Remarquable intervention de Bruno Devauchelle dans une liste de discussion à laquelle je suis abonné. Sous le titre « L’éducation aux médias, ou l’éternel embarras », il établit des liens très habiles entre, d’une part, la culture télévisuelle et les critiques (souvent très sévères) qui en sont faites et, d’autre part, la culture qui prend forme autour des nouvelles technologies.
« …il ne faudrait pas qu’on oublie de poser la question qu’avant d’émettre pour quelqu’un, on est soi même en tant qu’émetteur un citoyen et non pas un fournisseur. À force d’analyser les choses en terme de récepteur on oublie trop souvent d’interroger la responsabilité de l’émetteur… non pas pour le diaboliser à son tour, mais surtout pour le faire travailler à son mode d’analyse de ce qu’il propose. Après tout les dirigeants des grandes chaînes sont bien les décideurs qui choisissent les contenus qu’ils fournissent.
Lorsque j’écris un site web ou un message électronique ou une contribution, je ne me dis pas que c’est au récepteur d’être citoyen, mais bien à moi d’y être. Du coup évidemment l’autre le devient automatiquement, pas besoin de se poser la question… »
Le texte en entier mérite d’être lu. Comme le dossier du Monde de l’éducation auquel il fait référence
L’éducation aux médias, ou l’éternel embarras
Par Bruno Devauchelle, CEPEC de Lyon, Craponne
Le Monde de l’éducation dans son numéro de Novembre publie un dossier consacré à la télévision et intitulé « télé contre école, le choc des cultures ». Saluons d’emblée le courage de ce dossier au moment où des voix très virulentes s’élève contre la télé (Liliane Lurçat dans son dernier ouvrage). En effet plutôt que de tenter de hurler avec les loups, les auteurs de ce dossier essaient de « comprendre », au sens de « prendre avec », c’est à dire de considérer qu’en tant qu’adulte il faut assumer cette télévision que nous avons imposée à nos enfants. C’est aussi se mettre, à partir de cette posture, en mesure de porter un regard critique assumé et non diabolisateur.
En fait il nous faut remarquer que malgré les voix virulentes qui accusent les TIC en général, il y a un sentiment de malaise grandissant qui monte. En fait la plupart des détracteurs savent bien qu’en attaquant la télévision actuelle dont les responsables sont la plupart issus des mêmes catégories intellectuelles (grandes écoles etc…) c’est un système dont ils « profitent » qu’ils citiquent en se rendant compte que si la télévision n’était pas aussi divertissante les « consommateurs de médias et de TIC » se tourneraient vers d’autres espaces de prise sur le réel.
Entre ne pas savoir parce qu’on vous le montre mal et ne pas savoir parce que l’on ne vous le montre pas… Autrement dit à dénoncer la télévision comme certains le font, on oublie de dire qu’elle permet à un grand nombre de personnes de sortir de « l’ignorance » du monde et qu’elle touche les illettrés avant même les lettrés…. Autrement dit un certain nombre de critiques des TIC sont très ambigües. Il suffit de voir la soif d’information des jeunes des quartiers défavorisés et de ceux des grandes villes des pays pauvres, au travers leur fréquentation d’Internet et de la télévision. On s’aperçoit que ces TIC sont le talon d’Achille d’un pouvoir intellectuel qui en donnant accès à ces outils à ouvert la boite de pandore, et se retrouve devant une nouvelle « culture comune » (F. Jost, J. Gonnet) qui n’a rien à voir (ce que dénonce d’ailleur L Lurçat au nom d’une culture pure et idéale) avec celle qui a fondé son propre pouvoir et qui est en train de le menacer, d’où des réactions plutôt violentes (à la limite excluantes selon certains).
Du coup les attaques contre les TIC se font plus modestes, la télévision étant un repoussoir suffisant pour certains Internet échappe peu à peu à ces critiques, alors qu’à ses débuts, les propos aussi bien dithyrambiques que dévalorisants étaient le lot commun.
En fait Internet gène. Il est probablement l’équivalent social du livre dans son fondement (une surface de savoir accessible de plus en plus aisément) bien que réservé encore à une élite (cf l’enquête INSEE première de Juin 2002) Il attire tous les jeunes qui ont bien compris que se jouait là un enjeu d’une autre nature : le droit de savoir ! Et l’école là dedans dira-t-on ? Elle a bien entamé son évolution, mais aux bordures : les protagonistes sont en train de s’armer : les enseignants qui s’équipent personnellement de plus en plus, les élèves et les familles qui en font autant (en particulier à partir du collège). Au sein de l’école elle même, seuls les audacieux ont tenté le pari maisils sont bien peu nombreux en réalité (les observations directes le montre bien).
On est en droit de penser que le mouvement actuel de résistance à une certaine évolution de l’école marqué par le souhait d’un retour à l’orthodoxie n’est que le révélateur de la prise de conscience de ces changements sur le mode de la résistance et le repli archaïque…
N’oublions jamais qu’en matière de manipulation des foules, Staline et Hitler n’ont pas eu besoin de la télévision et d’Internet. N’oublions pas la force des mouvements religieux qui au cours de l’histoire se sont souvent chargé de « manipuler » les foules des croyants…. N’oublions pas qu’encore aujourd’hui certaines croyances fondamentalistes de tous bords pronent le refus même du droit à savoir lire pour tous… N’oublions pas non plus, et dans des milieux intellectuels qualifiés de brillants, les « exclusions » prononcées envers certains penseurs de la religion, et autre théologiens…
Bref la diabolisation de la télévision et des TIC en général ne doit pas nous tromper. Et quand Jean Pierre Quignaux (cf le dossier du Monde p.33) dit « Il faut garder à l’esprit qu’on émet pour des citoyens et non pour des clients », il ne faudrait pas qu’on oublie de poser la question qu’avant d’émettre pour quelqu’un, on est soi même en tant qu’émetteur un citoyen et non pas un fournisseur. A force d’analyser les choses en terme de récepteur on oublie trop souvent d’interroger la responsabilité de l’émetteur… non pas pour le diaboliser à son tour, mais surtout pour le faire travailler à son mode d’analyse de ce qu’il propose. Après tout les dirigeants des grandes chaînes sont bien les décideurs qui choisissent les contenus qu’ils fournissent.
Lorsque j’écris un site web ou un message électronique ou une contribution, je ne me dis pas que c’est au récepteur d’être citoyen, mais bien à moi d’y être. Du coup évidemment l’autre le devient automatiquement, pas besoin de se poser la question…
Bref un peu d’humeur en trop !
A débattre
BD
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Animation: Bruno Devauchelle, CEPEC de Lyon, Craponne