Web et politique: lire… et commenter (surtout, du moins pour le moment!)

Depuis plusieurs années, c’est essentiellement par le Web, et de plus en plus par la carnetosphère, que j’alimente mes réflexions sur l’éducation.

Je n’avais pas encore fait de saut semblable pour la réflexion politique. J’avais bien sûr suivi la campagne d’Howard Dean pour la présidence américaine, et un peu, distraitement, le référendum français sur le projet de constitution européenne, mais c’est encore essentiellement dans les médias traditionnels (journaux et radio, surtout) que je puisais l’essentiel de mon information.

Eh bien à travers l’expérience de la mise en ligne de paulinemarois.org (et de sa lente mise en marche) je dois dire que je découvre un monde au moins aussi riche que dans le domaine éducatif. Des carnets web, anglo et franco, des espaces de discussion, des sites de candidats et de députés très variés (lorsqu’ils existent!), des sources d’informations politiques alternatives remarquables, de gauche, de droite, modérées, excessives, allez hop! Et ça me bouffe un de ces temps… Mais c’est passionnant!

Des heures et des heures… d’ici à ce que je puisse mieux juger de la valeur et de la pertinence de chacune de ces sources, et mieux sélectionner celles sur lesquelles je porterai mon attention.

En attendant, je laisse des commentaires ici et là… et je rapporterai éventuellement quelques réflexions ici.

PaulineMarois.org et les nouveaux espaces démocratiques

Au cours des derniers jours, Opossum a eu l’occasion tout à fait imprévue de concevoir et de réaliser (avec iXmédia) le site de la candidature de Pauline Marois à la direction du Parti Québécois. Ça été deux jours et demi de travail intensif, mais je suis pas mal fier du résultat. Ce n’est pas parfait… mais c’est pas mal du tout et c’est très souple, alors ça va sans doute continuer à s’améliorer dans les prochaines semaines.

Il y a une partie du site qui est sous forme de « livre de bord » de sa campagne. Il est possible de réagir à chaque texte qu’elle publiera. Ça été fait ainsi dans le but de favoriser un dialogue et de faire en sorte que Pauline Marois puisse prendre le poul des gens et se laisser inspirer par leurs idées, leurs interrogations, leurs suggestions.

L’interaction qui en résulte est quelque chose que les responsables de campagne savent utile, pertinent et nécessaire, mais qui est sans doute un peu insécurisant (je présume!). Alors si ça vous dit de donner un petit coup de pouce pour favoriser la naissance de nouveaux espaces démocratiques, qui permettent une proximité croissante entre les « représentants » et les « représentés » (c’est nous ça!), eh bien ne vous gênez surtout pas pour laisser un petit mot sur le site: commentaires, questions, suggestions encouragements, etc. Ça ne vous oblige évidemment pas à prendre position… Après tout, la démocratie, c’est débattre, discuter, échanger des points de vue.

Je pense que nous avons la reponsabilité collective d’encourager les politiciens et les politiciennes qui, comme Pauline Marois et André Boisclair, osent expérimenter ce que les « nouvelles technologies » permettent comme nouveaux espaces la discussion, de débat et de dialogue.

Ce sera aussi un message lancé aux autres candidats, qui pour le moment n’ont pas de site Web ou en ont un qui ne fait pas de place aux idées du public. Le message sera aussi passé pour les prochaines élections. Il me semble que comme citoyen, nous avons droit à un contact de ce type avec les gens qui sollicitent notre confiance.

Bravo et bonne chance à Pauline Marois!

Carnets et démocratie

François résume bien l’essence du monde des carnets:

« J’insiste sur l’importance pour un blogueur d’être fidèle à ses convictions. La blogosphère est un agora. Un réel espace (par opposition à virtuel) […] où les voix s’entrechoquent et concourent ultimement à la démocratie, la vraie, c’est-à-dire celle qui repose sur le débat public. »

Il y a aussi des tonnes d’autres à choses à dire sur de nombreux autres textes publiés dans les dernières heures, par François notamment. J’y reviendrai.

Les députés à l’école…

« Nombre de députés [ontariens] passeront cette semaine une journée complète à l’école avec les élèves et le personnel enseignant […] Les députés ont terminé leurs études il y a en moyenne 34 ans, et les classes de la province ont beaucoup changé depuis lors. […] Il est important que les députés retournent à l’école pour voir de près comment les décisions provinciales en matière de politiques influent directement sur les élèves. »

Faudrait lancer le défi à Jean-Marc Fournier de lancer le même défi aux députés québécois. On fait naître un mouvement en ce sens dans la carnetosphère?

Il faut lire le communiqué complet du ministère de l’éducation de l’Ontario.

Nouvel espace politique pour Québec

Même si je savais que ça viendrait bientôt, je trouve que c’est toute une coïncidence que le site soit rendu public ce soir: politiqc.com est né.

