Pour sortir de la fermeture de MegaUpload

Merci André Cotte qui m’a fait découvrir le texte de Lionel Maurel qui a le grand mérite de nous sortir du manichéisme auquel la couverture médiatique nous a habitué au cours des derniers jours en rapport avec la fermeture de MegaUpload.

Une autre photo de la guerre du Web

« Ce que [cela révèle] c’est avant tout un profond désarroi face aux évolutions du numérique et une difficulté à penser un modèle économique adapté aux nouveaux usages en ligne. »

Je me réjouis personnellement de la fermeture de MegaUpload. Mais je pense — surtout — que la défense de nos valeurs est plus efficace que de prendre la défense de criminels qui se drapent dans les valeurs des autres.

Je vous invite à lire ce texte, pas forcément parce que je partage tous les points de vue développés par l’auteur, mais parce qu’il nous invite habilement à la réflexion.

Je retiens aussi la pétition des fabricants de chandelles, qui est particulièrement amusante…

Bloc-note

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Huit centimètres de large. Une quinzaine de long. Les feuilles (une soixantaine) étaient reliées par le haut à l’aide d’une petite spirale de plastique noir. De cette façon, elle pouvait tourner les pages aisément.

Ce ne pouvait pas être une liste d’épicerie. Ce devait être une pièce de théâtre.

Le texte était écrit tout petit, imprimé recto verso. Aucun paragraphe apparent. Chaque phrase semblait tenir sur une seule ligne. Seulement quelques annotations écrites ici et là, d’une main maladroite — vraisemblablement pas la sienne.

Elle était assise en face de moi. J’ai pensé lui demander ce qu’elle lisait. J’ai préféré l’imaginer. Écrire.

Je descendrai au prochain arrêt. Elle a toujours le regard sur son bloc-note et moi les doigts sur mon iPhone.

Bon voyage.

Retard

Vite. Plus vite. Encore un peu plus vite.

J’allais être en retard. Le trottoir était bondé. Je ne pouvais pas aller aussi vite que je l’aurais souhaité. Les gens s’arrêtaient devant les menus, hésitants, avant d’entrer dans les restaurants. Je devais zigzaguer. Pardon. Excusez-moi. Merci. Pardon.

Nouveau regard sur ma montre. Merde, mon rendez-vous!

Courir? C’était bien trop humide! Un taxi? Aucun en vue.  Merde. Merde. Merde. Et si seulement je savais où. Où était ce rendez-vous?

Mais je savais que j’allais être en retard. Très en retard.

Et soudain, le ciel s’est assombri et cet immeuble est sorti du sol — droit devant moi. Alors, j’ai recommencé à y croire. Je serais peut-être à l’heure. J’allais être à l’heure. Mais j’avais peur.

Kafka sur la Main. L’absurde. L’illusion.

J’y suis resté prisonnier dix ans. Quinze ans peut-être.

J’aurais préféré être en retard.

Il dira plus tard qu’il ne regrette rien, mais il le raconte en pleurant.

Icône

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Y’a des travaux partout.

Souriez!

C’est ce que semble nous dire ce cône orangé aux allures de sympathique bonhomme de neige.

Un cône aux allures d’icône?

— pour le site web du ministère des transports, peut-être?

Souriez!

Enchevêtrement

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Tant de lignes, tant de couleurs — et si peu qui importent vraiment.

À chaque jeu les siennes — et on oublie les autres.

Comme dans la vie | Hors jeu!

Enchevêtrement, patience et longueur de temps.

Lentement, on apprend.

L’édition scolaire n’est pas un marché comme les autres

Carl-Frédéric a publié hier un texte dans lequel il analyse à son tour les annonces d’Apple en rapport avec le manuel scolaire. Je m’appuie sur celui-ci pour poursuivre ma réflexion.

D’abord pour préciser que iBooks Author est un logiciel fantastique, et qu’il sera très utile, et efficace, pour ceux et celles qui souhaiteront commercialiser des livres numériques, en particulier des manuels scolaires auprès des utilisateurs de iPad. Je n’ai pas de doute là-dessus. L’expérience qu’en a faite Jean-François Gayrard dans les dernières heures le confirme (bravo à lui, d’ailleurs — pendant qu’on en parle, lui l’a expérimenté).

