Reprise

Je n’ai pas écrit ici depuis le 7 février… sans raison particulière. Appelons ça une pause. En vingt ans, il y en a eu d’autres… et des bien plus longues!

Je commence toutefois à sentir le besoin de reprendre — mais comment? Pour partager quoi? On verra bien… Je ne vois pas mon blogue comme une publication… pas tant besoin de cohérence. C’est plutôt un reflet de mon état d’esprit… Et par les temps qui courent, mon esprit butine… alors ce sera probablement ça l’esprit des prochains jours / semaines.

Probablement des images, des extraits de textes qui attirent mon attention, peut-être de courtes réflexions par-ci, par-là.

Ceux qui colonisent notre vision de l’avenir

J’aime beaucoup quand les coïncidences dans mes lectures ont pour effet de mettre en relief des choses importantes. C’est encore arrivé ce matin.

Dans mon Feedly, que j’utilise pour suivre différentes sources d’information (médias, blogues, etc.), il y avait ce texte:

Billionaire capitalists are designing humanity’s future. Don’t let them

En gros: les plus riches (le 1% du 1% du 1%) sont en train de modeler l’imaginaire collectif, de nous imposer leurs rêves, leurs façons de voir le monde. Ce n’est pas nouveau, mais c’est encore plus vrai aujourd’hui étant donné l’ampleur des inégalités et leur outrageuse influence sur les médias de toutes sortes. Pour reprendre les mots de Roman Krznaric, ils sont en train de coloniser le futur — notre futur et celui des prochaines générations.

Pour Matt Shaw, nous n’avons pas à accepter qu’ils exercent une influence indue sur notre façon d’imaginer l’avenir. Je partage son avis. Ça me semble même absolument fondamental. 

Mais alors, quoi faire pour résister?

La réponse était dans une fantastique infolettre que je reçois chaque dimanche matin, Sentiers, qui est éditée par Patrick Tanguay. 

Dans l’édition de ce matin, il y avait cette citation de Madeline Ashby:

« Talk, loudly and frequently and in detail, about the future you want. You can’t manifest what you don’t share. »

La citation pointait vers ce texte:

This year, talk about the future you want

Extraits:

« It’s the same with any particular vision of a future. […] this doesn’t always work. […] Eventually, you have to do the work. You have to commit. But in the meantime, you can refine a lot of ideas if you bounce them off your friends and peers and neighbours. »

« So maybe that’s really my advice for 2018, and the years following it: talk to your neighbours about the future you want. »

Ça m’a ramené à la lecture de From What is to What if — Unleashing the power of imagination to create the future we want. Une de mes lectures importantes de 2020.

Et je me dis qu’il n’y a pas de moment plus propice que 2021 pour prendre le temps d’exprimer généreusement nos visions du futur — sans prétention. Pas pour les imposer à personnes, mais pour les partager, confronter nos idées, trouver des voies communes, s’inspirer les uns les autres… et éventuellement se retrousser les manches, ensemble. 

Comme 2021 sera vraisemblablement encore au le rythme de la pandémie… et que 2022 devrait être au rythme de la reprise… autant profiter de 2021 pour se mettre les idées au clair en prévision de 2022… 

Il faut cultiver l’espoir d’un monde meilleur, et pas juste pour les plus puissants.

Comme le rappelle si bien Emma Marris dans ce texte publié dans The Atlantic:

« Hope for the future is a reasonable and necessary prerequisite for action. »

Trop de superlatifs!

On vient d’entrer dans le 11e mois de la pandémie. Tout le monde est évidemment tanné. Et tout le monde a compris qu’on en a encore pour plusieurs mois. Chacun doit trouver sa manière pour passer à travers.

Je délaisse pour ma part de plus en plus les médias — et même les journaux, dont j’étais un avide lecteur.

Je leur accorde moins d’attention parce que je suis tanné de l’abus des superlatifs. On dirait qu’il y a une surenchère pour attirer l’attention des lecteurs, pour susciter des réactions et pour provoquer l’indignation.

Tout a l’air d’être devenu grave, irréversible ou catastrophique. Et les débats que les textes provoquent sont à l’avenant: très polarisés. Je suis tanné de ça.

Comme cet article, à la une du Devoir de ce matin:

L’école virtuelle susceptible de donner des résultats «catastrophiques»

Il faut tout mettre en œuvre pour garder les écoles ouvertes préviennent des experts.

