buzzz.tv

L’idée est née il y a dix jours. Autour d’une bière, avec Daniel et Carl-Frédéric. Nous jouions avec nos iPhone, nous émerveillant devant telle application, tel usage, telle possibilité… et rêvant de faire nous même un jour quelque chose avec ça. Nous avions envie d’inventer quelque chose, de participer, comme acteurs, à ce nouvel univers.

Je m’émerveillais notamment des possibilités qu’offre le iPhone pour permettre aux gens de témoigner, de s’exprimer, de partager et d’interagir les uns avec les autres de façons inédites — même plongés dans la vie quotidienne, au coeur de l’activité de la Cité.

Passant du coq à l’âne, on se disait aussi que la télé c’est (encore) tellement trop passif en comparaison avec tout cela.

Et soudainement, nous nous sommes dit: «eh pourquoi pas utiliser tous les iPhone et les iPodTouch qui se sont vendus au Québec et au Canada pour jazzer un peu le débat des chefs du 1er octobre? »

Wow! Et c’est rapidement devenu une évidence… il fallait le faire! Nous nous sommes donc retroussé les manches, nous avons commandé chacun une autre bière et nous nous sommes mis au travail. Schématisation, conception, vives discussions — de fil en aiguille le projet a pris forme.

Et dix jours plus tard, nous sommes prêts — grâce à l’équipe d’iXmédia qui, dès le lendemain a pris l’idée en main et à tout fait pour en faire une réalité.

L’idée est simple:

Se servir des dizaines de milliers de iPodTouch et de iPhone qui se sont vendus au Québec et au Canada au cours des derniers mois pour créer un nouveau genre d’interaction entre les gens qui regarderont à la télévision les débats des chefs du 1er octobre (en français) et du 2 octobre (en anglais). On a même étendu l’idée pour que tout le monde qui a un ordinateur à sa disposition puisse participer.

Il ne s’agit pas de remplacer les outils existants, mais de faire plus simple, pour permettre à tout le monde de passer de téléspectateur à participant à un événement télévisuel.

Comment ça marche?

Simple: en se branchant sur buzzz.tv, les internautes qui le souhaitent verront sur l’écran de leur ordinateur, de leur iPodTouch ou de leur iPhone trois boutons:

En appuyant sur le pouce levé, ils pourront signaler à tout moment qu’ils aiment ce qu’ils entendent.

En appuyant sur le pouce baissé, ils pourront signaler à tout moment qu’ils n’aiment pas ce qu’ils entendent.

Et en appuyant sur le point d’exclamation, ils pourront lâcher un grand cri virtuel — pour dénoncer ce qu’ils perçoivent être un mensonge, par exemple. Ce bouton pourrait aussi servir à signaler, de façon plus générale, un temps fort du débat — quelque chose qui dépasse le simple « j’aime / je n’aime pas ». Pas aussi clair que les deux premiers? Très/trop subjectif? On le sait… et on assume. C’est même voulu ainsi.

Cliquer sur un de ces trois boutons, c’est buzzzer, faire un buzzz.

Des graphiques traceront évidemment aussi sur l’écran, en temps réel, l’évolution des buzzz de l’ensemble des participants.

Et le plus beau dans tout ça, le plus nouveau, le plus stimulant (et le plus subversif, il me semble!), c’est que nous rendrons disponible aussitôt après le débat l’ensemble des données ainsi recueillies — brutes — afin qu’elles puissent être traitées et interprétées collectivement, grâce aux idées aux compétences de chacun.

Que pourrons-nous en faire? Je ne sais pas. Traitements graphiques? Animations? Vidéos? etc. J’attends d’être surpris!

Seront ainsi rendus publics: liste des participants (anonyme: aucune inscription requise); ensemble des buzzz enregistrés et le minutage du débat (qui parlait à chaque instant). Trois fichiers donc, dont des exemples seront diffusés en début de semaine afin de permettre à ceux qui le souhaitent de se préparer.

