Jours 19, 20, 21, 22, 23… et 24!

Le temps file — encore et encore. Les feuilles tombent. Les jours raccourcissent. Le climat politique est tendu. La pandémie continue. Mais on tient bon!

Semaine de débat présidentiel aux États-Unis. De vote aussi — beaucoup beaucoup de vote par anticipation, en particulier chez les jeunes. Signe positif pour une démocratie autrement bien malmenée. Signe d’espoir? Je reste optimiste pour le 3 novembre. 

Semaine de tension sur le front lexical aussi avec les débats provoqués par la réaction de certains étudiants au choix des mots utilisés par une professeure de l’université d’Ottawa.

Le débat m’a semblé bien mal engagé en début de semaine avec des excès de toute part. Mais en lisant les journaux aujourd’hui je me dis qu’il finit par prendre le bon bord: celui de la nuance et de l’humilité.

La nuance, comme nous y invite Boucar Diouf.

L’humilité, comme en fait preuve Patrick Lagacé, dans LE texte à lire aujourd’hui, à mon avis. 

Les textes sont très nombreux dans les journaux à ce sujet — avec des points de vue plus complémentaires que contradictoires. Ils nous offre de quoi réfléchir. Parce qu’il ne s’agit pas de se faire une idée sur le sujet, mais de cultiver une réflexion continue, individuelle et collective, sur tout ça. 

Pour s’engager dans une réflexion — avec une perspective réellement progressiste: pour faire advenir un progrès, réel.

Asséner des opinions ou condamner sans appel ne nous mènera à rien de bon, comme le décrit si bien Sarah Silverman

Finalement, je trouve que la semaine nous a permis de progresser, collectivement, sur cette question infiniment délicate. Je trouve ça encourageant.

Jours 17 et 18

Hier soir et ce matin j’ai lu L’Espèce fabulatrice, de Nancy Huston. 

Je me demande pourquoi je ne l’avais pas lu avant — tellement c’est une lecture essentielle!

Le livre explore le rôle fondamental du récit — et de la fiction — pour l’être humain. L’autrice explique comment notre identité est, en elle-même, un récit. Elle est le résultat de ce qu’on choisit de retenir de notre vie, de ce à quoi on a donné un sens.

C’est un livre sur l’importance du roman et de la lecture dans le développement de notre civilisation. L’importance de développer le plaisir de la lecture chez les enfants aussi, forcément.

Nancy Huston survole les raisons qui nous amènent à s’associer à des récits plus qu’à d’autres (histoire, religions, politiques, etc.), et comment les récits auxquels nous sommes confrontés influencent nos identités individuelle et collective.

C’est un livre très agréable à lire et qui jette un éclairage fascinant sur notre époque — et en particulier sur ces derniers mois/années, qui peuvent apparaître de plus en plus surréalistes. Il me semble plus pertinent encore qu’à sa publication, en 2008.

J’ai trouvé que l’Espèce fabulatrice amenait un éclairage fascinant sur:

  • Sur ce qui a pu aider Trump à accéder au pouvoir;
  • Sur la nature les mouvement conspirationnistes — aux États-Unis, mais au Québec aussi;
  • Et même sur les étranges convictions des flat earthers — par exemple.

C’est un livre qui aide à comprendre aussi pourquoi le discours scientifique, à lui seul, ne suffira pas pour susciter une mobilisation suffisante pour faire face aux changements climatiques — et pourquoi on aura absolument besoin des romanciers, et d’autres spécialistes du récit, pour y arriver.

C’est un livre profondément humaniste, que j’ai trouvé plein d’espoir.

Un livre important. Un livre qui fait du bien.

***

Évidents échos entre l’Espèce fabulatrice et les propos d’Andrian Rivierre auxquels je faisais échos il y a quelques jours

Aussi au Petit manuel de résistance contemporaire de Cyril Dion, lu il y a deux ans. La page Wikipédia consacrée à l’Espèce fabulatrice m’apprend d’ailleurs que le livre aurait fortement influencé la scénarisation du film Demain, qui m’a beaucoup marqué en 2015.

Ça m’a aussi ramené aux échanges auxquels avait donné lieu ma participation à une rencontre de Ciné-Psy, en rapport avec le film Qu’est-ce qu’on attend?, en 2018…

…et, plus largement au mouvement des villes en transition, initié par Rob Hopkins, qui a récemment publié l’excellent From What is to What if (en français: Et si…on libérait notre imagination pour créer le futur…).

Très inspirant tout ça! 

Jours 2 et 3

J’ai bien pris quelques notes hier, mais je n’ai pas eu le temps de les organiser. Et je me suis dit en fin de journée qu’un défi 28 jours qui a notamment pour objectif de cultiver un peu de sérénité dans un automne difficile ne devait pas devenir une source de stress. Alors voilà… avec quelques heures de retard… deux jours en un!

***

14h30 — Sonos Global pulse, Dance/Électro internationale

C’est le chaos aux États-Unis: le président est atteint de la covid, il est maintenant à l’hôpital et les informations qui en émergent sont pour le moins confuses. 

Je ne peux pas cacher que je suis fasciné par tout ça… et que je consacre probablement trop d’attention à l’affaire (mais en faisant la vaisselle, pourquoi pas?). Je sens c’est l’histoire qui s’écrit et (surtout) les conditions de l’Après qui sont en train de prendre forme.

L’avenir est peut-être en train de s’éclaircir. Je veux le croire.

Je cherche le positif dans tout ça, par-delà la dimension spectaculaire des événements, et toutes les intrigues qui les accompagnent.

Il me semble de plus en plus évident que la pandémie et la crise politique sont étroitement liées — liées par le mensonge, les contrevérités et la manipulation. Elles se nourrissent de l’ignorance et de la détresse d’une part croissante de la population (et pas qu’aux États-Unis). La pandémie oblige les manipulateurs à forcer la note encore plus qu’ils en avaient l’habitude — et ça leur explose soudainement au visage.

Je pense que la négligence avec laquelle on aborde la crise climatique depuis quelques années s’explique aussi en partie de la même façon. 

On arrive peut-être enfin au bout de tout ça. 

J’en viens à espérer que balancier va reprendre sa course dans l’autre direction dans les prochaines semaines, que la vérité va reprendre ses droits et que la morale va redevenir déterminante dans la conduite des affaires publiques. 

Et avec un peu de chance, l’invraisemblable fin de règne de Trump, servira de puissant symbole pour la société québécoise — et nous pourrons éviter de tomber dans le même piège au cours des prochaines années.

  • Éviter que trop de gens s’estiment laissés pour compte;
  • Éviter de laisser les inégalités s’accroître;
  • Éviter ne négliger l’éducation scientifique;
  • Éviter que nos partis politiques, de gauche comme de droite, sombrent dans le populisme.

Cet après-midi, je regarde par la fenêtre; j’écoute Le p’tit jardin de Manu Chao, et je me redis: 

Un jour à la fois: il faut tenir bon, voilà peut-être enfin la lumière au bout du tunnel… là-bas, encore loin, mais quand même!

Voyage

Il y a quelques mois j’ai visité la forêt amazonienne, dans la région de Miriti Parana, en Colombie. Tout près du parc national naturel Yaigojé Apaporis.

C’est du moins ce que me laissent croire mes notes personnelles.

DayOne me laisse explorer mes notes de toutes sortes de façons: par date, évidemment, par une recherche par mots, ou par le lieu où les notes ont été écrites — lorsque le GPS du iPhone a pu l’identifier.

