…et avec Internet on n’a plus besoin d’éditeurs!

J’ai rédigé il y a quelques semaines un texte sur l’édition des ressources éducatives numériques pour une revue qui a finalement choisi de ne pas le publier.

J’ai donc choisi de le publier plutôt sur le blogue du Canal numérique des savoirs (CNS), que je préside, en espérant qu’il pourra donner lieu à la discussion qu’il avait pour objectif de susciter.

C’est ici: « … et avec Internet, on n’a plus besoin d’éditeurs! »

5 commentaires

  1. Bravo ! Et toutes mes félicitations pour la belle nomination !

  2. Bonjour Clément. Je mets mon commentaire ici plutôt que sur l’autre site, ça a l’air plus intime. ;-)
    Comme simple blogueur, j’ai eu fortement tendance à « m’enfoncer joyeusement » dans l’idée que grâce aux blogues on peut maintenant (enfin) se passer des éditeurs. Cet article m’a fait voir les choses d’un autre oeil. Merci et bonne chance dans tes nouveaux défis !

  3. Le texte n’est plus accessible à l’adresse indiquée, mais je l’ai retrouvé dans Webarchives. Je le colle ici:

    —/ début /—

    Avec Internet on n’a plus besoin d’éditeurs!

    4 juin 2007 par Clément Laberge
    J’ai été sollicité il y a quelques mois pour écrire un texte au sujet des ressources éducatives numériques, avec le regard d’un éditeur. Le contexte fait en sorte que le texte ne sera finalement pas publié dans la revue pour laquelle il a été écrit. Qu’importe, je le publie ici en souhaitant qu’il puisse susciter quelques discussions… puisque c’est d’abord pour cela qu’il a été écrit!

    « …ET AVEC INTERNET ON N’A PLUS BESOIN D’ÉDITEURS! »

    Les enfants jouent sur le tapis du séjour dans la chaleur de quelques rayons de soleil printaniers. Après la lecture du journal, me servant un autre café, je place mon ordinateur sur mes genoux pour poursuivre la lecture de mon actualité et répondre à quelques courriels — ceux des amis (c’est dimanche!) mais aussi, peut-être quelques-uns de nature professionnelle, tant qu’à y être.

    — Tu vas encore travailler?, me demande Étienne, sept ans. Je souris.

    — Tu sais bien Étienne que mon ordinateur ne me sert pas qu’à travailler! Il me permet aussi de rester en contact avec les amis du Québec, avec la famille, et de savoir ce qui se passe à l’autre bout du monde — à l’autre bout de notre monde.

    La réponse semble satisfaire Étienne. J’en profite pour lancer iTunes et créer une ambiance musicale que les enfants apprécient. Les jeux se poursuivent jusqu’à ce que Capucine, cinq ans, relève les yeux et me demande:

    — C’est quoi ton travail papa?

    La question résonne dans la pièce. Les deux autres enfants lèvent à leur tour les yeux. Ils savent bien ce que je fais, mais ils sont manifestement intéressés par la réponse que je ferai à leur petite soeur. Leur mère dépose son magazine en souriant, aussi curieuse d’entendre mes explications.

    — Je travaille avec des éditeurs. Je les aide à comprendre Internet.

    Capucine m’interrompt:

    — Cela n’a pas toujours existé Internet?

    Et comme je ne réponds pas immédiatement, elle ajoute:

    — C’est quoi un éditeur?

    Me voilà mal! Heureusement, les enfants savent qu’en pareilles circonstances j’ai l’habitude de leur retourner les questions embarrassantes afin de me donner le temps de réfléchir, mais aussi pour que leurs mots me révèlent le meilleur angle pour aborder la réponse.

    C’est ainsi que pendant de longues minutes, Béatrice, Étienne et Capucine échangent sous nos yeux, évoquant le fait qu’avant « le courrier électronique ça n’existait pas » et qu’il fallait toujours mettre les lettres à la poste; qu’il n’y avait que le téléphone pour se parler; que « dans ce temps là » on ne pouvait pas faire de vidéoconférence et qu’apparemment « avant cela, il n’y avait même pas d’ordinateurs » — affirmation suivie d’un long silence, comme si cette idée exigeait un effort d’imagination particulier afin d’être bien comprise.

    Clin d’oeil des parents. . Ana leur demande: « et qu’est-ce que c’est un éditeur? ». Et les voilà repartis de plus belle!