« Ce site s’adresse aux citoyens de la ville de Québec qui souhaitent avoir l’opportunité de participer activement à la politique municipale. […] Il est né des questionnements d’un citoyen qui constate que les politiciens sont généralement inaccessibles aux citoyens ordinaires et sensibles aux groupes de pressions organisés. Et de l’expérience politique d’un ex-candidat à la mairie de Québec qui souhaite un dialogue direct et franc avec les citoyens plutôt que les filtres imposés lors d’une campagne politique. » (à propos du site)

Déjà, les premiers textes viennent alimenter mes réflexions de la fin de semaine. Lisez plutôt:

« …political blogging is a way to share the dillemas of representing people. » (Tom Watson cité ici)

« Internet donne donc la chance de parler directement aux citoyens, et de les entendre. Quel est le rôle des représentants intermédiaires de l’état quand un chef peut parler et entendre tous ses concitoyens […] les représentants de l’état devront apprendre à composer avec la nouvelle réalité du web et à en tirer parti. » (Michael Carpentier, ici)

Ce sera une expérience à suivre attentivement. Et à laquelle participer, sans doute.

Ébauche d’un manifeste

Note: de récentes discussions sur le contexte politique à Québec, au Québec et au Canada ont à la fois suscité mon exaspération et stimulé mon désir de voir se transformer de façon concrète la manière dont se vit la démocratie dans notre petit coin du monde. D’où l’ébauche de ce manifeste qui vise à policer les formations politiques qui s’accaparent aujourd’hui beaucoup trop souvent la vie démocratique.

MANIFESTE POUR L’INDÉPENDANCE POLITIQUE

Nos systèmes démocratiques donnent lieu par les temps qui courent à des votes particulièrement serrés. Pour gagner ces votes, les formations politiques polarisent des débats qui ne correspondent pas toujours aux préoccupations de l’électorat. Les élus donnent trop souvent l’impression d’être plus redevables à leur parti qu’à leurs électeurs. Comme si la démocratie représentative avait été kidnappée par la politique partisane.

Nous croyons que l’activité politique est trop fortement influencée par les médias, les sondages et les influences clandestines.

Les élus ne devraient jamais formater leurs messages en fonction des médias;

Les sondages ne devraient jamais servir à manipuler l’opinion publique;

La légitimité politique doit reposer sur l’existence d’un dialogue permanent avec l’électorat.

Or, pour faire face aux défis qui se présentent à nous il est plus important que jamais de valoriser la diversité des opinions — ce que les formations politiques arrivent très mal à faire, notamment à cause de la nécessaire, mais déplorable, ligne de parti.

Par conséquent, ce dont nous avons vraiment besoin pour changer la politique actuelle, c’est de faire élire des démocrates indépendants qui pourront plus facilement témoigner, animer et prendre position librement. Des démocrates qui pour bien jouer le rôle, devraient faire officiellement voeu de proximité.

Le voeu de proximité

En faisant voeu de proximité, un candidat s’engage, s’il est élu, à:

1. Toujours commenter le travail des autres élus de façon constructive;

2. Toujours expliquer ses décisions à l’aide de « parce que »;

3. S’adresser toutes les semaines aux personnes qu’il représente;

4. Animer tous les mois une assemblée publique destinée à ses électeurs;

5. Organiser ses rassemblements politiques dans des endroits où l’accès à Internet est facile et gratuit;

6. Ne jamais convoquer de conférences de presse;

7. Rendre publics tous les sondages qu’il pourrait commander;

8. Répondre lui-même au courrier électronique qui lui est adressé;

9. Rendre disponible une version préliminaire de tout document important préalablement à sa publication officielle;

10. Ne faire d’alliance qu’avec des élus qui ont également fait le voeu de proximité.

Faire voeu de proximité, c’est s’engager à maintenir un contact permanent avec les électeurs, c’est rejeter la critique au profit de la pédagogie et miser sur le dialogue au lieu de la confrontation. C’est reconnaître le devoir d’exprimer clairement ses opinions et de justifier ses changements de position. C’est aussi favoriser l’avènement du « journalisme citoyen » dont l’influence est nécessaire pour faire contrepoids aux médias de masse.

Le voeu de proximité est un cadre de travail dont l’exceptionnelle rigueur conférera à ceux qui l’adopteront toute la légitimité nécessaire pour modérer les ardeurs des formations politiques qui s’accaparent autrement la démocratie représentative.

