effet?… puisque toutes les enquêtes seraient abandonnées.

C’est donc du chef de police que ma cousine a acheté les boutons.

Les boutons étaient alors piqués systématiquement sur un ensemble de tableaux de liège, à la manière d’une collection entomologique. Sous chaque bouton il y avait un petit papier décrivant une personne: « Homme, quarantaine, cheveux blonds, chapeau. » ou « Femme vingtaine, élégante, gants blancs ».

Le chef de police lui a raconté que ces tableaux avaient été trouvés dans l’atelier de la couturière du village. Il n’avait jamais pu prouver sa culpabilité, mais continuait de croire qu’elle avait mis en place un stratagème pour s’enrichir sur le dos des paroissiens.

Il prétendait que la couturière avait un complice, qui profitait de la messe pour couper discrètement les fils d’un bouton sur les manteaux des paroissiens. Le bouton tombé par terre était récupéré à la fin de l’office et identifié à son propriétaire, puis remis à la couturière.

Le propriétaire du manteau se présentait inévitablement chez la couturière dans les jours suivants. Celle-ci fouillait dans ses boutons, et ne trouvant qu’une alternative décevante pour remplacer le bouton, proposait plutôt d’en commander un identique qui pourrait être livré de Montréal ou de Québec dans les quelques jours suivants… moyennant un prix un peu plus élevé (dont elle partagerait évidemment le profit avec son complice).

Je ne sais pas trop à quelle occasion et pourquoi ma cousine a détaché les boutons des tableaux pour les mettre dans ce contenant, mais je trouve fascinant de penser que si l’hypothèse du chef de police était bonne, cet ensemble de boutons est possiblement le plus fidèle témoin de la population de Saint-Gustave-de-l’Avenir, en 1971.

La valeur des histoires

Photo: Lespac

Je me souvenais d’avoir lu l’histoire d’un homme qui achetait des babioles sur les sites de vente en ligne, ou dans les brocantes, leur inventait des histoires abracadabrantes et les revendait beaucoup plus cher en les accompagnant de cette histoire.

J’avais l’impression d’en avoir même déjà parlé ici, mais je ne retrouvais pas non plus de trace de ce texte… à croire que j’avais inventé ça!

Je suis allé sur le site des PAC pour voir si je ne trouverais pas un objet avec lequel faire la même chose.

C’est pendant l’exploration que m’est revenu le souvenir de la lecture de Wigrum, un extraordinaire livre de Daniel Canty.

Google: Wigrum remolino

Et paf: voilà tous les morceaux du casse-tête qui retrouvent leur place:

Pierre frontalière | 2 août 2014

Le texte, l’histoire, un projet estival… huit ans plus tard, presque jour pour jour. Mieux vaut tard que jamais. On le fait?

Ça me tente! Alors au gré de mes pérégrinations, et/ou de vos suggestions… j’inventerai pendant les vacances quelques histoires à des objets hétéroclites que je trouve inspirants.

Et pour commencer… question de se faire la main… je vais commencer par l’histoire d’un bibelot trouvé sur les PAC.

Description actuelle:

Petit bibelot d’un cochon qui danse le ballet
Hauteur : 3 pouces

Description révisée:

Laissez-moi vous raconter l’histoire improbable de cette figurine de porcelaine qui a été rapportée de Séoul par Madame Josette Lafrance à l’occasion de son voyage de noce avec Monsieur Jacques Bérubé, en 1950.

Les nouveaux époux séjournaient à l’Hôtel Myeongdong, dont la salle de spectacle devait accueillir une version spéciale des Trois petits cochons produite par les Grand ballets canadiens. La pièce, amusante, était le résultat d’un pari amical perdu par le directeur des Grands Ballets. Elle ne devait être jouée qu’un seul soir et suscitait un grand intérêt chez les amateurs. Malheureusement, la représentation n’a finalement jamais eu lieu à cause du déclenchement de la guerre de Corée.

