Une industrie culturelle qui en cache une autre…

Projet de lettre en réaction au brasse-camarade qui a présentement cours dans l’industrie du multimédia et que j’aimerais adresser au Devoir dans les prochaines heures… Suggestions? Commentaires?

Mise à jour: Vu les nombreux liens vers mon texte et les quelques appels reçus à son sujet depuis sa publication, j’ai choisi de ne pas le faire parvenir au Devoir ou à d’autres quotidiens. Je pense qu’il a accompli le travail auquel il était destiné… Même si ça reste à suivre attentivement.

Je pense que je vais plutôt consacrer quelques heures dans les prochains jours à écrire personnellement aux membres du Conseil d’administration de l’Alliance Numériqc pour leur soumettre quelques réflexions supplémentaires et leur préciser ce à quoi je m’attends de leur part comme membre de l’industrie… Si certains d’entre vous ont le goût d’en faire autant, leurs adresses sont ici.

Re-mise à jour: J’ai aussi écrit en privé à la ministre… qui a accusé aujourd’hui réception de ma lettre (10 juillet).


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Une industrie culturelle qui en cache une autreŠ

Clément Laberge

L’auteur est directeur veille et stratégie chez iXmédia, une entreprise établie dans le Centre national des nouvelles technologies de Québec. Il a participé à quelques reprises au cours des dernières années aux travaux des comités de sélection mis en place par la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) dans le cadre du programme Québec Multimédia Jeunesse.

Depuis le récent budget, l’industrie québécoise du multimédia est en ébullition. La diminution de nombreux crédits d’impôt ‹ dont ceux qui avaient fait la réputation des sites désignés, tel que la Cité du Multimédia ‹ ainsi que la disparition éventuelle du programme Québec Multimédia Jeunesse inquiètent à juste titre. Je m’interroge toutefois sur l’attitude que les représentants de l’industrie ont choisi d’adopter devant les changements annoncés par Yves Séguin.

Dans une lettre qu’elle adressait la semaine dernière au Premier Ministre, la présidente de l’Alliance Numériqc, Suzanne Guèvremont, donne l’impression de refuser toute possibilité de remise en question du modèle d’intervention de l’État dans l’industrie du multimédia. Pourtant, de nombreuses questions méritent d’être posées à cet égard, comme l’ont d’ailleurs montré plusieurs textes publiés dans ces pages au cours des dernières semaines. Je n’ai pas l’intention de revenir sur les arguments développés dans ces textes, sinon pour souligner la nécessité de poser différemment les enjeux auxquels fait face cette industrie. Mais justement, de quelle industrie parle-t-on ?

Crise d’identité ?

Michel Dumais a sans doute raison lorsqu’il affirme, dans sa chronique du 30 juin, que l’industrie québécoise du multimédia vit actuellement une crise d’identité. À force de vouloir parler de façon inclusive de toutes les entreprises qui utilisent l’ordinateur comme principal outil de production, « l’industrie » en est venue à ne plus savoir au nom de qui elle parle et au bénéfice de qui elle prend position dans les débats publics..

Parlant de la nécessité du soutien de l’état pour les entreprises culturelles qui produisent des oeuvres sous forme numérique, par exemple, peut-on parler d’une même voix pour des entreprises comme CGI-Cognicase ou LGS-IBM et pour de petits producteurs tels que Bienvenue Welcome, Les Productions de la 10e avenue, Interstation, Studio-Arts Média ou De Marque, pour n’en nommer que quelques-uns qui ont choisi de s’établir dans la région de Québec? C’est pourtant ce que fait Mme Guèvremont lorsqu’elle affirme dans sa lettre que « l’industrie québécoise du multimédia, encore fragile, a besoin de tout le soutien que l’état peut lui apporter » sans apporter aucune nuance sur la nature de l’aide et le type d’entreprises qui a le plus grand besoin de l’aide dont elle déplore la diminution.

Il est évident qu’il y a au sein de l’Alliance Numériqc des entreprises très différentes, qui ont besoin de l’aide de l’État à des degrés différents et sous des formes très variables. Or, il était depuis quelques années très payant pour les gros joueurs de l’industrie de se montrer vulnérables pour confirmer la légitimité d’un généreux programme de crédits d’impôts et subventions. Une situation qui donnait parfois carrément l’impression que les plus grosses entreprises se cachaient derrière les plus petites et que d’une certaine façon, leurs malheurs faisaient bien leur affaire.

