Vestiges

Il y avait un escalier à cet endroit quand j’étais petit. Il n’y en a plus. Les marches ont été avalées par les racines.

Je me souviens encore de la première fois où j’ai réussi à prendre un élan assez grand pour passer par-dessus les quatre marches d’un coup avec mon BMX. Un moment de gloire! Il n’y avait malheureusement personne pour me voir, et on n’avait rien pour filmer nos exploits à cette époque… mais j’ai réussi. Je le jure!

La partie haute du sentier, asphaltée, est toujours là mais il n’y a presque plus personne qui passe par-là. Le gazon est en train de le faire disparaître à son tour.

Je pense que la seule raison d’emprunter ce sentier là maintenant, c’est aller faire un tour dans ses souvenirs.

La seule destination qu’il permet d’atteindre, c’est l’enfance.

Parc Sainte-Geneviève

Le pin

Dans le bas du parc Sainte-Geneviève il y a un vieux pin. Je suis pas mal sûr qu’il était déjà là quand j’allais jouer au terrain de jeu — à sept ou huit ans. C’est l’arbre que je préfère dans tout le parc.

Il est encore plus beau qu’à l’époque.

En perdant progressivement des branches, il s’est trouvé à révéler la trajectoire sinueuse qu’il a suivi jusqu’à aujourd’hui.

Une trajectoire qui témoigne des parties de cache-cache de plusieurs génération d’enfants, des cascades imprudentes des skateux, des jumps de BMX (je plaide coupable)… et de la recherche des balles après des coup de circuit, finalement tombées hors ligne.

C’est le gardien du parc — de mon parc.

Magique

Il faisait un temps absolument magnifique pour aller marcher tôt ce matin. Ciel d’un bleu impeccable, très forte humidité… il y avait de la magie dans l’air.

On pouvait même aisément imaginer des personnes qui attendaient l’autobus… là où il n’y en avait pas.

Près de l’église Sainte-Geneviève, des affiches annonçaient un tournage un peu plus tard aujourd’hui. Dans la paroisse où j’ai grandi? Eh ben! mais quoi donc?

— Un film avec des magiciens, sans doute!, que je me suis dit.

De retour à la maison, l’hypothèse semble vouloir se confirmer!

J’apprends dans Le Soleil que le tournage de La bataille de Farador commençait dimanche, à Québec, et qu’elle se poursuit dans les prochains jours.

Je ne peux pas être sûr que c’est ça (à moins d’y retourner ce midi?), mais il me semble que ça fitterait dans la magie du jour.

Mise à jour: Il s’agissait bien du tournage de La bataille de Farador. Preuves à l’appui:

Coïncidences

J’ai fait référence il y a quelques jours au village de Saint-Denis-de-la-Bouteillerie. J’y suis d’ailleurs retourné hier… parce qu’un projet est en train d’y prendre forme.

On a revu des amis samedi soir (merci le déconfinement!) et on a parlé de nos projets respectifs. Nous, celui de Saint-Denis, eux d’un projet qui m’a fait penser à une aventure éducative qui me fascine depuis des années et que je les ai invité à explorer: 826 Valencia.

Ce matin, une amie s’amuse en m’écrivant que Saint-Denis-de-la-Bouteillerie, c’est particulièrement parfait pour moi parce que plusieurs de mes réalisations ont commencé en lançant une bouteille à la mer.

Et ça m’a fait penser à cette bouteille qui est à côté de moi, dans mon espace de travail, depuis plusieurs années…

…une bouteille qui m’a été offerte par mon cousin…

…une bouteille achetée… en Californie… dans la boutique de 826 Valencia!

Vrai vrai!

Bambou

Il y a un charmant petit chat qui nous visite depuis une semaine.

Il est propre, très affectueux — pas peureux du tout! Il est absolument charmant avec ses grosses paluches (il a deux doigts de plus sur chaque patte avant). Il n’est pas affamé non plus, et surtout, il porte un collier et une médaille.

Sauf que le numéro sur sa médaille ne mène à rien.

Alors on a ajouté à son collier une petite capsule qui contient le message suivant:

Bonjour, votre chat est très sympathique. Il vient régulièrement rendre visite à nos deux chats. Nous l’avons surnommé Bambou mais nous aimerions connaître son vrai nom et savoir où il habite. Écrivez nous ou appelez-nous. [et nos coordonnées]

Ça fait trois jours que la capsule est là.

Et aucune nouvelle de ses propriétaires.

