11 septembre + 21

Chaque 11 septembre, je me souviens évidemment de ce matin-là. J’étais à New-York. Je l’ai déjà évoqué, ici et , notamment.

Au réveil ce matin, je me disais que c’est, lentement mais sûrement, le souvenir de cet événement qui me permet d’apprivoiser le vieillissement, et l’impression étrange d’avoir vécu une autre époque. Parce que tout a tellement changé depuis ce temps: politiquement, technologiquement, socialement, etc.

En lisant cet article de The Atlantic, me revient aussi vivement à l’esprit ce sentiment d’invraisemblance — le constat que la vie ne tient qu’à un fil et la nécessité d’accepter la fatalité. La pensée que chaque petite décision et chaque petit geste peut changer en profondeur le cours des choses — malgré nous — et qu’il faut l’accepter, sereinement.

« There are so many points of luck that make you realize how random life is. »

Vingt-et-un an tard — la leçon est toujours aussi claire à mon esprit: il est important de savourer chaque instant qui passe.

Créativité

Hier c’était journée créativité: promenade sur la grève pour récupérer des matériaux, installation sur la table à pique-nique, face au fleuve, puis laisser libre cours à l’imagination.

J’ai fait deux créations au cours de l’après-midi, dont celle-ci: une sorte de mobile composé de bois de grève, de cailloux et de fil d’aluminium.

Les petits cailloux sont placés dans de petits « paniers » de fil d’aluminium. Le plus gros caillou, qui sert de contrepoids — est, lui, très bien attaché.

Il y a des choses interchangeables, d’autres pas.

Il y a un autre caillou, discrètement déposé sur la base du mobile. Si on le soulève… tout bascule parce que la base est instable.

Les choses importantes, indispensables, existentielles.

Et le plus amusant, c’est que je constate ce matin qu’en déposant mes bras sur la table, les petits cailloux se sont aussitôt mis à se balancer discrètement au rythme de mon pouls — avant même de commencer à écrire.

Un bel objet pour méditer en prévision de la rentrée.

Fête nationale

Au paradis, paraît-il, mes amis
C'est pas la place pour les souliers vernis
Dépêchez-vous de salir vos souliers
Si vous voulez être pardonnés...

— Félix Leclerc, Moi mes souliers

Matin de Fête nationale — petite pause dans le rythme effréné des dernières semaines. Temps d’arrêt pour m’interroger: qu’est-ce qu’on a à célèbrer aujourd’hui?

En buvant mon café, j’ai lu des témoignages dans La Presse. J’ai aussi lu la réflexion de Jean-François Lisée dans Le Devoir. J’ai trouvé ça inspirant: mais moi, personnellement, qu’est-ce que j’ai envie de célèbrer aujourd’hui?

Cette année, nos trois enfants sont devenus autonomes. Au sortir de la pandémie, ils ont déployés leurs ailes. Grâce aux choix et au travail des générations précédentes, ils ont la chance d’entreprendre leur vie d’adultes dans une société vigoureuse et bienveillante. J’en suis fier et reconnaissant — c’est le fruit de l’engagement de plusieurs générations de québécoises et de québécois.

Au cours des derniers mois, j’ai eu la chance de voir de très près le fonctionnement de la démocratie québécoise — particulièrement au niveau municipal. C’est une chose extraordinaire, qu’on ne devrait jamais tenir pour acquise. On ne devrait jamais perdre de vue que la démocratie est un système politique qui repose sur un travail colossal de collaboration entre des élus, leurs équipes, des fonctionnaires, des médias, des organisations de toutes sortes… et des citoyens engagés. Ce n’est pas parfait, ça ne le sera jamais, mais quand ça marche, c’est infiniment précieux. Je vois le niveau d’engagement que ça exige des élus (et plus encore des élues!) et je suis fier, ému même, de constater qu’on a une société où ça peut fonctionner. C’est une très grande force collective.

Je constate aussi que la société québécoise est de plus en plus consciente du besoin de s’ouvrir à de nouvelles idées, de nouvelles valeurs, d’être encore plus accueillante. Autrement dit, de la nécessité de sortir de sa zone de confort pour faire face aux défis qu’on a devant nous. Ça donne lieu à des tiraillages, à des débats, à des couacs… mais on a une société qui accepte de se transformer, qui ne se réfugie pas dans son passé. Nous avons, au contraire, plus que jamais l’envie de s’en faire une force, un tremplin. Je pense que nous avons a un rapport plus sain, plus courageux, avec notre passé — et avec notre avenir — que quand j’avais l’âge que nos enfants ont aujourd’hui. Je crois que, globalement, la société québécoise évolue positivement. Ça aussi, ça me rend fier.

Bien sûr, j’aimerais mieux que ceci se passe comme cela. Évidemment que je trouve qu’on devait aller plus vite dans tel domaine. Oui, il y a bien des choses déplorables. Évidemment que tout n’est pas parfait — loin de là! Mais c’est ça une société en mouvement: ça brasse, ça se coltaille, ça erre, ça s’ajuste. C’est même de ça que naît sa force!

