Il est où le Québec dont on rêve?

J’ai commencé à publier ce blogue en 2002. Béatrice, la première des trois enfants de la famille avait 4 ans. Dix-huit ans plus tard, je lui confie cet espace pour la première fois — avec une très grande fierté.

Béatrice, la parole est à toi (et j’espère que ce ne sera pas la dernière fois)!

Il est où le Québec dont on rêve?

À l’occasion de la Fête nationale et en suivant l’actualité, je me suis passé une réflexion sur le Québec, sur notre Québec. 

Depuis quelques années, ce qui m’attriste à la Fête nationale, c’est qu’on a souvent l’impression que c’est juste une fête souverainiste, alors que c’est avant tout une fête nationaliste.

En fait, on a souvent tendance à mélanger nationalisme et souverainisme, alors que les deux ne viennent pas toujours ensemble. 

Pour faire simple, quelqu’un de nationaliste est quelqu’un qui est fier de sa nation. Alors que quelqu’un de souverainiste est fier de sa nation, mais pense aussi que cette nation devrait être souveraine. Ainsi, un gouvernement peut très bien se revendiquer nationaliste (et donc fier du Québec), mais sans être souverainiste (donc sans penser que le Québec doit être séparé du Canada).

Pour moi, le Québec c’est une belle nation pour sa population chaleureuse et accueillante, pour son progressisme, pour sa langue française, pour ses paysages, pour son hiver, pour son histoire riche, pour sa culture, pour ses artistes plein.e.s de talents, pour sa capacité d’innovation, pour ses évènements festifs, etc. 

Bref, pour moi le Québec est une magnifique nation, mais je dois concéder qu’elle n’est assurément pas parfaite.

***

Après avoir étudié en études internationales et en politique, après des remises en question pas toujours faciles et après des discussions interminables sur le monde d’aujourd’hui, j’en viens à me dire que :

Je rêve d’un Québec ouvert à l’immigration pour vrai et pas juste quand ça lui convient. D’un Québec qui réalise que pour faire partie d’un monde globalisé et international comme on le souhaite, on ne peut pas fermer la porte à ceux et celles qui souhaitent, parfois, venir pour démarrer une nouvelle vie, pour un avenir meilleur ou pour un avenir à la hauteur de leur potentiel.

Je rêve d’un Québec qui reconnaît et qui travaille à réduire et éradiquer le racisme systémique. Parce que oui chaque personne est importante, mais que quand la vie, notamment, des communautés noires et autochtones sont discriminées parce que la police, le système d’éducation et de santé, les valeurs sociales et culturelles et la répartition territoriale sont en leur défaveur, le Québec se doit de travailler à un avenir meilleur pour eux, et avec eux.

Je rêve d’un Québec ambitieux en environnement, qui prend en compte l’urgence de la crise environnementale et qui ose prendre les mesures nécessaires pour la ralentir. 

Je rêve d’un Québec où jamais on ne demandera à quelqu’un de cacher son identité religieuse, sexuelle, de genre et d’ethnie ou son handicap pour le bien-être et le confort des autres. L’identité de chacun n’est pas négociable et brimer l’identité d’une «minorité» pour que les autres soient confortables, c’est pas franchement ma définition de l’inclusion. 

Bref, je rêve d’un Québec qui mise sur l’éducation pour tous les enjeux de la société, et ce, même si c’est pas payant politiquement à l’intérieur d’un mandat de 4 ans et que ça nécessite de confronter son électorat.

Parce qu’éduquer les gens à la beauté de la diversité culturelle, des différentes identités sexuelles et de genre, des différentes religions, etc., ça, ça sera toujours payant à long terme. 

***

Je rêve aussi d’un Québec où la politique ne se fait pas «un parti contre l’autre» ni «j’ai la bonne réponse et pas toi». Mais plutôt d’un Québec où les divergences politiques sont les bienvenues, parce que c’est ça le Québec. 

Parce que les divergences politiques (autant entre les partis politiques que dans la population) sont juste les manifestations des différentes opinions qui circulent au Québec.

Personnellement, ça me désole que d’après ce que l’on voit dans les médias, les partis à l’Assemblée nationale semblent trop souvent travailler les uns contre les autres pour bloquer les changements qui ne concordent pas avec «leur» projet de société.

Sauf que comment voulons-nous construire un Québec fort, fier, inclusif, à l’écoute et ouvert si l’on ne travaille pas ensemble, peu importe nos allégeances politiques et nos différences, pour faire un Québec le plus représentatif possible de tout le monde? 

De toute façon, faire un projet de société sans inclure cette société, c’est pas un peu ironique?

Travailler ensemble et faire des compromis n’implique pas que tout le monde doit être toujours d’accord, mais ça implique que tout le monde doit s’écouter, être ouvert et sensible aux réalités et aux craintes des autres. 

Parce que la politique d’aujourd’hui, c’est bien beau pour gouverner pendant 4 ans, sauf que c’est pas en changeant à tous les 4 ans de parti au pouvoir qu’on construit un projet de société. 

Une culture politique de compromis et de collaboration plutôt que de confrontation, c’est peut-être un rêve, mais c’est légitime d’y aspirer.

***

On m’a souvent dit que le Québec n’avait plus de penseur.e.s comme lors de la Révolution tranquille, pendant laquelle on osait rêver à un Québec meilleur et à sortir des sentiers battus pour aspirer à mieux… 

Peut-être que ce qu’il nous faut maintenant, c’est de tous s’écouter et de réfléchir ensemble? Peut-être que ce qu’il nous faut c’est de mettre notre ego de côté pour qu’on réalise qu’en fait, on a échoué à soutenir tous ceux et celles qui vivent au Québec? Et ensuite qu’on se retrousse les manches et qu’on ose créer un Québec à la hauteur de nos capacités pour que demain soit meilleur.

