Manque de vision…

J’ai écrit en avril dernier un texte dans lequel j’exprimais mon inquiétude devant l’absence de visions claires pour le développement de Québec que j’avais constatée en participant au XIe Forum économique de la région de Québec. Je le reprends ici parce que je pense que, plus que jamais, il faut « demander à ceux et celles qui ont une vision d’avenir à proposer pour Québec de s’exprimer. »

QUÉBEC, UNE VISION D’AVENIR QU’IL PRESSE DE FORMULER

Ce texte a été soumis au quotidien Le Soleil dans les derniers jours d’avril 2002, mais n’a pas été retenu pour publication.

Le 18 avril dernier, j’ai eu l’occasion de participer au premier volet du XIe Forum économique de la région de Québec, qui était organisé par la Chambre du Commerce et de l’Industrie du Québec métropolitain. L’événement avait pour but « de permettre aux entreprises de la nouvelle économie de faire connaître leurs préoccupations et leurs besoins […] dans le cadre de la phase II de la Stratégie de diversification économique de la région de la Capitale-Nationale ».

D’entrée de jeu, j’ai pu apprendre que les sources de cette Stratégie de diversification économique remontent à 1983 et qu’elles répondent à la préoccupation « d’élargir et diversifier le tissu économique de la région métropolitaine de Québec, et ainsi atténuer sa dépendance à la fonction publique […] en visant l’économie du savoir comme locomotive à ce processus ».

En 1983, j’étais en quatrième année du primaire, en train d’apprendre à lire et à écrire (et donc très loin des préoccupations que plusieurs des participants au XIe Forum économique avaient déjà à l’esprit à cette époque) toutefois, si je me fie à ce que j’ai lu et entendu le 18 avril, c’est le manque d’infrastructures stratégiques qui était le principal responsable des problèmes économiques régionaux de l’époque. La documentation fait notamment référence à un manque d’infrastructures de formation, de recherche et de financement, ainsi qu’à une organisation déficiente des transferts technologiques, et au manque de culture entrepreneuriale. En d’autres termes, si je comprends bien, nous manquions cruellement de ressources, d’outils et d’une bonne dose de savoir-faire.

Selon ce qu’il m’a été donné d’entendre la semaine dernière, le chemin parcouru depuis vingt ans est remarquable. Tellement, en fait, que si je me suis d’abord étonné devant tant de satisfaction, j’ai finalement compris que mon étonnement tenait à l’efficacité de ceux et celles qui ont opéré les premières étapes de la diversification de l’économie régionale. Ils ont été tellement efficaces que, de mon jeune âge, j’ai l’impression de n’avoir jamais connu Québec autrement que comme la ville dont ils avaient rêvé en 1983. C’est tout en leur honneur ! Selon les chiffres de la Société de promotion économique du Québec métropolitaine, « l’industrie du savoir » regrouperait maintenant, à elle seule, dans la région de Québec « plus 608 organisations, dont 505 entreprises, totalisant 20 050 emplois et générant un chiffre d’affaire de 2,3 milliards $, un niveau d’activité qui place cette industrie à un niveau supérieur à l’industrie du tourisme et légèrement en deçà de l’administration publique ».

Le contentement largement partagé par l’auditoire ne m’a toutefois pas empêché de repartir perplexe. L’événement m’aura surtout convaincu que le plus difficile reste à faire. S’il est vrai que nous disposons maintenant de plusieurs des ressources et des leviers de développement que nous avons tant souhaité, il nous reste beaucoup à faire pour savoir tirer profit de tous ces outils. À cet égard, les propos échangés lors du XI Forum économique ne m’ont pas démontré que nous avons une vision claire des prochaines étapes… pas plus qu’ils ne m’ont rassuré sur notre engagement collectif dans la voie de l’innovation.