    À les entendre, un éditeur c’est quelqu’un qui fait des livres. Pas celui qui les écrit, mais celui qui corrige les textes, qui choisi les images, qui réalise la couverture et qui va le porter dans les librairies. C’est lui qu’il faut payer quand on veut acheter un livre. Capucine écoute son frère et sa soeur qui apportent tour à tour de nouveaux éléments à l’explication. Et tout à coup, j’entends dire: « et avec Internet on n’a plus besoin d’éditeurs parce qu’il n’y a plus de livres et que tout est gratuit. »

    C’est le signal! Il est temps que j’intervienne. Étienne s’est d’ailleurs tourné vers moi, comme pour vérifier si cette nouvelle affirmation de sa soeur était juste. Manifestement, il l’a jugé suspecte, voire inquiétante. J’éclate de rire.

    — C’est un peu plus compliqué que cela en fait… mais ne vous en faites pas, parce que plusieurs adultes pensent comme vous et croient qu’avec Internet, on a plus besoin d’éditeurs. Je pense qu’ils ont tort parce qu’ils comprennent mal le métier d’éditeur et qu’ils n’ont pas une vision assez systémique de l’école.

    En m’entendant dire ces mots, je réalise qu’ils sont sans doute un peu compliqués, mais je décide de poursuivre:

    — Un éditeur c’est d’abord quelqu’un qui aide un auteur à bien faire son travail pour que le livre dont il a eu l’idée soit facile à lire, agréable à regarder et, si c’est un manuel scolaire, facile à comprendre pour toutes sortes d’enfants — autant ceux qui ont de la facilité à apprendre que les autres, qui ont parfois plus de difficultés. Pour être un bon éditeur il faut savoir trouver de bons auteurs, savoir les encourager (parce que c’est difficile de terminer l’écriture d’un livre, cela prend beaucoup de persévérance) et les aider à reformuler les phrases trop compliquées ou à organiser leurs idées un peu différemment. Il faut aussi savoir trouver les bonnes images pour accompagner le texte, savoir choisir le bon format pour le livre, faire une belle mise en page et pouvoir le faire connaître à toutes les personnes qu’il pourrait intéresser. C’est aussi l’éditeur qui est responsable de redistribuer à l’auteur, aux illustrateurs et aux photographes une partie de l’argent que lui donneront les gens qui achèteront le livre. Une autre partie de cet argent servira aussi à payer les gens qui auront aidé l’éditeur à corriger les textes (tous les auteurs n’écrivent pas sans faire de fautes!), à faire la mise en page, à fabriquer et à distribuer le livre, etc. C’est l’éditeur qui est responsable du bon travail de toute son équipe.

    Je n’en étais pas encore arrivé à Internet que Béatrice, neuf ans, m’interrompt, très fière, croyant que je viens de lui donner raison:

    — C’est bien ce que je disais, pas besoin d’éditeurs avec Internet parce qu’on peut faire tout ce travail ensemble, chacun écrit un petit bout, on corrige les fautes des autres quand on les voit et on a toute l’information sur le Web… comme pour Wikipédia… mon prof nous en a parlé l’autre jour.

    J’enchaîne donc:

    — Justement, Béatrice, c’est là que commence la confusion sur le rôle de l’éditeur avec Internet. D’abord parce qu’on fait l’erreur de croire que le rôle de l’éditeur est limité au monde de l’imprimé, alors que le fait que les textes et les images soient sur du papier ou sur un écran a peu d’importance. Dans les deux cas il faut s’assurer que le texte soit facile à comprendre, qu’il soit accompagné des bonnes images et, dans le cas de l’écran, qu’il soit bien lié vers d’autres documents pertinents s’il y a lieu, comme sur Internet quand on clique sur un mot souligné. Cela aussi c’est le travail de l’éditeur. Tout le monde peut faire une page Web… mais si on veut que la page Web soit agréable à regarder et qu’elle permette aux gens de bien comprendre ce qu’on a voulu dire, il est parfois nécessaire de faire appel à un éditeur pour nous aider. Mais ce que tu dis est vrai: Internet permet de réaliser très facilement des pages Web en équipe (même avec des gens qu’on ne connaît pas!) et de construire ensemble des documents aussi complexes que des encyclopédies, comme Wikipedia, dont ton professeur t’a parlé. Et, contrairement à ce que plusieurs personnes croient, c’est merveilleux pour les éditeurs tout cela.

    Retenant sans doute que je venais de lui donner raison plus que je ne l’avais contredite, Béatrice sourit de toutes ses dents devant son frère et sa soeur.