Pendant tout ce temps, Bambou revient nous voir plusieurs fois par jour. Et il prend de plus en plus ses aises sur le terrain…

J’ai encore vérifié hier après-midi si le contenu de la capsule avait changé… mais non… j’y ai seulement retrouvé mon message.

J’étais déçu… j’avais eu le temps de m’imaginer le début de longs échanges épistolaires avec une famille inconnue — une phrase à la fois, par livraison féline.

Le début d’un roman? Une énigme? Une succession d’alexandrins (ça rime avec félin!) — allez savoir?

Mais non. Rien.

En attendant, pauvre Bambou, il n’arrive plus à attraper les papillons parce que le contact de la capsule et de sa médaille provoque un petit tintement qui annonce tous ses mouvements…

Cette histoire n’en est sans doute pas encore à ses derniers rebondissements…

J’hésite encore

Il y a une corde qui est apparue il y a quelques jours à travers une haie de cèdres sur la rue Cherbourg. Ça fait trois fois que je passe devant et que j’hésite longuement.

Est-ce que je tire dessus ou pas?

Et qu’est-ce qui va arriver si je tire dessus?

Est-ce que cette corde a été mise là pour moi? Pour me tenter? Pour m’inviter à la réflexion?

Y a-t-il quelque chose à l’autre extrémité? Une porte? Une cloche? Un mécanisme étrange qui pourrait initier une réaction un chaîne?

J’imagine une grande nappe blanche tomber comme un parachute sur une longue table, des chaises se relever sous l’action de ficelles reliées à des poulies installées dans les arbres, un orgue de barbarie se faire soudainement entendre, des pétales multicolores virevolter sur l’ensemble et le propriétaire de la maison sortir, vêtu en majordome, avec un ensemble de coupes de champagnes sur un grand plateau d’argent. — Enfin, vous voilà!

Alors, la prochaine fois, je tire ou pas?

Lumière matinale

Quand je suis passé sur la rue Lavallée ce matin, le soleil effleurait la butte qui mène au Parc Saint-Geneviève.

C’était magnifique, les pissenlits avaient des allures de petits réverbères.

Un peu plus loin, une belle ombre a attiré mon attention.

Je ne réalise que maintenant que c’était l’ombre d’un cèdre projetée… sur un réverbère!

Y’a un réverbère tout au fond de moi

Qui éclaire chacun de mes pas

Ariane Moffat, Réverbère

Les choses éphémères

Je suis abonné à l’infolettre Bulletin.fr depuis sa création. C’est chaque fois un plaisir de recevoir cette dose d’optimisme et de curiosité.

J’ai reçu hier un hors-série appelé Le dico des mots extraordinaires. Dans la section Les mots de la nature, ce mot — ce texte:

🌸 Mono no aware 物の哀れ

Au Japon quand vient le printemps, les sakura, les célèbres cerisiers, commencent à fleurir. Les Japonais feront alors hanami : ils se réuniront sous les arbres pour pique-niquer et contempler les fleurs. Ces festivités sont empreintes de l’esprit du Mono no aware, un concept japonais mêlant esthétique et spiritualité, que l’on peut traduire ainsi : la douce mélancolie des choses éphémères.

Bulletin, Hors-série #2, 25 mai 2021

La douce mélancolie des choses éphémères: je pense que c’est un peu ça que j’essayais de décrire il y a quelques jours.

Apprendre à apprécier — mieux: à savourer — les choses éphémères. Ça m’est évidemment revenu à l’esprit ce matin en voyant la délicate tige de cœurs saignants qui m’attendait près de la porte au retour de ma courte promenade matinale.

Et que dire de cet oiseau, formé par le reflet du ciel et des arbres dans une flaque d’eau laissée par la pluie?

Temps et lieux

« Une phrase qui nous revient n’a jamais la même couleur qu’à sa naissance, comme une peau devient parchemin et finit en tambour. »

Amusante coïncidence: après avoir écrit le texte d’hier (Le temps et le lieu), je me suis souvenu que Roland Giguère avait publié un recueil de poésie intitulé Temps et lieux.

J’y suis retourné farfouiller un peu. Plusieurs beaux textes, somme toute assez sombres, comme l’ont malheureusement été ses dernières années.

On y trouve aussi, à la toute fin, un ensemble de sérigraphies que j’aime beaucoup — malheureusement reproduites en noir et blanc.

Cela m’a donné l’occasion de retourner voir les merveilleuses sérigraphies de Roland Giguère qui ont été numérisées en grand nombre par BAnQ — on peut les parcourir ici.