Solidarité, spécificité et «mur-à-mur»…

En voilà un qui sait susciter les réactions:

Si nous étions sérieux dans nos revendications […] nous ne demanderions pas du «mur-à-mur», mais bien de la spécificité. […]

Bon, je vois venir. Paria, traître, mou, on me dira. Oh que non. Solidaire, je répondrai. Solidaire avec les étudiants, avec les infirmières, avec les assistés sociaux, les chômeurs, les travailleurs à salaire nettement plus bas. Bref, les parents de ma classe et de nos écoles. La vraie solidarité […]

Tanné des représentants syndicaux déconnectés. Tanné des ministres si peu inspirants et si ignorants de l’enseignement. Tanné de ces séances de négociations où copains-copains lunchent autour de la table à même mes cotisations. Tanné de la victimisation de mon travail à des fins politiques et syndicales.

Mais heureux et fier d’enseigner.

J’avais fait référence à ce débat la semaine dernière…

Le laboratoire des réformes

Pour alimenter ma réflexion sur la réforme dans la perspective des idées de Guy Rocher, je pense que je vais me tourner vers la lecture de ces deux textes:

  • « Éducation et révolution culturelle » (1973). Un article publié dans École et société au Québec. Éléments d’une sociologie de l’éducation. Tome I. Textes choisis et présentés par Pierre W. Bélanger et Guy Rocher, pp. 123-148. Montréal: Éditions Hurtubise HMH ltée, 1975, 218 pages. Nouvelle édition revue et augmentée. (disponible ici, en différents formats)
  • ROCHER Guy, «Le ‘laboratoire’ des réformes dans la Révolution tranquille», Conférence Desjardins, Montréal, Programme d’études sur le Québec, Université McGill, 2001, 31 p. (en format pdf, sur le site du CRDP)

Dans ce second texte, on trouve une section sur « les éléments fondateurs d’une théorisation de la réforme ». L’auteur y présente quatre axes qui me semblent inspirants:

Axe 1 ‹ Effectivité et légitimité
Axe 2 ‹ Les acteurs et la construction de la réforme
Axe 3 ‹ La traduction normative de la réforme
Axe 4 ‹ Réforme et classe moyenne

Réflexions post-lecture à suivre…

Une réforme à la recherche de passeurs

En lisant le commentaire de Serge Pouts-Lajus dans jasonsreforme.qc.ca:

« Pour réussir la réforme et faire passer les méthodes centrées sur l’apprentissage, il faut être convaincant, entraînant, patient aussi car cela prendra du temps et que chaque enseignant doit être convaincu individuellement. Il faut accumuler les arguments, les exemples, sans chercher l’argument définitif, la fameuse preuve scientifique… »

En lisant le texte de Mario qui y fait référence:

« Laissons le temps aux enseignants de se faire une tête et admettons que l’ouverture aux approches socioconstructivistes et cognitivistes est UN PLUS et que ça ne veut pas dire qu’on ne peut plus « enseigner » ! »

Et en lisant Christine et Stéphane au sujet de certains facteurs qui influencent l’innovation…

…je me dis qu’il faut revenir aux idées de Guy Rocher, pour qui le facteur clé dans la réussite d’une « réforme » (quel que soit le domaine) est l’existence de passeurs ‹ des personnes qui sont des médiateurs crédibles, des intermédiaires efficaces entre les intentions d’une réforme et les acteurs qui pourront l’incarner, dans le quotidien, en transformant concrètement des usages, lentement mais sûrement, sur le terrain.

Déplorer un manque de leadership c’est une chose. Constater le manque de passeurs, c’en est une autre. Je pense que c’est la situation actuelle.

Entre le rationnel et l’action… il nous manque quelque chose. Il nous manque des gens qui écoutent, reflètent, inspirent, encouragent, soutiennent.

Certains milieux sont riches de ces personnes. La réforme doit bien s’y implanter. J’en fais l’hypothèse. Pour d’autres milieux, c’est plus difficile.

Et à l’échelle nationale? Poser la question c’est un peu y répondre!

L’éducation politique selon Hugo Chavez

« Le président vénézuélien Hugo Chavez a annoncé dimanche que son gouvernement allait distribuer gratuitement un million d’exemplaires de Don Quichotte de Miguel de Cervantès, publié il y 400 ans, pour que les Vénézuéliens prennent exemple sur l’idéaliste pourfendeur de moulins à vent.

« Nous allons tous lire Don Quichotte pour nous nourrir encore plus de l’esprit d’un lutteur qui cherchait à redresser les torts et à arranger le monde » […] a dit Hugo Chavez lors de son programme radio-télévisé dominical. » (source…)

Wow! Quel politicien oserait pareille initiative dans notre coin du monde? Et quel livre conviendrait-il de distribuer massivement à la population au moment où le cynisme semble vouloir s’emparer de tous les esprits?

À la population de Québec, qu’offririez-vous? Pourquoi?
À celle du Québec dans son ensemble? Pourquoi?
Et à tous les canadiens? Pourquoi?