Je peux ainsi survoler la carte du monde du bout des doigts, zoomer, et voir les endroits où j’ai pris des notes. Pays, villes, quartiers, rues…

C’est comme ça que j’ai découvert, avec étonnement, mon expédition colombienne du mois de février.

J’aurais peut-être noté ça dans mon sommeil? Si on prend une note pendant un rêve, est-ce qu’elle est inscrite à l’endroit sur la planète où le rêve se déroule?

Je me suis dit qu’il devait bien y avoir sur le Web quelques photos et vidéos de la région de Miriti Parana et de la rivière Apaporis, et que ça m’aiderait à faire remonter des souvenirs à ma mémoire…

J’ai vu de superbes images. Des vidéos fascinantes. J’ai découvert des insectes et des fleurs magnifiques, J’ai vu des gens qui ont une vie bien différente de la mienne. J’ai appris que la rivière Apaporis est encore plus longue que le fleuve Saint-Laurent. Je me suis rappelé le défi que posent les changements climatiques.

Mais pas de souvenirs de mon voyage.

C’est pourtant bien écrit: note prise le 17 février à 0h00, au point géographique 0.0000000, -71.3119202 alors que vous écoutiez Pulperie, de Dany Placard.

J’aurais pris cette note directement sur l’équateur? Précisément à la longitude de Québec? C’est un peu louche. Comme si mon téléphone était tombé sur la carte, en ligne droite, directement sur l’équateur.

Je sais que c’est peut-être seulement une erreur. J’aime mieux faire d’autres hypothèses, mais ça reste possible. D’autant que la note que j’ai prise ce jour-là est particulièrement laconique:

Journée sans histoire: travail à la maison.

Ce qui est fantastique c’est que erreur ou pas, je l’aurai bel et bien fait ce voyage, virtuellement: aujourd’hui, le 5 juillet 2020.

***

Ce texte est le sixième d’une série de textes pour lesquels je m’inspire des notes que je prends quotidiennement depuis maintenant plusieurs années.

C’est aussi le huitième texte de mon défi #100daystooffload.

D’une Hillary à l’autre

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Au cours des derniers jours Ana et moi avons regardé la mini-série Hillary.

J’en ai appris beaucoup sur la jeunesse d’Hillary Rodham Clinton, sur ses premiers engagements et sur ce qui l’a progressivement amenée dans l’univers de la politique partisane avec le Parti Démocrate.

La série est très bien faite. Et il n’y a aucun doute: Hillary Rodham Clinton est une femme exceptionnelle. Son parcours est vraiment fascinant. Et le résultat de tout ce parcours est terriblement frustrant. Heureusement, l’ensemble reste inspirant.

À plusieurs moments sans la série, le jugement qui est posé sur Hillary, la femme politique, m’a fait penser à celui que j’ai entendu — trop souvent — au sujet de Pauline Marois en campagne électorale. Un insupportable double standard, qui va devoir cesser si on veut contribuer à progresser comme société.

J’ai d’ailleurs très hâte de lire la biographie de Pauline Marois. Le livre devait être publié ce printemps, mais le lancement a été reporté à l’automne, conséquence de la pandémie.

Et pour revenir sur Hillary, je découvre ce soir dans le New Yorker qu’une biographique fictive à son sujet sera publiée cette semaine. L’histoire a pour titre Rodham et décrit un monde où Hillary se serait séparé de Bill Clinton après ses études en droit au lieu de le marier. Elle poursuit ainsi un parcours bien différent jusqu’à sa candidature à l’élection présidentielle de 2016.

Je pense qu’on peut dire que c’est une uchronie — un mot que j’ai appris en fin de semaine dans une série de textes du Journal de Québec sur les 40 ans du référendum de 1980.

Revisiter le passé. S’amuser à réécrire l’histoire. Faire l’exercice d’imaginer un avenir différent — plus stimulant.

Je pense que c’est aussi un peu pour ça aussi qu’on célèbre la Journée nationale des Patriotes. C’est ce sens-là que je vais lui donner en tous cas —  cette année aussi.

On en a bien besoin par les temps qui courent!

Culture: pourquoi c’est gratuit?

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Le Devoir nous apprend aujourd’hui que l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) s’inquiète de la gratuité des produits culturels qui s’est répandue pendant la pandémie.  

L’OMPI souligne qu’il n’y avaient pourtant pas de problème d’accès aux contenus culturels, qui sont déjà largement présents en ligne et se demande alors pourquoi avoir produit autant de nouveaux contenus et presque tout balancé gratuitement sur le web.

Je pense que c’est une occasion de réaliser tout le travail qu’il reste à faire pour permettre aux différents secteurs culturels d’entrer dans l’ère numérique. On a bien sûr fait quelques pas — mais assurément pas encore les pas les plus déterminants, qui sont plus que jamais nécessaires. 

Il y a encore trop de monde qui n’ont pas compris qu’il ne s’agit plus de faire « des projets culturels numériques » mais bien de planifier une transformation en profondeur des modèles économiques dans le domaine de la culture — parce qu’il est devenu indispensable de tenir compte de la transformation des pratiques culturelles… qui sont là pour rester, pandémie ou non.

Mais pourquoi donc nous sommes nous retrouvés à devoir produire autant de nouveaux contenus pendant la crise et à les offrir gratuitement?

C’est surtout parce que nous avons depuis plusieurs années confié la promotion de la culture à de grandes entreprises internationales, essentiellement, dont le modèle d’affaire est basé sur la gratuité et la mise en valeur de la nouveauté. On a fait ça parce que c’était plus simple et que ça nous évitait de se poser un paquet de questions difficiles — mais ce sont ces questions qui nous rattrapent aujourd’hui. 

Pour exister sur Facebook (et bien d’autres médias sociaux) il faut sans cesse faire du nouveau… et le donner. C’est le prix à payer pour être mis en valeur par les algorithmes de recommandation et donc pour être vus. Pendant qu’on donne nos créations, Facebook s’enrichit en vendant de la pub et en construisant des profils de consommateurs, qu’il revend allègrement.

On a bien sûr numérisé beaucoup de contenus culturels et on a aussi produit beaucoup de contenus inédits — qui ont été mis en ligne sur les sites web de nos différentes organisations culturelles. Et il fallait le faire!

Mais comme on s’est trop souvent contenté d’en faire la promotion sur Facebook, à mesure que le temps passe tous ces contenus deviennent de moins en moins visibles, difficiles à trouver, jusqu’à être oubliés. Conséquence: beaucoup d’argent investi pour bien peu de résultats.

C’est comme ça qu’on se retrouve trop souvent dans une situation où les contenus culturels sont brièvement très visibles mais ne génèrent aucun revenu pour les créateurs, ou encore ils sont commercialisé de façon équitable pour les créateurs mais pratiquement invisibles.

Ce n’est pas une fatalité. C’est le résultat de nos choix.

Pour que le milieu culturel ne soit plus aussi désemparé qu’il ne l’est actuellement, il va falloir assurer une meilleure découvrabilité aux contenus culturels québécois et mettre en place des mécanismes de commercialisation adaptés aux pratiques de consommation actuelle.

Ça veut dire quoi la découvrabilité? Ça veut dire permettre à quelqu’un qui cherche une expérience culturelle (musique, lecture, cinéma, etc.) qui correspond à ses goûts de pouvoir la trouver facilement — et pouvoir se la procurer instantanément, simplement et pour un coût raisonnable. 