Aussi pour dire que je suis très circonspect concernant l’argument selon lequel il n’y pas de raisons de s’offusquer davantage du modèle présenté cette semaine, que de celui du App Store, d’ores et déjà accepté, et qui a fait ses preuves. Je pense que ce sont deux situations bien différentes : dans un cas, c’est une solution qui s’adresse à un marché de consommation domestique, essentiellement à des fins ludiques — dans l’autre, il s’agit du marché éducatif, ce qui exige qu’on analyse les conséquences avec de grandes précautions. Ce qui pouvait être acceptable dans le premier cas, ne le sera pas forcément dans le deuxième cas.

J’aimerais à cet égard souligner que l’édition scolaire est un marché très particulier, notamment parce que l’offre y est largement subventionnée, et que la demande l’est aussi, presque totalement. Plus clairement, les éditeurs sont subventionnés pour produire les manuels scolaires, et les écoles subventionnées pour les acheter.  Qui plus est, c’est un domaine dans lequel l’histoire nous a montré qu’il était nécessaire d’établir des règles afin de s’assurer notamment d’une certaine équité entre les milieux socioéconomiquement favorisés et défavorisés.

Dans ce contexte, je vois mal, par exemple, qu’on puisse tout bonnement accepter que des éditeurs soient subventionnés pour produire des manuels scolaires dont l’usage ne serait accessible qu’aux écoles qui seront en mesure d’équiper leurs élèves de iPad. Autrement, ces investissements n’auront pour effet que d’exacerber les inégalités. C’est pour cette raison que j’évoquais dans mon texte précédent qu’il était plus nécessaire que jamais de se doter d’une politique publique en bonne et due forme à l’égard des technologies à l’école.

Parmi les éléments qu’il me semble absolument nécessaire de prévoir dans cette politique, c’est l’interopérabilité, et, pour cela, l’adoption de normes et de standards dont l’usage sera obligatoire pour que l’argent de l’État puisse être mis à contribution. Carl-Frédéric tourne gentiment en dérision la préoccupation que les manuels scolaires produits avec iBooks Author ne pourront pas être lu sur autre chose qu’un iPad — mais je pense que c’est tout de même une préoccupation légitime, particulièrement si les manuels dont il est question sont produits avec un soutien public (ce qui est aussi le cas non seulement si ce sont des éditeurs subventionnés, mais également si ce sont des enseignants ou des conseillers pédagogiques qui les réalisent). Ces normes et standards assurant l’interopérabilité existent : pdf, epub 3, html 5, etc.

Je pense qu’il faut que les gouvernements disent dès maintenant à Apple: bravo, vos outils sont extraordinaires, nous en soutiendrons la diffusion, voire l’adoption, dans le domaine scolaire, mais uniquement dans la mesure où ils deviennent compatibles avec ces normes et standards — et dans ces conditions, seulement, nous accepterons que l’argent public y soit investi.

Est-ce que le résultat de tout ça est un livre? — qu’importe. C’est une ressource éducative essentielle à la réalisation du curriculum scolaire. Il faut donc le considérer comme tel dans notre réflexion.

Carl-Frédéric semble confiant qu’on n’obligera pas les écoles à acheter des iPad — certes, mais je pense qu’on ne les empêchera pas facilement de le faire non plus et qu’à défaut de politiques claires à cet égard, on pourrait se retrouver avec de mauvaises surprises rapidement : pas parce que les outils d’Apple ne sont pas bons, au contraire — mais parce qu’on n’en aura pas balisé l’usage adéquatement.

C’est ça l’urgence : encadrer. Pour que le rythme des changements qui s’annoncent, avec la force de séduction et d’investissement dont est capable Apple (et ses concurrents, qui ne sauraient tarder à emboîter le pas), ne nous empêche de garder le cap sur les missions les plus essentielles de l’école.

La petite télé

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Journée sportive. Hockey. Mini-basket. Une pratique. Deux matchs.

J’observe.

Des caméras vidéos. Des appareils photos. Des téléphones. Des iPhones. Des photos. Beaucoup de photos! Souvent.

Mais pas tout le temps. Et pas au hasard. C’est intriguant.