J’ai choisi de vivre et d’établir une famille à Québec parce que je crois que c’est le meilleur endroit pour être heureux, pour vivre dans un environnement sain et pour donner la chance à des enfants de se projeter dans l’avenir avec ambition. C’est un grand privilège de naître à Québec ! J’adore Québec, mais il me semble que nous nous contentons trop souvent de trop peu. J’ai parfois l’impression que la ville est encore comme un gros sac de blocs Lego dont on s’émerveille des couleurs et des formes sans réaliser que l’on peut les emboîter les uns dans les autres pour construire des châteaux, des stations spatiales, des maisons, des écoles, des usines et des musées. J’aurais aimé assister au Forum économique avec la même ivresse que quand, étant enfant, j’ouvrais mon coffre de blocs Lego… malheureusement, ça n’y était pas. J’ai été beaucoup trop peu interpellé par les discussions conventionnelles au sujet de problèmes traditionnels auxquels on apporte des pistes de solutions… tout ce qu’il y a de plus classique.

L’avènement de la nouvelle ville de Québec nous donne l’occasion de revoir nos façons de faire. Tant mieux ! Mais ce ne sera pas suffisant… Il faudra aussi apprendre à innover davantage, chaque jour, dans toutes nos actions ‹ l’innovation c’est beaucoup plus qu’une affaire de laboratoires et de centre de recherche. Il nous faudra inventer des espaces de discussions et de concertation politique beaucoup plus efficaces que les forums économiques traditionnels au cours desquels 200 personnes consacrent toute une journée à en écouter parler dix autres. Il n’y a que l’habitude pour nous ramener de tels événements année après année. Pour tirer profit de rencontres semblables il faudrait que les participants soient mieux préparés et qu’ils disposent de plus de temps. La concertation ne vient pas en claquant des doigts !

S’il est vrai qu’innover c’est savoir trouver des solutions originales aux problèmes auxquels nous sommes confrontés, c’est aussi (et surtout !) à mon avis savoir aborder ces problèmes sous des angles inédits ‹ ou d’une façon radicalement différente. Pour cela, il faut généralement solliciter la participation de nouveaux acteurs et accepter de se faire brasser plutôt que d’explorer avec eux seulement des pistes de solutions à des problèmes préalablement formulés. Alors quand on me dit, comme je l’ai entendu la semaine dernière que « ce n’est pas parce que Montréal est plus gros que Québec qu’on va se laisser manger la laine sur le dos », ça me confirme qu’il y a un sérieux besoin de renouveau dans la réflexion sur le développement régional. Québec n’a pas besoin de se définir par rapport aux autres pour grandir. Personne dans mon entourage ne se reconnaît d’ailleurs dans ce complexe archaïque de « la petite ville à l’ombre de la métropole ».

J’ai malgré tout apprécié ma participation à ce XIe Forum économique parce que même inefficace, une rencontre comme celle-là vaut mieux que pas de rencontre du tout ‹ et même trop brèves, les interventions de Ghislain Théberge (CO2 Solution), Louis Têtu (RecruitSoft) et François Arcand (Mediago) étaient rafraîchissantes, stimulantes et sans complaisance.

Au moment où le gouvernement du Québec est sur le point de rendre public un nouveau modèle d’organisation économique pour la région de la Capitale-nationale, il me semble que la ville de Québec a grandement besoin d’une vision plus claire de son développement. Un projet concret et rassembleur. Comme acteur potentiel de ce développement, j’en aurais personnellement besoin en tout cas… Voilà pourquoi je demande à ceux et celles qui ont une vision d’avenir à proposer pour Québec de s’exprimer, à l’instar de Pierre Curzi (Union des Artistes) et de Guy Laliberté (Cirque du Soleil) qui l’ont fait pour Montréal au cours des dernières semaines avec autant d’éloquence que d’humilité.

Dites-moi donc… au moment de raconter une histoire à mes enfants ce soir, comment est-ce que je devrais décrire la ville dont nous rêvons pour eux ? Que désirons-nous que soit devenu Québec dans vingt ans ? J’ai grand besoin de votre aide parce qu’autrement plusieurs de leurs questions risquent de demeurer sans réponses…

Une réflexion sur “Manque de vision…

  1. je me ferai un immence plaisir de répondre a toutes les questions dont vos enfant désire je suis moi même maman de 2 petite filles que j’adore à la folie et nous avons pour but de continuer nos démarche pour immigré au canada car nous voulons une vie meilleur pour nos enfants .nous avons un ami qui y habite depuis 13 ans et ce que je peut vous dire ses que le canada est pour moi le pays ou la population savent donner un message :amour,jentillesse, respect.

Laisser un commentaire