Ce matin, j’apprécie particulièrement celle-ci — qui fait un beau clin d’œil à nos activités de la fin de semaine:

Source: BAnQ numérique

Le temps et le lieu

Magnifique temps ce matin. Petit café. Le calme dans la cour. Les oiseaux qui s’éveillent. Les chats qui se prélassent au soleil. Et les myosotis qui envahissent élégamment le terrain.

Le myosotis est aussi appelé « ne m’oubliez pas » — Larry Hodgson raconte dans ce texte deux légendes qui expliqueraient l’origine de cette appellation populaire.

Le myosotis dans La Flore Laurentienne (version numérisée par BAnQ)

***

À la suggestion d’un ami, j’ai aussi pris le temps de regarder ce matin Le temps et le lieu, un film de Bernard Emond, tourné en 1999, à Saint-Denis-de-la-Bouteillerie (le film peut être regardé sur le site des Films du 3 Mars). Résumé:

En 1936, l’anthropologue américain Horace Miner passait un an dans le village de Saint-Denis de Kamouraska avec Agnès, sa jeune épouse, pour y observer la vie traditionnelle des cultivateurs canadiens-français. Plus tard, il publiait St.Denis, a French-Canadian Parish, un livre qui est devenu un classique de la sociologie au Québec.

Soixante ans après le séjour de Miner, un cinéaste marche sur les pas de l’anthropologue et cherche des traces de ce qu’il a vu.

Le Temps et le lieu, site de la Coop vidéo

On peut aussi consulter le livre de Miner sur le site des Classiques des sciences sociales.

Au sujet du chemin de la grève, où nous sommes allés à quelques reprises, Ana et moi (et où nous comptons bien retourner!), Miner écrit:

Cette « grève » jouit d’une certaine renommée dans la région et constitue un site de plein-air et de pique-nique apprécié. Une famille de Montréal et deux de Québec y ont leur chalet en permanence. Le sénateur de l’endroit y a son chalet d’été, un peu à l’écart des autres. À part lui, les paroissiens qui fréquentent la plage appartiennent en général à des familles de journaliers. Ils y vont pour se récréer, même si le curé désapprouve ouvertement cette conduite. Seuls les visiteurs de la ville vont se baigner et leurs maillots de bain indécents font scandale 1. La paroisse est contre la plage et méprise les paroissiens qui y fraternisent. Les commérages répandent des histoires de beuveries, d’arrestations et de visiteurs qui vivent avec les femmes des autres. Le curé s’élève en chaire contre les actes commis à la plage et menace d’employer la violence à l’endroit des magasins qui vendent de l’alcool en contrebande. La plage constitue pour le cultivateur son seul contact avec des modes de vie différents et les aspects indésirables que cela occasionne sont l’objet d’attaques continuelles.

Horace Minier, Saint-Denis un village québécois (1939), page 51 de l’édition pdf.

Mais pour revenir au film de Bernard Emond… je dois dire que j’ai particulièrement apprécié le témoignage de monsieur Martin, qu’on peut voir à 9:30. Je lui laisse d’ailleurs le mot de la fin:

Moi j’ai toujours aimé le beau (…) c’est effrayant ce que j’aimais le beau… les beaux champs, la belle musique, les belles fleurs (…) j’aimais le beau moi… Je ne sais pas ce que ça veut dire… je ne sais pas si c’est une mauvaise affaire d’aimer le beau. (rire)

Monsieur Martin, agriculteur à Saint-Denis
Monsieur Martin

La responsabilité des déchets

Cet article du Soleil montre bien le ridicule de la situation de la gestion des déchets au Canada et au Québec:

L’industrie du plastique intente une poursuite contre le gouvernement fédéral

Il me semble que le moment est venu de faire porter aux entreprises la pleine responsabilité des produits qu’ils mettent en circulation — c’est à dire jusqu’à la disposition de tous les déchets associés — y compris les emballages. Ce sont des coûts indirects que les entreprises devraient assumer complètement.

C’est aussi le moment aussi d’exiger que les produits qu’on achète soient plus facilement réparables, comme vient de le faire la France, selon ce qu’on apprend dans cet article de L’actualité:

Il nous faut un indice de réparabilité

Un pas à la fois

Ça fait déjà quelques semaines que j’ai revu la forme de mon blogue pour me permettre d’y écrire plus librement: parfois sans photos, des textes plus courts, des réflexions plus variées — voire de simples observations.