  • Je cherche un film québécois joyeux sur le sport…
  • Je cherche un roman policier qui se passe à Montréal, sa couverture est rouge…
  • Je cherche un livre pour enfants sur les dragons…
  • Je veux écouter des chansons québécoises sur le printemps… 
  • Je veux voir un spectacle de théâtre mis en scène par Anne-Marie Olivier…
  • J’aimerais assister à un spectacle de danse à Québec la fin de semaine prochaine…
  • Je veux voir une exposition sur le design québécois…

Assurer une bonne découvrabilité aux contenus culturels ça suppose d’abord de très bien comprendre comment les gens font des recherches sur le Web. Ça implique aussi de décrire les contenus culturels de façon adéquate (c’est un savoir-faire essentiel dans un monde numérique). 

Tout cela n’est plus un luxe, c’est devenu une absolue nécessité. 

Il y a heureusement déjà des chantiers à ce sujet (dont une mesure du Plan Culturel numérique du Québec, que j’ai le plaisir de coordonner) — mais la crise actuelle révèle à quel point il faudra aller plus vite et plus loin dans cette direction. On veut réussir à (ré)inventer des modèles économiques soutenables pour la culture — et pour les créateurs — dans un environnement qui sera de plus en plus numérique.  

Il ne suffit plus de soutenir les modèles économiques actuels pour faire face (résister) au numérique. Il va falloir transformer en profondeur les modèles économiques de nombreux organismes et entreprises culturelles pour réussir à tirer profit du numérique. Il faudra aussi aider les Québécoises et les Québécois à changer certaines de leurs pratiques en conséquence. 

Ce ne sera pas facile. Personne ne sait vraiment comment faire. Mais il va falloir passer par là, ensemble — avec une grande solidarité.

Changer de paradigmes

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Retour sur mon texte d’hier, à partir de quelques-unes des réactions qu’il a suscitées.

La Révolution tranquille est terminée depuis longtemps, bien sûr. Le moment où elle s’est terminée m’importe peu. La réflexion que je partageais part seulement du constat que nos grandes institutions sont le leg de cette étape déterminante de l’histoire du Québec — et que la crise actuelle met cruellement en lumière leur essoufflement.

Plusieurs leviers essentiels de notre développement collectif ont manifestement mal vieilli — en éducation et en santé, particulièrement. On voit bien qu’ils ont du mal à jouer leur rôle dans le contexte actuel, au point qu’il ne suffira probablement pas de les patcher, il faudra les transformer en profondeur.

Il faudra pour cela retrouver l’état d’esprit qui a permis la révolution tranquille: oser inventer, sortir des sentier battus, se faire confiance devant l’inédit.

En réagissant à mon texte, mon père me disait:

« Nos politiciens du début des années 1960 ont voulu répondre aux besoins de l’époque en sortant d’un système épuisé. Les intentions étaient bonnes, sans aucun doute, mais on n’a pas tenu compte du fait qu’une société est toujours en évolution et qu’elle doit continuellement inventer et/ou suivre cette évolution… »

Je trouve qu’il soulève quelque chose d’important: la société change plus rapidement que jamais — et cela ne va pas ralentir — il faut donc qu’on se dote d’institutions qui seront capables d’évoluer continuellement, avec agilité.

Mario Asselin m’a aussi ramené à l’esprit ce texte que j’avais écrit en 2008: L’utopique (mais pourtant nécessaire) cité éducative. Et tout particulièrement ce passage:

« Il faut accepter de réfléchir sur les questions d’éducation autrement. Il faut accepter de remettre en question le paradigme fondateur de l’école contemporaine: 100% des élèves à l’école, en présence d’un prof 100% du temps. »

On est peut-être rendus à un moment où il faudrait identifier les paradigmes sur lesquels s’appuient les institutions dont nous avons hérité de la Révolution tranquille, dans tous les domaines.

Pour en être conscients d’abord, mais aussi pour les remettre en question, les mettre à jour ou les remplacer par d’autres.

Pour reprendre l’exemple de l’éducation:

Est-ce que c’est en s’assurant que 100% des enfants sont 100% du temps en présence physique d’un enseignant qu’on sert le mieux l’apprentissage? De tous les styles et difficultés d’apprentissage? Dans tous les types de milieux? Et au prix de se trouver complètement démunis devant une crise sanitaire comme celle que nous traversons actuellement?

Si on répond non à cette question, on ne pourra pas se contenter de chercher des ajustement au système scolaire actuel. Il va falloir envisager une très profonde transformation.

En ce qui me concerne, on est rendu là. 

En éducation, assurément, et dans plusieurs autres domaines aussi…

Idées pour la suite — 7

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À la suite de ce texte, je poursuis ma réflexion à voix haute pour brasser quelques idées, pour essayer d’esquisser des propositions concrètes qui pourraient contribuer à mettre le Québec sur la piste d’une transformation positive au sortir de la pandémie.

Aujourd’hui: développer une vraie culture éducative numérique

Les écoles primaires et secondaires du Québec sont fermées depuis le 16 mars. Les élèves et les profs sont à la maison. C’est un euphémisme de dire que le système scolaire québécois n’était pas prêt à ça. C’en est gênant.

Ça a pris beaucoup de temps à réaliser ce que cette pause scolaire signifierait et à se r’virer de bord pour les profs les plus débrouillards. Le ministère de l’Éducation a ensuite demandé que les profs communiquent avec les élèves au moins une fois par semaine — mais tout ça est resté bien inégal entre les milieux. Le ministère a ensuite envoyé des suggestions et du matériel rudimentaire aux élèves et Télé-Québec a été appelé en renfort pour produire des émissions éducatives. L’éducation en mode broadcast — encore. C’est mieux que rien, bien sûr… mais après 25 ans de développement du Web? Vraiment?

Je m’étonne que presque tout ça demeure dans une perspective de reproduire l’expérience de la classe physique. Même la remarquable expérience de Marie-Ève Lévesque s’inscrit dans cette perspective.

Je propose qu’on profite des prochains mois pour entreprendre une grande transformation culturelle dans les écoles québécoise. On doit profiter du contexte actuel pour intégrer à nos pratiques les fondements de la culture numérique.

La culture numérique n’est pas une affaire de gadget, c’est une d’état d’esprit, une façon d’agir, de collaborer, d’entrer en relation les uns avec les autres.

C’est anormal qu’après tous les investissements qu’on a fait depuis 25 ans (et plus) dans «l’informatisation» des écoles on soit aussi mal pris devant une situation comme celle à laquelle nous sommes confrontée.

Ce n’est manifestement pas un problème technologique puisque la très grande majorité des enseignants et des élèves disposent d’ordinateurs et d’accès internet qui leur permettrait de poursuivre des activités éducatives à distance (il faudra bien sûr trouver des solutions pour les autres, mais c’est un problème distinct).

Sauf que pour que les équipements informatiques (publics et privés) soient mobilisés efficacement à des fins éducatives, il faudra d’abord pouvoir répondre à des questions comme celles-ci:

Faut-il vraiment que le prof s’adresse simultanément à tous ses élèves? Faut-il même qu’ils soient regroupés au moment où il interagit avec eux?

Comment peut-on tirer profit de la possibilité que les élèves communiquent entre-eux et fassent appel à des ressources externes à la classe (au lieu d’essayer de les empêcher de le faire, comme on le fait encore très souvent)?

