Freinet: l’imprimerie, bien sûr, mais aussi la politique!

Il est de bon goût aujourd’hui de faire référence à l’oeuvre de Freinet lorsqu’on parle de réforme scolaire, de pédagogie du projet ou d’utilisation des nouvelles technologies à l’école. On signale souvent que « l’imprimerie à l’école » devrait inspirer l’usage pédagogique d’Internet.

Toutefois, il me semble que cette association entre l’imprimerie à l’école et la publication de pages Web par les élèves ne prend pas suffisamment en compte l’importance que Freinet accordait aux liens entre l’école et son milieu, à l’autonomie des élèves dans leur démarche d’apprentissage et au caractère politique de l’enseignement.

Pour tenter de comprendre ce que Célestin Freinet aurait pensé des technologies de l’information, de la communication et de la collaboration dont nous disposons aujourd’hui, j’ai lu ce soir, avec beaucoup de plaisir, les premiers chapitres du mémoire de maîtrise de Delphine Lafon, intitulé Célestin Freinet ou la révolution par l’école. En voici un collage d’extraits…

« Freinet a pris « conscience plus encore de la dépendance étroite de l’école et du milieu, et combien la société conditionne l’école et l’enseignement. Il n’y a pas de pédagogie sans que soient remplies les conditions économiques favorables permettant l’expérience et la recherche. » […]

« Chez Freinet, « projets pédagogiques » et « projets politiques » vont être liés. » […]

« L’éducateur révolutionnaire doit former non plus des enfants, mais de futurs citoyens, à l’esprit critique, capable de lutter contre toute forme d’asservissement, et aptes à assumer des fonctions syndicales, voire politiques. Il souhaite avant tout responsabiliser ses élèves, pour qu’ils prennent conscience de leur rôle à jouer dans la société future. L’école devient le laboratoire, pas seulement d’expérience pédagogique, mais aussi politique. » […]

« Le principal outil de travail auquel on pense lorsque l’on parle de pédagogie Freinet est l’Imprimerie. » […]

« A partir de cette technique de l’imprimerie à l’école, Freinet va développer d’autres outils pédagogiques. […] Les enfants peuvent utiliser la presse pour écrire les textes qu’ils veulent. […] La rédaction se fait avec le minimum d’intervention du maître. Freinet refuse d’y prendre part, d’orienter les idées, afin que l’enfant puisse s’exprimer librement. […] Le recueil de ces textes forme le Livre de vie. Chaque enfant possède le sien et peut en disposer à son gré. Lorsque la méthode de l’imprimerie se développe en France, Freinet propose que les classes s’échangent leurs récits ; c’est la naissance des échanges inter-scolaires. Cela permet aux enfants de découvrir ce qui se passe en dehors de leur village. » […]

« Mais ce qui compte surtout chez Freinet, c’est de leur faire comprendre l’idée de démocratie, de liberté d’expression et de prise en charge de leur propre personne. » […]

« Dans l’enceinte de ce microcosme républicain, les enfants se réunissent tous les samedis, font un compte rendu de ce qui a été écrit sur le journal mural, cherchent des règles, ainsi que des moyens de faire évoluer certains comportements. « Pour Freinet, l’autogestion s’apprend, s’éduque par la vie communautaire ». » […]

« Cela nécessite donc que les parents acceptent d’être davantage acteurs dans l’éducation de leurs enfants, ils faut qu’ils engagent dans le système scolaire, trop souvent délégués aux éducateurs professionnels et au ministère. » […]

« Du point de vue de la pédagogie, on se rend compte que Freinet a eu beaucoup de mal à ce qu’elle soit reconnue par ses confrères, mais surtout par le Ministère de l’Education nationale. Cela s’explique par le côté trop révolutionnaire de sa conception pédagogique. Révolutionnaire dans le sens novateur, car beaucoup de techniques nouvelles inventées par l’instituteur rompent avec la pédagogie traditionnelle, telle l’utilisation de fichiers de travail, qui sous-entend l’abandon de l’usage des manuels dans la classe. […] Révolutionnaire aussi dans le sens politique du terme : enseigner, éduquer, oui, mais pour rendre les élèves libres et responsables… »

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