Mme Lafrance a rapporté la figurine dans sa fuite après le premier bombardement. Elle s’est dit qu’elle pourrait lui porter chance pour la suite de son mariage, malgré l’échec du voyage de noce.

Le couple a vécu heureux jusqu’à leur décès, presque simultané, la semaine dernière, à l’âge de 93 et 95 ans. Ils ont eu trois enfants, qui ont chacun eut trois enfants à leur tour.

Cette figurine a toujours occupé une place centrale dans la mythologie familiale, mais tout le monde croyait qu’elle avait été perdue depuis longtemps. C’est l’aînée, Julie, qui a retrouvé la figurine dans le fond de la sacoche de sa mère dans les jours suivants le décès.

La figurine a vraisemblablement été produite à la main. Aucun autre exemplaire n’a été retrouvé à la suite du bombardement de l’hôtel, le 25 juin 1950. Celle-ci porte le numéro 404, qui se trouvait à être aussi le numéro de la chambre d’hôtel occupée par les nouveaux époux.

Les enfants ont pensé coller la figurine sur le couvercle de l’urne funéraire qui contiendra les cendres de leur mère, mais se sont dit qu’il vallait mieux qu’elle puisse continuer à porter chance à quelqu’un d’autre.

Il ne reste plus qu’à savoir qui sera cette personne…

Et si c’était vous?

Fête nationale

Au paradis, paraît-il, mes amis
C'est pas la place pour les souliers vernis
Dépêchez-vous de salir vos souliers
Si vous voulez être pardonnés...

— Félix Leclerc, Moi mes souliers

Matin de Fête nationale — petite pause dans le rythme effréné des dernières semaines. Temps d’arrêt pour m’interroger: qu’est-ce qu’on a à célèbrer aujourd’hui?

En buvant mon café, j’ai lu des témoignages dans La Presse. J’ai aussi lu la réflexion de Jean-François Lisée dans Le Devoir. J’ai trouvé ça inspirant: mais moi, personnellement, qu’est-ce que j’ai envie de célèbrer aujourd’hui?

Cette année, nos trois enfants sont devenus autonomes. Au sortir de la pandémie, ils ont déployés leurs ailes. Grâce aux choix et au travail des générations précédentes, ils ont la chance d’entreprendre leur vie d’adultes dans une société vigoureuse et bienveillante. J’en suis fier et reconnaissant — c’est le fruit de l’engagement de plusieurs générations de québécoises et de québécois.

Au cours des derniers mois, j’ai eu la chance de voir de très près le fonctionnement de la démocratie québécoise — particulièrement au niveau municipal. C’est une chose extraordinaire, qu’on ne devrait jamais tenir pour acquise. On ne devrait jamais perdre de vue que la démocratie est un système politique qui repose sur un travail colossal de collaboration entre des élus, leurs équipes, des fonctionnaires, des médias, des organisations de toutes sortes… et des citoyens engagés. Ce n’est pas parfait, ça ne le sera jamais, mais quand ça marche, c’est infiniment précieux. Je vois le niveau d’engagement que ça exige des élus (et plus encore des élues!) et je suis fier, ému même, de constater qu’on a une société où ça peut fonctionner. C’est une très grande force collective.

Je constate aussi que la société québécoise est de plus en plus consciente du besoin de s’ouvrir à de nouvelles idées, de nouvelles valeurs, d’être encore plus accueillante. Autrement dit, de la nécessité de sortir de sa zone de confort pour faire face aux défis qu’on a devant nous. Ça donne lieu à des tiraillages, à des débats, à des couacs… mais on a une société qui accepte de se transformer, qui ne se réfugie pas dans son passé. Nous avons, au contraire, plus que jamais l’envie de s’en faire une force, un tremplin. Je pense que nous avons a un rapport plus sain, plus courageux, avec notre passé — et avec notre avenir — que quand j’avais l’âge que nos enfants ont aujourd’hui. Je crois que, globalement, la société québécoise évolue positivement. Ça aussi, ça me rend fier.