Est-ce qu’il y aurait des tâches qui pourraient être mutualisées entre les profs pour gagner du temps, qui pourrait être mieux utilisé dans l’accompagnement des élèves?

Or, ces questions sont taboues depuis trop longtemps, pour toutes sortes de raisons. dans de nombreux milieux — et à plus forte raison au plan institutionnel. Et cela n’est malheureusement pas toujours guidé par l’intérêt des élèves.

***

Quand les élèves pourront être de retour en classe, est-ce qu’on se contentera de dire «ouf, on est passé à travers» avant de reprendre les pratiques antérieures comme si de rien n’était? Ou oserons-nous bâtir sur les possibilités que nous aurons découvertes pendant la crise? Comme des façons de répondre autrement à certains des besoins éducatifs?

Je propose un chantier, qui se déroulerait dans chaque école, dans le cadre duquel les enseignants et le personnel d’accompagnement, les parents et les élèves auraient à repenser les services éducatifs. Ce pourrait être la priorité à partir de maintenant et jusqu’à la prochaine rentrée — qu’elle se fasse en classe ou pas.

Comment on peut apprendre de la crise actuelle? Comment les échanges par courriel, par téléphone, les échanges de documents, le travail réalisé à la maison et la collaboration entre les profs peut se poursuivre par exemple? Comment cela pourrait permettre de répondre plus efficacement aux besoins de certains types d’élèves?

Comment le ministère de l’Éducation pourrait lever des obstacles à ces changements, à court terme, d’abord?

***

Le numérique n’est pas qu’une alternative à l’enseignement en classe. C’est surtout un monde de possibilités complémentaires qu’on voit plus clairement que jamais.

Maintenant qu’une majorité de profs, de parents et d’enfants sont familiers avec la visioconférence, comment on fait pour que ce soit plus qu’un substitut à la classe? Comment on pourrait s’en servir pour faire intervenir des ressources additionnelles dans la classe? Ou en marge de la classe?

Maintenant qu’encore plus de profs se sont familiarisés avec la production vidéo, pourrait-on imaginer que dans une école (une commission scolaire, voire dans le Québec entier) un prof produise des présentations éducatives qui serviraient à plusieurs profs — et que le temps sauvé par ces profs serve à autre chose?

Maintenant qu’encore plus de profs ont découvert une foule de ressources éducatives de qualité produites hors du système scolaire, comment on pourrait interpeller les musées, par exemples, et pourquoi pas les entreprises, pour contribuer encore plus efficacement aux processus éducatifs?

Maintenant qu’encore plus de profs ont découvert qu’il existait beaucoup d’outils collaboratifs disponibles gratuitement sur le Web — et qui sont facilement utilisables dans un contexte éducatif, est-ce qu’on pourrait encourager plus vigoureusement les profs qui innovent avec ces outils et les inviter à partager leurs apprentissages avec leurs collègues au lieu de leur mettre des bâtons dans les roues?

Et, bien sûr, les réponses à ces questions ne seront pas les mêmes dans tous les milieux — ça fait partie du défi: ancrer les pratiques pédagogiques dans la réalité de chaque milieux.

Dans tous les domaines, la culture numérique encourage à plus de collaboration, à respecter les rythme de chacun, à délocaliser les activités, à favoriser la réutilisation du travail des uns et des autres, à encourager l’innovation, à accorder le droit à l’erreur, parce que c’est une partie intégrante de l’apprentissage et de l’innovation.

Ils faut arrêter de dire que ça ne se fait pas parce que les profs n’ont pas eu de formation préalable. Ça va se passer uniquement quand on va énoncer clairement que cette transformation est une priorité, quand on va valoriser la prise d’initiative, donner le droit à l’erreur, créer un contexte pour que les profs apprennent les uns des autres.

C’est une transformation qui est déjà en cours dans tous les milieux et qui doit très nettement s’accélérer dans les écoles.

Je propose donc que ce changement de culture devienne dès maintenant une top priorité du système scolaire — et tout particulièrement d’ici la rentrée de septembre, dont on ne peut même pas être absolument certain qu’elle pourra se faire en classe.

Les pionniers du numérique dans chaque école devraient d’ailleurs être immédiatement mobilisés pour agir comme leaders dans cette (plus que jamais) nécessaire révolution pédagogique et organisationnelle.

Photo: Une oeuvre de Geneviève DeCelles, vue à la Galerie l’Espace contemporain, à Québec, en novembre 2011.

Idées pour la suite — 6

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À la suite de ce texte, je poursuis ma réflexion à voix haute pour brasser quelques idées, pour essayer d’esquisser des propositions concrètes qui pourraient contribuer à mettre le Québec sur la piste d’une transformation positive au sortir de la pandémie.

Aujourd’hui: Remplacer l’anachronique PIB

Si on veut que le Québec change, il va falloir y travailler: se mettre d’accord sur des constats, se donner des objectifs, faire des choix et se retrousser les manches. Je me réjouis en voyant que des réflexions et des propositions se multiplient dans ce sens. Comme celles formulées cette semaine par un regroupement d’une quinzaine d’organismes, que François Bourque a résumé dans un article récent.

Tous ne souhaiteront vraisemblablement pas transformer le Québec de la même façon au sortir de cette crise, ni au même rythme. Ce sera le terrain de la politique — et tant mieux si cela revigore nos débats démocratiques…

Mais dans tous les cas, et quels que soient les objectifs qu’on se donnera, si on veut pouvoir en suivre la réalisation, être en mesure évaluer l’efficacité de nos choix, de nos actions et de nos investissements, nous aurons besoins d’indicateurs adéquats.

Or, s’il y a quelque chose qui apparaît de plus en plus clairement depuis quelques années, c’est que le sacro-saint Produit Intérieur Brut (PIB), est une mesure insuffisante, qui est devenue complètement anachronique.

La croissance de l’économie, sans distinction de la nature de l’activité économique qui est mesurée, c’est inadéquat — et d’avoir gardé ça comme principal indicateur depuis si longtemps n’est pas étranger aux défis auxquels on fait face actuellement au plan sanitaire et environnemental.

On ne devrait pas mesurer notre succès uniquement sur la dimension économique, mais même au plan strictement économique, ce n’est pas vrai qu’on veut que tout croisse de la même façon. Un PIB qui croit parce que les secteurs polluants augmentent et qui masque une atrophie des secteurs plus écologiques ne veut pas dire la même chose sur l’état de la société que l’inverse.  Et ce n’est qu’un exemple.

Il y a déjà des initiatives intéressantes sur lesquelles on pourra s’appuyer. Le cas de la Nouvelle-Zélande (voir ce texte) et de l’Écosse (voir ce discours de Nicola Sturgeon), par exemple. Il y a aussi la proposition du Triple Bottom Lines d’Alternativet, un parti politique danois (qui m’inspire beaucoup!) et ses trois catégories (économique, environnementale et sociale) regroupant 18 indicateurs (si le sujet vous intéresse il faut vraiment lire ce document). Plus récemment, un groupe de 170 professeurs des Pays-Bas propose aussi d’aller dans ce sens et cela trouve un grand écho dans la population (résumé en anglais dans cette série de tweets).

Je trouve que le Québec est très en retard sur cette réflexion et qu’on devrait s’en faire rapidement un chantier national: définir les indicateurs en vertu desquels on souhaite évaluer l’évolution du Québec après la crise.

Il faut repenser les indicateurs économiques qui guident nos choix. De façon urgente.

