Fausses preuves sur la supériorité de « l’enseignement explicite »

Serge Pouts-Lajus revient dans Le Café pédagogique sur l’étude de Clermont Gauthier et Al. qui a suscité bien des discussions au cours des derniers mois [voir notamment ici et ].

Il commente (très sévèrement) le document en revisitant l’étude qui lui sert de clé de voûte avant de conclure qu’il comporte, au sujet de Follow Through, « aux moins deux omissions et une erreur graves qui en faussent la compréhension. »

À lire…

6 réflexions sur “Fausses preuves sur la supériorité de « l’enseignement explicite »

  1. Serge apporte une contribution exceptionelle par ce texte fouillé et bien écrit. Je me demandais justement pourquoi aucune des personnes de ce groupe (Gauthier et al.) n’était encore intervenue sur http://www.jasonsreforme.qc.ca ? Auraient-ils senti venir cette brillante riposte ?

  2. Le débat reprend de plus belle

    En matière de pédagogie, faut-il croire à la supériorité d’une approche sur une autre «dans l’absolu» ? Est-il est naïf de croire que la réforme actuellement en cours au Québec en Éducation permet une coexistence pacifique des approches et des différen…

  3. Voici le commentaire que j’ai fait parvenir au Café Pédagogique et à son auteur. Je trouve dommage que l’auteur ait fait preuve de si peu de rigueur dans son analyse.

    Normand Péladeau, Ph.D.
    ———–
    Je viens de terminer la lecture de l’article de Serge Pouts-Lajus et je me dois d’intervenir et de corriger certaines affirmations faites par l’auteur. D’une part, il affirme que l’étude de House, Glass et McLean était une étude indépendante mandatée par le gouvernement pour « mettre un terme à la controverse « . Ceci n’est pas exact. Cette contre-expertise au rapport de la firme Abt Associates (la firme qui elle était mandatée par le gouvernement) a été financée par la Fondation Ford, fondation privée et qui a agi de la sorte au nom d’un des commanditaires ayant participé au projet Follow-Through (de mémoire je crois qu’il s’agit du « Bank Street College Model »). Alors, lorsque l’auteur affirme le caractère indépendant de ces chercheurs, on peut fortement en douter.

    En parlant de cette étude, l’auteur affirme également « Ils remarquent que la dispersion des performances à l’intérieur des groupes est supérieure à la dispersion entre les groupes, ce qui invalide l’hypothèse du rôle prédominant de la méthode pédagogique sur d’autres facteurs contextuels ».

    D’une part, il est important de rappeler que cette constatation de la plus grande variabilité des résultats à l’intérieur des modèles, vient non pas de l’étude de Glass et House, comme semble le sougligne l’auteur, mais du rapport original de Abt Associates (voir volume IV-A, page 135). Fait important à ne pas oublier non plus c’est que cette variabilité n’affecte pas également l’ensemble, des modèles et des domaines de résultats (voir p. 139). Les auteurs du rapport constatent en effet que les modèles basés sur une approche affective et cognitive sont ceux qui démontrent la plus grande instabilité des résultats. Or ces « autres facteurs contextuels » seraient en bonne partie liés à la qualité de l’implantation des modèles, qualité qui n’est pas indépendante des modèles eux-mêmes. Il est donc tout à fait normal que les modèles très structurés comme l’enseignement direct soient plus stables (et plus efficace) et que les modèles moins bien structurés produisent des résultats plus instables et laissant donc plus de place à l’influence des « autres facteurs contextuels ».

    D’autre part, comme l’a souligné Steve Bissonnette, il est faux de prétendre que l’on aurait fait tirer à House et Glass des conclusions contraires à ce qu’ils affirment. Ce fut d’ailleurs une des réactions des auteurs du rapport original à la réanalyse de House et Glass. Dans ce numéro du Harvard Educational Review consacré à Follow Through, (qu’il aurait fallu lire) les auteurs de Abt Associates répondent à House et Glass en soulignant que malgré les critiques méthodologiques et la réanalyse complète des résultats selon une méthode prétendument plus appropriée, ces auteurs arrivent à un classement très semblable à celle du rapport original. La corrélation entre les deux classements de l’étude originale et la critique de House était de 0.78. Alors pourquoi tous ce brouhaha pour arriver sensiblement aux mêmes conclusions? d’ou le titre ironique de leur article:
    Anderson, RB., St-Pierre, R.G. Proper, E.C. & Stebbins, L.B. (1978). Pardon us, but what was the question again? A response to the critique of the Follow Through evaluation. Harvard Educational Review, 48, 161-170.
    Le fait que les données de cette étude aient été analysées et réanalysées par des auteurs associés à l’enseignement direct n’a pas de quoi surprendre, surtout lorsqu’on sait les nombreuses difficultés qu’ils ont rencontrées par la suite (subventions coupées, campagne de dénigrement, méthode carrément interdite dans au moins deux états américains, et j’en passe). Que les auteurs associés aux autres modèles aient plutôt tenté de faire oublier l’existence même de cette étude n’est pas surprenant non plus. Je m’interroge au même titre que l’auteur:

    « Quelle conspiration du silence a pu empêcher la popularisation d’un acquis scientifique d’une telle importance »

    Je passe rapidement sur le titre très tendancieux de l’article (« Fausses preuves ») et je ne m’attarderai plutôt sur une affirmation faite par son auteur:
    « Ce n’est évidemment pas le nombre de références bibliographiques citées à l’appui de cette thèse qui retient l’attention (autant de références et sans doute même beaucoup plus pourraient être convoquées pour soutenir une thèse inverse). »
    J’ai entendu souvent cette boutade. A chaque fois j’invite la personne qui amène cet argument à produire une telle liste de références, une recension des études démontrant les effets positifs du socioconstructivisme par exemple. La dernière en date, l’article de Desautels et collaborateurs paru dans le Devoir du 16 mars en réponse à l’article de Gauthier et Melluki. Ils affirmaient aussi être en mesure de trouver des articles semblables à ceux mentionnés dans le rapport Gauthier, Bissonnette & Richard. Ils affirmaient avoir pu en trouver après quelques heures de recherches seulement mais ne citent qu’une seule étude (pas très convaincante par ailleurs).

    J’invite donc tous ceux qui croient à la supériorité d’un modèle d’enseignement « centré sur les apprentissages » à se mettre à la tâche et à produire une recension sérieuse d’études. Autrement, je devrais conclure qu’il ne s’agit effectivement que d’une simple boutade, dénué de fondements.

    Bien à vous,

    Normand Péladeau, Ph.D.
    Recherches Provalis

  4. De nombreux documents sur la pédagogie explicite sont en ligne sur le site de « La 3e voie… » : http://3e.voie.free.fr

    Je vous invite à faire une visite… pour vous convaincre de l’efficacité réelle de ces pratiques pédagogiques.

    Cordialement

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