Lecture du plan sur la lecture…

Le nouveau Plan d’action pour la lecture à l’école du ministère de l’Éducation est pratiquement passé inaperçu, la semaine dernière, parce qu’il s’est trouvé à suivre dans les médias l’aussi INVRAISEMBLABLE qu’INACCEPTABLE décision du premier ministre de subventionner à 100 % certaines écoles privées (sur une base religieuse, quoiqu’en dise Pierre Reid). Je ne désenrage pas encore de celle-là…

Pourtant, le Plan d’action pour la lecture constitue, dans l’ensemble, une bonne nouvelle… et, ce, malgré le fait qu’il soit incomplet et mal attaché.

En effet:

  • Quand on sait que jusqu’à la semaine dernière, le ministère de l’Éducation n’attribuait aux commissions scolaires que trois millions de dollars par année « pour l’acquisition de ressources documentaires et pour la formation du personnel affecté à la documentation » (ce qui représente à peine 3 $ par élève!)…
  • …il serait difficile de se plaindre d’un investissement de 60 millions de dollars pour trois ans… On peut penser que ça devrait faire une bonne différence.
  • De plus, l’idée de cibler spécialement les jeunes garçons pour les aider à aimer la lecture semble intéressante.

Toutefois:

  • Je pense qu’il faut s’inquiéter de constater qu’il n’est pas fait mention de l’existence des « nouvelles technologies » dans aucun des documents associés à ce plan d’action… comme si l’omniprésence de l’ordinateur n’avait aucune incidence sur les habitudes de lecture des jeunes (or, on sait bien que c’est le contraire!). Cette omission est-elle un choix? Ou est-ce qu’elle ne révèle pas plutôt une profonde incompréhension de la situation?
  • De façon plus précise, il faut aussi déplorer que plan d’action occulte presque totalement le fait que la lecture n’est plus uniquement associée au livre (on lit aussi des magazines, des pages Web, des documents multimédias, etc.), même si celui-ci constitue encore, de toute évidence, une porte d’entrée essentielle dans le monde de la lecture.
  • Qui plus est, tout porte à croire que le ministère n’est pas en mesure de reconnaître le potentiel que représente Internet pour stimuler le goût de la lecture, tant dans l’action pédagogique (par l’entremise de cercles de lectures virtuels, par exemple) que dans les stratégies de communication. Et ça, à moyen terme, ça me semble très grave. À moins que le ministre ne compte sur les résultats du concours adressé aux jeunes pour l’aider à formuler sa stratégie?

    À ce sujet, je dois dire que je suis en désaccord avec Jean Trudeau, qui semble mettre en opposition le fait d’investir dans les livres et dans « les nouvelles technologies ». Je pense personnellement que l’un et l’autre sont nécessaires et qu’ils se renforcent mutuellement. C’est d’ailleurs pourquoi, en plus de mon implication dans le développement du cyberespace éducatif, j’ai choisi de m’impliquer dans le comité bibliothèque de l’école du quartier, dans le conseil d’administration de l’Institut canadien de Québec et dans celui du Salon international du livre de Québec.

  • Sans compter que sur la forme, il semble y avoir confusion au sujet de ce qui constitue « un dépliant », un « plan d’action » et des « documents complémentaires au plan d’action ». Comment, en effet, est-il possible d’avoir un plan d’action de deux pages (à peine plus long que le communiqué de presse qui l’annonce!) et un document complémentaire de dix pages dont la lecture est absolument nécessaire pour comprendre le plan d’action? C’est un mystère qui me semble plus qu’anecdotique quand il concerne un plan d’action sur la lecture. À moins que ce ne soit parce que les journalistes « ne lisent plus »…

J’ai le goût de terminer ces quelques notes en mentionnant qu’il ne m’apparaît pas souhaitable de réfléchir aujourd’hui la problématique de la lecture en faisant comme si les bibliothèques scolaires étaient seules au monde alors que dans l’expérience des enfants, elles sont généralement interreliées avec des bibliothèques municipales, des événements, etc. C’est pourquoi j’aurais apprécié trouver dans le plan pour la lecture à l’école au moins quelques intentions du ministre à l’effet de « rendre plus cohérents » l’ensemble des lieux qui s’offrent aux jeunes pour découvrir le plaisir de la lecture.

Parce qu’évidemment, les bibliothèques sont au coeur d’une cité éducative.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il faudra éviter à tout prix de voir dans ce plan d’action pour la lecture à l’école une politique à l’égard des bibliothèques en milieux scolaires. Son champ d’action est beaucoup trop restreint.

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