Réglementer Internet?

On pousse de hauts cris depuis hier dans la blogosphère parce que l’ADISQ (et derrière elle 17 autres associations de producteurs) demande au CRTC de réglementer Internet. Je suis perplexe. Il y a plusieurs choses que je ne comprends pas.

Je ne comprends pas ce qui rend si péremptoirement condamnable toute idée de réglementation. Que ce ne soit sans doute pas la piste à privilégier, certes, mais je ne crois pas pour autant que d’évoquer cette idée soit forcément faire preuve de fascisme… même si l’ADISQ a été, il faut bien le dire, invraisemblablement maladroite en citant la Chine en exemple à cet égard (même avec des nuances). On peut réglementer plein de choses sur Internet sans attaquer ses fondements: nature de la pub, partenariats industriels, etc.

Je ne comprends pas non plus que huit ans après l’apparition de Napster, et après avoir pu voir se développer tous les nouveaux outils de partage et de diffusion de la musique, les représentants de l’industrie québécoise puissent encore croire que la solution se trouve dans le type de réglementation qu’ils demandent aujourd’hui.

Je ne comprends pas non plus comment les actionnaires des sociétés de productions membres de l’ADISQ (par exemple) peuvent encore appuyer ce genre de management à la tête de leurs entreprises et pourquoi ils maintiennent en poste des gens dont la stratégie semble pour l’essentiel consister à freiner le développement des nouvelles pratiques de consommation culturelle, voire à une partie des nouvelles pratiques culturelles en elles-mêmes.

Je ne comprends pas les gens qui n’ont pas compris que dans un espace comme le Web, où il y a autant de manières d’organiser le contenu qu’il y a d’Internautes, il est inutile de réclamer « que les contenus canadiens soient accessibles en priorité ». Il faut plutôt s’assurer que ces contenus existent sur le Web, qu’ils soient omniprésents et qu’ils soient rendus accessibles dans tous les système qui permettent aux gens de les inscrire dans leur quotidien, en fonction de leurs besoins et de leurs intérêts. Et faire confiance… faire confiance que les québécois aiment la culture québécoise, ce que je crois, et qu’ils choisiront de s’en faire partie prenante.

Je ne comprends pas pourquoi l’ADISQ ne se penche pas plutôt sur des études de cas concrètes pour chercher des manières de répondre aux nouveaux besoins et comportements des internautes de tous les âges et de tous les milieux. Est-ce que, de guerre lasse, l’ADISQ n’aurait abdiqué sur la possibilité que les principaux acteurs de l’industrie partagent une réflexion stratégique sur le sujet et que, par facilité, elle se tourne vers le gouvernement en demandant plutôt des règlements? Je ne sais pas, mais cela me semble plausible.

Alors, si l’ADISQ reste sourd à tous ces appels, pourquoi est-ce qu’on n’ouvre pas un wiki pour décrire ces besoins et proposer des manières plus adéquates pour l’industrie de s’y adapter?

Et si on commençait par un cas que nous connaissons bien: celui d’un blogueur québécois de 30 à 40 ans, bon acheteurs de produits culturels, et qui ne lit que très peu les journaux et magazines dits culturels des empires médiatiques sur lesquels s’appuient aujourd’hui l’industrie… où et comment l’ADISQ devrait elle s’assurer de faire exister les contenus québécois? quels sites les producteurs membres de l’ADISQ devraient-ils s’assurer de connaître? dans quels fils rss devraient-ils s’assurer d’être présents? dans quels répertoires? dans quels services et boutiques en ligne?

Quelqu’un a-t-il la capacité d’ouvrir un wiki dans lequel nous pourrions réunir ces scénarios et inviter les gens à les documenter? Le scénario d’un ado? d’un fou de jazz? d’un amateur de ceci, de cela? celui d’un québécois à l’étranger?

Je dis cela comme ça… parce qu’il me semble plus sain de faire appel aux réseaux pour comprendre les réseaux que de faire appel au CRTC en souhaitant qu’il réorganise les contenus du Web à la place des internautes eux-mêmes.

La réglementation pourra par la suite plus légitimement être invoquée, pour stimuler de nouvelles approche des marchés culturels plutôt que pour défendre des méthodes archaïques d’assurer le rayonnement des entreprises culturelles québécoises.

7 commentaires

  1. Ce n’est pas la réglementation en soi qui fait peur aux internautes. Dans ce cas-ci c’est l’origine de la demande qui fait peur : une industrie qui ne connaît pas le médium demande de le réglementer. La peur vient de là. C’est comme si quelqu’un qui n’a jamais conduit une auto était chargé de refaire le code de la route. Quand l’ADISQ aura prouvé qu’elle comprend bien le nouveau média qu’est le Web, son avis sur une règlementation fera moins peur.

    Premier cas pour ton wiki.

    J’avais toujours juré que je n’acheterais jamais de la musique numérique protégée par des GND (DRM) et surtout pas à 1 $ la plage. J’évitais les sites de ce genre. Tous mes achats de musique numérique sur Internet se font à eMusic (prix par plage, autour de 0.30 $ et MP3 sans DRM).

    Or, voilà qu’hier j’ai acheté un CD complet sur Archambault Zik. On y vend, depuis peu, de la musique sans DRM (attention, pas toute l’offre) et j’ai obtenu 15 plages (1 CD complet) pour 9,99 $ Je voulais entendre Abd al-Malik et eMusic ne l’offrait pas.

    Morale de l’histoire. Quand l’industrie répond à nos demandes, on devient client. Désormais, je ne bouderai plus Archambault, du moins pour ce que je ne trouverai pas sur eMusic.

