En mars 2001, je co-signais dans le magazine L’école branchée un texte intitulé Réinventer le manuel scolaire ‹ Pourquoi? Comment? Et les nouvelles technologies là-dedans? (ici en .pdf).
Avant-hier, j’ai enfin reçu le plus récent numéro de Vie pédagogique, dont le dossier principal porte sur Le matériel didactique: les outils entre les mains de maîtres. On y trouve, pas moins de onze articles sur le sujet!
Voici quelques commentaires sur le premier de ces textes ‹ dont la lecture m’apparaît particulièrement essentielle pour qui s’intéresse aux différentes formes que pourra adopter le matériel scolaire dans l’avenir (un avenir pas si lointain d’ailleurs!).
COMMENTAIRES SUR:
Le manuel scolaire et la pédagogie différenciée
par Richard Migneault, directeur des ressources éducatives de la Commission scolaire de la Rivière-du-Nord
Article publié dans Vie pédagogique, numéro 124, septembre-octobre 2002, pp. 13-16.
De façon générale, le texte est un exercice de prospective autour des deux questions suivantes:
– Qu’y a-t-il de différent dans la classe d’aujourd’hui?
– À quels principes pédagogiques le manuel scolaire devrait obéir?
Il résulte principalement de cet exercice une liste de quatre avenues (voir plus bas) qui devraient être explorées relativement à l’avenir du manuel scolaire.
L’article trace un excellent survol des enjeux auxquels font face les éditeurs au plan pédagogique, mais fait preuve d’un peu de naïveté relativement aux autres contraintes qui entourent le monde de l’édition scolaire (coûts, mécanismes d’approbation, diffusion, etc.). Comment affirmer sans faire sourire, par exemple, qu’il faudrait « offrir aux élèves d’aujourd’hui du matériel qui réponde à leurs besoins, peu importe le prix »!
C’est toutefois un bien petit défaut si on tient compte tenu du fait que l’auteur sait inspirer et qu’il arrive très bien à tirer profit de cette naïveté pour donner le goût au lecteur de participer à la réinvention du manuel scolaire.
En détails, à partir de quelques extraits:
«…le manuel scolaire n’a pas comme mission première de faciliter le travail de l’enseignante ni de répondre aux besoins de l’enseignant. Le manuel scolaire doit satisfaire les besoins de l’élève et faciliter son travail d’apprenant.»
C’est une évidence qu’il n’est pourtant jamais inutile de rappeler!
«…quelques contraintes quotidiennes de nos écoles contemporaines et qui dictent une pédagogie différenciée: (…) [la nécessité de] concurrencer la télévision, Internet, l’ordinateur et un ensemble de stimuli médiatisés et captivants pour susciter et garder l’intérêt des élèves.»
À quoi bon considérer la télé, Internet, etc. comme des concurrents pour l’attention des enfants? C’est peine perdu. Il s’agit plutôt de s’en faire des alliés et de tirer profit de l’intérêt qu’ils font naître chez les élèves pour certains sujets.
«Quel pourrait donc être ce manuel scolaire regroupant toutes ces qualités et répondant à l’ensemble des besoins des élèves qui fréquentent nos classes? Eh bien, à cette question, j’ai quatre réponses, quatre avenues qui devront être empruntées en parallèle et auxquelles nous devrons accorder la même importance:
– la création d’une banque d’activité pédagogique englobant l’ensemble des contenus essentiels ;
– une bibliothèque scolaire bien garnie, vivante et animée ;
– des fascicules portant sur l’ensemble des changes d’intérêt des élèves menant à la réalisation de projets ;
– une équipe de vigie pédagogique à l’affût de l’actualité, produisant rapidement des dossiers concernant des événements marquants.»
Le dernier point est certainement le plus important des quatre. Les trois autres relèvent d’ailleurs un peu trop des voeux pieux… si vous voulez mon avis!
Ce que monsieur Migneault décrit comme « une équipe de vigie pédagogique à l’affût de l’actualité », j’en rêve depuis au moins trois ans. Pour moi, il s’agit de mettre en place une salle de rédaction qui pourra diffuser aux enseignants (et aux parents) du matériel éducatif à la manière d’une agence de presse pédagogique. Imaginez: un Reuters éducatif. Un organisme qui regrouperait des experts des programmes scolaires et de la vulgarisation dans le but de faire à toute heure du jour ou de la nuit une lecture pédagogique de l’actualité ‹ dans le but de reconnaître tout ce qu’un événement est susceptible de produire comme occasion d’apprentissage… Et le pire (ou le mieux, en fait!) c’est que ça ne coûterait vraiment pas si cher qu’il en a l’air. Des expérimentations en ce sens ont même d’ailleurs déjà été réalisées (notamment L’Actualité en classe, à laquelle j’ai eu la chance d’être associée un moment). M’enfin… faudra y revenir un de ces jours!
Voici d’ailleurs comment monsieur Migneault poursuit sur ce point (j’espère qu’il me pardonnera de l’avoir ainsi interrompu!):
«…tout cela apparaît aux informations du soir. Des milliers d’enseignants les regardent, un million d’élèves sont touchés d’une façon ou d’une autre par ces événements. Quelque part (…) une équipe de pédagogues examinent soigneusement l’actualité. Chaque spécialiste d’un d’un domaine scrute les événements, recherche de la documentation (…) Le lendemain, par la magie du courrier électronique, dans toutes les écoles du Québec, une documentation riche et variée est disponible dans la salle des enseignants.»
C’est une très bonne description de ce à quoi je rêve, en effet! Et le plus beau dans tout ça… c’est qu’avec des personal knowledge publishing tools comme celui qui rend possible ce weblog et de bons agrégateurs de sources XML… cela pourrait pratiquement prendre forme de façon décentralisée ‹ grâce à un fonctionnement par réseaux élaboré autour de certains centre d’intérêts bien précis. Ce qui était presque utopique il y a deux ans, lors de la naissance de L’actualité en classe, apparaît dorénavant plus que réalisable tellement les outils ont changés.
Très intéressant. Je vous propose de comparer nos notes dans un avenir rapproché. Car je voudrai moi aussi faire adopter l’outil du journal Web chez nous, soit comme activité d’apprentissage pour un ou plusieurs cours, soit à titre de processus d’édification d’un intranet d’entreprise, plus probablement les deux. En autant bien sûr que le concept reçoive suffisamment d’appui!
D’ici là, je me permets de vous emprunter l’expression « vigie pédagogique » qui vient imager à point nommé un concept dont je parle depuis un certain temps déjà.
Continuez le bon travail!