Il est impératif de s’attaquer à cette description confuse de la nature des entreprises que l’Alliance Numériqc a été conçue pour représenter parce qu’elle contribue à entretenir chez les politiciens, comme dans le grand public, un doute sur la pertinence des revendications pourtant légitimes des entreprises culturelles qui ont choisi de produire des oeuvres numériques. Elle nuit aussi également aux entreprises de services, qui méritent d’autres considérations de la part de l’état et qui, à long terme, ne bénéficieront pas des mesures d’aide conçues pour le domaine culturel.

C’est en dissipant cette confusion qu’il deviendra possible de discuter sereinement du rôle de l’état dans un marché difficile où personne, à ma connaissance, ne remet en question la nécessité d’un soutien financier de l’État pour la production culturelle ‹ qu’elle prenne la forme de longs-métrages, d’émissions de télévision, de livres, de cédéroms ou de sites Web.

Québec Multimédia Jeunesse

La disparition possible du programme Québec Multimédia Jeunesse est un bon exemple des décisions aberrantes auxquelles peut nous mener la confusion actuelle sur la nature de l’industrie. En effet, le budget Séguin coupe dans à peu près toutes les mesures d’aide de l’état dans le secteur du multimédia quel que soit le type de personnes ou d’entreprises à qui elles s’adressent.

Or, le programme Québec Multimédia Jeunesse répond de façon particulièrement adéquate aux besoins des futurs travailleurs et entrepreneurs de l’industrie culturelle numérique. De plus, le programme vient tout juste de subir une révision importante dans le but de l’ajuster encore mieux aux besoins et aux contraintes des entreprises qui acceptaient de recevoir des jeunes dans le but de favoriser leur insertion dans le marché du travail. Doté d’un maigre budget de 1,6 million de dollars, Québec Multimédia Jeunesse permet non seulement à des jeunes de mettre à l’épreuve leurs habiletés d’entrepreneurs, mais également de commencer leur vie professionnelle en profitant d’un accompagnement de première qualité, par un spécialiste de la relation d’aide et par un entrepreneur prêt à lui consacrer du temps.

Malheureusement, dans les conditions actuelles, nous apprenons par la voix des médias qu’il se pourrait qu’aucun des dossiers soumis cette année ne puisse bénéficier du soutien de l’État. La centaine de jeunes à l’origine de ces projets ne recevront peut-être en retour de leurs efforts qu’une lettre leur annonçant que le programme avait été aboli avant même que leur projet n’ait pu être étudié. Un beau gâchis pour la nécessaire confiance que nous tentons tant bien que mal d’établir depuis plusieurs années entre les jeunes et l’État.

Devant ces faits, de la même manière que j’invite le milieu ‹ et l’Alliance Numériqc, au tout premier chef ‹ à accepter de participer avec le gouvernement à la remise en question des modes d’intervention de l’état dans notre secteur; je demande au ministère de la Culture et des Communications ainsi qu’à la SODEC de confirmer l’existence de Québec Multimédia Jeunesse, un programme peu coûteux qui sert exceptionnellement bien les besoins de ceux et celles à qui il est destiné ‹ ceux-là mêmes qui seront demain les ambassadeurs du Québec dans le cyberespace international.

—/ fin /—

9 réflexions sur “Une industrie culturelle qui en cache une autre…

  1. Excellent mon cher Clément. J’aime bien que tu incites les pourvoyeurs étatiques à mieux se questionner des conséquences de leurs gestes. Bref, dépasser la simple analyse comptable.

  2. Clément,
    Tu devrais tout de même faire parvenir ton article au Devoir, question qu’il se retrouve dans la revue de presse de quelques politiciens. :-)

  3. Clément, tu sais déjà mes commentaires, mais je voulais les faire publiquement. J’abonde en ce sens moi aussi. Je viens d’ailleurs d’envoyer une longue lettre au journal Le Devoir en réaction positive au texte de Dumais.

  4. Reflexion faite, j’adresserai ma lettre au CA directement. Je pense que ma qualite d’administrateur de l’Alliance m’oblige a travailler d’abord de l’interieur. A suivre…

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