Exit le PIB — on mérite mieux.

Nous avons besoin d’un ensemble d’indicateurs qui rendra compte de nos priorités, qui guidera plus adéquatement les débats politiques, et qui permettra à la population d’y voir plus clair. Des indicateurs sur lesquels on pourra s’appuyer pour les pourquoi et les parce que.

Ça devrait être une priorité dès que le gouvernement sera sorti de la gestion de crise.

De mon point de vue, on pourrait commencer par regarder du côté des 18 indicateurs de Alternativet.dk pour inspirer notre réflexion,

Idées pour la suite — 5

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À la suite de ce texte, je poursuis ma réflexion à voix haute pour brasser quelques idées, pour essayer d’esquisser des propositions concrètes qui pourraient contribuer à mettre le Québec sur la piste d’une transformation positive au sortir de la pandémie.

Aujourd’hui: valoriser le parce que et le pourquoi

J’ai eu le plaisir d’une visioconférence avec cinq amis ce matin: Bruno, Patrick, Sylvain, Sébastien et Carl. On s’est donné des nouvelles — Montréal, Québec, Provence — et on a longuement jasé du contexte: nos perceptions sur les constats, les leçons qui commencent à émerger, ce qu’il y a à retenir, les tendances à observer, les réflexions à poursuivre. Un très bel échange, à la fois agréable et stimulant.

On a notamment fait référence à ce texte de Pierre-Henri Tavoillot — en particulier à cet extrait que j’avais cité sur Twitter quelques heures plus tôt:

« Il faut plutôt promouvoir ce que cette crise va nous permettre d’améliorer plutôt que passer notre temps à détester ce que nous sommes. »

Et je retiens de cette partie de notre échange une intervention de Sylvain: « il n’y aura pas d’après… parlons plutôt de la suite ». J’adopte ça — d’où le changement dans le titre de ma série de textes.

***

Ma proposition d’aujourd’hui porte sur la nature de nos débats. On salue depuis plusieurs semaines le fait que la partisanerie a été mise de côté pour aider le gouvernement à passer au travers de la crise. Les élu.e.s ne font qu’un, a-t-il été dit: «on est tous dans la même équipe».

C’est vrai, et c’est louable — mais personne ne se fait d’illusion, ça ne pourra pas durer. Et c’est bien correct comme ça. Une fois sortis de la crise, il faudra que l’action du gouvernement recommence à être critiquée, soumise aux questions, mise en comparaison avec d’autres approches, d’autres façons de voir les choses. Et c’est sain qu’il en soit ainsi.

Mais je pense qu’il y a plus que ça. Il y a aussi la manière de faire du gouvernement, et celle de l’opposition. On peut faire mieux que ce qu’on faisait au cours des dernières années — avec souvent de vains tiraillages.

Je propose pour cela qu’on valorise le « parce que » et le « pourquoi ».

Ça m’a frappé à quelques reprises au cours des derniers jours: confronté à des questions difficiles, François Legault a quelques fois eu le réflexe d’expliquer le dilemme dans lequel son gouvernement se trouvait. Exemple:

Journaliste: Est-ce qu’il n’aurait pas été mieux de faire ceci plutôt que cela?

François Legault: C’est une question qu’on se pose tous les jours. Il faut comprendre qu’on ne peut pas faire les deux. On doit choisir. D’un côté, on peut faire ceci, mais ça veut dire qu’on ne pourra pas faire cela. Et si on fait l’inverse, on ne pourra pas faire cela. Il faut chercher un équilibre. Il faut prioriser quelque chose. Pour le moment on a choisi de faire ça parce que…

Parce que.

Expliquer. Expliquer simplement le choix auquel un dirigeant est confronté. En faisant confiance à l’intelligence des gens qui écoutent, parce qu’ils peuvent comprendre que parfois, on ne peut pas faire A et B à la fois. Parce que c’est comme ça dans la vie et que les citoyens le savent.

On peut être d’accord ou pas avec François Legault, mais on sait ainsi qu’il a pris le temps d’y réfléchir, qu’il a dû peser le pour et le contre, arbitrer en fonction des valeurs qui le guident, et prendre une décision.

Je propose qu’il en soit ainsi tout le temps. Pas juste en temps de crise.

Je propose que quand il annonce une décision, de toute nature — une annonce économique, par exemple — les ministres nous expliquent simplement, en utilisant un simple « parce que », la raison qui les a amenés à investir dans cela plutôt que de le faire dans autre chose.

Je propose que ce soit ainsi également pour les élu.e.s de l’opposition. C’est ok de critiquer le gouvernement, mais il faudrait aussi prendre le temps d’expliquer, simplement, avec un simple « parce que », ce qui les amènerait, eux, à prendre une décision différente — en fonction de quel raisonnement, en vertu de quels principes ou de quelles valeurs?

Et pour que cela soit possible, je propose aussi que les journalistes et l’opposition adoptent plus souvent des questions commençant par « Pourquoi… », plutôt que par « est-ce que…» — cela invitera plus facilement des réponses en forme de « parce que » et qui seront beaucoup plus riches pour le débat public.

Si tout le monde faisait un peu plus souvent usage des « pourquoi » et des « parce que », on laisserait probablement pas mal moins de place à la langue de bois, nos débats seraient plus vigoureux, plus riches — et on donnerait l’occasion à nos femmes et nos hommes politiques d’être beaucoup plus authentiques.

Cela rendrait bien mieux compte, aussi, de la difficulté de l’exercice du pouvoir, qui est fait d’une continuelle succession de dilemmes et de choix difficiles — où les principes prennent tout leur sens au moment où ils sont confrontés à la réalité.

Pourquoi?

Parce que…

Idées pour l’après — 4

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À la suite de ce texte, je poursuis ma réflexion à voix haute pour brasser quelques idées, pour essayer d’esquisser des propositions concrètes qui pourraient contribuer à mettre le Québec sur la piste d’une transformation positive au sortir de la pandémie.

Aujourd’hui: plus de démocratie, pas moins!

Les dernières semaines nous ont bien montré que notre société reste fragile. Un virus suffit pour tout bouleverser. 

Cela nous a aussi donné l’occasion de (re)prendre conscience de l’importance de nos institutions, et tout particulièrement de notre filet social: assurance maladie, assurance chômage, etc. Une meilleure conscience de l’importance d’avoir un État qui fonctionne aussi: capable d’agir efficacement, de coordonner les actions partout sur le territoire, et de distribuer rapidement l’aide financière promise, etc.

Tout ça, on le doit à notre démocratie. Il est essentiel de garder ça à l’esprit.

Parallèlement, il y a de nombreuses entreprises qui nous font déjà miroiter des façons beaucoup moins démocratiques pour faire face à la crise: appropriation des données personnelles de nos téléphones, filature des citoyens susceptibles d’être porteurs du virus, utilisation précipitée de l’intelligence artificielle pour guider les décisions — sans réflexions éthiques suffisantes, débats publics et acceptabilité sociale préalables. Ces entreprises nous proposent (encore) de troquer un peu de liberté en échange de la promesse (sans aucune garantie) d’un peu plus de sécurité.

Je propose que nous prenions rapidement, et clairement, la voie inverse en misant plutôt sur un renforcement de notre démocratie — en la rendant encore plus dynamique. 

On pourrait par exemple commencer par transformer le rôle directeur général des élections. Après tout, la démocratie ce n’est pas seulement des élections une fois tous les quatre ans.  Remplaçons le par un poste plus large de Responsable de la démocratie.

