Lu dans Libération du 17 mai 2003, sous la plume de Kenizé Mourad, journaliste et auteure, invitée à commenter l’actualité dont j’ai été victime la semaine dernière à Paris:
La grève générale qui paralyse la France stupéfie un ami japonais de passage.
« Chez nous aussi on fait la grève, mais en travaillant.
– Comment ça?
– On met un brassard, avec marqué dessus: je suis en grève, pour bien montrer mon mécontentement. Mais on continue à travailler pour ne pas nuire aux gens ni à l’économie, surtout actuellement où chacun est conscient que le pays a de gros problèmes. Si quand même on décide d’une manifestation ou d’une grève, c’est un dimanche ou un jour férié, sinon, il y a très peu de participants. »
Devant mon air incrédule, il se met à rire.
« Vous, les Français, êtes bien trop individualistes. Vous ne tenez pas compte des autres. Chez nous, au Japon, on est élevés pour vivre en société et l’individualisme est considéré comme une forme d’égoïsme. Quand on est petits, on nous éduque à ne pas dire « je voudrais ceci, mais à demander à l’autre qu’est-ce que tu veux? Et lui répondra: et toi?
Ainsi, la discussion et les rapports entre les gens sont beaucoup plus agréables.
Et maintenant, conclut-il, arrête de me regarder comme un martien! »
Comment a-t-il deviné?
Vu de Paris: solidarité.
Vu de Tokyo: individualisme.
Et vu d’ici?