    — Je dis que c’est merveilleux pour les éditeurs, mais en fait je devrais dire que ce sera bientôt merveilleux pour les éditeurs. Ce sera merveilleux quand ils auront appris à faire leur métier en tirant partie d’Internet — et ça, c’est mon travail ! Rappelez-vous, tout à l’heure, vous disiez qu’il n’y a pas si longtemps, Internet n’existait pas. C’était avant votre naissance, vous n’avez jamais connu un monde sans Internet… mais pour la plupart des éditeurs c’est nouveau: ils ont fait leur métier pendant dix ans, vingt ans, trente ans ou même plus avant de découvrir Internet. Alors ils doivent apprendre à préparer des documents qui seront placés sur le Web et découvrir que c’est différent que de le faire sur papier. Ils doivent aussi apprendre de quelle façon ils pourront payer les gens dont le travail est nécessaire pour réaliser ces documents: les auteurs, les réviseurs linguistiques, les infographes, les photographes, etc. Et plus encore, ils doivent réaliser qu’Internet est devenu un extraordinaire outil de collaboration et qu’ils doivent, eux-aussi, apprendre à s’en servir pour leur permettre de trouver des auteurs et de permettre à leur équipe de travailler ensemble plus efficacement. Ce sera merveilleux quand tout le monde maîtrisera tout cela parce que sans doute plus de profs auront envie d’être auteur, parce que ce sera plus facile et plus agréable de participer à la rédaction d’un livre ou d’un document numérique et que, du coup, les éditeurs auront l’occasion de faire du travail d’encore meilleure qualité. Peut-être que les livres coûteront moins cher aussi, je n’en sais rien: on verra bien.

    — Alors ton travail c’est d’aider les éditeurs à faire des livres sur Internet?, demande Capucine, comme pour vérifier qu’elle comprend toujours où j’en suis dans ma réponse à sa question.

    — On peut dire ça. Sauf qu’un livre sur Internet, ça ne ressemble pas toujours à un livre. Bien sûr, c’est fait avec des idées, des mots et des images, mais cela peut aussi contenir des sons, des vidéos, des activités comme celles de certains de vos jeux vidéos. Transformé pour Internet, un manuel scolaire pourrait prendre bien d’autres formes, et peut-être même inclure des moyens de communiquer avec d’autres gens qui apprennent en même temps que nous, ou faire des projets avec d’autres classes ailleurs en France ou ailleurs dans le monde. On peut penser, par exemple, que les enseignants et les élèves pourraient transformer les manuels scolaires pour les adapter à leur goût, ou pour qu’ils s’adaptent à leurs difficultés.

    — Et pourquoi on n’en a pas dans notre école de livres comme ça? demande Étienne, grand amateur de jeux vidéo.

    — Eh bien justement, imaginez-vous donc que les éditeurs sont encore tout juste en train d’apprendre comment on peut faire des livres de ce genre, on ne le sait pas trop encore. Je les aide à le faire, mais c’est encore un peu compliqué…

    Je m’arrête un instant: comment est-ce que je pourrai expliquer à des enfants ce qu’il y a de si compliqué à produire des documents pour le Web… alors que pour eux, c’est une technologie qui existe depuis toujours? Et si cela faisait partie du problème? mais je choisis un autre angle.

    — C’est un peu compliqué parce que les livres en papier on sait quoi en faire dans une classe, on est habitué, ils font partie de l’école. Et les enseignants savent comment reconnaître un manuel scolaire bien fait, et leur niveau d’exigence à leur sujet est très élevé, ce qui est très bien. Mais aujourd’hui, très peu d’enseignants savent utiliser des ressources éducatives numériques dans une classe; et il y a si peu d’ordinateurs dans les classes… Alors les enseignants ne savent pas trop comment choisir une ressource plutôt qu’une autre… et comme dans ces conditions plusieurs croient que toutes les ressources se valent et privilégient des ressources faites par d’autres profs sans qu’un éditeur n’ait pu les aider à les améliorer. Et c’est justement là un peu tout le problème: pour que les enseignants aient de bonnes ressources éducatives numériques à offrir aux enfants ils ont besoins des éditeurs; et pour que les éditeurs puissent développer de bonnes ressources, ils ont besoin de la collaboration des enseignants… alors on a parfois un peu l’impression de tourner en rond. Mais moi je trouve cela merveilleux, parce qu’on a tout à inventer.

    Alors, d’un ton qui annonce la fin imminente de la conversation, Béatrice me dit:

    — En tous cas, moi je te dis que si vous ne trouvez pas de bonne façon de faire des livres électroniques pour les écoles, ce sont les enfants qui vont vous le montrer… parce que ce n’est certainement pas si compliqué que cela!

