Suite de ma relecture de Éduquer. Pour la vie!, de Charles E. Caouette. Encore quelques extraits:
Si on veut donner davantage aux jeunes le goût de l’effort, commençons par le redonner aux adultes: aux éducateurs, pour qu’ils reviennent à leur véritable mission et qu’ils s’occupent davantage des jeunes et de leurs besoins, plutôt que des programmes et des performances; aux parents, pour qu’ils assument leurs vraies responsabilités en étant davantage disponibles à leurs jeunes, davantage capables d’écoute et de communication. […] (p. 53)
Au risque de scandaliser certains lecteurs, je dirai d’emblée que le problème de l’abandon scolaire n’est pas si grave en soi. […] (p. 82)
Dans cette course folle à la compétitivité internationale absurde, j’aimerais bien, parce que j’ai encore besoin de rêve et d’idéal, comme les jeunes, que le Québec prenne le leadership devenu nécessaire et devienne le premier pays décrocheur. Qu’on devienne capables, ensemble, comme peuple et nation de dire aux autres « continuez votre course folle vers la production compétitive, le gaspillage, l’asservissement des êtres humains et la destruction de l’environnement, nous on décroche, on veut revenir à l’essentiel, on ne veut plus passer à côté de la vie, on veut réapprendre à vivre… et ça presse! ».
Nous avons déjà un bout de chemin de fait puisque nous avons le plus haut taux de décrochage scolaire parmi les pays industrialisés. Pourquoi ne pas recevoir le message des jeunes? Parce qu’avant d’être un problème en soi, le décrochage scolaire est un symptôme et surtout un message des jeunes qui refusent la vie « échevelée » qu’on leur propose et qui veulent vivre une éducation de qualité qui contribuera à leur donner une qualité de vie. […] (pp. 53-54)
Ce qu’il y a de plus grave dans l’abandon scolaire, c’est qu’on ne fasse rien pour rendre éducative l’expérience de l’abandon scolaire. […] (p. 81)
Il faut apprendre aux jeunes à vivre, à contempler les fleurs, les arbres, les animaux, les oiseaux, les astres… Et tous ces êtres humains qui les entourent, qui sont comme eux et qui voyagent avec eux. Il faut leur apprendre à s’émerveiller, à méditer, à maîtriser les moyens d’expression et de communication, à développer leurs ressources, à découvrir la culture, leur culture, et à y contribuer. Il faut leur apprendre à danser, à rire, à chanter, à dire par la poésie et la créativité; leur apprendre à s’aimer, à se respecter, à réaliser que chacun d’eux est unique et irremplaçable. Il faut leur apprendre à créer entre eux des rapports de respect, de coopération, d’amitié et de tendresse. Il faut, bien sûr, les aider à acquérir et à intégrer le plus de connaissances possible pour mieux comprendre et respecter la beauté, l’équilibre et l’harmonie de l’univers qui les entoure. Et il faut les aider à mettre leur savoir au service d’une vie meilleure.
Comme parents et éducateurs, il nous faut aussi créer entre nous de nouvelles solidarités… » (p. 86)
Les jeunes ne peuvent être aidés à devenir autonomes et responsables que par des éducateurs qui sont eux-mêmes autonomes et responsables, qui exercent leur réel pouvoir d’initiative et leur créativité, et qui osent choisir dans le quotidien d’être personnellement et professionnellement en accord avec leurs valeurs et leurs croyances pédagogiques, au risque de se retrouver parfois marginalisés et isolés. […] (p. 98)
Il n’y a réel apprentissage que là où il y a intégration que lorsqu’il y a signification et n’y a signification que lorsque l’apprentissage proposé répond à des besoins personnellement ressentis. C’est pourquoi il n’y a de pédagogie valable et efficace que celle qui part des besoins de l’apprenant, même si parfois il faut prendre le temps d’aider ce dernier à bien identifier lui-même ses besoins et ses objectifs d’apprentissage. On ne sauve pas de temps en se contentant de dire aux étudiants ce dont ils ont besoin. […] (p. 95)
Beaucoup de gens vont penser que ce que je viens d’écrire est un beau rêve. C’est pour eux une façon de refuser la tâche et la responsabilité de travailler aux changements qui sont nécessaires. Ce que j’exprime n’est pas seulement un rêve, c’est un projet, et je travaille de mon mieux à en faire un projet collectif. […] Cela dépend largement de nous parce que ce projet doit se réaliser d’abord chez nous au sein de nos familles, qui doivent devenir des familles dynamiques et engagées socialement. […] (p. 111)
Je crois que nous faisons preuve de sadisme quand, au nom d’un prétendu réalisme, nous détruisons leurs rêves et leurs projets. Quand les adolescents trouvent que la vie que nous leur proposons, centrée sur la production et la consommation compétitive avec son cortège de conséquences ‹ le stress, la pollution et l’aliénation ‹ ne les intéresse pas et qu’il faut changer cela, nous leur répondons « malheureusement, la vie est comme ça », et nous leur donnons l’exemple de la soumission et de la résignation, au lieu de nous faire des complices royants, enthousiastes et engagés de leurs projets et de leurs rêves. […] (p. 110)
Je rêve beaucoup, je le sais. C’est peut-être parce que je ne dors pas assez! Car c’est toujours éveillé que je fais mes rêves; ils sont si beau que je ne veux rien en perdre. […] (p. 68)