Intéressantes nuances de Lilia Efimova en rapport avec sa démarche doctorale.
L’idée de personal effectiveness in a knowledge intensive environment me semble susceptible de clarifier un certain nombre d’enjeux associés à la question de la culture de réseau dans l’éducation.
Ce qui est particulièrement interpellant dans ce cas, c’est que selon ce point de vue, la solidarité, la collaboration et le partage (au coeur de l’apprentissage) ne sont qu’autant de moyens et de stratégies pour viser une plus grande efficacité personnelle… et non des objectifs à poursuivre pour eux-mêmes. À cogiter
Et il ne faut pas se leurrer : tout comme n’importe quelle présence publique, la culture de réseau peut viser le développement d’un capital symbolique – un capital de sympathie dans certains cas « naïfs » (ou sans intention), mais aussi un capital fondé sur la reconnaissance, le pouvoir et le prestige (Howard Dean étant l’exemple extrême).
Bref, il faut peut-être se défaire de l’illusion que la culture de réseau est intimement (et obligatoirement) liée à une culture de partage et de solidarité. Le cyberespace est un espace public – et Dieu sait que l’espace public IRL (in real life) n’est pas uniquement le lieu de manifestations de solidarité…
D’où l’idée qu’il importe davantage de prôner les valeurs auxquelles nous tenons plutôt que de faire la promotion d’une culture de réseau – celle-ci n’étant qu’un des outils à convoquer pour appliquer ces valeurs…
« D’où l’idée qu’il importe davantage de prôner les valeurs auxquelles nous tenons plutôt que de faire la promotion d’une culture de réseau – celle-ci n’étant qu’un des outils à convoquer pour appliquer ces valeurs… »
Je suis bien d’accord…
…ce qui ne doit pas nous faire perdre de vue que ces valeurs de partage (je préfère parler de mise en commun), même si on les prône de façon très utilitariste et « intéressée » (voire aux strictement aux fins de se démarquer) sont celles qui permettent de tirer le meilleur profit des rouages de la culture de réseaux. D’où l’importance d’en faire une dimension importante de l’expérience scolaire des enfants… notamment dans le contexte de l’utilisation des nouvelles technologies.
C’est probablement le sens de l’expression de Lilia Efimova. C’est celui que je lui donne ce soir en tous cas!
Autre petite précision… quand tu dis « D’où l’idée qu’il importe davantage de PRÔNER les valeurs auxquelles nous tenons plutôt que de faire la promotion d’une culture de réseau – celle-ci n’étant qu’un des outils à convoquer pour appliquer ces valeurs…»
Est-ce que je comprends bien que tu veux dire qu’il est surtout important pour un milieu (une école par exemple) de CLARIFIER et d’affirmer les valeurs auxquelles elle adhère plutôt que de s’en remettre strictement à une « culture de réseau » aux allures de « solution clé en main »?
« ces valeurs de partage […] sont celles qui permettent de tirer le meilleur profit des rouages de la culture de réseaux »
La frontière est très fragile, il me semble : s’agit-il d’abord de mettre à profit (de maximiser, de profiter) les possibilités de la mise en réseau ou plutôt de parvenir à mieux développer l’acquisition de valeurs fondamentales grâce aux possibilités de la culture de réseau ?
Ce sera peut-être bonnet blanc blanc bonnet pour certains, mais le changement de perspective m’apparaît fondamental : dans le premier cas on valorise le médium, la circonstance, l’opportunité, en lui associant éventuellement un rôle, une fonction dans le processus d’acquisition de valeurs humaines/sociales, alors que dans le second, je dirais, c’est un peu prendre pour acquis les possibilités de la culture de réseau pour la dépasser, du moins dans le discours – se servir de la culture de réseau comme d’un outil dans l’atteinte d’objectifs détachés du moyen pour les atteindre.
C’est comme dire, dans le premier cas, qu’on a un cornet pour éventuellement y mettre des frites, alors que dans le second, on décide d’utiliser le cornet pour y mettre les frites que nous sortons de la friteuse…
Pour répondre à ta deuxième remarque (et ainsi tenir un propos un peu moins éthéré): oui, bien sûr, le projet doit être culturel/social/idéologique avant tout, sinon on risque d’associer toute initiative impliquant les TIC comme un trip de geeks… (Mario confirme-t-il l’idée que je me fais du traumatisme que des initiatives comme la sienne peuvent produire ?) À quoi bon construire des édifices si on ne sait pas vraiment ce qu’on y mettra ? (ça, c’est une pointe aux organismes subventionnaires qui financent le béton mais pas les cerveaux – scusez-la, je ne pouvais pas me retenir)
Pour résumer : le discours sur la culture de réseau est menacé d’être perçu comme le sont toutes les initiatives technologiques qui dérangent la relation des gens avec leur réalité : « pourquoi changer quelque chose qui fonctionnait bien avant ? » entendons-nous… Il suffit de montrer qu’on fait mieux les choses (plus rapidement, plus efficacement, plus précisément) pour que ce changement de paradigme s’intègre peu à peu. Donc mettre de l’avant les objectifs, la fonction concrète et les résultats escomptés plutôt que de vanter le lustre de la carrosserie… (je ne sors pas de mes images, désolé)