Courir pour faire le vide

L’horaire est chargé, pour toute la famille. Et c’est comme ça quasiment depuis Noël… alors, les vacances seront particulièrement bienvenues!

À travers tout ça, il faut (re)commencer à trouver du temps pour l’exercice — essayer de se garder en forme, cultiver la santé. Ce sera plus facile au cours de l’été, bien sûr, mais j’ai quand même pris un peu d’avance depuis le printemps en me mettant doucement à la course. De courtes sorties, aussi fréquentes que possible (ce qui n’est pas très engageant, il faut bien le dire). J’en suis quand même à une vingtaine de courses. Cinq kilomètres ce soir, par exemple, par une  température extraordinaire. Un vrai plaisir — eh que ça fait du bien!

Ça aide aussi (surtout?) à se vider l’esprit, continuellement surchargé par le boulot et par le contexte politique. Faire le ménage des méninges.

Haruki Murakami décrit très bien cela dans les premières pages de son Autoportrait de l’auteur en coureur de fond:

« On m’a souvent demandé à quoi je pensais lorsque je courais. En général, les gens qui me posent cette question n’ont jamais participé eux-mêmes à des courses de fond. À quoi exactement est-ce que je pense lorsque je cours? Eh bien, je n’en sais rien.

Quand il faut froid, je suppose que je pense vaguement qu’il fait froid. Et s’il fait chaud, je dois penser vaguement à la chaleur. Quand je suis triste, je pense à la tristesse. Si je suis content, je pense au bonheur. (…)

Simplement, je cours. Je cours dans le vide. Ou peut-être devrais-je le dire autrement: je cours pour obtenir le vide. Oui, voilà, c’est cela, peut-être. Mais une pensée, de-ci de-là, va s’introduire dans ce vide. Naturellement. L’esprit humain ne peut être complètement vide.  Les émotions des humains ne sont pas assez fortes ou consistantes pour soutenir le vide. Ce que je veux dire, c’est que les sortes de pensées ou d’idées qui envahissent mes émotions tandis que je suis en train de courir restent soumises à ce vide, ce sont juste des pensées hasardeuses qui se rassemblent autour de ce noyau de vide.

Les pensées qui me viennent en courant sont comme des nuages dans le ciel. Les nuages ont différentes formes, différentes tailles. Ils vont et viennent, alors que le ciel reste le même ciel de toujours. Les nuages sont de simples invités dans le ciel, qui apparaissent, s’éloignent et disparaissent. Reste le ciel. »

J’avais apprécié Kafka sur le rivage, mais ce témoignage très personnel d’Haruki Murakami, qui prend parfois des accents de traité de sagesse à la japonaise (l’expression est de André Clavel, en quatrième de couverture) me plaît encore davantage.

Et la couverture de l’édition 10/18 est particulièrement géniale.

6 commentaires

  1. voir aussi chez Thierry Beinstingel, en date (parmi d’autres, comme 18/05/2011) du 18/10 2011
    http://www.feuillesderoute.net/etonn2011.htm

    pas grand chose de commun entre vous deux (encore que, serais curieux qu’on soit ts les 3 une heure dans un bistrot), mais souvent je sens vos blogs en proximité…

    par contre, jamais pu convaincre Thierry de quitter son html de site pionnier (dès 1997, avec le mien), donc il faut fouiller…

  2. Wow! Merci François — des textes qui me plaisent beaucoup.

    Et que dire de cet extrait sur la course, tout dans la lignée du texte ci-dessus (et des pages lues aujourd’hui dans le livre de Murakami):

    « Il est difficile de raconter tout ce qui vous passe par la tête, ni tout ce que vous pouvez voir dans les saccades des foulées pendant deux heures, mais vous en ressortez avec une impression de richesse incroyable. Vous avez vu des femmes plus petites que vous, et parfois plus âgées, vous doubler allègrement alors que vous tiriez la langue, vous avez-vous-même dépassé de grands gaillards taillés pour la course et qui subitement n’avançaient plus devant vous. Et étrangement, courir devient presque un acte politique, au sens du politis grec, celui qui s’occupe des affaires de la cité, celui capable d’admettre à la fois les différences entre individus mais aussi le sens secret d’agir ensemble. »

    Je relirai Thierry Beinstingel.

  3. une chose qui m’a étonnée, à la lecture de ton billet, c’est comment m’est venu de suite le souvenir des billets de Thierry

    pourtant hors d’un support physique (ce n’est pas dans ses livres que j’allais le chercher, mais dans son blog)

    notre « mémoire » de la lecture-site se construit progressivement, parce que nous savons exactement, de la même nature qu’à lecture-livre, ce que nous devons à ce lieu précis de la lecture…

  4. Très heureux de ces billets. Murakami est superbe dans son autoportrait, et moi aussi, Kafka sur le rivage m’avait beaucoup plu. Parcouru aussi quelques pages de ce site très beau : nous avons en commun ce ‘politis’, manière de se sentir exister, ou de faire le vide pour mieux se sentir vivre!
    Amitiés au Québec
    Thierry Beinstingel

  5. Ce matin, je prenais l’ascenseur pour monter au 15e étage de l’édifice Marie-Guyart. Huit personnes s’engouffrent dans la cabine. Quatre en ressortent au 1er.

    En apercevant l’image, il fallait que je raconte.

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