Franchement!

Et pourquoi ces guillemets? Le titreur savait que le terme était exagéré et a choisi de le conserver quand même? C’est une erreur — je décroche.

J’ai compris que les temps sont difficiles. Je sais que rien n’est simple. Je sais que la situation actuelle n’est pas idéale. Je sais que tout le monde fait son possible et que, trop souvent, ça reste insuffisant. Mais est-ce que c’est nécessaire de toujours faire craindre le pire?

Il y a des experts qui pensent qu’on court à la catastrophe. Soit. Il y a très probablement aussi des experts pour dire le contraire. Et d’autres (heureusement) pour apporter des nuances dans tout ça. C’est comme ça pour tous les sujets.

Je n’ai plus envie de me réveiller le matin pour me faire dire que le monde va encore plus mal que je le pense. Que tout est plus grave que je le crois et que bientôt le ciel va me tomber sur la tête.

Je pense que cet état d’esprit m’épuise encore plus que la pandémie elle même.

Je ne comprends pas que les médias adoptent cette attitude. Le contexte leur offre pourtant une belle occasion de démontrer le rôle qu’ils peuvent jouer pour cultiver un bon état d’esprit dans la population — pour contribuer à notre santé mentale individuelle et collective.

J’aimerais voir à la une des journaux des textes nuancés. Des textes qui engagent les lecteurs au lieu de leur faire baisser les bras. Des textes qui donnent envie de poser des gestes, au lieu de se dire que ça ne sert à rien. Des textes qui font des lecteurs des acteurs sociaux à part entière au lieu d’en faire des spectateurs-commentateurs des décisions prises par d’autres.

J’aimerais lire et entendre des experts qui ne se contentent pas de dénoncer, mais qui éclairent les prochaines étapes. Des experts qui apaisent aussi — parce que la panique n’est pas un bon guide et qu’elle nourrit très souvent les extrémismes.

J’ai besoin que les médias m’aident à rester ancré, à prendre un peu de recul, à mettre les choses en perspective — et surtout pas à me faire grimper dans les rideaux.

Je veux qu’on me rappelle qu’il y a eu des situations bien pire dans l’histoire, qu’on est passé à travers… et que cette fois aussi on va passer à travers — et d’autant plus facilement si on réussit à garder un peu d’optimisme.

Ça fait que c’est ça qui est ça… je suis ben ben tanné de tous ces superlatifs.

Un jour à la fois (encore!)

1er janvier 2021. Enfin!

Mais pourquoi enfin!, d’ailleurs?

Je pense qu’on dit ça parce qu’on a tous besoin de se donner des objectifs — et de pouvoir se réjouir de les avoir atteints. Surtout par les temps qui courent! On s’est rendu en 2021. Bravo nous! C’est un peu ça…

J’ai écrit 85 textes sur mon blogue en 2020. Des textes plus variés que jamais. J’ai essayé des choses, et je compte bien continuer dans les prochains mois.

J’ai relu quelques-uns de ces textes ce matin. Je retiens particulièrement celui que j’ai écrit le 20 mars, après une semaine de confinement:

«J’ai l’impression que la question la plus déterminante à ce stade-ci est de savoir si, au sortir de tout ça, dans quelques mois, ce sont plutôt les nouvelles contraintes qui influenceront notre avenir ou si ce sont plutôt les nouveaux possibles. (…) Dans le premier cas, la pandémie aura plombé notre avenir pour longtemps alors que dans le second elle nous aura peut-être, au contraire, ouvert de nouveaux horizons. Je choisis d’être optimiste.»

Neuf mois plus tard, je reste optimiste. L’épreuve se prolonge, c’est vrai, c’est encore difficile, mais je crois encore que les nouveaux possibles vont finir par l’emporter sur les contraintes.

Sauf que ça ne se fera pas tout seul! Il faut qu’on prenne soin de nous — pour se rendre au bout de l’épreuve… et, pour ça, il faut qu’on continue de porter particulièrement attention au beau et au bon, qu’on s’émerveille et qu’on partage.

Pour cette raison, je me dis que ce qui sera le plus important en 2021 ce sera de s’exercer à voir les possibles, même quand ils sont bien cachés, de se pratiquer à sortir des sentiers battus, d’expérimenter — et d’oser essayer de nouvelles choses!