Aujourd’hui, j’ai la profonde conviction que la nation québécoise a la capacité de faire face à l’avenir. Et ça, je pense que ça mérite d’être célébré — au moins une fois par année!

Bonne Fête nationale tout le monde!

La force d’un symbole

On vient de traverser deux très grosses semaines politiques. À plusieurs reprises nous avons eu des décisions difficiles à prendre.

En repensant à tout ça ce matin, je réalise à quelle point la belle chaise colorée que nous avons placée au centre de la salle du comité exécutif (j’en avais parlé ici) a pu jouer un rôle déterminant.

La chaise a agi comme un phare. Elle nous a donné du courage. Elle a été un facteur de cohésion. Sa présence à la conférence de presse de mercredi n’est pas banale.

Dans le feu de l’action, il est facile d’oublier pour quoi et pour qui on fait de la politique. Il est facile de perdre de vue les conséquences de nos décisions sur les générations à venir.

Maintenant, la chaise est là pour nous le rappeler.

On peut bien faire référence dans nos discours à l’importance de prendre en considération les générations à venir, mais ça reste souvent très abstrait.

La fabrication de cette chaise par les enfants de l’école Sacré-Coeur a rendu la chose concrète, belle, inspirante. La présence des générations à venir dans nos délibérations est devenue beaucoup plus concrète.

Bien avant cette semaine, nous avons eu plusieurs occasions de le constater: au coeur des débats les plus difficiles, inévitablement quelqu’un fait référence à la chaise — et aux générations à venir. Je crois que ça se produit plus naturellement parce qu’elle est là, devant nous. Elle facilite la convergence des idées. Elle nous ramène à l’essentiel.

Ce serait bien qu’il y ait une chaise semblable, fabriquée par des écoliers ou des étudiants, de tous âges, dans chaque hôtel de ville — et dans tous les lieux où se prennent des décisions démocratiques.

Je pense que ça accélèrerait bien des changements qui tardent à venir.

La chaise du temps

Photo fournie par Noémie Ouellette

Ça fait déjà un peu plus d’un mois que j’exerce le rôle de directeur de cabinet pour le maire de Québec. Ce n’est pas la quantité de travail qui m’a frappé le plus (je m’y attendais pas mal!), mais plutôt la variété des sujets abordés et, plus encore, le rythme auquel ils se succèdent.

Les conseillers et conseillères municipales, le maire, et le personnel du cabinet sont soumis à un véritable déferlement de dossiers. C’est fascinant.

Dans un tel contexte, c’est un incessant défi de garder une vue d’ensemble, de faire des choix qui s’inscrivent dans une vision à long terme et d’agir avec de la perspective.

J’ai déjà fait référence ici aux réflexions de Roman Krznaric sur le défi de tenir compte de l’avenir dans l’exercice de la démocratie.

J’avais partagé ces réflexions avec le maire dès ma nomination et nous avons rapidement choisi de placer dans la salle du comité exécutif un élément symbolique pour nous rappeler que toutes nos décisions sont susceptibles d’influencer les générations à venir.

François Bourque raconte dans sa chronique de ce matin la fabrication de ce symbole, qui fera son apparition dans la salle du comité exécutif la semaine prochaine.

Je trouve que de voir les enfants à l’œuvre — et leur sourire! — ajoute beaucoup de sens à la démarche. Très très grand merci aux enfants et à Noémie Ouellette, éducatrice spécialisée, grâce à qui l’idée est devenue réalité.

Dorénavant, quand nous ferons un tour de table au cours de nos délibérations, leur magnifique chaise sera là pour éviter qu’on oublie de tenir compte de l’impact de nos décisions sur les générations à venir.

Un rappel toujours utile, particulièrement quand le temps nous file entre les doigts.

Le choix de la chaise comme symbole se trouve aussi à faire un clin d’œil à ma mère, dont la démarche artistique accorde une place importante à la chaise.

Oeuvre de Geneviève DeCelles

Il faut faire le tramway

Sachant que je suis impliqué dans l’équipe de Bruno Marchand, et que je suis favorable au tramway, quelques personnes m’ont demandé ce que je pensais de sa position sur le sujet — parce qu’elles avaient l’impression que son engagement à réaliser le tramway avait diminué.

Je vous partage ma réflexion…

Ça m’exaspère évidemment que ce soit un sujet récurrent et omniprésent dans la politique municipale depuis dix ans. On devrait être passé à autre chose depuis longtemps. Mais que ça fasse mon affaire ou pas, ce n’est clairement pas le cas. C’est ça qui est ça.

Pourquoi c’est ça qui est ça? — Je pense que c’est parce que les raisons pour lesquelles le tramway est devenu nécessaire n’ont pas été suffisamment bien expliquées et (plus encore) parce que la confiance dans la gestion du projet est insuffisante. C’est ce qui créé des conditions favorables à son éternelle remise en question.

Force est de constater qu’il y a de plus en plus de monde (même chez les partisans du tramway), qui ont l’impression que le projet se développe par lui-même, en circuit fermé, en suivant une logique qui échappe à tout contrôle démocratique. Ça suscite de la méfiance.

Il faut réduire cette méfiance, c’est elle qui fragilise le plus le projet.