Toutes les personnes qui ont contribué à rendre possible ce projet — complètement ludique et expérimental, sans aucune prétention scientifique — ont leurs hypothèses sur le nombre de participants que nous pourrons avoir et sur ce que pourraient révéler les données ainsi générées. Nous avons aussi chacun nos opinions sur les limites d’un tel exercice — et nous assumons absolument tout cela!

Je ne doute pas que nous aurons l’occasion de discuter du projet et de débattre de ses forces et de ses faiblesses dans les prochains jours et les prochaines semaines… et je me garderai donc bien de le faire par anticipation… (sinon pour dire que, oui, nous savons qu’il est possible que certains groupes tentent d’influencer indûment les résultats… et que nous croyons qu’elles joueront ainsi un jeu dangereux parce que leur action sera très probablement décelable dans les données publiques).

Nous avons, la conviction d’expérimenter quelque chose de nouveau, qui pourrait ouvrir la voie à d’autres interactions d’un nouveau genre entre la télé et les gens qui sont assis devant… des interactions initiées par le monde… et où il ne s’agit pas seulement faire ce que le réalisateur de l’émission à prévu. Dans les débats politiques, certainement, mais pourquoi pas aussi dans d’autres types d’émissions?

Tout cela est fait avec humilité. Nous savons évidemment qu’il y a une foule d’autres outils qui peuvent déjà contribuer à relier les gens qui partagent un moment de télé… Mais ce sera notre contribution, que nous avons du plaisir et de la fierté à partager avec le monde, d’atant plus que nous croyons qu’elle apporte quelque chose de véritablement nouveau — en particulier sous l’angle du partage des données générées.

Tout se passera donc sur buzzz.tv.

D’abord un test dimanche soir pendant Tout le monde en parle, juste pour voir si le mécanisme fonctionne bien. Ensuite on referme tout et on termine le travail.

Le site sera officiellement ouvert mercredi à 19h45 — juste à temps pour le débat en français. Les données seront rendues publiques dans l’heure suivant la fin du débat.

Une version anglaise du site sera mise en ligne jeudi pour le débat en anglais. Même modus operandi. Les données disponibles une heure après.

Et pour la suite on verra.

Mario a déjà écrit un texte sur le sujet. Carl-Frédéric le fera sans doute aussi dans les prochaines heures. Et probablement d’autres aussi — nous le souhaitons.

Pour ma part, je vous dirais que si je suis emballé par l’ensemble du projet et curieux de découvrir ce que nous pourrons apprendre de toutes les données générées (quel traitement pourra en être fait, avec quels outils, quelles méthodes, par quel genre de monde), je suis tout particulièrement intéressé par ce que pourra révéler l’usage du point d’exclamation.

Je rêve que l’intelligence collective nous permette d’identifier cinq ou six moments dans le débat qui seraient autrement passés relativement inaperçus dans le contexte d’une écoute individualisée. Je rêve aussi que nous documentions ensuite collectivement les raisons de ces pics de buzzz (dans un wiki?) ou que des journalistes se servent de ces données pour interpeller « en notre nom » les candidats ou qu’ils rédigent des articles sur ces sujets.

Ce serait, il me semble, une étape significative dans le développement d’une participation accrue des citoyens dans la vie politique telle qu’elle nous est traditionnellement rapportée par la télévision.

Peut-être que je suis naïf. Peut-être que je m’illusionne. Quoi qu’il en soit, j’ai le goût d’y croire et d’essayer. Et en plus, j’ai du fun à le faire! Et à voir le regard de ceux qui ont rendu tout cela possible cette semaine… je me dis que c’est un fun pas mal contagieux… alors on serait ben fous de s’en passer!

Et on debriefera tout ça ensemble ensuite de toute façon… quel que soit le résultat de l’expérience!

P.S. aussi, pour les habitués, buzzz.tv sur Facebook et sur Twitter