C’est comme ça qu’on va pouvoir passer à travers l’année, un jour à la fois, avec le sourire, et se préparer à rebondir en 2022.

Ça n’a jamais été plus important de se préparer à changer le monde, parce que la fin de la pandémie devrait nous offrir des occasions exceptionnelles pour le faire.

Le monde ne va pas changer par lui-même: c’est nous qui devrons le changer.

Si on le souhaite, autant s’y préparer.

Go 2021! On t’attend de pied ferme!

Lecture, politique et réseaux sociaux

Je suis vraiment attristé par la controverse autour de la décision de l’Association des libraires du Québec de retirer de certains de ses réseaux sociaux les références à la participation de François Legault à sa campagne Lire en choeur — une si belle initiative!

Les libraires ont joué un rôle essentiel dans cette année difficile. Ils et elles ont fait un travail remarquable, qui est couronné de succès: les livres québécois, en particulier, se vendent comme jamais! Il faut s’en réjouir.

Les gens partagent leurs lectures sur le Web — même le premier ministre! Il faut s’en réjouir! Il était donc normal que l’ALQ l’invite à participer à son projet. On veut développer le goût de la lecture, dans toute la population, il en faut donc pour tous les goûts, et tous les types de livres. 

Mais il y a manifestement des gens qui ne voient pas les choses de cette façon et qui ont décidé de se faire entendre la semaine dernière, pour dénoncer la présence du premier ministre parmi les invités de l’ALQ et, plus encore, certains livres de sa liste de lecture. Des livres qui sont vendus dans les librairies et qui contribuent au débat public.

Je ne sais pas ce qui a pu se passer pour que l’ALQ prenne la décision qui provoque la polémique actuelle, mais je peux faire une hypothèse — suggérée par un ami qui a déjà géré des comptes de réseaux sociaux en situation de crise.

« Quand on n’y est pas préparé ce n’est vraiment pas facile de voir son Messenger, Twitter, Facebook, se remplir de protestation et de haine par centaines de messages, sans arrêt, pendant des heures… on perd de la perspective, et on finit par se résoudre à plier aux demandes pour que ça cesse… juste pour que ça cesse… »

Je ne sais pas si c’est ça qui s’est réellement passé. Mais je pense que c’est plausible et si tel est le cas, cela m’amène à deux réflexions:

Il me semble que l’ALQ pourrait reconnaître, candidement, que ça a été une erreur de réagir comme ça — et rappeler du même coup qu’une des grandes qualités de la lecture, des livres, et des librairies, est de nous aider à prendre un peu de recul sur les événements. Cet événement nous le montre de façon exemplaire. À nous de s’en servir ainsi. 

Cela doit aussi nous rappeler que les réseaux sociaux ne sont pas représentatifs de la société — surtout quand on assiste à ce qui apparaît comme des vagues spontanées d’indignation. Ces mouvements sont de dangereux miroirs déformants. Il faut se méfier du millitantisme-à-fleur-de-peau. Toutes les organisations devraient s’en méfier et se préparer à y faire face. 

Alors grosse accolade à mes ami.e.s libraires, et à l’équipe de l’ALQ. Courage! Je suis convaincu que vous allez vous en relever rapidement si vous reconnaissez sans tarder cette erreur en vous appuyant sur les fondements de votre métier — la diffusion de la culture, de la diversité, de la pensée critique.

On en sortira peut-être tous grandis — grâce à ce remarquable rappel que ce n’est pas parce que les réseaux sociaux s’enflamment qu’il faut s’alarmer.

Keep Calm and Keep Reading.

L’envahisseur

Je suis allé prendre une marche ce matin, et comme chaque matin cette semaine, j’en ai profité pour écouter CNN. Après 15 minutes, ça m’est apparu évident: Trump est un envahisseur. Il réfléchit et agit comme un envahisseur.

C’est un envahisseur de nos esprits; il occupe notre attention.

Une évidence me direz-vous? J’aurais pu comprendre ça bien avant? Sans doute, mais ça ne m’est jamais apparu plus clair que ce matin.

Parce que c’est évidemment pour ça qu’il lance des menaces de poursuites tous azimuts — pour rester dans l’actualité, pour rester dans nos esprits, encore un peu… pour ne pas perdre de terrain, pour nous empêcher de penser à autre chose que lui.