Pour y arriver, il ne suffira pas que les politiciens adoptent des positions dogmatiques du genre « je vais faire le tramway coûte que coûte ». Je pense que ce serait même contreproductif — ce serait mettre du bois dans le poêle de la méfiance.

Il est bien sûr nécessaire de réaffirmer un appui au projet et de réitérer la conviction de sa nécessité — mais je pense qu’il faut surtout s’engager à ce que le projet ne se développe pas en vase clos et qu’il puisse continuer d’évoluer en réponse aux interventions et aux propositions des citoyens.

Faire preuve d’un leadership positif, ce n’est pas juste prendre des positions fermes, c’est aussi (surtout!) démontrer la volonté de rallier — et de faire tout ce qui sera nécessaire pour y arriver.

Est-ce que j’aimerais mieux que le projet de tramway soit déjà fait? Évidemment! Est-ce que j’aimerais mieux qu’il n’ait jamais été remis en question? Bien sûr! Est-ce que je pense que le tramway aurait plus de chance de devenir réalité si le candidat que j’appuie avait dit qu’il allait faire le tramway à n’importe quel prix? Vraiment pas.

Je pense que si on veut que le tramway voit enfin le jour, il devient urgent de revoir la manière dont le projet est mené. On ne peut pas accepter que le projet perde des appuis chaque jour. Il faut inverser la tendance et faire en sorte que le projet regagne des appuis — en l’expliquant mieux, notamment au plan budgétaire, en rendant sa réalisation beaucoup plus ouverte et plus agile.

C’est ce que Bruno Marchand a dit cette semaine. Ça ne m’inquiète pas. Je suis même convaincu que ça augmente les probabilités que le tramway voit le jour.

Photo: Gros plan sur une oeuvre, d’un.e artiste inconnu.e, vue à la Maison culturelle Armand Vaillancourt, été 2021

Pourquoi j’appuie Bruno Marchand

Avec l’élection municipale qui s’approche, plusieurs personnes me demandent pour qui je vais voter. Parce que je suis resté discret jusqu’à présent… et que je n’ai jamais fait de secret de mes choix par le passé.

Je pense que c’est une forme d’engagement démocratique de partager sa réflexion à l’aube d’une élection.

Surtout dans une élection comme celle-ci où, à Québec, le résultat sera forcément un renouveau. Ça ouvre la porte à de nouvelles perspectives. 

***

J’ai rencontré Bruno Marchand une première fois il y a quelques mois. C’est son énergie qui m’a d’abord séduit, puis la qualité de son écoute.

Nos échanges m’ont amené à m’interroger sur ce qui était particulièrement important pour moi à la prochaine élection. Il y a bien des choses (évidemment!) mais une surtout: sortir du pour ou contre, du tout ou rien, du noir et blanc. Je pense que Québec souffre beaucoup, depuis plusieurs années, d’un climat où chacun doit continuellement choisir son camp, sans nuances.

Ça ne tient évidemment pas seulement au tempérament de Monsieur Labeaume et à l’approche politique de son équipe, mais ça n’y est pas étranger non plus. 

Je veux vraiment qu’on sorte de ça, parce que je pense que c’est en faisant collaborer les gens qui sont favorables à un projet et ceux qui y sont défavorables qu’on arrive à améliorer les choses. C’est vrai dans une organisation, dans une entreprise, c’est vrai aussi à l’échelle d’une ville.

Pour ça, il faut plus de transparence, plus de dialogue, la volonté de faire émerger des consensus. Il faut aussi avoir la capacité de faire accepter à tout le monde qu’il y a un moment où on a assez discuté, et qu’il faut faire arriver les choses. 

J’ai reconnu ce type de leadership chez Bruno Marchand — dans sa façon d’écouter, et de mener les débats au sein de son équipe. Dans sa façon de s’entourer aussi, de gens forts, d’horizons variés. 

Ça m’a progressivement donné le goût d’apporter ma contribution à sa campagne.

Ce que j’ai pu voir de Bruno et de son équipe depuis quelques semaines me donne maintenant le goût de vous inviter à appuyer vous aussi Bruno Marchand.

Il faut démystifier les algorithmes

J’ai quitté Facebook en mars 2018. C’est un choix personnel, que je n’ai jamais regretté.

Je ne me sens pourtant pas moins concerné par les récentes controverses qui concernent Facebook — parce que les effets de Facebook ne sont pas seulement personnels. Le comportement de Facebook, l’entreprise, a aussi des impacts sur la société, dans son ensemble: sur la démocratie, sur la culture, sur l’environnement.

Dans l’éditorial qu’il signait hier dans Le Devoir, Brian Myles souligne que les projecteurs qui sont actuellement mis sur le cas de Facebook ne doivent pas nous faire perdre de vue que l’enjeu est beaucoup plus large que ça. C’est vrai.

Je crois qu’il est grand temps que les États interviennent beaucoup plus vigoureusement, sur tous les fronts — en commençant par encadrer mieux certaines de leurs activités. Certains parlent de les scinder en plus petites entités, voire à nationaliser certaines de leurs activités. Pourquoi pas?