    Nous éclatons tous de rire.

    * * *

    Les enfants retournés à leurs jeux, je reste plongé dans mes réflexions.

    Les questions de Capucine, Étienne et Béatrice m’ont obligé à formuler des explications très simples, mais au fond, est-ce que ce n’est pas plus sain d’aborder les questions éducatives à partir du point de vue des enfants, au moins dans un premier temps, avant de complexifier et de nuancer les réponses apportées? Je le crois.

    Et alors, si j’avais eu des enfants plus vieux devant moi, des ados, ou des adultes — ou si j’avais eu à écrire un texte pour Les dossiers de l’ingénierie éducative — qu’est-ce que j’aurais eu envie de dire de plus?

    Je pense que j’aurais surtout eu envie de dire qu’on se trompe quand on prétend que les éditeurs hésitent à développer des ressources éducatives numériques. Ce n’est pas ce que je constate. Ce que je vois dans le groupe pour lequel je travaille c’est que les éditeurs sont à la recherche d’occasions pour apprendre quelles formes devront prendre les ressources numériques pour s’intégrer à une classe, de façon réaliste, au cours des prochaines années. Ils sont à la recherche d’auteurs, ils sont à la recherche d’éducateurs, ils sont à la recherche de partenaires d’éditions — publics ou privés; grands ou petits. Ils sont à la recherche de contextes qui leurs permettront d’apprendre à faire et d’apprendre à industrialiser, parce que c’est à ce prix que tous les enfants de France (et d’ailleurs) pourront un jour profiter des avantages des ressources numériques pour apprendre. Il est inutile d’aller trop vite, si c’est pour fragiliser l’expertise qui réside dans les équipes d’éditions et qui permettent de produire chaque année tous les documents dont les élèves français ont besoin pour réussir.

    Dans ces conditions, je connais bien des éditeurs qui seront prêts à produire des ressources très variées et très audacieuses — des plus granulaires aux plus complètes au plan disciplinaire; des plus interactives aux plus statiques; des plus collaboratives aux plus individuelles; dont plusieurs pourront même être libres de droits ou diffusées sous des licences ouvertes telles que Creative Commons. Mais sans ces conditions, rien n’est possible.

    J’aurais aussi (surtout) le goût de dire que là où le bât blesse le plus actuellement… c’est quand on entretient la méfiance entre les acteurs, quand on les liguent inutilement les uns contre les autres sous prétexte qu’ils font de l’édition publique ou de l’édition privée; des ressources libres, des ressources gratuites, des ressources subventionnées ou des ressources vendues — parce que dans tous les cas il faut bien que quelqu’un paie pour tout le travail qui est investi dans la production de ces ressources. Quand on créé des conditions qui ne les incitent pas à travailler ensemble, aussi. J’aurais du même coup envie d’ajouter que c’est pour moi une des responsabilités qui incombent aux pouvoirs publics que réunir des conditions permettant la collaboration de tous les acteurs qui composent « l’écosystème éducatif » — en réitérant les rôles de chacun, leurs périmètres d’action, en définissant des règles du jeu, etc. Je ne revendique en cela aucun privilège pour les éditeurs privés, mais souhaite que nous ne perdions pas de vue que ceux-ci ont acquis au fil des ans un certain nombre de compétences que la majorité des enseignants (par exemple) n’ont pas et qu’il est nécessaire de mobiliser pour produire des ressources de qualité.

    Et tiens, je regrette de ne pas avoir dit à Béatrice, que j’ai la conviction qu’à terme, le développement de ressources auto-produites par les enseignants et par les élèves, chacun apportant sa contribution, ne pourra que revaloriser le travail de l’éditeur, qui sauf pour quelques exceptions, restera l’expert de la conception, de la mise en forme et de distribution de ressources éditoriales, qu’elles soient imprimées ou rendues accessibles en ligne. Je suis convaincu qu’après une période de transition plus ou moins longue et plus ou moins difficile, nous redécouvrirons la supériorité objective d’un document pédagogique réalisé dans un processus éditorial dont la cohérence est assurée par une expertise véritable au lieu d’une distribution des tâches qui est fonction des intérêts et des disponibilités de chacun. Ceci ne remettant absolument pas en cause le fait que cette ressource ne prendra vraisemblablement pas la même forme qu’aujourd’hui — qu’elle sera sans doute plus ouverte et qu’elle permettra davantage son appropriation, voire sa remodélisation par les enseignants, surtout, et par les élèves, aussi.