Et il réussit bien. Ça ne fait même pas 24h que Biden a été déclaré vainqueur et on ne parle déjà plus que de Trump. À nouveau! Les poursuites, réelles ou pas, à quel endroit seront-elles déposées, ont-elles des chances? Qu’en pensez-vous monsieur l’expert, et vous madame l’experte? Et vous cher passant, chère passante?

C’est à ce moment que j’ai fermé CNN.

Trump comprend très bien que l’élection est terminée et que les réseaux d’information en continue doivent encore meubler 24h de programmation — et il va s’en servir pour défendre l’espace qu’il occupe dans nos esprits depuis cinq ans.

On ne se débarrasse rarement d’un envahisseur sans poser des gestes. Il faut le chasser. Dans ce cas-ci: de nos esprits.

Je pense que ce sera notre travail à chacun dans les prochaines semaine de reconquérir notre espace mental, notre attention — pour la consacrer à mieux. Pour faire plus de place à du positif et à de l’optimisme. On en a bien besoin.

J’espère que les médias auront appris des cinq dernières années et qu’ils ne tomberont pas dans le piège — ça nous aiderait!

Je souhaite que les médias parlent du début de l’ère Biden-Harris et de la vision de la société qui l’inspire, qu’ils nous aident à interpréter les prochaines étapes et à comprendre les premiers gestes de ce réjouissant tandem… et qu’ils laissent Trump et ses sbires s’enfoncer progressivement dans l’insignifiance.

Je suis convaincu qu’il y a moyen de nous informer correctement sur les recours, légitimes, qui seront peut-être entrepris par l’équipe Trump, sans en faire une chronique constante — et sans offrir une visibilité indue à des manoeuvres qui sont essentiellement destinée à conquérir encore un peu plus nos esprits.

On s’est trop souvent indigné dans les dernières années. Il faut sortir de ça. Réapprendre à se réjouir. Arrêter de se laisser distraire.

En rappel:

Jours 14, 15 et 16

7h00 — Jazz Journeys, Sonos radio

Le temps file! — je me répète, mais c’est vraiment ce qui caractérise les dernières semaines. Chaque journée se termine un peu de la même façon, par une exclamation, fort dans la maison, autour de 18h: « Bon, assez pour aujourd’hui! à l’impossible nul n’est tenu! ». On se retrouve dans le salon, Ana et moi, quelques minutes plus tard, pour partager les faits saillants de nos journées, avec un peu de musique, une bière ou un petit verre de vin et quelques grignotines.

Je pense que c’est ce moment, ensemble, à la fin de la journée, qui va marquer le plus durablement notre souvenir de la pandémie. Je le souhaite.

***

J’ai eu beaucoup de plaisir à participer à un nouvel enregistrement des Engagés publics mardi soir. Le résultat est ici.

J’ai complété la lecture de Le pire n’est pas certain, de Catherine et Raphaël Larrère. 

J’ai commencé à feuilleter une biographie de Jean-Charles Harvey qui s’annonce fascinante.

Et j’ai commencé à me rebâtir un environnement de veille un peu plus satisfaisant avec Feedly — j’avais négligé ça dans les dernières années. C’est l’occasion de réfléchir sur la nature des sources d’information dont je veux me nourrir l’esprit — un exercice très sain par les temps qui courent!

***

J’ai aussi commencé à compter les dodos avant l’élection présidentielle aux États-Unis.

Je suis optimiste.

Jours 12 et 13

6h30 — Deluxe, Fleetwood Mac

Il fait noir longtemps à cette période de l’année! Le soleil n’en finit plus de se lever…

Hier après-midi j’ai fait un grand ménage du cabanon pour faire de la place à tout ce qu’il faut ranger pour l’hiver. J’ai fait ça en écoutant un très intéressant dialogue entre Édouard Hermet et Adrian Rivierre sur le thème construire des récits positifs.