Mais l’ampleur de la tâche ne doit pas servir à noyer le poisson. Il faudra bien commencer quelque part — et il est de plus en plus probable que ce sera par Facebook.

Une chose me fatigue particulièrement dans le texte du directeur du Devoir. Je trouve dommage qu’il nourrisse encore une mythologie savamment cultivée par Facebook (et comparses) selon laquelle les algorithmes seraient des mécanismes mystérieux, sur lesquels on n’aurait pas tant d’influence. C’est une duperie.

Il est faux de dire, comme le fait Brian Myles, que « le cas de Facebook illustre les risques associés au déploiement d’algorithmes qui ne sont pas soumis au contrôle de l’intelligence humaine. »

C’est précisément le contraire qu’a exposé Frances Haugen la semaine dernière! Les algorithmes de Facebook sont justement beaucoup trop soumis au contrôle de l’intelligence (et de la cupidité) humaine!

Il ne faut jamais perdre de vue que les algorithmes sont le fruit du travail réalisé par des êtres humains et que ce qu’ils nous présentent sont les résultats de choix qui ont été faits par des humains.

Nous aurons à débattre de plus en plus dans les prochains mois de l’encadrement des activités des géants du Web. Pour le faire de façon éclairée, il faudra d’abord dissiper la fantasmagorie dans laquelle ces entreprises enveloppent leurs activités.

Il s’agit d’entreprises qui sont guidées par la recherche du profit, qui embauchent des scientifiques dans le but de nous faire adopter des comportements spécifiques.

Il n’y a rien de nébuleux ou d’incrontrôlable là-dedans.

Les fils d’actualité de Facebook, d’Instagram ou de Twitter ne sont pas le fruit de la magie. Les propositions qui nous sont faites sur TikTok non plus. Pas plus que la séquence de musique qui nous est proposée sur Spotify ou sur Apple Music.

Le temps est venu de sortir des contes de fées pour débattre sereinement du monde dans lequel on souhaite vivre.

Les marins, la COVID et la crise climatique

Je l’écrivais il y a quelques jours, une des choses qui nourrit mon intérêt pour le transport maritime c’est que ça me permet de voir bien des sujets sous de nouvelles perspectives.

On parle souvent d’économie comme quelque chose d’abstrait, avec des chiffres de plus en plus difficiles à saisir tant ils sont grands. On évoque les importations et les exportations comme si les matières premières et les biens pouvaient changer de place instantanément, comme par magie. Pourtant non!

En fait, plus de 80% des matériaux et des biens sont transportés par bateau à un moment ou un autre de leur trajectoire — comme le rappelle le Port de Montréal dans une récente campagne publicitaire. Et tout ça, dans des bateaux de plus en plus gros, dont les déplacements sont planifiés dans un flux de plus en plus tendu. Il y a de moins en plus de place pour les imprévus.

Et tout ça fonctionne parce qu’il y a des marins à bord des navires. Des marins qui assurent les manœuvres, qui contribuent aux chargements et au déchargements, à l’entretien des bateaux, etc. (voir les témoignages de marins au bas de cette page)

Les marins passent des mois à bord des bateaux, dans des conditions très exigeantes. Sans eux, notre économie s’effondrerait rapidement il n’y aurait plus rien dans les magasins. Et on est passé très près de ça dans les derniers mois à cause de la pandémie.

On a réussi à l’éviter parce que plutôt que de risquer que notre confort ne soit trop touché, on a choisi de plutôt faire assumer les conséquences de la crise aux marins.

En effet, les restrictions de déplacements associées aux mesures sanitaires ont eu pour effet de les empêcher de quitter les navires pour les changements de personnel. On n’a pas tenu compte de leur réalité. Par conséquent, certains ont passé jusqu’à 18 mois en mer sans pouvoir retourner chez-eux. Et ce ne sont pas des cas isolés… Et c’est même encore parfois le cas. C’est la Crew Change Crisis — qui est bien documentée sur le Web.

C’est une situation dramatique dont on entend trop peu parler — entre autres parce que les marins sont généralement des travailleurs étrangers. C’est grâce à ces marins que notre consommation a pu se poursuivre à peu près normalement au cours des derniers mois.

Sauf qu’on a pas mal étiré l’élastique… et la chaîne d’approvisionnement commence à craquer de partout.

Les chaînes logistiques qui roulaient just in time, sous pression, depuis des années sont de plus en plus désynchronisées, des bateaux attendent leur tour dans les ports, les conteneurs ne sont plus où on en a besoin, le transport routier, complémentaire au transport maritime, vit des bouleversements — sans compter le manque de main d’œuvre…

Il faut probablement s’attendre à des tablettes vides dans certains magasins au cours des prochains mois… Pas possible vous croyez? Parlez-en aux Anglais…

***

Plus je m’intéresse à ce qui se passe sur le fleuve, plus je m’interroge sur l’économie québécoise, sur notre mode de vie, et sur comment notre confort est dépendant de ressources naturelles et de biens qui nous proviennent de l’autre bout du monde.

