Voyager

— Pas encore disponible, devrait paraître en janvier. 

J’avais oublié. Jusqu’à aujourd’hui.

Fin de journée. Fatigué. Je passe par le kiosque à journaux. Pour me faire un cadeau. Le Monde, édition du vendredi. À lire calmement dans le fauteuil rouge de ma chambre d’hôtel, après une longue journée de délibérations.

À la une du Monde des livres je lis: Comment parler des lieux où on a pas été? Il est donc paru. Fin janvier, ça y est!

Le titre du livre est, à lui seul, suffisant pour me faire tomber sous le charme. Je l’achète en quelques clics — hop, dans mon iPhone— après  avoir lu les deux textes qui lui sont consacrés:

Pierre Bayard, voyageur casanier — par Enrique Vila-Matas.

« … un livre où apparaît l’hypothèse qu’il est plus facile de parler savamment et avec de plus larges connaissances d’un lieu où l’on est pas allé que de parler de lui après avoir fait la bêtise de le visiter. »

Comment faire lire un paranoïaque? — par Jean Birnbaum.

* * *

Une citation me frappe particulièrement au terme de ma journée. Elle est d’Enrique Vila-Matas:

« Quant à ma manière préférée de voyager, je dirai simplement que, très souvent, sans bouger de chez moi, j’écris au préalable ce que je vais vivre dans le voyage le plus immédiat que j’ai en vue et que, arrivé à mon point de chute, j’essaie — en général avec succès — de vivre ce que j’ai écrit »

Cela correspond en effet assez bien à la conception que je me fais d’un projet de société — et du travail qui précède sa réalisation.

* * *

Je vous en ai parlé.

Il ne me reste donc plus qu’à le lire:

Comment parler des lieux où on a pas été?

de Pierre Bayard, aux Éditions de Minuit.

Sur rendez-vous

« Je reçois sur rendez-vous le lundi, le mercredi, et le vendredi, ainsi que le mardi, le jeudi, et le samedi, également sur rendez-vous, dimanches et jours de fête et, qu’on se le dise, je ne prends jamais de vacances. »
 *

« Il est extrêmement rare que quelqu’un vienne sonner à la porte de mon cabinet quand je suis occupé avec un client, tant mieux d’ailleurs, car n’étant pas assisté, je veux dire n’utilisant ni assistante ni secrétaire, si cela se produisait, je serais obligé de me déranger et les clients détestent ça, tant mieux d’ailleurs, car ça les oblige à tenir  compte de ma vie privée, soudain pour eux j’existe, ils s’aperçoivent soudain qu’il se pourrait que je sois quelqu’un comme eux et ils détestent ça, et de fait ça déclenche toujours quelque chose d’hostile, je dis toujours mais c’est extrêmement rare, qu’on vienne sonner quand je suis occupé, alors inutile d’en parler. C’est cependant ce qui se produisit alors que j’étais au travail avec mon client de quatre heures de l’après-midi du mercredi… »

* * *

C’est tiré de la nouvelle Mon client de quatre heures,

qu’on peut lire dans La roue et autres nouvelles,

de Christian Gailly, aux Éditions de Minuit.

C’est un livre magnifique.

Par là

L’issue. Enfin.

J’étais seul dans le labyrinthe souterrain d’un Montréal d’hiver. La nuit. Tard. Seul avec les plus seuls. L’itinérance. La misère. Seule. Plus seul encore.

Parcours erratique dans le tunnel. L’étouffement. l’écho sonore. l’escalier. l’espoir.

Vers le haut. par là. sortie. surface. le monde. les autres. moi. Enfin.

C’était demain.

Nous y voici.

Pour sortir de la fermeture de MegaUpload

Merci André Cotte qui m’a fait découvrir le texte de Lionel Maurel qui a le grand mérite de nous sortir du manichéisme auquel la couverture médiatique nous a habitué au cours des derniers jours en rapport avec la fermeture de MegaUpload.

Une autre photo de la guerre du Web

« Ce que [cela révèle] c’est avant tout un profond désarroi face aux évolutions du numérique et une difficulté à penser un modèle économique adapté aux nouveaux usages en ligne. »

Je me réjouis personnellement de la fermeture de MegaUpload. Mais je pense — surtout — que la défense de nos valeurs est plus efficace que de prendre la défense de criminels qui se drapent dans les valeurs des autres.