J’y penserai pour ma part dans les prochains jours…

Dialogue sur les besoins de l’école (et les revendications syndicales)

Jean-Robert Sansfaçon dans un éditorial, vendredi, dans Le Devoir:

« …même si la réduction de deux élèves par classe dans toutes les écoles du Québec peut sembler raisonnable à première vue, une telle mesure, qui exigerait l’injection de centaines de millions par année, ne constitue certainement pas le meilleur moyen de soutenir les enseignants aux prises avec des élèves en difficulté. En cette matière, le mur-à-mur serait du pur gaspillage.

Si la CSQ est sérieuse dans sa recherche de solutions, elle abandonnera cette revendication pour concentrer ses énergies sur l’augmentation du nombre de professionnels, le respect du maximum d’élèves par classe, trop souvent dépassé contre compensation financière, et la reconnaissance de la présence de cas plus lourds dans le calcul de la tâche des enseignants. Toutes les classes de toutes les écoles du Québec ne présentent pas le même degré de difficulté; le nier sous prétexte d’équité dans le traitement de tous les enseignants équivaut à saupoudrer les ressources rares au lieu de s’attaquer au problème. » (Source: Que veut la CSQ?)

Johanne Fortier, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement, dans une réplique à Jean-Robert Sansfaçon, aujourd’hui:

« Nous accordons à tous le droit à leur opinion, mais l’article fait l’étalage de différents faits erronés que nous sommes dans l’obligation de rectifier. […]

Considérant les disparités socio-économiques des écoles du Québec, nous voulons réduire de cinq le nombre d’élèves par classe dans les écoles situées en milieu défavorisé et de trois par classe dans les autres milieux. […] Il va de soi que le fait d’avoir moins d’élèves par classe permet d’avoir plus de temps à consacrer à chacun des enfants.

Je me permets d’inviter M. Sansfaçon à visiter les classes […] Je me permets de croire que cela le fera changer d’idée. » (source: Ce que veulent les enseignants)

Réponse de l’éditorialiste, publiée à la suite de la réplique:

« […] Quant à votre invitation, je vous en remercie, mais il me semble que les quinze années passées dans l’enseignement m’autorisent à commenter vos revendications et à lire entre les lignes d’un discours syndical qui m’est très familier. D’ailleurs, n’est-ce pas ce discours et surtout les pratiques qui l’accompagnent qui sont pour une bonne part à l’origine du drame qui frappe aujourd’hui nos écoles publiques au profit de l’école privée ? »

Ouch! D’un côté, heureusement que les syndicats sont là pour défendre le système scolaire et ses ressources… mais d’autre part, qui peut nier qu’il y a aussi un peu de vrai dans cette accusation?

Chose certaine, c’est un échange qui me parle beaucoup étant donné que le conseil d’établissement dont je fais partie a récemment mis sur pied un comité spécial pour dénicher très rapidement des ressources supplémentaires pour aider les élèves et les enseignants. Parce que les ressources actuelles sont insuffisantes dans cette école, ça c’est indéniable, période de négos ou pas!

Le comité fonctionne très bien, avec l’excellente collaboration de parents, d’enseignants, d’une professionnelle et de la direction d’école et même avec l’appui des commissaires concernés… mais on se rend bien compte qu’il y a des variables systémiques dans l’équation. C’est un très gros chantier!

Hé, les jeunes! Vous avez gagné!

« Ce printemps, le mouvement étudiant a renversé la vapeur. Ce fut un véritable tour de force, une victoire immense sur l’indifférence, l’incrédulité, le cynisme, l’injustice et les préjugés. C’est déjà majeur. N’allez pas gaspiller cette formidable énergie. Ne nous décevez pas. […]

Vous n’avez pas le droit de laisser s’étioler dans la déception le mouvement que vous avez dirigé. […]

Peut-être maintenant faudrait-il porter un carré vert, signalant votre désir d’avancer, pour remplacer le rouge qui intimait au gouvernement l’ordre d’arrêter ses bêtises. […] »

Extraits (dans le désordre) d’une chronique de Michel Venne, dans Le Devoir d’aujourd’hui.

L’éducation est à la mode!

Entre les très nombreux articles et lettres sur la grève des étudiants et ses enjeux, on trouve ces jours-ci dans les médias des textes sur le financement public des écoles privées, sur les ressources dont disposent les écoles publiques, sur la place de la religion à l’école, sur l’enseignement de l’anglais au primaire, sur la réforme au secondaire…

Wow! on peut dire que l’éducation est en train de reprendre sa place dans les préoccupations de la population. Enfin! C’est pas trop tôt!

Reste à transformer cet intérêt (soudain?) en engagement réel et ce patchwork d’intérêts divers en véritable projet de société… comme le faisait remarquer ce matin Serge Bouchard à Indicatif présent.