Ce sont des choses que je savais en théorie, mais qui deviennent de plus en plus concrètes, parce que je les vois passer là, devant moi, sur le Saint-Laurent.

Je m’interroge d’autant plus qu’on sait que les perturbations de la chaîne logistique qui nous assure ce confort, risquent d’être de plus en plus fréquentes sous l’impact des changements climatiques.

Plus de tempêtes, d’ouragans et d’autres phénomènes climatiques vont rendre les routes maritimes de moins en moins prévisibles… les embouteillages dans les ports aussi… et les marins risquent d’avoir la vie de plus en plus dure.

J’en suis à me dire que le moyen le plus efficace pour faire comprendre les enjeux de la crise climatique c’est peut être d’expliquer plus et mieux ce qui se passe sur le fleuve — et à quel point le transport maritime est devenu indispensable pour assurer notre confort… qui est étroitement lié à ce qui se déroule ailleurs dans le monde.

Se préparer à faire face à la crise climatique, c’est aussi penser à transformer notre économie pour moins dépendre du bon fonctionnement de la globalisation.

Chaque bateau qui passe est une occasion d’en prendre conscience.

Au CA de BAnQ

BAnQ est une de nos plus importantes institutions culturelles. Une société d’État qui a notamment un rôle déterminant à jouer dans les transformations numériques en cours. Il est donc normal que la nomination d’une nouvelle PDG suscite des réactions, comme c’est le cas depuis plusieurs jours. 

Mon objectif ce matin n’est pas de commenter cette nomination, mais de partager une réflexion sur la difficulté d’être membre du conseil d’administration d’une grande institution, sur l’importance de ce rôle et sur la considération qu’on devrait avoir pour les personnes qui acceptent de l’assumer.

Ce n’est jamais facile d’être administrateur d’une organisation — quelle que soit sa taille ou la nature de ses activités. C’est encore plus vrai quand il s’agit d’une société d’État. Et ce l’est encore moins dans une période de crise. Ça peut même être terriblement difficile.

Quand on est administrateur et qu’une crise se présente, on n’a pas le choix d’y faire face. On se retrousse les manches et on l’affronte — et on doit le faire solidairement avec les autres administrateurs et administratrices. Pour le bien de l’organisation. 

C’est un rôle exigeant, souvent ingrat, qui suppose des décisions parfois très difficiles, qui s’accompagnent de dilemmes personnels parfois douloureux. C’est un rôle difficile aussi parce qu’il se vit de façon isolée. Parce qu’il n’est souvent pas possible d’expliquer ses décisions publiquement. Parce que les délibérations d’un conseil d’administration exigent souvent une bonne part de confidentialité. C’est un rôle qui demande de faire preuve de beaucoup de conviction — et qui peut être très dur moralement.

C’est facile de juger de l’extérieur le travail des membres d’un conseil d’administration. De prétendre savoir ce qu’ils devraient faire. C’est une autre chose d’être plongé dans la situation.

Les administrateurs et les administratrices de BAnQ consacrent assurément un temps fou à exercer leur rôle depuis quelques semaines (un rôle bénévole, rappelons-le!). Leurs débats sont probablement vifs par moment, et c’est normal. Leur rôle reste de déterminer ce qui est le mieux pour l’avenir de l’institution. Leur motivation ne doit pas être d’avoir raison, individuellement, mais de tout faire ce qui est en leur pouvoir pour aider l’institution à passer à travers la crise.

Dans une période comme celle-ci, la cohésion et la solidarité du conseil d’administration représentent probablement un défi. Un défi qu’il est essentiel de relever dans l’intérêt de l’institution.

Pour toutes ces raisons, je pense qu’on devrait se garder une petite gêne et éviter de dire quoi faire aux membres du Conseil d’administration de BAnQ — voire, pire, de leur prêter des intentions ou de remettre en doute leur jugement ou leur courage. Leur rôle est difficile et nous ne sommes pas dans leur situation — il nous manque bien des informations essentielles. 

Je pense que nous devrions plutôt leur exprimer notre considération, leur faire savoir que nous comprennons qu’ils sont dans une situation extrêmement délicate, que nous savons qu’ils ne sont pas forcement d’accord avec tout, individuellement, mais que nous faisons confiance à leur jugement pour prendre, collectivement, les meilleures décisions pour l’avenir de l’institution — en leur âme et conscience.

***

Mesdames et messieurs les administrateurs,

Je veux vous dire un gros merci d’être là. Merci de consacrer tout ce temps à BAnQ. Ne vous demandez pas ce qu’on pense de vos décisions — prenez-les courageusement, pour le bien de l’institution. C’est la seule chose qui doit vous guider.

Votre rôle est important.

Une des oeuvres de la série Le Paradis fantastique, de Niki de Saint Phalle et de Jean Tinguely
(Stockholm, mai 2019)

Quel état d’esprit devant la crise climatique?

J’ai eu un court échange avec André Cotte sur Twitter il y a quelques jours.

André venait de commenter de la façon suivante la plus récente chronique d’Aurélie Lanctôt dans Le Devoir:

Je lui ai répondu ceci:

Puis cela:

Ce à quoi André a répondu:

C’est une bonne question! — à laquelle il est difficile de répondre adéquatement en quelques mots sur Twitter. Je vais donc plutôt le faire ici.