Bien sûr, j’aimerais mieux que ceci se passe comme cela. Évidemment que je trouve qu’on devait aller plus vite dans tel domaine. Oui, il y a bien des choses déplorables. Évidemment que tout n’est pas parfait — loin de là! Mais c’est ça une société en mouvement: ça brasse, ça se coltaille, ça erre, ça s’ajuste. C’est même de ça que naît sa force!

Aujourd’hui, j’ai la profonde conviction que la nation québécoise a la capacité de faire face à l’avenir. Et ça, je pense que ça mérite d’être célébré — au moins une fois par année!

Bonne Fête nationale tout le monde!

La force d’un symbole

On vient de traverser deux très grosses semaines politiques. À plusieurs reprises nous avons eu des décisions difficiles à prendre.

En repensant à tout ça ce matin, je réalise à quelle point la belle chaise colorée que nous avons placée au centre de la salle du comité exécutif (j’en avais parlé ici) a pu jouer un rôle déterminant.

La chaise a agi comme un phare. Elle nous a donné du courage. Elle a été un facteur de cohésion. Sa présence à la conférence de presse de mercredi n’est pas banale.

Dans le feu de l’action, il est facile d’oublier pour quoi et pour qui on fait de la politique. Il est facile de perdre de vue les conséquences de nos décisions sur les générations à venir.

Maintenant, la chaise est là pour nous le rappeler.

On peut bien faire référence dans nos discours à l’importance de prendre en considération les générations à venir, mais ça reste souvent très abstrait.

La fabrication de cette chaise par les enfants de l’école Sacré-Coeur a rendu la chose concrète, belle, inspirante. La présence des générations à venir dans nos délibérations est devenue beaucoup plus concrète.

Bien avant cette semaine, nous avons eu plusieurs occasions de le constater: au coeur des débats les plus difficiles, inévitablement quelqu’un fait référence à la chaise — et aux générations à venir. Je crois que ça se produit plus naturellement parce qu’elle est là, devant nous. Elle facilite la convergence des idées. Elle nous ramène à l’essentiel.

Ce serait bien qu’il y ait une chaise semblable, fabriquée par des écoliers ou des étudiants, de tous âges, dans chaque hôtel de ville — et dans tous les lieux où se prennent des décisions démocratiques.

Je pense que ça accélèrerait bien des changements qui tardent à venir.

Sept principes parmi vingt-cinq… de 2018 à 2022

En février 2018, j’ai fait référence ici à un texte de John Perry Barlow, dans lequel il établit une liste des 25 principes qui guident sa vie.

J’en avais retenu sept qui me parlaient plus à ce moment.

J’ai refait l’exercice aujourd’hui, sans regarder ceux que j’avais retenus il y a quatre ans. Constat: la sélection témoigne d’une certaine stabilité (heureusement!) mais aussi de quelques changements (à réfléchir).

Voilà le résultat:

Les 25 principes:

John Perry Barlow’s 25 Principles of Adult Behavior

***

Ma sélection de 7 principes parmi les 25, en 2018:

1. Be patient. No matter what.

3. Never assume the motives of others are, to them, less noble than yours are to you.

4. Expand your sense of the possible.

7. Tolerate ambiguity.

8. Laugh at yourself frequently.

10. Never forget that, no matter how certain, you might be wrong.

16. Reduce your use of the first personal pronoun

***

Ma sélection de 7 principes parmi les 25, en 2022:

1. Be patient. No matter what.

3. Never assume the motives of others are, to them, less noble than yours are to you.

4. Expand your sense of the possible.

5. Don’t trouble yourself with matters you truly cannot change.

7. Tolerate ambiguity.

10. Never forget that, no matter how certain, you might be wrong.

22. Foster dignity.

***

Et vous?

S’aérer l’esprit

Du temps pour lire… et pour lire varié! Ça a pas mal été ça le programme des derniers jours.

Parmi ces lectures:

Football Fantaisie, de Zviane — Ça passe du farfelu à la critique sociale avec une incroyable agilité: brillant!

