Le numérique à l’école: pour quels résultats?

Je ne suis pas un grand utilisateur de LinkedIn, j’y jette seulement un coup d’œil de temps en temps. Je suis tombé ce matin sur une question de l’ami Gilles Herman qui m’a fait réagir. Et pour la première fois depuis bien longtemps, j’ai eu spontanément envie de répondre, directement là, sous la question.

Alors j’ai pris le temps de rédiger ma réponse… mais au moment de la publier: « limite de caractères dépassés (-195) ». Question complexe, espace réduit pour répondre. Frustrant. 

Alors, comme je trouve que la réflexion qu’il propose mérite d’être faite, je publie ma réponse ici. À suivre.

***

La question de Gilles Herman:

« Alors que les analyses des 25 premières années du nouveau millénaire abondent, voici la question que je me pose :

Nous avons dépensé une fortune pour introduire le numérique dans nos classes. Quels sont les usages qui ont réellement amélioré les apprentissages de bases des élèves du primaire et du secondaire, en excluant les élèves présentant des difficultés particulières ?

Autrement dit, que fait-on de mieux avec du numérique que nous ne faisions pas il y a 25 ans ? »

Ma réponse:

Déjà, de préciser « en excluant les élèves présentant des difficultés particulières », ce n’est pas une petite affaire — parce qu’il s’agit d’une des missions importantes de l’école. 

Autre chose qui m’étonne dans la façon dont tu formule la question, tu évoques « les apprentissages de base ». Je présume que tu fais référence à la lecture, l’écriture et l’arithmétique? Il ne me viendrait évidemment pas à l’esprit de contester que ce sont des apprentissages essentiels. Mais n’y a-t-il pas d’autres apprentissages, qui sont aussi devenus essentiels dans un univers aussi « médiatisé » / « numérique » que celui d’aujourd’hui, et pour lesquels l’école aurait faillit si on n’y avait pas fait les investissements dont tu parles?

Est-ce qu’aujourd’hui, les compétences des gens qui postulent pour un poste dans une maison d’édition correspondraient aux attentes s’il n’y avait pas eu d’ordinateurs dans les écoles? 

Et est-ce que les inégalités entre les familles s’en seraient trouvées accrues? 

Et, par ailleurs, quand on dit qu’on y a investi des fortunes — est-ce si vrai? En comparaison avec quoi, par exemple?

Attention, je suis loin de dire que nous avons bien réussi l’intégration des « nouvelles technologies de l’information » dans les écoles. Je suis critique à bien des égards, mais de là à suggérer qu’on aurait pu éviter de le faire? C’est une question confortable, mais je trouve qu’elle fait l’impasse sur une grande partie de la mission de l’école. 

Une réflexion sur “Le numérique à l’école: pour quels résultats?

  1. Voici le Clément dont je m’ennuie… si je suis content que ce Clément travaille pour le bien commun de ma communauté urbaine, il me manque dans ma sphère quotidienne.

    La réponse de Gilles Herman

    Tout d’abord, j’ai bien conscience de ma question provocante. Et du fait que je n’ai aucune réponse factuelle à y apporter, pour autant qu’on puisse en avoir. Toujours est-il que, dans le désordre :

    Est-ce qu’aujourd’hui, les compétences des gens qui postulent pour un poste dans une maison d’édition correspondraient aux attentes s’il n’y avait pas eu d’ordinateurs dans les écoles? 

    Très certainement. La question posée n’est pas celle de la littératie numérique. Je ne remets certainement pas en question l’utilité de l’informatique, je suis le premier à tester et intégrer les nouveaux outils quand ils permettent un réel gain d’efficacité. Une personne éduquée (ayant intégré les compétences de base) comprendra bien vite comment utiliser un ordinateur. Conduire une automobile est une opération assez complexe qu’une majeure partie de la population semble maîtriser (ne me pars pas sur un autre sujet…). Développer des compétences numériques n’est pas la question. D’ailleurs, cette personne aura développé certaines habilités lors de ses études supérieures.

    Non, la question est de se demander si cette personne aurait des des lacunes dans sa formation du seul fait de ne pas avoir utiliser des outils numériques dans son apprentissage. Ou inversement, le numérique apporte-t-il un bénéfice dans l’apprentissage de la communication, de la lecture, de la logique ou de la critique ? En cela, je ne vois pas en quoi le numérique dans les classes a apporté de changement significatif.

    Et est-ce que les inégalités entre les familles s’en seraient trouvées accrues? 

    Intéressant que tu amènes la question des inégalités. Nous partageons la vision d’une société plus égalitaire basée sur une éducation citoyenne centrée sur la connaissance, la tolérance et l’entraide. Je ne peux pas dire que ce début de 2025 me conforte dans l’idée qu’on va dans le bon sens. J’imagine que c’est aussi l’effet de l’âge, je n’ai plus à 51 ans l’enthousiasme candide de mes 18 ans.

    Ce qui me taraude dans ta question, c’est d’admettre que la technologie a pris le pas sur le social. Ou qu’en dehors du techno-savoir, point de salut. Aurait-on perdu le contrôle de notre société ? Se pose-t-on les bonnes questions ?

    Mais n’y a-t-il pas d’autres apprentissages, qui sont aussi devenus essentiels dans un univers aussi « médiatisé » / « numérique » que celui d’aujourd’hui, et pour lesquels l’école aurait faillit si on n’y avait pas fait les investissements dont tu parles?

    C’est une autre façon de formuler ma question. Quels sont-ils ? 

    Et tout le reste

    On peut discuter de bien des choses à partir de mon simple questionnement (ou questionnement simpliste ?). Les dépenses ? Je préfèrerai toujours investir dans le capital humain. Pourquoi laisser de côté les élèves présentants des difficultés particulières ? Parce que c’est souvent à partir de cas minoritaires qu’on va défendre quelque chose (ouin mais les jets privés ça permet de transporter les personnes malades en région…). Ce qui ne veut évidemment pas dire qu’il ne faut pas s’en occuper.

    La mission de l’école

    Comme quelqu’un que nous connaissons tous les deux qui croit beaucoup dans la beauté des coincidences, je m’amuse que Le Devoir publie aujourd’hui le devoir d’éducation de Suzanne-G. Chartrand. Bref, on n’a pas fini d’en parler.

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