Alors, pour résumer:

Je pense qu’on ne s’aide pas du tout à faire face à la crise climatique (qui est indéniable) quand on alimente l’idée qu’il est trop tard, que la crise climatique est inévitable, qu’il n’y a plus d’espoir. Quand on fait ça, on pave la voie à une ère du chacun pour soi, parce que l’enjeu devient alors de survivre. On ne règlera rien de cette façon.

C’est un peu la même chose quand on passe notre temps à dire que les gouvernements sont tous pourris, incapables de faire face à la crise, et que les élections ne servent à rien… Ça peut être un exutoire pour nos frustrations, mais ça nous engage, collectivement, dans une voie délicate… parce que, que faudrait-il faire dans ce cas? Renverser les gouvernements? Se désengager des processus démocratiques? On ne règlera pas grande chose de cette façon non plus.

Je crois qu’on a la responsabilité de rappeler sans cesse qu’il n’y aura pas de réponse à la crise climatique sans démocratie. Sans un regain démocratique. Sans une certaine radicalisation démocratique même. Il faut impérativement améliorer la démocratie, l’accentuer — et pour ça, il faut amplifier la participation démocratique, pas la décourager. Il faut donner le goût aux gens — et à plus forte raison aux jeunes — de s’engager dans et pour la démocratie. C’est le plus indispensable de nos devoirs aujourd’hui.

Et par démocratie je ne parles évidement pas seulement des élections — je parle aussi de tous les processus de délibération collective: les syndicats, les conseils de quartiers, les processus de consultations, l’élaboration de budgets participatifs, et même la simple prise de parole publique: autour d’une table de cuisine, dans les journaux, sur les réseaux sociaux, etc.

On doit sans cesse valoriser la démocratie: raconter, témoigner, illustrer les victoires que la démocratie a permis de faire au fil des ans. Rappeler que ce n’est pas la première fois que l’humanité se trouve devant des crises, et que c’est généralement la démocratie qui nous permis de les surmonter et de continuer d’avancer.

Il faut arrêter de dire que la démocratie ne marche pas, que les gouvernements sont pourris, que les chefs de gouvernements sont des irresponsables. Cela créé un état d’esprit qui ne donne pas envie de se retrousser les manches — et qui nous précipite dans la crise tout en nous donnant bonne conscience (« je vous l’avais bien dit »).

Pour se sortir de la crise climatique il faut se donner les moyens de travailler mieux ensemble, de se solidariser davantage — et pour ça, développer notre capacité d’écoute, de faire des compromis, et d’être patients, malgré l’urgence. Il faut combattre l’éco-anxiété au lieu de l’alimenter. Il faut alimenter l’espoir plutôt que l’éteindre.

Parce que plus on est anxieux, désespéré et convaincu que notre façon de voir est la seule qui vaille (« les autres ne comprennent pas! »), moins il devient possible de travailler ensemble, de trouver des consensus, de mobiliser des ressources et de tirer profit de la démocratie.

Plus on cultive l’éco-anxiété, plus les gens s’isolent en petits groupes qui partagent le même point de vue et moins il devient possible de former des coalitions — alors que c’est précisément ce qui permet de changer les choses en démocratie.

Plus on nourrit une perte de confiance dans la démocratie, une perte de confiance en nous, en nos capacités, plus on favorise le désengagement, plus on fait le jeu de ceux et celles qui se sacrent ben de la crise climatique — parce qu’ils sont ceux qui gagnent au fonctionnement de la société actuelle.

Je pense que la crise climatique est le résultat d’une crise démocratique, à laquelle il faut répondre avec de l’espoir, de l’imagination, et de la solidarité.

Si on veut se sortir de la crise climatique il faut que les jeunes croient dans leur capacité à influencer l’avenir. Il faut que les jeunes aient envie de participer, de gagner des élections, et d’avoir des enfants. Parce qu’ils sont convaincus que les générations suivantes seront encore plus ingénieuses et qu’ils pourront trouver des solutions aux problèmes que nous leurs laisserons. Il faut tout faire pour que les jeunes sachent travailler efficacement ensemble pour aborder collectivement les défis que l’avenir leur réserve.

Je pense que le rôle des 40 ans et plus, aujourd’hui, c’est de tout faire pour cultiver un état d’esprit collectif qui rend ça possible.

Et surtout pas d’alimenter le négativisme, le cynisme ou la résignation.

Il faut qu’on valorise l’expérience démocratique — autant dans ce qu’elle a de beau, que de frustrant;

Il faut qu’on aide les jeunes à s’y engager, qu’on leur ouvre le chemin, qu’on les épaules pour y acquérir du pouvoir;

Il faut qu’on leur donne confiance dans l’avenir — dans leur avenir;

Il faut qu’on les aide à surmonter les difficultés qui précèdent inévitablement les consensus;

Il faut qu’on leur rappelle que l’histoire nous réserve parfois de belles surprises, et que ce qui apparaissait un jour impossible est parfois devenu réalité peu de temps après.

