En lisant le commentaire de Serge Pouts-Lajus dans jasonsreforme.qc.ca:
« Pour réussir la réforme et faire passer les méthodes centrées sur l’apprentissage, il faut être convaincant, entraînant, patient aussi car cela prendra du temps et que chaque enseignant doit être convaincu individuellement. Il faut accumuler les arguments, les exemples, sans chercher l’argument définitif, la fameuse preuve scientifique… »
En lisant le texte de Mario qui y fait référence:
« Laissons le temps aux enseignants de se faire une tête et admettons que l’ouverture aux approches socioconstructivistes et cognitivistes est UN PLUS et que ça ne veut pas dire qu’on ne peut plus « enseigner » ! »
Et en lisant Christine et Stéphane au sujet de certains facteurs qui influencent l’innovation…
…je me dis qu’il faut revenir aux idées de Guy Rocher, pour qui le facteur clé dans la réussite d’une « réforme » (quel que soit le domaine) est l’existence de passeurs ‹ des personnes qui sont des médiateurs crédibles, des intermédiaires efficaces entre les intentions d’une réforme et les acteurs qui pourront l’incarner, dans le quotidien, en transformant concrètement des usages, lentement mais sûrement, sur le terrain.
Déplorer un manque de leadership c’est une chose. Constater le manque de passeurs, c’en est une autre. Je pense que c’est la situation actuelle.
Entre le rationnel et l’action… il nous manque quelque chose. Il nous manque des gens qui écoutent, reflètent, inspirent, encouragent, soutiennent.
Certains milieux sont riches de ces personnes. La réforme doit bien s’y implanter. J’en fais l’hypothèse. Pour d’autres milieux, c’est plus difficile.
Et à l’échelle nationale? Poser la question c’est un peu y répondre!
J’aime bien l’idée du passeur.
En principe, un passeur propose de passer d’une rive à l’autre.
L’inconvénient, c’est pas nécessairement le passeur comme ceux qui ont peur de se noyer. Il faut toujours prouver que la barque est solide, qu’elle peut affronter les intempéries et que le fleuve n’est pas si large(référence à jasonsreforme.qc.ca). Mais convaincre, ça prend du temps!… Faut-il rappeler ici que ceux qui ont peur de se noyer, savent nager! Au pire, il y aura toujours un passeur pour les secourir…
Prenez donc le temps d’écouter vos passeurs de temps en temps et surtout, faites leur confiance. Généralement, le passeur est le capitaine de son embarcation. Il connait la destination.
Rigolo la métaphore de la barque :) Ceci étant dit, pas surprenant que ça n’avance pas plus vite que ça si l’on essaie de « convaincre » les gens. N’a-t-on pas intérêt à les aider à trouver un sens?
Les passeurs peuvent jouer un rôle important mais je pense qu’ils ne sont pas suffisants. Mon implication actuelle me confirme de plus en plus que la question des croyances personnelles est tout à fait cruciale. Je pense surtout qu’il faut essayer d’agir sur de multiples facettes simultanément étant donné que les personnes n’ont pas nécessairement les mêmes besoins.
Je ne pense pas que nous manquons actuellement de passeurs (au sens où l’entend Martin). Il manque davantage une vision globale, un partage d’intentions qui permettra de travailler ensemble à atteindre un but commun.
Trop souvent, on mentionne aux enseignants qu’ils font déjà tout ce que la réforme prescrit, que ce n’est pas un grand changement et blablabla. C’est faux !
Un passeur de qualité c’est quelqu’un qui sait placer la personne accompagnée dans une situation de déséquilibre. Il ne le conforte pas dans sa vision actuelle en espérant qu’elle fera quelque chose.
Bref, à force de tirer de tous les côtés, on oublie le sens de cette réforme et on pense que les passeurs en place dans les commissions scolaires sont équipés pour aider les enseignants alors qu’eux aussi sont en apprentissage face à la réforme. Et le passeur est un aidant, pas le capitaine ! Trop souvent cette erreur entraîne les enseignants (comme tout autre apprenant) à se désintéresser puisqu’il n’a aucune emprise sur le bateau.
Ne sous-estimez pas la résistance au changement dans les écoles secondaires. Elle va être farouche. L’isolement des disciplines, la spécialisation, la grosseur des boîtes qui fait que l’organisation syndicale est bien établie, le fossé qui sépare les directions et les enseignants, les problèmes de discipline avec les ados, l’absence de matériel didactique, la vétusteté des TIC, etc., sont autant de bâtons dans les roues.
Ne sous-estimez pas, non plus, la résistance des parents. Plus leurs enfants se rapprochent de l’université, et plus ils voudront avoir une évaluation chiffrée en pourcentage. L’évaluation critériée… oubliez ça. Au primaire, il y a encore cette perception que c’est l’enfance. À partir du secondaire, c’est l’approche du choix de carrière. Plusieurs parents voudront s’assurer que leur ado aura accès à la faculté de médecine, de droit ou d’ingénierie.
Et puis, ça prend plus qu’un passeur. Il faut aussi une barque, des rames, et des rameurs. La barque prend l’eau, on patauge avec les mains, et les rameurs se chamaillent. Ça prend surtout du coeur, de la conviction, un esprit de corps, et de la fierté. Mais qui s’en soucie ?
Cette analogie du passeur ne me convient pas, car c’est un océan que nous traversons. Et nous sommes à la dérive.
J’en ai assez dit. Ce que je tais n’est pas joli à entendre. Et heureusement qu’on est un samedi soir !
Bonsoir François,
J’ai lu votre commentaire avec beaucoup d’intérêt. Il n’y a qu’un passage avec lequel je ne suis pas d’accord: « J’en ai assez dit. Ce que je tais n’est pas joli à entendre. »
Que ce soit joli ou non, il nous faudra bien l’entendre pour trouver une issue. Toutefois, je comprends très bien que ce ne soit pas nécessairement à vous de le dire. Peut-être qu’un espace de publication comme un blogue n’est pas non plus le lieu le approprié pour ce faire.