Chez les deux pieds sans plumes, de Pierre Morency — Récit? Poésie? Qu’importe! C’est une magnifique galerie de personnages, avec des illustrations de l’auteur (qui m’ont parfois rappelé les gravures de Roland Giguère). Il y a ceux qui disent «les gens», souvent avec mépris, sur les réseaux sociaux, et il y a Pierre Morency. Un grand bonheur! Un livre à relire, pour philosopher un peu; idéalement accompagné d’un lapsang souchong et une tranche de budín inglés.

J’en appelle à la poésie, de David Goudreault — dans la nouvelle collection Les grandes voix, des Éditions des 400 coups. «J’en appelle à la poésie du territoire à choisir et inventer de Miron à celui occupé des dernières Premières Nations (…) J’en appelle à la poésie… pour chuchoter du Roland Giguère à l’oreille de la misère».

Et finalement,

Inconnu à cette adresse, de Kathrine Kressmann Taylor — une nouvelle épistolaire qui se déroule au début de la seconde guerre mondiale, mais dont la lecture peut aussi nourrir une réflexion plus générale sur les processus par lesquels certaines personnes sont amenés, encore aujourd’hui, à adhérer à des courants politiques extrémistes.

Actuellement en cours de lecture:

Too Dumb for Democracy?, de David Moscrop — une suggestion de Bianca Wiley, sur Twitter, plus tôt ce matin. «When a group of people must decide on something, process may be the only thing that you can all agree on. And, that is a start — an imperfect start that may lead to other issues down the road, but a start nonetheless.»

La chaise du temps

Photo fournie par Noémie Ouellette

Ça fait déjà un peu plus d’un mois que j’exerce le rôle de directeur de cabinet pour le maire de Québec. Ce n’est pas la quantité de travail qui m’a frappé le plus (je m’y attendais pas mal!), mais plutôt la variété des sujets abordés et, plus encore, le rythme auquel ils se succèdent.

Les conseillers et conseillères municipales, le maire, et le personnel du cabinet sont soumis à un véritable déferlement de dossiers. C’est fascinant.

Dans un tel contexte, c’est un incessant défi de garder une vue d’ensemble, de faire des choix qui s’inscrivent dans une vision à long terme et d’agir avec de la perspective.

J’ai déjà fait référence ici aux réflexions de Roman Krznaric sur le défi de tenir compte de l’avenir dans l’exercice de la démocratie.

J’avais partagé ces réflexions avec le maire dès ma nomination et nous avons rapidement choisi de placer dans la salle du comité exécutif un élément symbolique pour nous rappeler que toutes nos décisions sont susceptibles d’influencer les générations à venir.

François Bourque raconte dans sa chronique de ce matin la fabrication de ce symbole, qui fera son apparition dans la salle du comité exécutif la semaine prochaine.

Je trouve que de voir les enfants à l’œuvre — et leur sourire! — ajoute beaucoup de sens à la démarche. Très très grand merci aux enfants et à Noémie Ouellette, éducatrice spécialisée, grâce à qui l’idée est devenue réalité.

Dorénavant, quand nous ferons un tour de table au cours de nos délibérations, leur magnifique chaise sera là pour éviter qu’on oublie de tenir compte de l’impact de nos décisions sur les générations à venir.

Un rappel toujours utile, particulièrement quand le temps nous file entre les doigts.

Le choix de la chaise comme symbole se trouve aussi à faire un clin d’œil à ma mère, dont la démarche artistique accorde une place importante à la chaise.

Oeuvre de Geneviève DeCelles

Il faut faire le tramway

Sachant que je suis impliqué dans l’équipe de Bruno Marchand, et que je suis favorable au tramway, quelques personnes m’ont demandé ce que je pensais de sa position sur le sujet — parce qu’elles avaient l’impression que son engagement à réaliser le tramway avait diminué.

