
J’écris moins souvent ici, pour toutes sortes de raison. Mais j’aime le faire de temps à autre pour continuer à documenter le regard que je pose sur le contexte et l’état d’esprit qui l’accompagne. Pour m’offrir aussi l’occasion d’être interpellé sur tout ça, parce que je pense que ça peut aider à conserver une trajectoire cohérente.
C’est l’ampleur de la controverse autour du livre de Thélyson Orélien et une conversation que j’ai eue avec Nichèle Compartino, mairesse de Chibougamau, hier après-midi, qui m’amènent cette fois à publier ma réflexion.
Pas pour ajouter mon opinion à toutes celles qui ont été exprimées au cours des derniers jours au sujet C’était ça ou mourir.
Je veux plutôt noter qu’au terme de la semaine, on ne peut certainement plus affirmer que c’est parce que les médias sont saturés qu’on ne parle pas plus de certains sujets, comme les changements climatiques, par exemple.
On a clairement les moyens de mobiliser rapidement des ressources, de l’expertise, et du temps média pour parler d’un sujet — si on choisit de le faire. Ça me donne espoir!
Ça me donne espoir, dans la mesure où on réussi également à sortir d’une logique de pour et contre ou de tout ou rien quand on aborde un sujet, pour éviter que la conversation soit guidée par nos peurs.
Je comprends évidemment qu’on peut ressentir de la peur devant ce qui risque de transformer notre société. Parce que c’est susceptible de déranger nos habitudes. On a raison d’avoir peur de l’Intelligence artificielle ou de l’effet des changements climatiques — pour ne nommer que ces deux sujets là.
Mais Nichèle me disait, avec raison, que le problème n’est pas d’avoir peur, c’est de se laisser gouverner par cette peur.
Et je pense qu’il faut distinguer deux sortes de peur.
La peur devant une menace ou un danger perçu, à tort ou à raison.
Et la peur qu’on ressent devant un projet audacieux.
La première est paralysante. L’autre est une forme de vertige qui nous fait hésiter (« est-ce que je serai capable? ») mais qui peut plus facilement être surmontée, si on arrive à mobiliser un peu de courage.
Je me rappelle qu’il y a eu des périodes de notre histoire où on a eu plus de facilité à surmonter la peur qu’aujourd’hui. Il y a même eu des moments où on a cultivé le goût du vertige.
À certains moments on a cru que rien n’était à notre épreuve. Et que si on se retroussait collectivement le manches, on pouvait réussir même si ça n’avait jamais été fait nulle part ailleurs dans le monde. La nationalisation de l’électricité et la construction des premiers grands barrages en est un remarquable exemple.
Il me semble que c’est un de nos plus grands défis: retrouver cette attitude. Ça nous aidera à faire face aux enjeux soulevés par le développement de l’intelligence artificielle, et aux effets des changements climatiques, notamment.
Il faut qu’on identifie nos peurs pour ce qu’elles sont, qu’on (ré)apprenne à en parler comme des défis plutôt que des menaces et à trouver l’audace et le courage pour pouvoir les relever avec succès.
L’IA permet d’écrire un roman qui fait vivre des émotions réelles à des milliers de gens? Eh oui… ça relève maintenant du constat, que ça fasse notre affaire ou pas. La question est maintenant de savoir ce qu’on fait de ce constat? On se contente de parler des peurs que ça suscite? On déplore? On dénonce? Ou on choisit de faire porter nos débats sur les propositions et les projets concrets pour faire face à la situation?
Les effets des changements climatiques sont maintenants réels. Ils vont de plus en plus affecter notre qualité de vie. On continue à chercher des coupables? On se pointe du doigts les uns les autres? On apprend à vivre avec l’écoanxiété? Ou on fait porter nos débats sur les meilleures façons pour transformer nos villes dans le but de s’y s’adapter?
Je pense qu’il faut vraiment éviter de faire porter nos débats sur ce qui entretient notre peur. On doit plutôt donner la parole aux gens qui ont des propositions audacieuses à formuler, des propositions qui donnerons peut-être le vertige par leurs implications, mais qui nous sortiront de la paralysie.
Je choisis de voir la période actuelle de notre histoire, où de grandes peurs s’expriment, comme une période de tout aussi grandes opportunité. Je choisis (encore) l’optimisme.
Choisissons de transformer notre peur en vertige. Ce doux vertige qu’on ressent au moment de se lancer dans le vide, les mains bien accrochées à la tyrolienne avant de réaliser, presque aussitôt qu’on n’avait pas raison d’avoir peur… parce qu’on est déjà rendu de l’autre côté!
Pour faire face aux immenses défis qui nous attendent, la prudence ce n’est surtout pas de ne rien faire, c’est de se mettre en mouvement avec audace et de courage.
Ce n’est pas moi qui le dit, c’est René Lévesque:
« Il est un temps où le courage et l’audace tranquilles deviennent pour un peuple, aux moments clés de son existence, la seule forme de prudence convenable. »
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