De la cyberporno à l’éducation sexuelle

Le Devoir de la fin de semaine a dû faire sursauter plus d’un parent avec sa série d’articles regroupés sous le titre Ados au pays de la porno.

Sujet encore trop tabou, langage cru, exemples frappants, tous les ingrédients étaient rassemblés pour susciter la polémique, ou à tout le moins un très grand malaise.

Bien sûr, il y a de la porno partout sur Internet pour qui en cherche! Le nier serait se cacher la tête dans le sable. Mais est-ce que les articles étaient de bon ton? Fleurtaient-ils trop avec le sensationnalisme? J’étais partagé jusqu’à la lecture de ce qui apparaît être la conclusion du dossier:

« Si la cyberpornographie vient de changer l’ensemble des données qu’on possédait sur la sexualité des jeunes, les sexologues croient que, au-delà des recommandations d’usage, la discussion avec les jeunes demeure un remède certain pour éviter la panique.

« Les jeunes ont besoin de savoir que, si tout est apparemment possible en sexualité, tout n’est pas normal pour autant et tout n’est pas permis », explique Francine Duquet, sexologue spécialisée en éducation sexuelle auprès des enfants et des adolescents. « Je reste confiante, malgré tout », explique la sexologue Jocelyne Robert, qui vient d’écrire Le Sexe en mal d’amour, un livre qui dénonce « le vacarme sexuel » dans lequel on baigne. « Quand on prend le temps, quand des personnes significatives leur parlent et leur proposent autre chose, les jeunes réagissent. Mais il faut agir. »» (Source: AdoSexo – Porno.com)

Alors là, ça va, je suis rassuré. Il fallait alerter d’abord, pour appeler à l’action ensuite. Ça pardonne le style surprenant de la série d’articles… qu’on se serait a priori attendu à trouver davantage dans Le Journal de Québec (ou de Montréal). Se laisser surprendre est heureusement un des plaisirs que j’associe à la lecture du Devoir…

Et si c’est l’incontournable présence de la porno sur le Web qui nous oblige finalement à aborder plus sérieusement l’éducation sexuelle (notamment à l’école) eh bien ce sera un peu parce que nous l’avons choisi… en omettant de le faire plus tôt, dans un contexte plus serein.

4 réflexions sur “De la cyberporno à l’éducation sexuelle

  1. Un autre côté pervers de la sexualité précoce chez les adolescents, que l’article du Devoir semble avoir négligé, est l’impact sur les apprentissages. Ce n’est quand même pas un hasard si la quasi-totalité des garçons et des filles qui affichent leur émancipation sexuelle portent peu d’intérêt à l’école. C’est du moins l’observation que je fais dans mon école.

  2. Une de mes déceptions dans le nouveau curriculum a été l¹abandon du cours de formation personnelle et sociale, lequel comportait un volet « sexualité » à chacune des années du primaire et du secondaire. Comme j¹ai assumé la charge de ce cours pendant quelques années au secondaire, je sais pertinemment que nous avions là une occasion, un moment privilégié pour travailler spécifiquement et ouvertement de la question, de faire ¦uvre d¹éducation plutôt que de répression, d¹ignorance ou de s¹indigner du scandale.

    Compte tenu de l¹importance que prend le développement de la sexualité chez les jeunes nous avons assisté, je crois, à une perte sèche. Car non seulement le cours permettait de dégager une plage de temps à consacrer à cette question, mais il fournissait également aux enseignants une légitimé à leurs interventions lorsqu¹ils choisissaient d¹aborder certains contenus dans une perspective d¹ouverture.

    Compte tenu de ce qui se passe actuellement dans les écoles aux Etats-Unis sur la question de l¹homosexualité par exemple, on comprendra qu¹il devient plus inquiétant d¹aborder certaines questions en classe lorsque les choix de contenus et de perspectives reposent uniquement sur l¹enseignant ou même l¹équipe-école.

    Je sais, je sais, il fallait faire des choix, mais pour moi, celui-là a été attristant. Je n¹ai pas lu cette série du Devoir, mais je me promets de le faire.

  3. Le dossier sur la sexualité des jeunes fait jaser? Tant mieux! Bravo!

    Lorsque nous avons démarré cette enquête, les journalistes que nous sommes avons été renversées par ce que nous avons croisé comme information. Les femmes en nous et les parents aussi n’ont pas été en reste…

    Le Devoir a osé aborder cette question de front, sans détour ni sensationnalisme, sachant que certains propos, anecdotes ou pratiques allaient choquer. Une fois l’onde de choc passée, place au débat et à la discussion!

    Je retiens justement de ce dossier qu’il reste une poignée aux parents et aux éducateurs que nous sommes, et c’est celle du dialogue et de la discussion. Pour mettre un plancher de valeurs sous cette surconsommation sexuelle dénuée de toute émotion…

    Marie-Andrée Chouinard
    Le Devoir

  4. Hier, à l’émission Découverte, on mentionnait qu’il fallait faire des choix de société si on voulait que le problème de l’obésité se règle. Dans le cas de la porno et de l’hypersexualisation des adolescents, on se met trop souvent la tête dans le sable pensant que c’est passager et alarmiste. Encore plus, si la femme qui dénonce cela est moche et ne peut pas se permettre de s’habiller ainsi.

    D’ailleurs, Denise Bombardier fait présentement un commentaire pertinent à ce sujet (dommage qu’elle lise tout le temps le télésouffleur, ça manque de punch et d’authenticité !). J’espère que plus on en parlera, moins on banalisera ce phénomène.

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