La (ou le) Responsable de la démocratie, qui relèverait toujours directement de l’Assemblée nationale, devrait avoir comme mandat de mettre en place une plateforme de communication entre les citoyen.ne.s et les élu.e.s — de tous les niveaux de représentations: en commençant par les élu.e.s municipaux et les élu.e.s à l’Assemblée nationale. 

Cette plateforme (web et application pour téléphones numériques) viserait d’abord et avant tout à optimiser les échanges entre les élu.e.s et les citoyen.ne.s qu’ils représentent. Dans les deux directions. De façon simple et adaptée à la réalité de tous les citoyens (âge, langue parlée, handicaps, etc.). 

Cette plateforme devrait permettre aux élu.e.s de communiquer simplement avec l’ensemble des citoyens. Et pas seulement pour leur diffuser de l’information, mais  pour être en mesure de les questionner, solliciter leurs suggestions, etc., le plus régulièrement possible. 

Elle devrait, de la même façon, permettre aux citoyen.ne.s de communiquer facilement avec les personnes qui les représentent, de leur propre initiative, ou pour répondre à des questions ou des sollicitations de leurs part.

La Responsable de la démocratie aurait pour rôle de stimuler l’intensité de ces échanges, de faire connaître les pratiques exemplaires, de rappeler aux élu.e.s leur responsabilité de garder un contact dynamique et constant avec les citoyen.ne.s qu’ils et elles représentent.

Cette plateforme devrait éventuellement aussi permettre aussi la tenue d’un vote électronique officiel. Parce qu’on sait maintenant que ça pourrait devenir nécessaire. Imaginez si on avait été en élection ce printemps… Voyez les dangers qui guettent les États-Unis en pleine année électorale… 

Il apparaît plus évident que jamais qu’il faut dès maintenant se préparer à pouvoir assurer un fonctionnement adéquat de la démocratie dans toutes les circonstances. 

Bien sûr que cette proposition soulève des questions: sur le fonctionnement d’une telle plateforme, sur la responsabilité de ses opérations (qui devrait elle-même forcément aussi faire l’objet d’une étroite surveillance démocratique), la confidentialité des échanges, sur l’équité pour les personnes qui n’ont pas un accès adéquat à Internet. Je le sais. Je la mets quand même sur la table dès maintenant — pour qu’on puisse en débattre sans tarder. D’autant qu’il existe des solutions pour répondre à tous ces enjeux.

Il me semble essentiel de faire dès maintenant le choix de sortir de la crise par la confiance. En investissant dans notre démocratie, de manière à la rendre plus dynamique et plus efficace, plutôt que par l’abandon, en confiant une partie de notre vie collective aux bons soins de Big Brother.

Photo: Enigma, une oeuvre de Cozic, vue au MNBAQ en janvier 2020.

 

Merci aux journalistes!

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J’ai été très étonné par l’ampleur des réactions qu’a suscité un tweet que j’ai fait ce matin, que j’avais souhaité très constructif, mais qui a suscité des réactions très vives — de façon publique et privée. Des réactions que je n’ai d’abord pas comprises, et maintenant peut-être un peu mieux. Mon tweet se lisait ainsi:

« D’accord avec @Ant_Robitaille sur le fond. Une suggestion toutefois: pourquoi ne pas faire exceptionnellement place à quelques journalistes scientifiques à la Tribune de la presse? »

Avec ce tweet, je souhaitais surtout réagir positivement à ce texte d’Antoine Robitaille, dans lequel il souligne notamment l’importance du travail des journalistes dans une période comme celle que nous traversons. 

Antoine Robitaille a raison de rappeler que c’est un travail qui est souvent difficile et quelques fois carrément ingrat, comme lorsqu’ils questionnent des dirigeants dont le travail est exceptionnellement apprécié — comme c’est le cas maintenant. 

Je sais que depuis quelques jours, certains journalistes se font reprocher leurs questions, se font accuser de nuire, ou on leur demande tout simplement de se taire. C’est une erreur.

On a plus que jamais besoin des journalistes et de leurs questions — même si elles nous paraissent parfois inconvenantes (surtout quand elles nous paraissent inconvenantes, d’ailleurs).

Je ne voulais surtout alimenter cette dynamique malsaine ou miner la crédibilité des journalistes avec mon tweet. Au contraire! D’autant que j’ai vraiment un immense respect pour les journalistes en général et pour celles et ceux de la Tribune de la presse, en particulier.

Je voulais seulement proposer une façon de faire en sorte que le travail des journalistes soit encore meilleur, encore plus pertinent et plus efficace pour nourrir les débats démocratiques qui sont nécessaires même en temps de crise — surtout en temps de crise. 

Ma proposition de faire une place à des journalistes scientifiques à la Tribune de la presse ne visait pas à miner la crédibilité des journalistes parlementaires, mais à renforcer la capacité d’interroger, sous de nouveaux angles, le gouvernement et les autorités de la Santé publique. Parce que le point de presse de 13h est pratiquement devenu le seul moment pour poser des questions publiquement aux autorités.

Peut-être que ma proposition n’était pas la bonne. Peut-être qu’au lieu de suggérer qu’on donne la parole à des journalistes scientifiques à la Tribune de la presse, j’aurais dû proposer qu’il y ait d’autres moments pour poser d’autres types de questions aux autorités?

Je ne voulais surtout pas mettre en opposition le travail des journalistes parlementaires et celui des journalistes scientifiques — plutôt le contraire. Je voulais faire en sorte qu’ils se complètent encore plus efficacement dans l’intérêt public.

***

Au terme de la journée:

Je continue de penser que les journalistes scientifiques devraient avoir une plus grande place dans la couverture médiatique des événements actuels;

Je crois le travail des journalistes doit pouvoir, lui aussi, faire l’objet de critiques et de suggestions; 

Mais je suis encore plus sûr qu’il est important de valoriser le travail des journalistes.

Il faut se rappeler tous les jours que leurs questions contribuent aussi à ce qu’on trouve collectivement le chemin le plus efficace pour aplatir la courbe et se sortir le plus rapidement possible de tout ça.

On en a bien besoin!

Idées pour l’après — 3

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À la suite de ce texte, je poursuis ma réflexion à voix haute pour brasser quelques idées, pour essayer d’esquisser des propositions concrètes qui pourraient contribuer à mettre le Québec sur la piste d’une transformation positive au sortir de la pandémie.

Aujourd’hui: l’instauration d’un service agricole obligatoire

François Legault l’a dit: le Québec devra développer une plus grande autonomie alimentaire dans un futur rapproché. Notre sécurité en dépend. On ne peut plus être aussi dépendant des États-Unis, et de quelques autres pays, pour nous nourrir — en particulier l’hiver.

On est d’accord. Sauf que c’est plus difficile à dire qu’à faire.

En 2013, le Parti Québécois avait présenté une politique de souveraineté alimentaire… qui n’a jamais pu être mise en oeuvre.

Il y a quelques jours, Québec solidaire a formulé des propositions très intéressantes à ce sujet, notamment pour l’idée de «cultiver partout où c’est possible».

Aujourd’hui, Jean-Martin Fortier a proposé un partenariat stratégique entre Hydro-Québec et les petites fermes dans le but de nourrir le Québec à l’année.

Je suis d’accord.

Il me semble toutefois manquer une dimension essentielle à tout ça: l’éducation. Et j’en ferai le sujet de ma troisième proposition pour contribuer à la réflexion sur l’après COVID-19.