Je vous partage ma réflexion…

Ça m’exaspère évidemment que ce soit un sujet récurrent et omniprésent dans la politique municipale depuis dix ans. On devrait être passé à autre chose depuis longtemps. Mais que ça fasse mon affaire ou pas, ce n’est clairement pas le cas. C’est ça qui est ça.

Pourquoi c’est ça qui est ça? — Je pense que c’est parce que les raisons pour lesquelles le tramway est devenu nécessaire n’ont pas été suffisamment bien expliquées et (plus encore) parce que la confiance dans la gestion du projet est insuffisante. C’est ce qui créé des conditions favorables à son éternelle remise en question.

Force est de constater qu’il y a de plus en plus de monde (même chez les partisans du tramway), qui ont l’impression que le projet se développe par lui-même, en circuit fermé, en suivant une logique qui échappe à tout contrôle démocratique. Ça suscite de la méfiance.

Il faut réduire cette méfiance, c’est elle qui fragilise le plus le projet.

Pour y arriver, il ne suffira pas que les politiciens adoptent des positions dogmatiques du genre « je vais faire le tramway coûte que coûte ». Je pense que ce serait même contreproductif — ce serait mettre du bois dans le poêle de la méfiance.

Il est bien sûr nécessaire de réaffirmer un appui au projet et de réitérer la conviction de sa nécessité — mais je pense qu’il faut surtout s’engager à ce que le projet ne se développe pas en vase clos et qu’il puisse continuer d’évoluer en réponse aux interventions et aux propositions des citoyens.

Faire preuve d’un leadership positif, ce n’est pas juste prendre des positions fermes, c’est aussi (surtout!) démontrer la volonté de rallier — et de faire tout ce qui sera nécessaire pour y arriver.

Est-ce que j’aimerais mieux que le projet de tramway soit déjà fait? Évidemment! Est-ce que j’aimerais mieux qu’il n’ait jamais été remis en question? Bien sûr! Est-ce que je pense que le tramway aurait plus de chance de devenir réalité si le candidat que j’appuie avait dit qu’il allait faire le tramway à n’importe quel prix? Vraiment pas.

Je pense que si on veut que le tramway voit enfin le jour, il devient urgent de revoir la manière dont le projet est mené. On ne peut pas accepter que le projet perde des appuis chaque jour. Il faut inverser la tendance et faire en sorte que le projet regagne des appuis — en l’expliquant mieux, notamment au plan budgétaire, en rendant sa réalisation beaucoup plus ouverte et plus agile.

C’est ce que Bruno Marchand a dit cette semaine. Ça ne m’inquiète pas. Je suis même convaincu que ça augmente les probabilités que le tramway voit le jour.

Photo: Gros plan sur une oeuvre, d’un.e artiste inconnu.e, vue à la Maison culturelle Armand Vaillancourt, été 2021

Pourquoi j’appuie Bruno Marchand

Avec l’élection municipale qui s’approche, plusieurs personnes me demandent pour qui je vais voter. Parce que je suis resté discret jusqu’à présent… et que je n’ai jamais fait de secret de mes choix par le passé.

Je pense que c’est une forme d’engagement démocratique de partager sa réflexion à l’aube d’une élection.

Surtout dans une élection comme celle-ci où, à Québec, le résultat sera forcément un renouveau. Ça ouvre la porte à de nouvelles perspectives. 

***

J’ai rencontré Bruno Marchand une première fois il y a quelques mois. C’est son énergie qui m’a d’abord séduit, puis la qualité de son écoute.

Nos échanges m’ont amené à m’interroger sur ce qui était particulièrement important pour moi à la prochaine élection. Il y a bien des choses (évidemment!) mais une surtout: sortir du pour ou contre, du tout ou rien, du noir et blanc. Je pense que Québec souffre beaucoup, depuis plusieurs années, d’un climat où chacun doit continuellement choisir son camp, sans nuances.

Ça ne tient évidemment pas seulement au tempérament de Monsieur Labeaume et à l’approche politique de son équipe, mais ça n’y est pas étranger non plus. 