Tous les appareils semblent se lever en même temps, comme si les bras qui les portaient étaient guidés par une même intention.

C’est comme si les moments forts étaient encore plus excitants vus dans un écran — cadrés. Encadrés. Comme à la télé.

Clic. En mémoire — celle de l’appareil. Pour les souvenirs ça reste à voir.

Ça m’intrigue.

Ça m’intrigue parce que sont les autres moments qui m’intéressent le plus — ceux qui préparent ces moments-clics. Les moments de préparation, les chutes, les complicités, les oups et les tapes dans le dos qui disent la prochaine fois ça va aller mieux.

Ce que j’aime voir dans la petite télé, c’est ce qu’on ne voit pas assez dans la grande télé.

Et si Apple était devenu éditeur?

Ouf! — Les annonces d’Apple hier font décidément beaucoup parler d’elles!

J’ai eu l’occasion de réagir une première fois rapidement hier en répondant aux questions de Fabien Deglise, mais comme dans le cas d’à peu près toutes les annonces de Apple, il faut prendre le temps de s’accorder un peu de perspective avant de vraiment se faire une idée de ce que signifieront vraiment ces annonces une fois la poussière retombée. Voici donc ce que j’en pense maintenant, vingt-quatre heures plus tard.

Je réfléchis tout haut… je cherche un angle pour analyser tout ça.

* * *

Je ne détaillerai pas les annonces en tant que telles — cela a été fait sur de nombreux autres sites. Néanmoins, si on résume ce qu’Apple a annoncé:

  • un nouveau logiciel de création de livres, et en particulier de manuels scolaires (iBooks Author)
  • une mise à jour de iBooks adapté à une utilisation en milieu d’apprentissage (iBooks 2)
  • un outil pour organiser des documents dans un cadre d’enseignement (iTunes U)

À première vue, iBooks Author est vraiment un extraordinaire outil de création; iBooks 2 une mise à jour majeure de l’application; et iTunes U quelque chose de très prometteur. Je dis semble parce que je n’ai pas encore eu le temps d’analyser suffisamment cette portion des annonces. Tout cela est bien fait et bien mis en marché. C’est du grand Apple, encore une fois.

Ce qui frappe particulièrement cette fois, c’est à quel point le discours de l’entreprise est vertueux. En gros, elle dit: voici les outils grâce auxquels les écoles pourront (enfin) bénéficier de la puissance des technologies. Plus encore: il s’agit de réinventer le manuel scolaire, voire le curriculum lui-même. Comme si les écoles attendaient l’aide d’Apple pour (enfin) changer.

Là où le bât blesse, c’est qu’Apple nous offre un environnement informatique complètement fermé: les livres produits avec iBooks Author ne pourront être vendus que sur le iBookStore; seront dans un format unique à Apple, et ne pourront être lus qu’avec l’application iBooks 2, sur un iPad. Est-ce un crime? Certainement pas. C’est même remarquablement ingénieux… d’un point de vue commercial. Mais les discours vertueux en prennent un coup. S’il s’agissait surtout d’aider les écoles, même en vendant des iPad, Apple aurait minimalement dû annoncer à la même occasion une mise à jour de iOS pour permettre à plus d’un utilisateur de partager un appareil (sessions multi-utilisateurs, comme MacOS peut le faire)… sauf que ce sera beaucoup plus payant si les écoles (ou les parents) achètent un iPad par élève au lieu d’un iPad par pupitre.

Faut-il reprocher ces choix à Apple? Je ne pense pas (mais je suis peut-être trop cynique!). Je pense sincèrement qu’Apple propose des applications remarquables, un environnement commercial particulièrement efficace et qu’elle réussira à générer de la valeur (des profits) pour ses actionnaires. Il me semble qu’on devrait plutôt garder nos reproches aux médias qui relaient le message de la pomme un peu trop docilement… et, plus encore, pour nous interroger sur notre propre manque d’esprit critique devant ces innovations.

* * *

Au fond, je me demande si ce qu’il faut surtout comprendre des annonces d’hier, ce n’est pas qu’en plus de vendre des iPad et des logiciels, Apple a maintenant choisi de devenir éditeur… et qu’en dénonçant des éléments particuliers des conditions d’utilisations de iBooks Author et les choix de formats non standard, on passe à côté de ce qui est vraiment en train de se passer.