Mais je n’ai rien écrit de plus. Syndrome de la page blanche? Peut-être un peu… mais surtout, beaucoup, beaucoup de temps consacré à marcher, courir, profiter du grand air. Souvent tôt le matin.

Presque 15000 pas en moyenne en avril, encore un peu plus en mai — ça fait le plus grand bien!

Sauf que le temps consacré à la lecture et à l’écriture en souffrent évidemment un peu…

Les Laurentides, tôt le matin, du haut de la rue Cherbourg

Brasser nos façons de faire

Le primaire devrait ressembler à un camp de vacances perpétuel, avec plus de plein air, de contacts avec les choses essentielles et tangibles. Pour faciliter ce type d’enseignement, le calendrier scolaire pourrait être inversé: les grandes vacances l’hiver, quand les déplacements sont plus difficiles et que, comme la nature, on se mettrait en latence. Le printemps, l’été et l’automne ont des journées plus longues et des températures qui rendent l’enseignement en plein air réaliste.

Il faut oser brasser nos façons de faire, c’est ça une révolution!

Je dis cela en demeurant consciente que le changement ne se fait pas du jour au lendemain. (…)

J’ai confiance dans les générations futures, je suis du côté de l’espoir.

Élisabeth Cardin, Stoppons l’effritement de notre relation au territoire, dans Caribou.

L’art de (me faire) marcher

« La marche est une activité ambiguë et infiniment fertile: elle est en même temps un moyen et une fin, un voyage et une destination. »

La citation est de Rebecca Solnit, dans L’Art de marcher — un livre dont je ne connaissais pas l’existence avant d’en recevoir un exemplaire par la poste hier midi.

Le livre était accompagné d’une note de la libraire (la calligraphie me suggère le féminin), qui m’indique que le livre est un cadeau et qui est complétée par ces quelques mots, retranscrits par sa main:

« Un livre parcours pour tes pérégrinations d’écrivain! Joyeuse année 2021! Un lecteur. »

Rien d’autre!

J’ai pensé que la librairie d’origine pourrait m’offrir un indice: Papeterie des Hautes-Rivières, à Mont-Laurier… Mais non, parce que je sais que les membres de la coopératives des librairies indépendantes du Québec mettent leurs stocks en commun lorsque c’est nécessaire pour pouvoir répondre rapidement à une commande. Dans ces cas, c’est la librairie qui dispose d’un exemplaire qui fait l’envoi. Et selon ce que je peux voir sur le site des LIQ, c’était le seul exemplaire disponible dans tout le réseau, alors… je ne peux rien en conclure!

Mon hypothèse est qu’une des personnes qui a lu mon calendrier de l’avent marché — et peut-être, plus encore, cette histoire de paquet anonyme — veut ajouter au mystère.

…et nourrir du même coup ma réflexion en prévision du tour du monde à pied que je viens tout juste de commencer — à Uashat.

J’aime ça — j’aime vraiment beaucoup ça!

Merci cher lecteur, très grand merci!

« Ce sont les imprévus, les incidents inattendus entre les jalons officiels d’un parcours qui donnent son sens à la vie » (Rebecca Solnit)

Bricolages

Un ami m’a fait réaliser dans les derniers jours que quand j’ai quitté Facebook, j’ai aussi délaissé le compte Instagram (qui y était lié) et que je n’ai pas fait de suivi avec les gens qui me suivaient à cet endroit. L’ami avait perdu ma trace…

Je ne suis jamais revenu à Facebook (et je n’en ai toujours pas l’intention!), mais pour Instagram c’est différent. Je me suis rapidement créé un autre compte parce que c’est le meilleur moyen que j’ai trouvé pour nourrir mon imagination quotidiennement. Je suis surtout abonné à des comptes d’artistes et d’artisans (et quelques amis, évidemment). C’est un espace qui me fait du bien.

Malgré ça, j’avais un peu délaissé Instagram depuis quelques mois (manque de temps)… mais la famille m’a incité à m’y remettre dans le temps des Fêtes, et j’y (re)trouve le même plaisir. J’ai même recommencé à y publier quelques petites choses, des expérimentations très variées (et ça continuera de l’être!).

Je vois mon compte Instagram comme une sorte de babillard où je peux accrocher ce que je fais, qui m’inspire ou ce qui me plaît, sans aucune obligation de cohérence — aucune!

Si mon éclectisme vous intéresse: https://www.instagram.com/victorin_75/