Je vous invite à lire ce texte, pas forcément parce que je partage tous les points de vue développés par l’auteur, mais parce qu’il nous invite habilement à la réflexion.

Je retiens aussi la pétition des fabricants de chandelles, qui est particulièrement amusante…

Bloc-note

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Huit centimètres de large. Une quinzaine de long. Les feuilles (une soixantaine) étaient reliées par le haut à l’aide d’une petite spirale de plastique noir. De cette façon, elle pouvait tourner les pages aisément.

Ce ne pouvait pas être une liste d’épicerie. Ce devait être une pièce de théâtre.

Le texte était écrit tout petit, imprimé recto verso. Aucun paragraphe apparent. Chaque phrase semblait tenir sur une seule ligne. Seulement quelques annotations écrites ici et là, d’une main maladroite — vraisemblablement pas la sienne.

Elle était assise en face de moi. J’ai pensé lui demander ce qu’elle lisait. J’ai préféré l’imaginer. Écrire.

Je descendrai au prochain arrêt. Elle a toujours le regard sur son bloc-note et moi les doigts sur mon iPhone.

Bon voyage.

Retard

Vite. Plus vite. Encore un peu plus vite.

J’allais être en retard. Le trottoir était bondé. Je ne pouvais pas aller aussi vite que je l’aurais souhaité. Les gens s’arrêtaient devant les menus, hésitants, avant d’entrer dans les restaurants. Je devais zigzaguer. Pardon. Excusez-moi. Merci. Pardon.

Nouveau regard sur ma montre. Merde, mon rendez-vous!

Courir? C’était bien trop humide! Un taxi? Aucun en vue.  Merde. Merde. Merde. Et si seulement je savais où. Où était ce rendez-vous?

Mais je savais que j’allais être en retard. Très en retard.

Et soudain, le ciel s’est assombri et cet immeuble est sorti du sol — droit devant moi. Alors, j’ai recommencé à y croire. Je serais peut-être à l’heure. J’allais être à l’heure. Mais j’avais peur.

Kafka sur la Main. L’absurde. L’illusion.

J’y suis resté prisonnier dix ans. Quinze ans peut-être.

J’aurais préféré être en retard.

Il dira plus tard qu’il ne regrette rien, mais il le raconte en pleurant.

Icône

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Y’a des travaux partout.

Souriez!

C’est ce que semble nous dire ce cône orangé aux allures de sympathique bonhomme de neige.

Un cône aux allures d’icône?

— pour le site web du ministère des transports, peut-être?

Souriez!

Enchevêtrement

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Tant de lignes, tant de couleurs — et si peu qui importent vraiment.

À chaque jeu les siennes — et on oublie les autres.

Comme dans la vie | Hors jeu!

Enchevêtrement, patience et longueur de temps.

Lentement, on apprend.

L’édition scolaire n’est pas un marché comme les autres

Carl-Frédéric a publié hier un texte dans lequel il analyse à son tour les annonces d’Apple en rapport avec le manuel scolaire. Je m’appuie sur celui-ci pour poursuivre ma réflexion.

D’abord pour préciser que iBooks Author est un logiciel fantastique, et qu’il sera très utile, et efficace, pour ceux et celles qui souhaiteront commercialiser des livres numériques, en particulier des manuels scolaires auprès des utilisateurs de iPad. Je n’ai pas de doute là-dessus. L’expérience qu’en a faite Jean-François Gayrard dans les dernières heures le confirme (bravo à lui, d’ailleurs — pendant qu’on en parle, lui l’a expérimenté).

Aussi pour dire que je suis très circonspect concernant l’argument selon lequel il n’y pas de raisons de s’offusquer davantage du modèle présenté cette semaine, que de celui du App Store, d’ores et déjà accepté, et qui a fait ses preuves. Je pense que ce sont deux situations bien différentes : dans un cas, c’est une solution qui s’adresse à un marché de consommation domestique, essentiellement à des fins ludiques — dans l’autre, il s’agit du marché éducatif, ce qui exige qu’on analyse les conséquences avec de grandes précautions. Ce qui pouvait être acceptable dans le premier cas, ne le sera pas forcément dans le deuxième cas.