Je veux vraiment qu’on sorte de ça, parce que je pense que c’est en faisant collaborer les gens qui sont favorables à un projet et ceux qui y sont défavorables qu’on arrive à améliorer les choses. C’est vrai dans une organisation, dans une entreprise, c’est vrai aussi à l’échelle d’une ville.

Pour ça, il faut plus de transparence, plus de dialogue, la volonté de faire émerger des consensus. Il faut aussi avoir la capacité de faire accepter à tout le monde qu’il y a un moment où on a assez discuté, et qu’il faut faire arriver les choses. 

J’ai reconnu ce type de leadership chez Bruno Marchand — dans sa façon d’écouter, et de mener les débats au sein de son équipe. Dans sa façon de s’entourer aussi, de gens forts, d’horizons variés. 

Ça m’a progressivement donné le goût d’apporter ma contribution à sa campagne.

Ce que j’ai pu voir de Bruno et de son équipe depuis quelques semaines me donne maintenant le goût de vous inviter à appuyer vous aussi Bruno Marchand.

De la bauxite à l’alumine

Toujours dans mes recherches pour comprendre les déplacements du Nord Québec, j’ai appris que la bauxite doit d’abord être transformée en alumine avant de pouvoir être transformée en aluminium.

C’est un procédé qui requiert beaucoup moins d’énergie que la transformation finale, et qui peut donc être réalisée à proximité des gisements. C’est même le plus généralement le cas, si j’ai bien compris.

Les grands navires transportent donc plus souvent de l’alumine que de la bauxite. Cela comporte au moins deux avantages:

Le premier est l’efficacité: il faut à peu près quatre tonnes de bauxite pour faire deux tonnes d’alumine, pour produire une tonne d’aluminium. Transporter seulement l’alumine, sur de grandes distances, du Brésil ou de la Jamaïque, vers le Québec, par exemple, est donc deux fois plus efficace.

Le deuxième avantage: la partie la plus polluante du processus est la transformation de la bauxite en alumine. Si j’ai bien compris, il faut nettoyer la terre rouge avec de l’acide caustique et chauffer le tout pour produire une fine poudre blanche. Le procédé laisse derrière lui une quantité importante de boue toxique qu’on ne peut qu’entreposer dans de grands réservoirs / lacs, susceptibles de débordements et qui représenteront un danger à très long terme. En produisant l’alumine dans le Sud, on évite de devoir gérer ça au Nord — là où sont les alumineries

C’est un avantage… du point de vue du Nord — évidemment! On en reparlera d’ailleurs, parce que les conséquences environnementales assumées par le Sud dans la production de l’aluminium sont énormes — immorales même.

En lisant tout ça, je faisais donc l’hypothèse que le Nord Québec transportait de l’alumine… mais finalement, je pense que ce n’est pas le cas.

Je me souvenais avoir vu des photos de lac de boues rouges, au Saguenay… Un rapide coup d’œil sur Google Map m’a d’ailleurs permis de le repérer facilement.

Parce qu’il y a effectivement une affinerie d’alumine à Laterrière. Elle appartient à Rio Tinto. C’est une usine qui reçoit de la bauxite et la transforme en alumine pour toutes les alumineries du Saguenay — qui appartiennent toutes à Rio Tinto. Elle en produit probablement même un peu plus que ces alumineries en ont besoin.

Je fais cette hypothèse parce que ça pourrait expliquer que le Nord Québec avait fait un arrêt à Bécancour, quand je l’ai vu la première fois, le 31 juillet.

Il y a une aluminerie à Bécancour, mais qui ne peut recevoir que de l’alumine, pas de bauxite, je crois. C’est une usine qui appartient à Alcoa (75%) et Rio Tinto (25%) — ça pourrait donc avoir du sens qu’elle reçoive de cette façon de l’alumine transformée au Saguenay. C’est mon hypothèse.