***

Si nous, plus vieux, tombons dans le piège d’alimenter le cynisme à l’égard des gouvernement et la polarisation des opinions… on n’aidera pas les plus jeunes à trouver des solutions au bordel actuel.

Pour les aider, il faut les aider à relever les yeux, pas leur mettre le nez encore plus profondément dans le problème.

Il ne s’agit évidemment pas de leur dire qu’ils ont tort d’être inquiets, ou de leur dire quoi faire — au contraire! Il faut les aider, sans faire preuve de paternalisme, à surmonter le vertige que leur donne (et à nous aussi!) l’ampleur de la crise.

Il faut les encourager, leur donner confiance, de toutes les façons possibles — même (et peut-être même surtout!) quand notre propre confiance est ébranlée.

Dans ces conditions, je suis convaincu que l’espoir est possible.

Révolution tranquille, prise 2 (un an plus tard…)

Fascinant de constater qu’on a maintenant plus d’un an de pandémie derrière la cravate. À pareille date l’an dernier, on était devant le constat que ça n’allait pas être seulement l’affaire de quelques semaines.

On commençait à comprendre que ça allait être long — long comment?, on ne le savait pas. Le sait-on aujourd’hui? Malgré la lumière au bout du tunnel? Pas sûr…

J’ai pris un peu de temps cet après-midi pour relire quelques-uns des textes que j’ai publiés ici il y a un an:

Une crise comme celle que nous sommes en train de traverser nous amène tous et toutes à voir le monde un peu différemment. Ce doit être encore que plus vrai quand on est sur la première ligne pour aider la population — comme le sont les élu.e.s dans leur milieu.

Pour avoir de la crédibilité dans les prochaines mois, il va falloir être en mesure d’expliquer comment ce virus a changé votre façon de voir le Québec et les défis auxquels nous serons collectivement confronté dans les prochaines années.

Il faudra pouvoir dire franchement ce que cette crise vous a permis d’apprendre.

Crédibilité et sincérité, 21 avril 2020

(…) j’ai fini par me dire que la moindre des choses était de m’imposer aussi l’exercice de sincérité [que je demandais aux élu.e.s] (…)

Sincérité (moi aussi), 21 avril 2020

Je me suis demandé cette semaine si, à travers tout ce qu’on voit et qu’on déplore depuis quelques jours, ce n’était pas la Révolution tranquille qui se révélait être à bout de souffle.

La manière dont on a organisé la société québécoise depuis 60 ans ne semble pas en mesure de répondre aux besoins provoqués par la crise. (…)

Et si la crise actuelle était l’occasion d’amorcer une nouvelle révolution tranquille? Et si cela nous permettait d’initier nouvelle phase de créativité et d’innovation pour réinventer notre façon d’organiser la société — en créant de nouvelles institutions dont les fondements tiendraient compte de compte de la réalité du Québec contemporain?

Je trouve que c’est une perspective stimulante. Elle aurait pour effet de valoriser celles et ceux qui innovent dans l’ombre depuis des années et qui pourraient devenir les leader de la suite des choses: en éducation, en santé, en culture, et dans tous les domaines. (…)

La révolution tranquille c’était un état d’esprit. Un état d’esprit qu’il faut retrouver.

Révolution tranquille, saison 2, 25 avril 2020

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Et pour alimenter ma réflexion, j’ai aussi commencé la lecture de la Brève histoire de la Révolution tranquille, de Martin Pâques et Stéphane Savard, dont parlait Louis Cornellier dans Le Devoir d’hier.

Reprise

Je n’ai pas écrit ici depuis le 7 février… sans raison particulière. Appelons ça une pause. En vingt ans, il y en a eu d’autres… et des bien plus longues!

Je commence toutefois à sentir le besoin de reprendre — mais comment? Pour partager quoi? On verra bien… Je ne vois pas mon blogue comme une publication… pas tant besoin de cohérence. C’est plutôt un reflet de mon état d’esprit… Et par les temps qui courent, mon esprit butine… alors ce sera probablement ça l’esprit des prochains jours / semaines.

Probablement des images, des extraits de textes qui attirent mon attention, peut-être de courtes réflexions par-ci, par-là.

Ceux qui colonisent notre vision de l’avenir

J’aime beaucoup quand les coïncidences dans mes lectures ont pour effet de mettre en relief des choses importantes. C’est encore arrivé ce matin.

Dans mon Feedly, que j’utilise pour suivre différentes sources d’information (médias, blogues, etc.), il y avait ce texte:

Billionaire capitalists are designing humanity’s future. Don’t let them

En gros: les plus riches (le 1% du 1% du 1%) sont en train de modeler l’imaginaire collectif, de nous imposer leurs rêves, leurs façons de voir le monde. Ce n’est pas nouveau, mais c’est encore plus vrai aujourd’hui étant donné l’ampleur des inégalités et leur outrageuse influence sur les médias de toutes sortes. Pour reprendre les mots de Roman Krznaric, ils sont en train de coloniser le futur — notre futur et celui des prochaines générations.

Pour Matt Shaw, nous n’avons pas à accepter qu’ils exercent une influence indue sur notre façon d’imaginer l’avenir. Je partage son avis. Ça me semble même absolument fondamental. 