J’aimerais à cet égard souligner que l’édition scolaire est un marché très particulier, notamment parce que l’offre y est largement subventionnée, et que la demande l’est aussi, presque totalement. Plus clairement, les éditeurs sont subventionnés pour produire les manuels scolaires, et les écoles subventionnées pour les acheter.  Qui plus est, c’est un domaine dans lequel l’histoire nous a montré qu’il était nécessaire d’établir des règles afin de s’assurer notamment d’une certaine équité entre les milieux socioéconomiquement favorisés et défavorisés.

Dans ce contexte, je vois mal, par exemple, qu’on puisse tout bonnement accepter que des éditeurs soient subventionnés pour produire des manuels scolaires dont l’usage ne serait accessible qu’aux écoles qui seront en mesure d’équiper leurs élèves de iPad. Autrement, ces investissements n’auront pour effet que d’exacerber les inégalités. C’est pour cette raison que j’évoquais dans mon texte précédent qu’il était plus nécessaire que jamais de se doter d’une politique publique en bonne et due forme à l’égard des technologies à l’école.

Parmi les éléments qu’il me semble absolument nécessaire de prévoir dans cette politique, c’est l’interopérabilité, et, pour cela, l’adoption de normes et de standards dont l’usage sera obligatoire pour que l’argent de l’État puisse être mis à contribution. Carl-Frédéric tourne gentiment en dérision la préoccupation que les manuels scolaires produits avec iBooks Author ne pourront pas être lu sur autre chose qu’un iPad — mais je pense que c’est tout de même une préoccupation légitime, particulièrement si les manuels dont il est question sont produits avec un soutien public (ce qui est aussi le cas non seulement si ce sont des éditeurs subventionnés, mais également si ce sont des enseignants ou des conseillers pédagogiques qui les réalisent). Ces normes et standards assurant l’interopérabilité existent : pdf, epub 3, html 5, etc.

Je pense qu’il faut que les gouvernements disent dès maintenant à Apple: bravo, vos outils sont extraordinaires, nous en soutiendrons la diffusion, voire l’adoption, dans le domaine scolaire, mais uniquement dans la mesure où ils deviennent compatibles avec ces normes et standards — et dans ces conditions, seulement, nous accepterons que l’argent public y soit investi.

Est-ce que le résultat de tout ça est un livre? — qu’importe. C’est une ressource éducative essentielle à la réalisation du curriculum scolaire. Il faut donc le considérer comme tel dans notre réflexion.

Carl-Frédéric semble confiant qu’on n’obligera pas les écoles à acheter des iPad — certes, mais je pense qu’on ne les empêchera pas facilement de le faire non plus et qu’à défaut de politiques claires à cet égard, on pourrait se retrouver avec de mauvaises surprises rapidement : pas parce que les outils d’Apple ne sont pas bons, au contraire — mais parce qu’on n’en aura pas balisé l’usage adéquatement.

C’est ça l’urgence : encadrer. Pour que le rythme des changements qui s’annoncent, avec la force de séduction et d’investissement dont est capable Apple (et ses concurrents, qui ne sauraient tarder à emboîter le pas), ne nous empêche de garder le cap sur les missions les plus essentielles de l’école.

La petite télé

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Journée sportive. Hockey. Mini-basket. Une pratique. Deux matchs.

J’observe.

Des caméras vidéos. Des appareils photos. Des téléphones. Des iPhones. Des photos. Beaucoup de photos! Souvent.

Mais pas tout le temps. Et pas au hasard. C’est intriguant.

Tous les appareils semblent se lever en même temps, comme si les bras qui les portaient étaient guidés par une même intention.

C’est comme si les moments forts étaient encore plus excitants vus dans un écran — cadrés. Encadrés. Comme à la télé.

Clic. En mémoire — celle de l’appareil. Pour les souvenirs ça reste à voir.

Ça m’intrigue.

Ça m’intrigue parce que sont les autres moments qui m’intéressent le plus — ceux qui préparent ces moments-clics. Les moments de préparation, les chutes, les complicités, les oups et les tapes dans le dos qui disent la prochaine fois ça va aller mieux.

Ce que j’aime voir dans la petite télé, c’est ce qu’on ne voit pas assez dans la grande télé.

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