Il y a une autre matière qui est essentielle dans la production de l’aluminium… le coke — une source de carbone… qui est d’ailleurs responsable de l’essentiel des émissions de CO2 des alumineries.

Ce sera le sujet du prochain texte.

La découvrabilité des contenus culturels francophones

J’ai accepté d’animer dans les prochains jours le Rendez-vous France-Québec sur la découvrabilité en ligne des contenus culturels francophones, qui a lieu cette semaine dans le cadre de MTL Connecte.

  • Quatre conférences;
  • Huit tables rondes;
  • Vingt quatre intervenants;
  • Et quatre périodes d’échange et de réseautage avec le public.

Ça promet! — et tout ça est gratuit, il n’y a qu’à s’inscrire.

Le Rendez-vous est organisé dans le cadre la stratégie commune du Québec et de la France pour favoriser la découvrabilité des contenus culturels francophones.

J’espère que nous aurons l’occasion de faire émerger des exemples inspirants de tout et même d’identifier quelques nouvelles pistes à suivre. Les séances préparatoires me rendent très optimiste.

Ci-dessous, quelques informations additionnelles sur la programmation.

***

MTL Connecte lance la toute première édition des Rendez-vous France-Québec sur la découvrabilité.

Quatre journées thématiques regroupant des acteurs culturels et du monde de la recherche québécois et français.

L’objectif est de créer un cadre d’échanges professionnels permettant la réflexion autour de problématiques communes, le partage de bonnes pratiques, et la présentation de projets innovants entre des acteurs culturels français et québécois.

MARDI 12 octobre — La découvrabilité au cœur de la transformation des organisations culturelles

  • Conférencier: Jean-Gabriel Minel, du Ministère de l’Économie, des Finances et de la Relance de France
  • Panel 1: Joindre son public via des outils adaptés, avec Patrick Kearney (Le REFRAIN), Thibault d’Orso (Spideo) et Martin Bilodeau (Mediafilm)
  • Panel 2: Le marketing numérique, le référencement, l’exploitation des données : des outils indispensables pour la découvrabilité des contenus, avec Isa Mailloux (Musée de la Civilisation) Catherine Gentilcore (Opéra de Montréal) et Vincent Castaignet (Musicovery).

MERCREDI 13 octobre — Se démarquer sur les marchés étrangers par une meilleure découvrabilité des contenus francophones

  • Conférenciers: Hélène Zemmour, de TV5MONDE et Benoit Beaudoin, de TV5 Québec Canada
  • Panel 1: Bien se positionner sur les marchés étrangers grâce à l’analyse de données d’usage, avec Jacynthe Plamondon-Emond (InTempo/Amplitude Distribution), Quentin Deleau (Unifrance) et Edouard Reinach (Adviso).
  • Panel 2: S’adapter aux spécificités territoriales : quelles barrières et quels outils?, avec Jean-Christophe J. Lamontagne (h264), Gilles Freissinier (Arte) et Sylvia Cibien (Eurovod).

JEUDI 14 octobre — La métadonnée sans frontières

  • Conférencier: Christian Roy, de A10s
  • Panel 1: L’exploitation des métadonnées au service de meilleures interopérabilité et structuration de l’organisation, avec Pascal Dumont-Julien (MétaMusique), Isabelle Reusa (Videomuseum) et Frédérique Joannic-Seta (Bibliothèque Nationale de France).
  • Panel 2: Les métadonnées au service d’une meilleure visibilité des contenus et d’une plus grande reconnaissance des artistes, avec Frédérique Dubé (Productions Rhizome), Louise Brunet (Culture Laval) et Eudes Peyre (Réunion des Opéras de France).

VENDREDI 15 octobre — Les défis à venir pour la découvrabilité en ligne des contenus francophones

  • Conférencière: Catalina Briceno, de l’Université du Québec à Montréal
  • Panel 1: Mesurer la découvrabilité, entre théorie et pratique, avec Joëlle Farchy (Université France Paris 1), Jean-Robert Bisaillon (Iconoclaste musique) et Benoit Beaudoin (TV5 Québec Canada)
  • Panel 2: L’innovation au service de la découvrabilité des contenus francophones, avec Destiny Tchéhouali (Université du Québec à Montréal), JB Piacentino (Edtech One) et Loic de Visscher (RTBF).