  2. «blogueur québécois de 30 à 40 ans» : oups, je suis exclus par un an ;-)

    Sérieusement, je souscris entièrement à ce billet. Manque juste quelqu’un pour partir le wiki !

  3. Ce n’est pas du fascisme, c’est de l’entêtement motivé par le désir de perpétuer un modèle d’affaires dépassé et un déni total de la réalité hors Québec.

    Je suis d’accord avec l’opinion de André Cotte concernant la réglementation. L’ADISQ, après tout ce qu’a vécu l’industrie de la musique au cours des 8 dernières années, a prouvé sa totale incapacité à gérer le changement. Au lieu de chercher mes moyens de s’adapter, elle demande de réglementer. C’est une approche propre aux lobbys qui cherchent à protéger un modèle d’affaires dépassé plutôt qu’à chercher à s’adapter.

    L’idée du wiki est sûrement charmante pour les geeks que nous sommes. Mais pour une industrie qui, en 2007, réagit comme l’ADISQ vient de le faire, je pense qu’il faudrait d’abord et avant tout leur expliquer comment s’allume un ordinateur, ce qu’est un fureteur, comment fonctionne internet et peut-être qu’en 2015, avec énormément de chance et de persévérance, nous en serons à leur expliquer le fonctionnement d’un wiki et ce que cela pourrait leur apporter.

    De toute façon, ce ne sera pour eux que le fruit du travail d’une « bande d’amateurs », les mêmes amateurs dont Louis-José Houde se moquait pendant le gala de l’ADISQ, parce qu’ils prennent le temps de créer du contenu et de le distribuer gratuitement sur le Web.

    C’est super l’éducation, mais des fois il faut reconnaitre que certains ne souhaitent pas être éduqués. Je pense que la seule voie à suivre serait d’éduquer les artistes aux réalités du Web et aux possibilités qu’il offre, au lieu d’essayer de comprendre ce qui pousse l’ADISQ à proposer des idées aussi ridiculement déphasées.

    Tenter d’éduquer l’ADISQ, alors que tout change autour d’eux depuis 8 ans, serait aussi utile que d’essayer d’expliquer aux dinosaures pourquoi le fait d’avoir le sang froid est un problème à l’ère glaciaire, et de s’attendre à ce qu’ils réagissent.

  4. Je ne sais pas d’où tu es Clément comment tu interprètes les propos incisifs de Michael, mais nous avons régulièrement lui et moi des échanges sur ce sujet au bureau et j’ai tendance à me ranger derrière ses arguments. Les gens de l’ADISQ (le C.A. et la direction, à tout le moins) sont vraiment persuadés d’avoir la bonne approche pour corriger leurs problèmes (et ceux de l’industrie). Ils ont eu accès à un paquet de signaux et d’information pour les aider; à ce stade-ci, ça leur prend un électrochoc. De plus, leurs contacts politiques leur font croire qu’il leur faut «jouer la game», à coup de communiqués et de déclarations-chocs comme ce fut le cas dernièrement. Avec notre wiki, nous aurions l’air d’une bande d’amateurs grano-gino-geek! Personnellement, je n’ai aucune énergie à mettre dans ça.

    Si on me demandait de travailler pour des artistes, par contre, qui voudraient agir dans une autre direction, motivés par d’autres sentiments, je ne compterais pas mon temps… ;-)

    L’ADISQ (et le lobby culturel) me paraît être en train de devenir sourd à force d’entendre de la musique trop forte. Je sais qu’ils ont tout ce qui leur faut pour comprendre ce que le numérique change dans leur domaine, mais ils ne veulent pas changer et risquer de perdre leurs p’tits pouvoirs…

  5. Je peux ouvrir un wiki pas mal facilement, mais je ne suis pas certain que c’est la bonne chose à faire, si on veut inclure dans le dialogue les gens qui supportent les propositions de l’ADISQ… il me semble évident qu’éditer une page wiki, ça ne fait pas partie de leur culture de communication… mais bon, peut-etre que ça peut quand meme etre utile!

  6. @Michael et Mario: en fait je n’ai jamais cru que le résultat de la production wiki serait destiné à l’ADISQ… qui auraient eu, il est vrai, milles autres occasions de comprendre l’environnement économique dans lequel ils évoluent.

    Non, pour moi ce wiki devrait plutôt être fait comme une antidote aux reprises trop naïves des communiqués de l’ADISQ par des journalistes/médias qui ne comprennent pas cet environnement, qui ne savent pas qu’il existe des alternatives à Archambault pour acheter de la musique et qui pourraient découvrir grâce à nos efforts que le discours de l’ADISQ est au mieux incomplet, et au pire carrément trompeur.

    @Sylvain: sans y mettre trop d’énergie, si on peut mettre ce wiki en place et qu’on s’en sert pour « mutualiser » nos pratiques culturelles… découvrir les outils que les autres utilisent… dans diverses tranches d’âges… il me semble qu’on fera oeuvre utile, en plus d’alimenter notre propre curiosité et découvrir de nouveaux espaces culturels.

    Ou alors on commence par plus simple (question de voir s’il y a des gens qui ont de l’énergie à consacrer à cela) et on écrit chacun sur nos blogues un texte qui décrit de quelle façon nous nous alimentons musicalement parlant… cela pourrait déjà faire un répertoire de cas pratiques intéressant pour donner un peu de croquant aux journalistes et autres commentateurs intéressés… (voire aux membres du CRTC!).

  7. Bonjour, en tant qu’étudiante en musique, je tente de m’informer sur la question. D’ailleurs, c’est sur ce site que j’ai trouvé l’information qui me semblait la plus juste. Cependant, il m’en reste beaucoup à comprendre avant de pouvoir dire que je suis bien informée. Je me demande, qu’est -ce qu’un DRM dont parle le premier message ?
    merci

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