    Cela fait un peu plus de dix-huit mois que je suis en France, à travailler plus ou moins directement avec une quarantaine d’éditeurs du domaine éducatif, reliés au groupe qui m’emploie ou au Canal numérique des savoirs (CNS). Je réalise évidemment de mieux en mieux tout ce que nous avons à accomplir pour réussir à relever le défi du numérique:

    … je vois bien qu’il nous faudra faire preuve d’encore plus d’audace au plan éditorial;
    … je vois bien qu’il nous faudra acquérir encore beaucoup d’expertise au plan technique;
    … je vois bien qu’il faudra soutenir davantage les enseignants dans leurs efforts pour apprivoiser les environnements numériques d’enseignement et d’apprentissage;
    … je vois bien que nous devrons aussi trouver des modèles d’affaires qui nous permettront de rétribuer justement toutes les personnes dont l’expertise est sollicitée par ce nouveau processus éditorial;

    … je vois bien, aussi (surtout!) des éditeurs passionnés, convaincus, qui contre vents et marées, dans des conditions souvent très difficiles, continuent à développer une expertise qu’ils sont impatients de mettre à la disposition du monde de l’éducation.

    Je vois tout cela et j’en tire une conclusion: il sera impossible d’y arriver si nous ne trouvons pas, avec l’aide de l’État et des collectivités, des façons pour permettre une concertation accrue entre les enseignants, les associations, les institutions publiques telles que les CNDP et CRDP et les éditeurs privés. Il faut d’une part éviter de succomber au chant des sirènes du tout libre ou tout gratuit, et d’autre part accepter de remettre en question certaines habitudes, certaines façons de faire et certains modèles économiques. Il faut apprendre à interpréter le système éducatif comme un écosystème complexe auquel nous avons collectivement la responsabilité d’assurer un développement durable. Il faudra du temps, il faudra prendre le temps, il faudra y arriver.

    Avec un peu de bonne volonté de part et d’autre, « ce ne doit pas être si compliqué que cela », dirait Béatrice.

    Texte rédigé par Clément Laberge, directeur des développements numériques pour l’éducation chez Éditis (www.editis.com) et président du Canal numérique des savoirs (www.cns-edu.net).

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    —/ fin /—

  4. Et j’ajoute les commentaires qui avaient suivis dans les jours suivants:

    —/ début /—

    Jules Laberge dit:
    5 juin 2007 à 2:31
    Bonjour Clément,
    Encore un texte de toi qui suscite mon émerveillement.
    Tes compétences de père et d’éducateur égalent sûrement celles de l’éditeur. Toutes mes félicitations!
    Affectueuses salutations à toute la famille.
    Jules

    charlotte boizet dit:
    5 juin 2007 à 9:39
    Merci pour cette petite histoire Clément. Elle est jolie et instructive. Tu poses bien je crois les enjeux et défis qui seront relevés.

    Sincères salutations,

    Charlotte Boizet

    eric fournier dit:
    5 juin 2007 à 10:06
    Un petit voyage bien agréable dans le “ressenti” des éditeurs… tu vas plus loin, comme diraient mes amis de l’INRP (Institut National de Recherche Pédagogique) qui collaborent à http://www.canalmetiers.tv tu fais découvrir au lecteur le métier de l’intérieur ! Bravo.

    Eric Fournier
    Euro-France
    http://www.canalmetiers.tv

    André Cotte dit:
    5 juin 2007 à 1:11
    Un texte qui mérite d’être lu au Québec.

    J’aime bien la notion d’écosystème dans lequel on retrouve autant du libre que du commercial. Il faut toujours se méfier des extrêmes.

    François Guité dit:
    5 juin 2007 à 2:36
    J’ignore si c’est le fait de travailler dans le milieu de l’édition, où tu côtoies sans doute des écrivains, qui guide ta plume, mais ce texte est fichtrement bien écrit.

    L’édition, semble-t-il, n’est pas seulement d’aider les auteurs à bien écrire un livre, mais c’est manifestement d’être à l’écoute des auteurs pour comprendre l’esprit de leur oeuvre. Travail de communauté de pratique et de co-construction.

    Heureux enfants qui trouvent réponses à leurs questions !

    Renaud dit:
    5 juin 2007 à 4:03
    Bravo Clément, très joli texte! Et des enfants bien allumés je dirais. Les éditeurs de demain (et je veux vraiment dire demain, mercredi :-)

    Et très rapidement, ils dépasseront le stade des éditeurs et deviendront réalisateurs et producteurs! Avant que bien des éditeurs n’aient compris.