Mais alors, quoi faire pour résister?

La réponse était dans une fantastique infolettre que je reçois chaque dimanche matin, Sentiers, qui est éditée par Patrick Tanguay. 

Dans l’édition de ce matin, il y avait cette citation de Madeline Ashby:

« Talk, loudly and frequently and in detail, about the future you want. You can’t manifest what you don’t share. »

La citation pointait vers ce texte:

This year, talk about the future you want

Extraits:

« It’s the same with any particular vision of a future. […] this doesn’t always work. […] Eventually, you have to do the work. You have to commit. But in the meantime, you can refine a lot of ideas if you bounce them off your friends and peers and neighbours. »

« So maybe that’s really my advice for 2018, and the years following it: talk to your neighbours about the future you want. »

Ça m’a ramené à la lecture de From What is to What if — Unleashing the power of imagination to create the future we want. Une de mes lectures importantes de 2020.

Et je me dis qu’il n’y a pas de moment plus propice que 2021 pour prendre le temps d’exprimer généreusement nos visions du futur — sans prétention. Pas pour les imposer à personnes, mais pour les partager, confronter nos idées, trouver des voies communes, s’inspirer les uns les autres… et éventuellement se retrousser les manches, ensemble. 

Comme 2021 sera vraisemblablement encore au le rythme de la pandémie… et que 2022 devrait être au rythme de la reprise… autant profiter de 2021 pour se mettre les idées au clair en prévision de 2022… 

Il faut cultiver l’espoir d’un monde meilleur, et pas juste pour les plus puissants.

Comme le rappelle si bien Emma Marris dans ce texte publié dans The Atlantic:

« Hope for the future is a reasonable and necessary prerequisite for action. »

Trop de superlatifs!

On vient d’entrer dans le 11e mois de la pandémie. Tout le monde est évidemment tanné. Et tout le monde a compris qu’on en a encore pour plusieurs mois. Chacun doit trouver sa manière pour passer à travers.

Je délaisse pour ma part de plus en plus les médias — et même les journaux, dont j’étais un avide lecteur.

Je leur accorde moins d’attention parce que je suis tanné de l’abus des superlatifs. On dirait qu’il y a une surenchère pour attirer l’attention des lecteurs, pour susciter des réactions et pour provoquer l’indignation.

Tout a l’air d’être devenu grave, irréversible ou catastrophique. Et les débats que les textes provoquent sont à l’avenant: très polarisés. Je suis tanné de ça.

Comme cet article, à la une du Devoir de ce matin:

L’école virtuelle susceptible de donner des résultats «catastrophiques»

Il faut tout mettre en œuvre pour garder les écoles ouvertes préviennent des experts.

Franchement!

Et pourquoi ces guillemets? Le titreur savait que le terme était exagéré et a choisi de le conserver quand même? C’est une erreur — je décroche.

J’ai compris que les temps sont difficiles. Je sais que rien n’est simple. Je sais que la situation actuelle n’est pas idéale. Je sais que tout le monde fait son possible et que, trop souvent, ça reste insuffisant. Mais est-ce que c’est nécessaire de toujours faire craindre le pire?

Il y a des experts qui pensent qu’on court à la catastrophe. Soit. Il y a très probablement aussi des experts pour dire le contraire. Et d’autres (heureusement) pour apporter des nuances dans tout ça. C’est comme ça pour tous les sujets.

Je n’ai plus envie de me réveiller le matin pour me faire dire que le monde va encore plus mal que je le pense. Que tout est plus grave que je le crois et que bientôt le ciel va me tomber sur la tête.

Je pense que cet état d’esprit m’épuise encore plus que la pandémie elle même.

Je ne comprends pas que les médias adoptent cette attitude. Le contexte leur offre pourtant une belle occasion de démontrer le rôle qu’ils peuvent jouer pour cultiver un bon état d’esprit dans la population — pour contribuer à notre santé mentale individuelle et collective.

J’aimerais voir à la une des journaux des textes nuancés. Des textes qui engagent les lecteurs au lieu de leur faire baisser les bras. Des textes qui donnent envie de poser des gestes, au lieu de se dire que ça ne sert à rien. Des textes qui font des lecteurs des acteurs sociaux à part entière au lieu d’en faire des spectateurs-commentateurs des décisions prises par d’autres.

J’aimerais lire et entendre des experts qui ne se contentent pas de dénoncer, mais qui éclairent les prochaines étapes. Des experts qui apaisent aussi — parce que la panique n’est pas un bon guide et qu’elle nourrit très souvent les extrémismes.

J’ai besoin que les médias m’aident à rester ancré, à prendre un peu de recul, à mettre les choses en perspective — et surtout pas à me faire grimper dans les rideaux.

Je veux qu’on me rappelle qu’il y a eu des situations bien pire dans l’histoire, qu’on est passé à travers… et que cette fois aussi on va passer à travers — et d’autant plus facilement si on réussit à garder un peu d’optimisme.

Ça fait que c’est ça qui est ça… je suis ben ben tanné de tous ces superlatifs.