***

L’alimentation est plus qu’un besoin physiologique. Cela comporte aussi une forte dimension culturelle. Notre rapport à l’alimentation fait aussi partie de notre façon de vivre, de profiter des repas, de notre manière de vivre les uns avec les autres.

Alors tant qu’à développer une plus grande autonomie alimentaire, il me semble qu’on devrait en profiter pour se reconnecter progressivement avec la réalité de la production agricole, avec notre terroir, avec la saisonnalité — avec les sources de notre alimentation. Avec notre patrimoine alimentaire.

Je propose pour cela la mise en place d’un service agricole obligatoire (rémunéré) de deux mois pour tous les Québécois et toutes les Québécoises de 16 à 22 ans.

Concrètement, cela voudrait dire que tous les jeunes devraient passer au moins deux mois sur une exploitation agricole entre leur 16e et leur 22e anniversaire. Pour préparer la terre, participer aux récoltes, etc.

Ce serait une façon de prêter main forte aux agriculteurs et agricultrices québécoises (qui autrement dépendent de la main d’œuvre étrangère), de développer des connaissances de bases en agriculture, et de mieux comprendre le circuit alimentaire, de la terre à notre assiette.

Ce serait une façon concrète d’aider le milieu agricole à monter plus rapidement en puissance pour nourrir le Québec.

Une façon de développer le goût pour les produits d’ici, pour leur préparation et pour le patrimoine qui leur est rattaché.

Pour certains jeunes, ce serait aussi une façon de découvrir une autre réalité, en s’installant deux mois dans une région du Québec qu’ils ne connaissaient peut-être pas — et pourquoi pas d’y revenir pour étudier, ou pour s’y installer?

***

En 1930, le Frère-Marie Victorin posait les bases de ce qui allait devenir les Cercles des jeunes naturalistes: un mouvement d’éducation populaire qui a suscité un grand enthousiasme et qui a contribué à développer l’enseignement des sciences et à définir le Québec moderne.

Soixante dix ans plus tard, je pense qu’on devrait s’inspirer des CJN pour amener les jeunes à poser les pieds dans les champs au moins quelques mois dans leur vie — question de participer à un chantier essentiel pour l’avenir du Québec, tout en leur permettant de développer un meilleur contact avec la réalité agricole ainsi qu’une plus grande considération pour les produits d’ici.

***

Dans un tel contexte, il va sans dire que des terres agricoles à proximité des grands centres urbains, comme celles des Sœurs de la Charité, à Beauport — dont le sort est incertain depuis quelques années — devraient rapidement devenir des exploitations agricoles exemplaires, avec une vocation éducative essentielle pour l’ensemble de la population.

Tous les enfants des écoles primaires et secondaires de la région de Québec devraient y faire au moins une visite aux cours de leur scolarité — pour mettre leurs mains dans la terre, vivre la satisfaction de récolter quelque chose et de le porter directement à sa bouche, en plus de mieux comprendre l’importance pour le Québec de développer une meilleure autonomie alimentaire

Il me semble que cela remplacerait avantageusement la visite que ma génération faisait à l’usine des petits gâteaux Vachon.

Note: Merci à Benoît Tardif pour une conversation qui a beaucoup aidé à formuler cette proposition.

Idées pour l’après — 2

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À la suite de ce texte, je poursuis ma réflexion à voix haute pour brasser quelques idées, pour essayer d’esquisser des propositions concrètes qui pourraient contribuer à mettre le Québec sur la piste d’une transformation positive au sortir de la pandémie.

Aujourd’hui: la création de Bureaux du temps

Le 23 mars, le premier ministre a dit « Le Québec est sur pause » et (presque) tout s’est arrêté, subitement. Brutalement. On s’est retrouvé chacun chez-nous et on a dû apprivoiser un nouveau rythme. Pour tout: nos affaires personnelles, professionnelles, nos obligations de toutes sortes.

Plus récemment, le gouvernement a même fermé les épiceries le dimanche, comme dans l‘temps. Pour reposer les employé.e.s. Et plusieurs se sont dit: et pourquoi on ne continuerait pas comme ça quand on aura vaincu le virus?

C’est une bonne question, qui peut paraître anecdotique, mais qui devrait, je pense nous amener à pousser plus loin la réflexion. Qu’est-ce qu’on fait de notre temps? Notre temps personnel, bien sûr, mais notre temps collectif, surtout.

Parce que le temps est une ressources dont nous disposons, collectivement, et qu’on peut aménager — avec plus ou moins de contraintes. On le voit bien depuis quelques semaines. On l’apprend, à la dure.

Le temps est une ressource invisible, qu’on avait peut-être un peu oubliée, avant cette pause, mais qui peut valoir une fortune, au sens propre et au figuré. Et l’utilisation d’une ressource, ça se planifie, ça se gère, et surtout ça se discute de façon démocratique.

Voilà pourquoi je propose la création d’un bureau du temps dans toutes les municipalités du Québec — avec un soutien et une coordination nationale.

De quoi s’agit-il? Un bureau du temps serait une structure de consultation souple, permanente, composée de citoyens, d’élus et d’urbanistes, qui aurait la responsabilité de suggérer des aménagements concrets dans les horaires des fonctions et différents types d’activités de la ville dans le but de mieux profiter du temps disponible.

C’est une petite équipe qui devrait périodiquement formuler des recommandations pour qu’une meilleure gestion du temps collectif contribue à optimiser l’utilisation de l’ensemble de nos ressources collectives, comme le réseau routier et les transports publics, par exemple. Le numérique nous permet maintenant d’analyser tout ça facilement, reste à analyser, faire des choix, formuler des recommandations.

Parce qu’étaler l’heure de pointe, au fond, c’est un peu comme aplatir la courbe d’un virus, comme nous le dirait, à grands gestes, le Dr Arruda. Et puisqu’on sait qu’on peut le faire avec l’un, pourquoi pas le faire avec l’autre?

Notre mauvaise gestion du temps prive actuellement des familles de temps de qualité en laissant un paquet de monde dans le traffic de trop longues heures chaque année. Elle provoque des stress inutiles et nous coûtent des fortunes dans toutes sortes de domaines pour lesquels on doit actuellement prévoir la taille de nos équipements et engager du personnel pour répondre à des pointes de services qui ne durent que quelques heures par jour.

On doit aplatir les courbes dans l’utilisation de chacune de nos ressources collectives — routes, transports collectifs, système de santé, services publics — en distribuer l’utilisation sur longue période de temps. Si on n’a pas compris ça après la pandémie, on ne l’apprendra jamais.

En arrivant à faire ça on pourra non seulement améliorer notre qualité de vie, mais vraisemblablement aussi sauver des milliards de dollars chaque année qu’on pourra consacrer à autres choses: investir dans l’éducation, dans la santé, dans l’autonomie alimentaire, dans la lutte aux changements climatiques, dans des réductions d’impôts. Mieux gérer notre temps, c’est aussi mieux gérer notre budget.

En rappelant sans cesse à nos gouvernements — et à chacun d’entre-nous que le temps est une précieuse ressource collective, les Bureaux du temps pourraient nous aider à mieux utiliser mieux de nombreuses ressources qui sont souvent très peu utilisées 80% du temps.