    Merci pour cette belle réflexion!

    Mario Asselin dit:
    5 juin 2007 à 9:23
    Ce genre de texte porte maintenant une signature… «un Laberge». Je me souviens de celui-là dont tu avais été l’inspiration (http://carnets.opossum.ca/mario/archives/2006/01/apprendre_agir.html ) et d’un autre qui portait sur l’utilisation des TICE à Vie Pédagogique (dont je ne retrouve pas l’hyperlien… s’il existe).

    J’ai vu au fil du temps comment tu as renouvelé «la formule dialogue» et je suis encore impressionné aujourd’hui des résultats…

    Deux fois bravo! Pour ce texte, bien sûr… et pour ta nomination (http://www.editis.com/content.php?lg=fr&id=269 ). Désolé, je ne pouvais pas me retenir de souligner cet accomplissement, résultat de ton bon travail depuis dix-huit mois et de la vision de tes employeurs. Et puis, je ne m’excuse pas… tu avais dit qu’on pourrait en parler quand ce serait publié sur votre site corpo ;-)

    Je cours hyperlier ce bijou sur mon blogue…

    charles sol dit:
    5 juin 2007 à 10:52
    Merci, maintenant, j’aurai un modèle pour répondre à mes enfants quand ils me demanderont ce que je fais ;-)

    Circa CFD » Blog Archive » De la progression… dit:
    6 juin 2007 à 12:55
    […] Si vous ne connaissez pas Clément, je pense que son Avec Internet on a plus besoin des éditeurs! vous résumera assez bien sa personnalité et sa toujours créative vision du monde. […]

    Laurent Capéraà dit:
    6 juin 2007 à 7:28
    Très joli texte en effet, j’aimerais avoir la prose aussi facile. On sent en effet un père pédagogue et des enfants possédant une capacité d’analyse assez remarquable. Mais j’ai toujours un peu de réticence quant au monde des technologies et de l’éducation. J’ai souvent constaté qu’on consacrait beaucoup trop d’énergie, de temps et d’argent à l’emballage.

    J’ai vécu la révolution «audio-visuel» de l’éducation des années soixante-dix et de multiples réformes en un temps accéléré. En revoyant de vieilles émissions de télévision sur ces sujets, cela devait apporter, selon les pédagogues de l’époque, une grande amélioration de l’apprentissage et une meilleure réussite des élèves. Quand on fait le constat de nos jours, on remarque que le discours est à peu près le même que par le passé, on parle toujours d’un taux de décrochage aussi élevé et que la génération suivante est toujours plus cancre que la nôtre (il existe des textes qui montrent déjà ce discours aux 18 ème sciècle).

    Nous avons aussi affronté des professeurs et des parents dépassés par la technologie en 1975. Des adultes qui appeurés par ces nouveaux médias inconnus nous interdisaient de toucher à des appareils que nous maitrisions parce qu’ils ne parvenait même pas à les allumer et les brancher correctement. Pour nous, c’était naturel.

    Alors, on nous a demandé de nous exprimer, ce que nous avons fait en audio-vidéo. Les adultes étaient fiers de voir nos réalisations, de petits bouts de films tout à fait expérimentaux sur des sujets les plus variés. Maintenant adulte, je me demande souvent par quoi ils étaient impressionnés. Par le contenu de nos films ou par la capacité de leurs enfants de maitriser la technologie révolutionnaire de l’époque. Malheureusement, je pense que c’est la deuxième réponse.

    Et c’est ici que j’ai des réticences et que je demande aux pédagogues de ne pas se laisser aveugler par la magie des technologies. Il faut se rappeler tous les jours que ce ne sont que des outils. Le traitement de texte ne fait pas de nous des écrivains, sauf qu’il nous facilite grandement la vie pour manipuler et effectuer nos rédactions. Le « WEB» qu’il soit de version un, deux ou trois… ne reste qu’un outil de communication merveilleux certes, mais un outil quand même. Mais apprend-on aux jeunes d’avoir du contenu? Leur apprend-on à réfléchir et à analyser toutes ces nouvelles informations disponibles quasi instantanément?

    Je travaille avec les nouvelles technologies et ma vie personnelle en est tout aussi remplie. Cela me demande une énergie folle pour rester à jour sur mes différents champs d’intérêt. Mais je constate, jour en jour, que ma clientèle est loin d’avoir la même patience et curiosité que moi. Tout ce que je constate de jour en jour c’est que la technologie s’éloigne de plus en plus des gens. Que les infrastructures, pour supporter tous ces nouveaux moyens de communication, exigent des ressources de plus en plus grandes en temps, en argent et en connaissances pointues. Que les utilisateurs deviennent de plus en plus esclaves du matériel qu’ils utilisent. Oui, les choses se font plus vite, mais est-ce qu’elles se font mieux… non, je ne pense pas.