Sans réfléchir en fonction de la politique actuelle, je peux dire que je rêve d’un Québec qui se construit par ceux et celles qui osent changer et rêver… et non pas le contraire. 

***

C’est peut-être un texte utopiste pour certains et qui vient juste d’une étudiante de 22 ans, mais si rêver de tout ça, c’est être idéaliste, franchement on a du chemin à faire. 

Si on se contente en quelque sorte du statu quo, qu’à 22 ans on a le droit de rêver, mais que pour être ben honnête on a pas d’espoir que ça va se réaliser, il est où le Québec dont on rêve?

C’est bien beau dire que les jeunes c’est l’avenir, mais faudrait nous écouter. 

Oui, je suis fière d’être Québécoise, mais je refuse d’être fière d’un Québec qui se bâtit sans prendre en compte les réalités de tous ceux et celles qui veulent y vivre. 

Bref, bonne Fête nationale à tous les Québécois et les Québécoises, mais aussi à tous ceux et celles qui veulent la fêter ensemble. 

N’oubliez pas de laisser un commentaire au texte de Béatrice — pour lui donner le goût de répéter l’expérience!

Photo: Béatrice Baz-Laberge

8 commentaires

  1. Comme disait Falardeau: « Des Québécois, il y en a de toutes les «câlisses» de souches […] Moi, je suis de souche française. Y en a qui sont de souche irlandaise. Y en a qui sont de souche italienne. Y en a qui sont de souche africaine. Je ne veux pas savoir d’où tu viens, je veux savoir où on va ! ».

    Merci Béatrice pour ton billet. Je reconnais la trace du paternel, tout en découvrant une nouvelle identité que je souhaite lire à nouveau.

    Bonne poursuite! Et n’attends pas trop longtemps avant de publier à nouveau ;)

  2. Avec mes 42 ans, je rêve du même Québec que toi.

    J’aime beaucoup lorsque tu suggères mettre les égos de côté pour cocréer un Québec plus inclusif, en donc plus grand, ensemble.

    Ça demandera du courage politique, de ne pas tout contrôler, et il faudra en défricher des têtes garnies d’idées préconçues, mais après tout, nous avons un passé pour nous inspirer à aller vers un nouveau monde.

    Ça nous prend un mouvement, un fleuve de volontés partagées, pour y arriver.

  3. Très beau texte Béatrice. La jeunesse doit rêver et nous, les vieux (mais pas tant quand même…), devons vous laisser la place pour transformer ces rêves en réalité. C’est difficile dans les cercles de pouvoir politique mais il n’y a pas que ça. Les organisations de la société civile peuvent aussi être des vecteurs de changement, surtout en matière d’inclusion et de diversité. Trouve ta voie (parce que tu as clairement trouvé ta voix) et go, plonge sans peur!!

  4. Béatrice,
    Moi je rêve que tes petits enfants rendus adultes s’expriment sans gène en français avec tous les nouveaux arrivants; gouvernent leur politique environnementale et leurs frontières, diffusent leurs valeurs de laïcité, d’égalité et d’ouverture. Malheureusement, cette trajectoire est compromise par une volonté très clairement mise en œuvre pour faire disparaître la spécifié protectrice de notre petite nation nord-américaine.
    Je ne serai pas présent pour observer cette déconfiture, mais toi, oui!
    Sincerly!
    P.S. La dissolution d’une nation, c’est comme la disparition d’une espèce; c’est irréversible et une perte pour l’humanité toute entière. L’histoire montre que 90% des nations (et des langues) sont aujourd’hui disparues. Ce n’est pas exceptionnel, juste dommage!

  5. L’inclusion, valeur fondamentale, ne peut exister sans une autre, tout aussi fondamentale et qui la précède, la cohésion. En l’occurrence, la cohésion nationale.
    Si on applique ce raisonnement au Canada, – aux fins de discussion – l’inclusion et donc la cohésion contredisent le multiculturalisme, qui érige l’accueil comme valeur de base et non pas l’inclusion. L’accueil est bien mais ne conduit qu’à la ghettoïsation.
    Mais la valeur «inclusion» étant maintenant dominante, prisée, le multiculturalisme évolue en ce sens.
    Et si le Canada devient inclusif comme le souhaitent bien des gens, bien des jeunes surtout, dans 50 ans, la nation québécoise sera absorbée dans le tout canadien. C’est inéluctable. Les démographes le prédisent.
    Alors, inclusion oui, mais indépendance du Québec, oui aussi, nécessairement.
    Le nationalisme québécois éclairé débouche sur l’indépendance.
    Mais il faut se souvenir que l’indépendance sous-entend l’interdépendance.
    Continue à travailler pour un meilleur Québec, Béatrice. Et merci pour ton mot.
    Louis G.

  6. « Bref, je rêve d’un Québec qui mise sur l’éducation pour tous les enjeux de la société, et ce, même si c’est pas payant politiquement à l’intérieur d’un mandat de 4 ans et que ça nécessite de confronter son électorat.

    Parce qu’éduquer les gens à la beauté de la diversité culturelle, des différentes identités sexuelles et de genre, des différentes religions, etc., ça, ça sera toujours payant à long terme. »

    Ça me rassure de te lire, Béatrice. Et ça me redonne envie de rêver… J’espère que vous êtes nombreux de ta génération à penser comme ça.

    Hâte de te lire de nouveau!

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