Pour s’inscrire et pour l’horaire précis des événements, c’est ici.

La route de la bauxite

Comme je le disais hier, quand j’ai vu passer le Nord Québec pour la première fois, Marine Traffic me disait qu’il était en direction d’Esquivel, en Jamaïque (c’est finalement au Brésil qu’il s’est rendu, mais je ne l’ai su que plusieurs jours plus tard).

Je savais que la Jamaïque était un grand producteur de bauxite — la principale matière première qui est nécessaire pour la production de l’aluminium.

Mais qu’est-ce que la bauxite? Et pourquoi la transporter aussi loin, jusqu’au Québec, pour la transformer?

Ces questions m’ont permis d’apprendre que l’aluminium est un des atomes les plus présents sur la Terre, mais qu’il est généralement prisonnier de molécules complexes ce qui rend difficile la production du métal tel qu’on le connaît.

À un tel point que l’aluminium a longtemps été un des métaux les plus précieux parce qu’il coûtait extrêmement cher à produire. Apparemment, à la cour de Napoléon III, les invités les plus prestigieux se voyaient offrir des ustensiles d’aluminium, alors que les autres devaient se contenter de l’or.

C’est à la fin du XIXe siècle qu’un procédé a été trouvé pour produire l’aluminium de façon beaucoup plus économique — et que la bauxite s’est avéré être le minerai le plus intéressant d’un point de vue industriel.

La bauxite est une terre rougeâtre, qui est extraite à la surface du sol. Pas de grands trous ou de galeries, comme dans le cas du minerai de fer. Pour obtenir la bauxite, il suffit de couper la végétation, retirer la couche de terre arable, et gratter la matière rocailleuse qui se trouve au-dessous, sur plusieurs mètres de profondeur. Ça laisse tout un dégât derrière, mais c’est simple et peu coûteux (si on ne tient pas compte de toutes les conséquences associées, sur lesquelles je reviendrai dans un prochain texte).

Le principal défi de la transformation de la bauxite en aluminium est qu’il nécessite une très grande quantité d’énergie — qui n’est généralement pas disponible là où se trouve le minerai. D’où le besoin de le transporter jusqu’aux sources d’énergie.

C’est fou, parce qu’au début des années 1920, quand a été décidée la construction de la première aluminerie au Saguenay, il n’y avait ici aucun des trois ingrédients essentiels à la production de l’aluminium. Il fallait faire venir la bauxite de Guyane, la coke (une forme de charbon) du Nouveau-Mexique et la cryolite du Groenland — tous par bateau. On installait une usine là où il n’y avait *aucun* des ingrédients de la recette… quelle ambition! (ça m’a amené à lire sur cette période incroyable de l’histoire du Québec — j’y reviendrai aussi).

C’est donc la disponibilité d’importantes sources d’énergie hydroélectrique, et peu coûteuses, qui explique que, depuis un siècle, des bateaux pleins de bauxite partent d’Amérique du Sud et des Caraïbes pour alimenter les alumineries du Saguenay.

La bauxite que le Nord Québec déchargera dans les prochains jours à Port-Alfred a été extraite au Brésil, embarquée sur des barges, qui ont remonté une rivière jusqu’au port de Vila do Conde, où la profondeur de l’eau permet la navigation de plus gros bateaux.

Le voyage du Nord Québec a duré une dizaine de jours. Le quai aura été libéré juste à temps pour son arrivée, et quand il quittera, un autre navire prendra sa place.

Les bateaux relaient comme ça, sans arrêt. Depuis un siècle.

Mais il y a une étape dans la transformation de la bauxite qui mérite qu’on s’y attarde un peu plus.

Demain: la production de l’alumine.