    Je donne en exemple, un domaine que je connais bien et que je dépanne depuis plus de 15 ans; l’infographie. J’ai connu l’ère du graphisme où tout se faisait à la main, le temps des photographes, des opérateurs de numériseurs, des typographes, des monteurs, etc. J’ai connu des gens qui produisaient à un rythme peu élevé des ouvrages de qualités que l’on peut qualifier d’artisants. J’ai participé à la révolution du domaine de graphisme vers celui de l’infographie. Et bien je ne peux que constater que la qualité des produits a diminué et que la qualité des « opérateurs » elle aussi a diminué. Et c’est facilement compréhensible… on demande à des jeunes de combler l’équivalent de 4 métiers en un seul avec un temps de formation d’à peine 2 ou 3 ans. Ces infographes qui pour la plupart ne savent même pas comment réduire une photo correctement et reproduire des textes sans y insérer de nombreuses fautes d’orthographe (et ce sont des tâches de niveau secondaire). On a fait miroiter à des centaines de jeunes un métier révolutionnaire en leur donnant à peine la formation de base. Des centaines de parents pensent que leurs jeunes possèdent une formation de pointe parce qu’ils travaillent avec des outils technologiques qu’eux ne comprennent presque pas. On se retrouve avec des jeunes qui sont en mesure de travailler avec seulement 3 logiciels de bases, qui se fient à des machines pour effectuer des opérations mathématiques primaires, qui ne maitrisent pas leur langue primaire et qui pour la plupart n’ont aucune notion artistique. Aujourd’hui on se fie à la machine pour effectuer ce que l’on devrait savoir et la capacité créatrice se limite souvent aux options offertes par les logiciels.

    Et j’ai bien peur qu’il en soit de même avec l’internet. Le texte de Clément prouve qu’il comprend bien le rôle et l’importance de l’éditeur dans un futur rappoché et comment l’accompagner vers cette révolution par les explications données à ses enfants et par la qualité de réflexion de ses derniers. Mais ma crainte est que vont retenir ceux à qui il enseigne cette philosophie? Feront-ils les même erreurs que les pédagogues de l’infographie? La dernière réflexion de Béatrice reflète bien ma position et la réalité qui s’est produite avec l’infographie. Laisserons-nous des « enfants » diffuser l’information dans des cadres technologiques «préformatés» et limitatifs artistiquement (à cause des limites technologiques) sous prétexte que ceux qui ont des messages à diffuser (professeur et créateurs) sont dépassés par ces technologies dites de l’information?

    C’est ici qu’arrive ma grande interrogation sur l’importance de l’enseignement des technologies à l’école primaire et secondaire… On se retrouve souvent en face d’élèves qui maitrisent mieux les technologies que leurs professeurs (sauf pour quelques passionnés) ce qui leurs enlève souvent beaucoup de crédibilité. On demande à des enseignants de « moderniser » leurs contenus sans leur en donner réellement les moyens. On investi à grands frais dans des technologies qui seront dépassées une fois les élèves formés. On offre peu de soutient dans les écoles pour entretenir le matériel informatique… Alors si au lieu de faire les choses à moitié, si on mettait tout ces efforts et cet argent dans les livres, les infrastructures, les salaires des professeurs et que l’on enseignait les bases correctement, je pense qu’on aurait un meilleur retour sur l’investissement de nos jeunes. Les technologies changent tout le temps, mais la base reste souvent la même (mathématiques, français, géographie, histoire, arts et les sports) et l’esprit d’analyse aussi.

    Virginie Clayssen dit:
    6 juin 2007 à 7:30
    “Les enfants ont disparu vers le square, un ballon sous le bras. Mon mac émet ce petit bruit caractéristique (il faudrait que j’en change un de ces jours…) qui me signale l’arrivée d’un message.
    Tiens, un nouveau commentaire sur mon blog du CNS. Ah, c’est Virginie, qui, après mes amis québecois vient commenter mon papier “Avec internet on a plus besoin des éditeurs”. Pas de surprise, elle est d’accord avec moi, à la fois sur la description des faits et les éléments d’analyse. Normal, elle s’occupe de numérique chez un éditeur scolaire, et elle peut faire les mêmes constatations.
    C’est bien, cette unanimité, et tous ces commentaires chaleureux, mais ça ne fait pas tout à fait un débat. Alors vite, les pas d’accord, les hostiles, les adversaires, les inquiets, les remontés-contre, manifestez-vous, que l’on puisse discuter un peu… En attendant, encore un verre de jus d’orange.