Est-il nécessaire que les écoles, les cégeps, les universités, les commerces, les entreprises et les organismes publics commencent et finissent presque tous à la même heure? Y a-t-il moyen de faire autrement? Qu’est-ce qu’on gagnerait collectivement à favoriser le télétravail? À faciliter les horaires variables? À aménager le territoire de manière à éviter les déplacements inutiles?

Il me semble que ça mérite qu’on se pose la question… qu’on développe et partage une expertise pour le faire efficacement, et que chaque milieu puissent ensuite répondre en fonction de sa réalité.

***

Je fais l’hypothèse qu’au sortir de cette longue période d’isolement nous poserons un regard bien différent sur le temps dont nous disposons. Ce serait dommage de l’oublier trop vite en replongeant dans nos routines… et en laissant à nouveau le temps nous filer entre les doigts... comme si on ne pouvait rien y faire.

La création rapide de bureaux du temps, dans toutes les municipalités, serait un moyen simple et peu coûteux d’éviter de retomber dans ce piège. À plus forte raison parce qu’on sait qu’on aura aussi d’importants défis économiques à relever et que le temps, c’est de l’argent.

Sans compter que l’idée n’est pas nouvelle. En Italie, c’est une réalité depuis plus de vingt ans. Au Québec, ça fait presque aussi longtemps qu’il en est périodiquement question. C’est apparement même passé à un cheveux d’être intégré dans la loi sur la conciliation travail-famille (j’y ai déjà fait référence ici, ici et ).

Pour toutes ces raisons, il me semble que le moment est tout indiqué pour créer ces Bureaux du temps et en faire un levier important de la transformation de nos milieux de vie en fonction de ce que nous aurons appris de cette pandémie.

***

Après la crise du verglas, les inondations et la catastrophe ferroviaire de Lac-Mégantic on s’est assuré que les municipalités aient toutes de bons plans d’urgence.

Après cette longue période d’arrêt on devrait, de la même façon, s’assurer que toutes les municipalités disposent d’un bureau du temps.

Parce le temps, c’est ce qu’on a de plus précieux. On le sait mieux que jamais.

Aussi: Idées pour l’après — 1 : la nationalisation des infrasuctures d’accès à Internet

Mise à jour: Le site Web du Bureau des temps de la ville de Rennes illustre très bien le type de réflexions auxquelles cela peut donner lieu — et les effets bénéfiques qui en découlent.

Idées pour l’après — 1

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Dans la suite de mon texte d’hier, je me lance ce matin avec un premier texte  dans le but de brasser des idées, pour essayer d’esquisser des propositions concrètes qui pourraient contribuer à mettre le Québec sur la piste d’une transformation positive au sortir de la pandémie.

Aujourd’hui: la nationalisation des infrastructures d’accès à Internet

Ça fait 25 ans qu’on promet de donner un accès de qualité à Internet à tous les québécois. Une promesse réitérée par tous les partis politiques, sans exception, à presque toutes les élections (j’en avais fait une liste en 2015). Or, ce n’est toujours pas le cas. 

Un accès à Internet de qualité aujourd’hui ça veut dire de la haute vitesse. Et c’est presque aussi essentiel que l’accès à l’électricité et à l’eau potable. 

La crise actuelle illustre bien l’ampleur des inégalités à cet égard:

De nombreux citoyens en région éloignées, et même pas si loin des grandes villes, n’ont pas accès à une infrastructure qui leur permet de faire du télétravail, même si leur emploi le permettrait. 

De nombreux citoyens ne disposent pas d’une infrastructure adéquate pour poursuivre leur scolarisation en ligne.

De nombreux citoyens ne peuvent pas profiter du commerce en ligne de la même façon que les autres pour répondre à leurs besoins essentiels — ni même pour pouvoir profiter de toutes les manifestations culturelles qui sont actuellement mises en ligne pour nous aider à garder le moral. 

Et à mesure que la télémédecine va se développer (enfin), celles et ceux qui y gagneraient le plus (en région, notamment, parce qu’ils ont accès à moins de services locaux) pourraient bien ne pas pouvoir en bénéficier faute d’une infrastructure d’accès suffisamment stable et puissante.

Nous sommes dans une situation très semblable à celle qui a conduit à la nationalisation de l’électricité au début des années soixante: des réseaux de qualité inégale selon les régions, des normes insuffisantes, des coûts inéquitables… et la prise de conscience du caractère de plus en plus essentiel de ce service.

Avec un mode de gouvernance adéquat (qui reste à définir), cela permettrait aussi que toute l’information de plus en plus critiques (personnelles et stratégiques) qui circule sur les réseaux soit sous la responsabilité d’une instance qui est sous contrôle démocratique. 

DANS CE CONTEXTE:

Au moment où le gouvernement du Québec voudra sans doute entreprendre d’important travaux d’infrastructure pour relancer l’économie, pourquoi ne pas mettre en priorité le déploiement d’une infrastructure d’accès rapide à Internet partout sur le territoire — jusqu’à TOUTES les résidences québécoises? Au même titre que l’électricité.

Et pour ne pas que l’État se retrouve le dindon de la farce en payant pour la partie la plus coûteuse de ce déploiement et laisse les entreprises privées engranger les profits sur les parties moins coûteuses (centres urbains, grandes entreprises, etc.) —  pourquoi ne pas nationaliser l’infrastructure d’accès au réseau, de manière à en assurer à la fois l’équité au niveau du service et des coûts. Parce que c’est un service devenu essentiel.

À partir du moment où l’État sera responsable du développement, du maintien et de l’exploitation de l’infrastructure du réseau d’accès à Internet, il deviendra à plus facile d’entreprendre les grands chantiers avec lesquels nous savons dorénavant avoir rendez-vous sans crainte d’accroître encore davantage les inégalités: télé-travail, télé-médecine, télé-éducation, etc.

Remarquez, je parle bien de nationaliser l’infrastructure d’accès à Internet, c’est à dire le réseau de fils et les appareillages informatiques nécessaires. Si des entreprises privées souhaitent exploiter ce réseau pour développer des services particuliers c’est très bien, ils n’auront qu’à payer leur juste part à l’État pour l’utilisation de l’infrastructure publique.

Mais je pense qu’il faut se rendre à l’évidence, le secteur privé n’a pas réussi à assurer une équité dans l’accès à Internet à tous les citoyens — et, cela, malgré de nombreux programmes de subventions publiques. Il n’est plus possible de continuer comme ça plus longtemps compte tenu de la nature des défis qui se présentent à nous dans les prochaines années.

Je pense qu’on a besoin d’un Hydro Québec de l’accès à Internet. Ce pourrait même être la pierre d’assise de plusieurs autres grandes réformes.

Certes, ce n’est sans doute pas une proposition sans inconvénients… discutons-en. Et il y a peut-être d’autres façons d’arriver aux mêmes fins sans devoir nationaliser, pourquoi pas? Tant mieux même…

…mais il va falloir finir par sortir des vœux pieux et assurer rapidement un accès universel et équitable à Internet à tous les citoyens, d’une façon ou d’une autre.

François Legault faisait le bon diagnostic il y a 18 mois:

«Au siècle dernier, il fallait amener l’électricité partout. Aujourd’hui, c’est Internet. C’est une urgence de le faire. C’est une obligation.» 

Reste à le faire, pour vrai — d’une manière ou d’une autre. En nationalisant les infrastructures s’il le faut.

La suite le requiert. Absolument.

Photo: Détail d’une œuvre de Erica Stoller vue au Symposium d’art contemporain de Baie-Saint-Paul en août 2019.