Jean-Pierre Cloutier revient sur le journalisme participatif: question de culture ou de masse critique? J’ai lu ce texte avec un intérêt particulier dans le contexte de la publication, plus tôt cette semaine, d’un éditorial de François Cardinal, dans La Presse, au sujet des blogs. Un texte qui m’a évidemment déçu, mais qui ne m’a pas tellement surpris vu le constat que j’avais fait lors de mon passage à la FPJQ l’automne dernier.
Cela dit, je n’ai pas pu m’empêcher de réagir au texte de Jean-Pierre Cloutier… et de lancer un défi à La Presse. Je dépose mon commentaire ici, parce qu’il ne m’a pas été possible de le faire sur le site de Jean-Pierre Cloutier.
—/ début /—
La différence entre les masses critiques dans le monde des blogs francophones et anglophones est indéniables.
Je crois que ça peut expliquer en bonne partie que les rapports entre le monde des blogs et le journalisme traditionnel n’évoluent pas de la même manière et que cette évolution ne passera vraisemblablement pas par les mêmes étapes.
Toutefois, je ne pense pas qu’on puisse dire qu’il faudra nécessairement attendre d’arriver aux mêmes «chiffres» en terme de nombre de visiteurs sur les blogs francophones pour que le choc (que je souhaite) se produise.
Je pense qu’il faut prendre en considération qu’au delà des commentaires de «gérants d’estrade» de certains journalistes au sujet des blogs, il faut surtout comprendre que les médias traditionnels ne souhaitent pas faire appel à la population pour «les aider à faire leur travail» (c’est tellement plus simple de faire «comme avant». C’est d’ailleurs particulièrement vrai pour ceux qui ont la conviction d’avoir réussi leur arrivée sur le Web sans trop de remises en (dont La Presse et Radio-Canada font certainement partie).
Quand les journaux se limitent à multiplier les sondages-à-choix-multiples en ligne au lieu de faire appel à leurs lecteurs pour documenter des sujets, c’est parce qu’au font ils ne veulent pas de cette interaction. Ils ne croient pas en avoir besoin. Ou il ne voit pas ce qu’elle pourrait leur apporter de plus.
Ceux qui, comme François Cardinal cette semaine, s’attardent aux blogs comme s’il s’agissait d’une forme achevée, tombent dans le piège de « l’arbre qui cache la forêt ». Blog ou pas, ce qu’il faut comprendre de l’évolution du Web dans les dernières années (et particulièrement dans les derniers mois), c’est qu’il est de plus en plus facile de faire appel aux masses pour rassembler de l’information. De le faire rapidement, et de façon remarquablement efficace.
Croire dans le «journalisme participatif» c’est d’abord et avant tout comprendre que le journaliste n’est plus «celui qui voit et qui rend compte de ce qu’il a vu», mais celui qui sait poser de bonnes questions, mobiliser des gens pour rassembler de l’information, la traiter et en rendre compte de manière éclairée dans un incessant processus où le lecteur joue un rôle de plus en plus actif. Rien à voir avec les blogs… sinon peut-être parce qu’ils auront été le lieu d’incubation de ces nouvelles pratiques journalistiques.
Par conséquent, à défaut de voir se multiplier par dix, cent ou mille les statistiques de fréquentation pour les blogs québécois, il faudra un jour que les médias traditionnels décident de provoquer les forces que les médias américains ont appris à devoir subir. Il faudra qu’ils décident de susciter activement l’implication des gens qui, aux États-Unis, ce sont mobilisés d’eux-mêmes.
Quand des journalistes de La Presse, du Soleil, du Devoir ou de Radio-Canada oseront-ils lancer des appels à leurs lecteurs/auditeurs/téléspectateurs pour documenter des dossiers au lieu de simplement solliciter leurs commentaires au terme d’un travail journalistique traditionnel?
La participation, c’est en amont du résultat que ça se passe… pas après!
