Dix jours

10.01 | 9h45
À ma table de travail.
À l’horizon, les glaces et Charlevoix ensoleillé.
Un écureuil gambade sur le banc de neige.
Mon café est déjà tiède.

J’ai fait le souhait d’une année manuscrite. C’est bien parti. 

J’ai commencé l’année avec une nouvelle habitude (ou disons plus prudemment, qu’à ce stade, je souhaite que ça le devienne): je commence la journée en m’adressant un court texte.

Avant même de poser les doigts sur un clavier, je prends la plume et j’écris ce que je souhaite faire de cette journée. Ce n’est pas un plan. Encore moins une liste de choses à faire. Ça crée seulement une image, c’est une visualisation. En une page ou deux. Spontanément. 

Je le fais d’une écriture lente. Parce qu’à l’heure où je le fais, rien ne presse (ou, plutôt, rien ne devrait presser). Le rythme de l’écriture est un métronome. 

J’ai pris l’habitude de terminer cet exercice en écrivant: « Ce sera ça pour aujourd’hui ». Il arrive que j’y retourne en cours de journée, ou à la fin, ou le lendemain, mais pas forcément. C’est un possible. Ça devient possible

Je fais toujours cet exercice avec la plume que j’ai eu en cadeau pour Noël. C’est elle qui guide le mieux cette réflexion. 

J’ai quatre plumes qui, par leur taille, leur forme et la largeur de leur pointe, guident l’écriture différemment. Chaque plume a un ressort différent. Chacune lie la main et l’esprit à sa façon. 

Celle qui a un capuchon métallique (Parker) entraîne la main rapidement, presque jusqu’à devancer la réflexion. Je l’utilise pour prendre des notes toute la journée: au téléphone, en réunion. 

Celle faite de laque moirée bleu et noir (Nahvalur) amène à ralentir. Elle incite au calme. Impossible de l’utiliser dans la précipitation. C’est celle que j’utilise le matin. 

La plume transparente (Lamy) est celle qui permet le mieux de mettre l’esprit au repos et de poser des réflexions sans trop se casser la tête — quitte à revenir par la suite pour compléter l’exercice.

Et il y a finalement ma plume couleur café (Sheaffer), qui fait des traits tellement fins qu’ils me semblent tout indiqués pour annoter le travail réalisé avec les trois autres. Elle me sert aussi à écrire dans des racoins de pages où les autres ne laisseraient que des taches. 

Et il y a l’encre aussi! 

Parce que la couleur modifie aussi l’écriture — et même la lecture. Le même mot écrit de deux couleurs différentes ne donne pas la même impression. Imaginez une phrase, et un paragraphe! Ça permet des contrastes. Ça facilite aussi l’annotation de disposer de plus d’une couleur.

Voilà pourquoi je mets rarement la même couleur simultanément dans plus d’une plumes.

Les encres que j’utilise actuellement: Diamine — Writer’s Blood, Canal Side, Imperial Purple; Monteverde — Caribbean Blue, Valentine Red; Waterman — Mysterious Blue; Faber Castell — Royal Blue.

Autre constat: l’écriture manuscrite fait apparaître les idées à l’horizontale, sur une feuille posée sur une table. Contrairement à l’écriture au clavier, dont le résultat prend forme à la verticale. Je pense que ça change aussi un peu les choses, le résultat. Manuscrites, les idées restent plus humbles, elles ne se prennent pas pour l’horizon. Au contraire, elles s’en nourrissent chaque fois que je relève la tête. 

***

Des manies tout ça? Je ne sais pas.

Je m’amuse surtout! Et ça contribue à ajouter une dimension méditative à chaque moment consacré à l’écriture.

Qu’est-ce que je m’apprête à écrire? Quelle plume guidera le mieux mes idées? Et la couleur?

Le choix de l’outil devient lui-même un exercice qui prépare à l’écriture.

***

Je pense que ça se voit: j’ai beaucoup de plaisir à amorcer cette année manuscrite… et je le fais en me moquant un peu de moi-même et du sérieux que j’y mets.

Et une chose certaine, il me faudra bientôt une nouvelle plume (quelles caractéristiques? Ça reste à voir) et de nouvelles encres (il me manque du noir, et des plus funky). 

À suivre!


P.S. J’ai lu dans Le Devoir de ce matin que la station spatiale internationale avait une odeur particulière. C’est logique, mais je n’avais jamais pensé à ça! Et ça sent quoi?

Ce n’est pas très clair si je me fie à ce que j’ai pu trouver rapidement sur le Web. Et l’odeur de l’espace? Ou plutôt l’odeur provoquée par l’espace sur les vêtements des astronautes? La NASA parle de poudre à canon, de steak, de noix… et de framboise! Fascinant. 

Et ici, maintenant, qu’est-ce que ça sent? Voilà une belle question à intégrer à la conscience du moment, avant de rédiger une « story ».

Une réflexion sur “Dix jours

  1. fascinante, cette idée de commencer la journée par un moment d’anticipation de cette journée même (sais pas si l’ami Karl Dubost passe des fois ici, ça lui parlerait), et l’idée de «plumes» distinctes, de mon côté fidèle à Schaeffer, mais à l’utiliser une fois tous les 4 mois c’est tjs la galère de l’avoir trop laissé sécher…

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