« Adrien est un expert de la mise en récit, de la prise de parole en public et auteur. Avec Adrien, nous avons exploré de nombreuses thématiques liées à nos imaginaires collectifs et la mise en récit de futurs souhaitables pour nos sociétés. »

Et en fin de journée j’ai (finalement) commencé la lecture de Le Pire n’est pas certain, de Catherine et Raphaël Larrère (dont j’avais découvert le livre dans un texte de l’Obs auquel j’ai fait référence il y a un mois). Extraits: 

« Cette fois encore, nous ne voulons pas nous laisser épingler d’un côté de l’opposition entre les optimistes béats (on s’en tirera toujours avec une solution technique) et les pessimistes farouches (l’effondrement est pour 2030, peut-être même avant). Aux premiers, nous objectons qu’il y aura bien des catastrophes, aux seconds que le pire n’est pas certain et que les possibles restent ouverts. »

« Une des principales raisons du succès de la collapsologie est son innocuité politique. Si l’on veut s’opposer à la gestion capitaliste des dégradations écologiques, il n’y a rien à attendre de la collapsologie. Il faut s’interroger pour savoir si d’autres mondes sont possibles et à quelles conditions ils peuvent advenir. C’est pourquoi il importe que l’écologie et l’ensemble des luttes sociales et des expériences qui portent sur la défense et l’amélioration des milieux de vie ne se laissent pas absorber dans un courant qui, finalement, dessert leurs objectifs. »

***

La collapsologie est un courant de pensée qui prétend qu’il est trop tard pour renverser les changements climatiques, qu’on ne peut dorénavant plus échapper à la catastrophe — à l’effondrement de la société — et qu’il ne reste plus qu’à s’y préparer. C’est noir, très noir… et ça ne met pas du tout dans une disposition d’esprit pour rassembler. Ça souffle pas mal sur le chacun pour soi.

Je trouve intéressant que Catherine et Raphaël Larrère soulignent que le succès d’un mouvement peut parfois être lié à son innocuité politique, qu’ils rassemblent parce qu’ils sont en fait des refuges pour se donner l’impression d’agir sans avoir à remettre en question les fondements, les causes des problèmes.

Je me dis que c’est peut-être un peu aussi ça qui explique le succès de plusieurs mouvements complotistes…

Si tel est le cas, il sera sans doute plus efficace de créer des mouvements plus attrayants, plus engageant, plus stimulants (j’ose même un plus l’fun) que les complotistes au lieu de se contenter de les dénoncer.

Il faut trouver dans les prochains mois des moyens que ça devienne plus l’fun de changer réellement le système que de se contenter de s’en indigner.

Jours 8, 9, 10 et 11

10h30 — Dusty Rainbow from the Dark, Wax Tailor

Le temps file, le temps file! Et j’ai mis en priorité la marche quotidienne sur l’écriture ici. Y’a que 24h dans une journée… et il a fait tellement beau hier. Il y aura aussi une grande marche aujourd’hui. À Lévis, probablement.

Je me suis fait un cadeau hier: un nouvel ordinateur, et j’ai pris le temps de faire un ménage en profondeur de mes espaces de travail — physique et virtuel. J’ai même déplacé le bureau, question de changer un peu de perspective. Ça peut faire du bien psychologiquement aussi, non?

J’étais dû, mon MacBook avait plus de 7 ans, et il commençait à en arracher pas mal pendant les visio-conférences — et au temps qu’on y passe par les temps qui courent, et vraisemblablement encore pour plusieurs mois…

***

Comme presque tous les dimanche matin, ma journée a commencé par la lecture de l’infolettre Sentiers, publiée par Patrick Tanguay.

Un texte m’a particulièrement intéressé aujourd’hui: Community-led futures is a radical act.

J’ai trouvé l’ensemble du texte très inspirant, mais la description du jeu de Polak a particulièrement retenu mon attention:

« First you ask people to stand somewhere on a line based on how optimistic or pessimistic they feel about the future. Standing at one end of the line means they are very optimistic, at the other end very pessimistic.

Next you ask people to imagine another axis in the room bisecting the first, which describes whether they feel agency over the future or if they feel helpless to influence it. Without shifting where they are on the first axis, they move along the second axis. You end up with the room in four quadrants. People in the first quadrant are optimistic and feel agency, those in the second are optimistic but feel they have no power to influence the future. The third quadrant contains people who are pessimistic yet feel they can influence things, and the final quadrant is where those who feel pessimistic and powerless stand. 

In the final step of the game you have fun by getting the people in each quadrant to form a team, try to justify their choices and convince others to join them. Whichever team recruits the most new members wins. »

Apparemment, après échanges et une animation adéquate, il y a pratiquement toujours plus de monde dans l’équipe des optimistes engagés.

Ça me semble une très belle illustration du défi que nous devons tenter de relever chacun avec notre entourage — particulièrement par les temps qui courent — le défi du leadership, en général — et ce qu’on devrait attendre des politiciennes et des politiciens, en particulier.