    Caroline dit:
    6 juin 2007 à 8:26
    Double félicitations : pour cette nomination et puis pour ce texte…
    Je réfléchis quelques temps pour revenir commenter plus en détails !

    Virginie Clayssen dit:
    6 juin 2007 à 9:24
    Contente de voir que Laurent a publié, deux minutes avant le mien, un tel commentaire… Envie de poursuivre, dès que du temps se libèrera, cette discussion.

    Marc Tirel dit:
    6 juin 2007 à 3:37
    et Lulu alors ! vous ne connaissez pas Lulu ?
    Je l’ai découvert ce matin… (http://www.lulu.com/fr)
    et il risque de mettre à mal le métier d’éditeur puisqu’il permet de faire de l’auto-publication.
    Merci à Mario pour le lien sur son blog et bravo pour l’article !

    Jean-Francois Boulard dit:
    6 juin 2007 à 5:32
    Bravo pour ce texte qui résume si bien les enjeux de la transition de l’édition au numérique!

    Bonne chance dans tes nouvelles fonctions et au plaisir de te revoir un de ce jours!

    teXtes » Blog Archive » édition sans éditeurs dit:
    6 juin 2007 à 7:16
    […] J’emprunte à André Schiffrin le titre de l’un des livres qu’il a écrits, après en avoir publié de très nombreux, pour vous encourager à aller lire l’article de Clément Laberge intitulé : “Avec Internet on n’a plus besoin d’éditeurs !“. Derrière ce titre un brin provocateur , l’auteur, directeur du développement numérique d’un groupe d’édition, adopte une forme qui, du point de vue pédagogique, a fait ses preuves : Il nous invite chez lui, un dimanche matin, pour l’écouter parler avec ses enfants de son travail : — Alors ton travail c’est d’aider les éditeurs à faire des livres sur Internet?, demande Capucine, comme pour vérifier qu’elle comprend toujours où j’en suis dans ma réponse à sa question. […]

    Hubert Guillaud dit:
    6 juin 2007 à 8:05
    “j’ai la conviction qu’à terme, le développement de ressources auto-produites par les enseignants et par les élèves, chacun apportant sa contribution, ne pourra que revaloriser le travail de l’éditeur, qui sauf pour quelques exceptions, restera l’expert de la conception, de la mise en forme et de distribution de ressources éditoriales, qu’elles soient imprimées ou rendues accessibles en ligne.”

    Je suis convaincu que ce n’est pas à terme, mais bien déjà le cas, comme ça l’a toujours été. Wikipédia nous montre-t-il autre chose ? Surtout pas. Les études nous montrent bien que les meilleurs articles sont ceux qui ont été le plus travaillés, édités, corrigés, améliorés. Les blogs nous montrent exactement la même chose : la conception éditoriale, le ton, la personnalité du contenu sont premiers.

    Quelqu’un a-t-il eu peur ? ;-)

    Gilles G. jobin dit:
    7 juin 2007 à 5:19
    Il y a quelques semaines, j’ai discuté avec un éditeur québécois qui m’a envoyé un discours identique à celui de Clément.

    Mais posons la question autrement : peut-on imaginer qu’en 2050, un élève aura encore un livre semblable à ceux produits en 2007 ?
    Si on suppose que le livre scolaire sera différent, en quoi consiste donc ces différences?

    Pour moi, il est à peu près certain que le livre “scolaire” aura disparu en 2050. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’on aura la maîtrise de moyens technologiques pour rendre la matière beaucoup plus vivante que ce qu’on trouve actuellement dans les pages dudit livre.

    L’idée est donc de produire IMMÉDIATEMENT cet outil et de ne pas attendre à 2050 pour y arriver.

    Les éditeurs doivent se réveiller, et cesser de publier, pour le monde scolaire, en format papier. Vous dites que vous avez de bons auteurs? Très bien. Vous dites que vous avez de l’expertise pour rendre la matière agréable pour un élève. Bien encore. Alors qu’attendez-vous pour produire des outils dynamiques d’apprentissage pour aider nos élèves ?

    Gilles G. jobin dit:
    7 juin 2007 à 5:20
    oups, consistent…

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    —/ fin /—

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