Je dis ça parce que, si on y pense bien, en faisant l’hypothèse que la stratégie d’Apple est de progressivement devenir elle-même un éditeur, à sa façon, on comprend beaucoup mieux les choix qu’on lui reproche avec une interprétation plus classique des annonces d’hier — à commencer par le nom de l’application: iBooks Author.

En effet, si Apple est éditeur, on peut se dire que les conditions d’utilisation du logiciel s’apparentent à un contrat d’auteur, et alors, il n’est pas anormal qu’elles prévoient une forme d’exclusivité. Il n’est pas anormal non plus que les ventes soient limitées à sa propre boutique, comme certains éditeurs misent essentiellement sur la vente directe pour diffuser leurs productions (ce n’est pas à l’auteur de choisir les canaux de ventes à privilégier). Rien de choquant, non plus, dans ce contexte, à ce qu’Apple se réserve le droit de ne pas tout publier ce qui lui sera soumis. Pas surprenant non plus qu’Apple soit tenté de barrer le chemin à certains concurrents. C’est comme ça que ça se passe…

Sauf que.

Sauf que si Apple devient éditeur, il faudra bien en tenir compte — et analyser ses choix et ses stratégies en conséquence, en particulier dans le marché scolaire. Et pour le moment, le modèle proposé par Apple n’est pas tellement différent de celui des éditeurs scolaires traditionnels. Un peu plus multimédia, mais pas beaucoup plus ouvert aux dynamiques sociales et à la co-construction. Pas moins axé sur l’enseignement et pas beaucoup plus sur l’apprentissage. En cela, la démarche d’Apple est très innovatrice, mais pas particulièrement révolutionnaire.

Vu sous cet angle, j’ai moins envie de reprocher ses choix à Apple que de crier haut et fort que l’arrivée d’un acteur aussi puissant dans le monde de l’édition scolaire doit être un wake up call pour tous ceux qui ont l’éducation à coeur et pour ceux qui ont la responsabilité du système scolaire. Il est urgent que nous explicitions, chacun dans nos milieux, nos valeurs et nos points de repère communs sur ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas dans un contexte scolaire. Sur ce qui doit ou non être encadré par les pouvoirs publics dans une perspective de recherche du Bien commun. Parce que cela ne fait pas partie du plan d’affaire d’Apple.

Il n’y a pas de doute que les outils et les propositions qu’Apple a présentées hier sont fantastiques. Enthousiasmantes. Mais ils sont aussi périlleux si nous ne nous dotons pas, collectivement, de programmes et de politiques concernant des technologies éducatives et le matériel scolaire afin d’en tirer adéquatement profit. Or, j’ai l’impression que nous n’en avons pas depuis déjà trop longtemps.

Non, décidément, je ne reproche rien à Apple. Et je n’en suis pas moins admiratif. Je juste un peu préoccupé de l’absence de produits/services/approches alternatives pour éviter une hégémonie qui me semble incompatible avec ma vision de l’éducation et de la culture en général.

Au fond, je pense que je ne reproche qu’une chose à Apple: de miser un peu trop sur notre candeur pour nous présenter et nous vendre ses produits.

Et je continue de réfléchir à tout ça.

22 janvier — mise à jour: J’ai poursuivi ma réflexion ici…

Les manuels scolaires selon Apple

Bienvenue à ceux et celles qui arriveraient sur mon blogue après la lecture de ce texte de Fabien Deglise, dans Le Devoir de ce matin:

Apple et la démocratisation de la création de livres numériques

Je publierai un texte un peu plus complet ici, un peu plus tard dans la journée, pour résumer de façon un peu plus complète l’état de ma réflexion sur les annonces d’hier.

À plus tard. 

 

Approuvée

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Approuvée.

Simple confirmation? Qui sait?

Si on s’interroge…

Approuvée. La dépense ou le paiement?

Un jour, peut-être, le petit écran vert nous répondra en deux étapes:

Dépense approuvée.

Paiement accepté.

Et alors, seulement, le commerçant pourra nous dire merci et à bientôt.

Et on dira que c’est pour notre bien. Sans doute.

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