Note: pour celles et ceux qui souhaiteront aller plus loin, la description complète du Jeu de Polak mérite aussi le détour.

Jour 7

Jour 7

7h15 — La hiérarchill, Jérôme 50 

Je prends le temps d’écrire un court texte sur la journée d’hier avant d’entreprendre celle d’aujourd’hui. 

Ça a été une bonne journée!

J’ai eu plusieurs échanges avec des gens dont les plans et les projets sont en train de se métamorphoser à cause de la covid, mais qui ne se laissent pas abattre et qui se disent qu’il en sortira bien éventuellement quelque chose de positif. Si on n’y croit pas, y’a bien peu de chance que ça arrive…

Un début de soirée super agréable en famille, plein de complicité et de fous-rire. Ça fait du bien à tout le monde. Et la soirée à regarder et commenter le débat des aspirants à la vice-présidence avec mon amoureuse + les commentaires écrits de la plus grande, maintenant à Montréal, qui le regarde aussi.

Et la mouche sur la tête de Mike Pence, qui nous a bien fait rire!

Et, plus encore, les analyses qui sont de plus en plus convergentes pour dire que la possibilité d’une victoire de Trump diminue jour après jour… Il ne faut rien tenir pour acquis, bien sûr — mais je me suis quand même couché avec le sourire.

Je commence même à pressentir la satisfaction que ce sera (que ce serait) d’assister à une victoire décisive de Joe Biden le 3 novembre. Le soulagement… 

Enfin tourner la page… le début d’autre chose…

Il restera bien des défis… mais je pense qu’il sera beaucoup plus facile de s’y concentrer. C’est déjà pas pire…

Jours 5 et 6

22h15 — Sonos Radio, Concert Hall

Les derniers jours ont été fous fous fous: une succession d’imprévus, pas toujours agréables — mais qu’importe! Je suis content d’être passé à travers avec le sourire — par choix, parce que c’est tellement plus facile et plus agréable pour tout le monde! 

Même derrière un masque, le sourire, ça change tout!

Et un immense levé de chapeau à toutes ces femmes (surtout) qui portent le système de santé à bout de bras, généralement avec le sourire et avec tellement de bienveillance. 

***

À travers les imprévus: quelques cafés couverts d’une mousse nuageuse, quelques tasses de mon thé préféré (l’odeur suave et stimulante du lapsang souchong!) et un (ou deux) matcha — dont la saveur me donne instantanément accès au royaume du calme. 

De la musique aussi. Et de bons repas — ce soir, après une courte promenade vers l’épicerie, avec un détour par notre « petit Copenhague » (un sentier sans prétention qui nous rappelle notre dernier voyage avant le confinement): poulet en crème avec de petits légumes et des herbes du jardin, sur des pâtes fraîches — merci Ana!). Et une bière de la brasserie Maltco: la Fraichier

L’optimisme s’entretient aussi en prenant soin de nous. 

Alors fuck les fake news (ou pas) et vive les bonnes choses!

Jour 4

10h30 — Session acoustique, Tire le coyote

Il fait beau! Soleil, température idéale pour aller marcher. Hier c’était à la base de plein-air de Sainte-Foy. Aujourd’hui, probablement à Lévis.

Les nouvelles qui entourent l’état de santé du président des États-Unis sont plus invraisemblables que jamais — la confiance dans les message de la Maison Blanche est à zéro. Consternant.

J’ai lu ce matin dans l’infolettre The Optimist, publiée par le Washington Post, qu’au Japon, certains réfléchissent à une autre forme de réponse à la pandémie: aider rapidement les gens à développer un meilleur équilibre dans leur vie. 

Avec une vie plus équilibrée travail-famille-loisirs, on serait moins vulnérable aux virus: plus en santé, meilleure hygiène de vie, moins de comportement à risque. Ça ne peut pas remplacer les contraintes qu’on est forcés d’imposer actuellement, mais dans la perspective d’améliorer la résilience de la société… il ne faudrait pas négliger cette perspective.