POST SCRIPTUM
Et tiens, pourquoi ne pas lancer un défi à La Presse? On détermine un sujet, on le confie à un journaliste qui réalise un dossier « comme s’il devait être publié ». On réserve le dossier. Aussitôt qu’il est terminé, on annonce le sujet qui avait été retenu (sans publier le texte) et on fait appel aux internautes pour documenter le sujet et accompagner le journaliste dans la réalisation d’un dossier. Une seconde série de textes est écrit à partir de ces matériaux et La Presse publie les deux dossier pour permettre la comparaison. Lequel sera le meilleur à votre avis? On fait le test?
—/ fin /—
GESCA et « les blogues »
Paraît aujourd’hui au Journal La Presse un éditorial sur « les blogues » issu de la plume de François Cardinal. Il ne s’adresse pas aux internautes et carnetiers puisqu’il n’est pas disponible « en ligne ». Par contre, « deux pros » du journalisme et de la p…
GESCA et « les blogues »
Paraît aujourd’hui au Journal La Presse un éditorial sur « les blogues » issu de la plume de François Cardinal. Il ne s’adresse pas aux internautes et carnetiers puisqu’il n’est pas disponible « en ligne ». Par contre, « deux pros » du journalisme et de la p…
Réflexion d’un journaliste de Libération sur des thèmes, ma foi, très semblables:
http://education.blogs.liberation.fr/carnet/2005/03/blog_ou_forum_.html
Quand lirons-nous ce genre de chose au Québec?
Bonjour Clément,
Très intéressant ces propos, que je partage. Au moment où je faisais de la relecture pour le second numéro de Quarto [1], un élément avait particulièrement retenu mon attention : en novembre 2004 Jimmy Wales et Angela ont passés 2 semaines à la BBC (à l¹invitation de la BBC), bien sûr pour y traiter de Wikipédia (la BBC fait maintenant des liens vers WP sur son site), des projets de Wikimedia, des licences et évidemment de l¹usage du WikiŠ mais, par ailleurs, il y a aussi été question des manières de réduire les structures hiérarchiques (top-down) à la BBC. Il y a là une manière proactive (plutôt que réactive) d¹envisager le phénomène et son potentiel.
À quand une réflexion/démarche analogue dans un média québécois ?
Avant le facteur « masse critique » (bien que celui-ci ne soit pas dépourvu d¹importance), il y a là assurément une différence d¹attitude de la BBC par rapport à ce qu¹a reflété les textes québécois de cette semaine à propos des cybercarnets attitude qui me semble se situer en deçà des distinctions blogues/wiki, puisqu¹au fond c¹est l¹interaction « horizontale » dans la constitution de contenus qui semble le plus souvent créer des réticences.
[1] Wikimedia Quarto, janvier 2005 :
http://meta.wikimedia.org/wiki/WQ/2
et
http://meta.wikimedia.org/wiki/Translation_requests/WQ/2/Fr:
Journalisme et bibliothèques : face aux possibilités participatives offertes par les TICs
Dans un texte très intéressant, Clément aborde la question du journalisme participatif au Québec. À la suite de son texte, j¹ai déposé un commentaire, évoquant l¹exemple de la BBC. Dans la foulée des possibilités participatives offertes par les TICs, i…
GESCA et « les blogues »
Paraît aujourd’hui au Journal La Presse un éditorial sur « les blogues » issu de la plume de François Cardinal. Il ne s’adresse pas aux internautes et carnetiers puisqu’il n’est pas disponible « en ligne ». Par contre, « deux pros » du journalisme et de la p…
Ça me fait sourire quand on mentionne que le blogue de Jean-Pierre Cloutier n’accepte pas les commentaires.
Au moins, les blogues de La Presse les acceptent.
Par ailleurs, ils n’ont pas de fil RSS. Contrairement à Cloutier.
MS
Mes excuses à Jean-Pierre Cloutier. Son blogue accepte les commentaires. J’avais lu Je dépose mon commentaire ici, parce qu’il ne m’a pas été possible de le faire sur le site de Jean-Pierre Cloutier et j’avais compris, érronément, que le « problème » était du côté du blogue de Cloutier, et non du côté du commentaire de Laberge :)
Le problème, c’est que celui de Clément était trop long pour être accepté par HaloScan (qui gère les commentaires de Cloutier).
Merci à M. Cloutier qui m’a gentiment corrigé.