***

L’ami Charles a commenté mon texte d’hier:

« Je te trouve étonnamment optimiste… (…) Nos démocraties sont mises à rudes épreuves. Cette pandémie est un vrai test de Civilisation. (…) je ne vois pas comment tu peux dire « On arrive peut-être enfin au bout de tout ça » ou « L’avenir est peut-être en train de s’éclaircir. Je veux le croire. » ou alors c’est de la méthode Coué. »

Je te rassure: je suis aussi inquiet, mais ni plus ni moins qu’il y a six mois ou un an. Mon optimisme tient plutôt dans le fait qu’il y a un an je ne voyais pas trop quelle tournure tout ça pouvait prendre: on était dans le noir, dans l’inconnu — sans prise sur la suite des choses. 

Et là, je me dis qu’on n’est peut-être pas si impuissants qu’on pouvait le croire. On prend conscience de la fragilité de nos gouvernements, on comprend mieux que la démocratie ne peut jamais être tenue pour acquise, que les effets pervers des iniquités et de la marginalisation sont évidents, on saisit mieux l’impact de notre nonchalance à réglementer le fonctionnement des réseaux sociaux, etc. 

On commence à mieux comprendre que les problèmes qui nous accablaient par leur nombre et leur diversité ont souvent un petit nombre de causes communes (iniquité, marginalisation, perte de confiance, etc.) — et qu’une fois qu’on les voit comme ça, on peut plus facilement les aborder autrement, et chercher/trouver des solutions.

Je suis donc inquiet, moi aussi, mais je trouve qu’on voit mieux comment on va pouvoir faire face à cette inquiétude. C’est ça qui me rend optimiste.

Je ne pense pas que ça relève de la méthode Coué — mais plutôt de la recherche d’une piste, par où commencer, pour éviter d’être paralysés devant l’ampleur des défis qu’on a devant nous.

Je suis optimiste parce que je me dis qu’après plusieurs années à avoir l’impression de reculer un peu plus chaque jour, on pourrait enfin se remettre à avancer un peu, vers quelque chose de mieux.

Jour 1

Pour les 28 prochains jours nous vivrons un isolement plus ou moins volontaire. Le gouvernement appelle ça Le défi 28 jours: un confinement qui n’en porte pas le nom.

Le mois d’octobre sera gris, socialement exigeant, politiquement anxiogène. Il va falloir travailler fort pour voir le beau et cultiver le bon. Mais il le faut.

Dans cet esprit, je me lance un défi: écrire tous les jours un court texte pour réfléchir, le plus spontanément possible, sur cette étrange période de notre vie collective. Ce sera mon défi 28 jours à moi. 

***

7h30 — Jardins de Babylone, Pierre Flynn

Comme c’est souvent le cas, j’ai commencé la journée en parcourant les archives de mes notes personnelles. Qu’est-ce que je faisais le 1er octobre au cours des huit dernières années? DayOne rend ça tellement facile. 

Ça m’a rappelé mon état d’esprit le matin du 1er octobre 2018. C’était jour d’élection au Québec. J’avais l’humeur sombre, j’étais anxieux. Moi qui n’en ai vraiment pas l’habitude. Je n’étais pas bien. Les rumeurs de manipulation de l’élection s’était frayées un chemin jusque sur le site du Directeur général des élections. Je déplorais que le Québec était devenu une république de bananes.

Mais en fin de soirée le même jour j’étais bien, soulagé — tellement soulagé! Le Québec était libéré du Parti libéral corrompu qui nous avait pourri les dernières années. La satisfaction était quand même un peu amère: le parti dans lequel j’avais investi tellement d’énergie était presque rayé de la carte. Mais on passait enfin à autre chose! Je me suis couché optimiste.

Ça m’a rappelé qu’en démocratie aussi il y a toujours un boutte à toute… et qu’il faut faire confiance au monde. Je vais tenter de garder ce souvenir à l’esprit jusqu’au 3 novembre — et souhaiter le même soulagement (au cube!) au peuple états-unien.

Ça m’a aussi rappelé que l’espoir n’adopte pas toujours la trajectoire qu’on aurait souhaité — et qu’il est sans doute préférable de garder le cap sur les objectifs, que de trop s’attarder aux moyens si on veut rester optimiste.

P.S. En préparation à mon défi 28 jours, j’ai fait un petit tour hier soir dans les archives du Devoir sur le site de BAnQ. Au hasard, 1er octobre 1966, sur la première page, un texte coiffé d’une photo: « René Lévesque présente un noir tableau du Québec mais annonce le temps de l’espoir ».  Extrait:

« [il faut] partager ce [qu’on] a reçu au lieu de le monnayer (…) [être capable de] s’unir et de travailler en commun, au service d’une conception acceptable du bien commun, alors l’avenir du Québec pourrait être quelque chose de phénoménal. » 

Notes positives

Au moment où on s’apprête manifestement à retourner dans un confinement beaucoup plus contraignant — et où le personnel de la santé va se retrouver de nouveau sur la ligne de front — je trouve intéressant de noter les petites touches de positif qui réussissent à se frayer un chemin dans l’actualité.

Comme ceci dans Le Devoir de ce matin, sous la plume de Christophe Huss:

Ce que Marc-André Hamelin retient de ces six derniers mois est surtout une découverte que sa vie de musicien itinérant ne lui permettait pas. « Le plus grand avantage est d’avoir passé tout ce temps en famille. Bien des musiciens étaient forcés d’être seuls, car ils n’ont pas de famille. Moi, j’ai une famille. Je connais ma femme depuis 2003, et c’est de loin la plus longue période que j’ai passée avec elle depuis que je la connais. C’est un don du ciel ! »

Et ça m’a fait penser à un autre texte de Christophe Huss, aussi publié dans Le Devoir, il y a une dizaine de jours: Oui, la distanciation change le son, et les chefs doivent s’adapter.

« Je pensais à tort que le rôle du chef d’orchestre est de faire jouer des gens ensemble. Désormais, je pense que le rôle du chef est d’amener tous les musiciens à s’écouter. »

Le texte est fascinant et il avait aussi attiré mon attention pour son point de vue positif: le contexte change, on s’adapte, on découvre, on apprend. 

Au moment de sa publication, j’avais relayé le texte sur Twitter en soulignant qu’il n’y a pas que dans le domaine musical que le rôle des chefs est d’amener les gens à s’écouter — c’est nécessaire pour toutes les personnes en situation de leadership, et tout particulièrement dans les périodes difficiles.

Il ne faudra pas l’oublier dans les prochaines semaines.

Merci M. Huss pour ces deux textes. 

Photo prise au Brooklyn Museum en mai 2016.

Forger les souvenirs

Dans un texte d’opinion publié dans le Washington Post le 22 septembre, le professeur de psychologie Daniel Willingham, nous rappelle que l’attitude et les choix des adultes ont une influence directe sur ce que les enfants retiendront de la pandémie. Notre attitude déterminera largement si 2020 sera pour eux un traumatisme ou simplement une période hors de l’ordinaire, dans laquelle il y avait aussi du bon.

« I hope for less frustration at being separated from friends and more pleasure at spending time with family. These emotions and attitudes not only lead to better mood today; they are also associated with happiness in the long term. » (…)

« A memory summarizing months or years, for example, “the pandemic” or “attending Wilson High School” is not the heading of a mental file containing details of that time. It’s an isolated fact. The rich detail resides in episodes: memories of events that last hours, not months. » (…)

« My children’s memories of the pandemic will be influenced by their beliefs about this time in their lives. Those beliefs, in turn, are shaped by repeated experiences. »

En d’autres mots: la réalité est un matériau et c’est à nous, comme adultes de la forger pour permettre aux enfants de s’en faire des souvenirs plus ou moins agréables et plus ou moins utiles pour l’avenir.

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En lisant le texte de Daniel Willingham, je me disais que tout cela était aussi vrai pour les adultes. Pour soi-même, avec nos amis, avec nos collègues, etc. 

Et pour la société en général.

Mais alors, qu’est-ce qu’on retiendra, collectivement, de cette pandémie? Ou plutôt: qu’est-ce nous choisirons d’en retenir?

Il me semble que ça devrait faire partie de nos préoccupations dès maintenant. Ça devrait faire partie de nos réflexions et être présent dans le discours de nos leaders. 

On devrait commencer tout de suite à forger la réalité de cette pandémie pour s’en faire quelque chose de positif — à moyen et à long terme.  

On pourrait par exemple se demander tout de suite qu’est-ce qu’on aimerait qui accompagne le récit de la période 2020-2022 dans les livres d’histoire?

Qu’est-ce qu’on aura appris grâce à la pandémie? Qu’est-ce qui aura été mieux après? Comment ça aura affecté positivement le cours de notre histoire?

Clarifier cela nous aiderait probablement aussi à savoir quels gestes poser, quoi privilégier, maintenant, pour passer à travers la pandémie et ne pas en sortir seulement avec de mauvais souvenirs.