Pourquoi se limiter au premier degré?

Je ne suis pas trop sûr de quoi penser du manifeste du premier degré. Je profite donc de l’occasion que nous offre Pierre Lachance pour y réfléchir un peu.

J’ai déjà été sollicité pour signer ce manifeste par le passé. J’ai toujours hésité à le faire. Malaise. Comme aujourd’hui. J’ai comme l’impression que le texte est paradoxal.

Se voulant un texte qui guide son signataire lors de la rédaction de ses textes, j’ai l’impression qu’il se révèle en fait un outil qui se retourne bien rapidement vers le lecteur. Une phrase de Pierre l’illustre d’ailleurs très bien: « C’est-à-dire que si vous n’êtes pas certain de ce que je veux dire, posez-moi la question… ». Résultat: au lieu d’encourager l’auteur à s’exprimer clairement, le message envoyé est: si vous ne comprenez pas bien, demandez-moi de préciser. Est-ce qu’on a amélioré la communication avec une pirouette semblable? Je ne crois pas. Dans tous les cas, il me semble, l’efficacité du message doit reposer d’abord et avant tout sur l’auteur du message (sachant évidemment que les lecteurs interpréteront ce message et que cela sera source de distorsion).

Une autre chose m’agace dans ce manifeste. C’est l’idée qu’il porte que « le second degré » est une chose négative, ou à éviter. C’est certes une méthode de communication souvent plus risquée (l’usage de l’ironie, du cynisme, etc. est effectivement extrêmement délicate, particulièrement dans des contextes ou on ne dispose pas d’informations « non verbales », comme sur un blogue, par courriel ou dans un forum de discussion) mais c’est quand même un outil que la langue française met à notre disposition pour exprimer des idées. Et je ne vois pas pourquoi je m’en priverais. J’en ai parfois fait usage avec beaucoup de succès, parfois un peu moins. Il y a des choses qui ne gagnent pas à se dire trop directement, qu’il faut parfois emballer un peu, pour les aider à passer. Et il y a des auteurs dont j’ai eu tellement de plaisir à lire des lettres, des essais et des nouvelles écrites au second degré, faisant merveilleusement usage de la parabole, de la métaphore et de l’analogie, que j’ai peine à dévaloriser cette forme d’écriture!

De façon générale, je pense qu’on ne gagne pas à se priver de moyens de communication. Je pense qu’il vaut mieux consacrer nos efforts à apprendre à s’exprimer plus clairement, et à savoir choisir à quel moment choisir un type de langage plutôt qu’un autre. Faire appel moins souvent au second degré, certes! M’en priver, pourquoi donc?

Si je n’utilise pas le second degré, ce ne sera certainement pas parce que c’est mal, mais bien parce que c’est inefficace, dans une situation donnée, dans le contexte du message que je souhaite formuler. Il me semble que c’est d’abord et avant tout une question d’intention.

7 comments

  1. Est-ce que le fait que j’ai signé ce manifeste entraine que je cesserai d’utiliser d’autres moyens de me faire comprendre? Absolument pas. Sauf que ce sera clair que je suis ironique ou encore que je «parabolise». Autrement il n’y aura pas de sous entendu.

    «Dans tous les cas, il me semble, l’efficacité du message doit reposer d’abord et avant tout sur l’auteur du message (sachant évidemment que les lecteurs interpréteront ce message et que cela sera source de distorsion).» Je trouve ceci un peu lourd à porter pour ceux qui sont frileux à l’écriture. Car justement, tous les textes sont interprétés, et je crois positif/constructif que le lecteur demande des précisions avant de «brasser» l’auteur.

    «Une autre chose m’agace dans ce manifeste. C’est l’idée qu’il porte que « le second degré » est une chose négative, ou à éviter.» Voilà ce que le manifeste (dont je n’ai pas participé à la rédaction) veut justement éviter. En interprétant ceci, on fait exactement ce qu’il veut dénoncer ;o)

    À propos des sous entendus, il ne sont presque jamais interprétés dans le bon sens par le lecteur à mon avis. Exemple: le sous-entendu de Louis à propos de M. Boiclair, vous l’avez interprété comment? Pour ma part je sais ce que Louis a voulu dire car j’en ai discuté avec lui de vive voix. Mais pour quelqu’un qui n’a pas eu cette discussion, ça peut prendre toutes sortes de tangentes.

    Merci Clément de m’aider à poursuivre ma réflexion.

  2. Je suis entièrement d’accord avec ta réserve, Clément. Surtout quand tu écris : « Je pense qu’il vaut mieux consacrer nos efforts à apprendre à s’exprimer plus clairement, et à savoir choisir à quel moment choisir un type de langage plutôt qu’un autre. »

    Ce n’est pas uniquement pour préserver la beauté de la langue ou pour condamner une langue de bois, le langage technocratique ou la fadeur de l’expression. Il y a, par ailleurs, des nuances qui ne peuvent être dites au premier degré. Les mots ont leur limite, comme les idéogrammes. Réduire leur usage à leur sens propre équivaut à limiter l’étendue de la pensée.

    Le problème réside bien plus dans la compétence au regard de l’écriture. Si on doit parler de degrés, je suis d’avis qu’il faut regarder davantage du côté de la méthode que du contenu. Écrire comme on parle, ça relève du premier degré. Si on accordait un peu plus de soin à la façon dont on écrit (logique, style, démarche), ne serait-ce qu’un peu plus d’emphase sur la révision, il y aurait beaucoup moins de malentendus.

  3. En ce qui me concerne, Pierre, c’est simple : il me semble que si l’écriture est claire (c’est-à-dire qu’elle dissipe tout malentendu ou « sens caché »), on n’a aucunement besoin d’un Manifeste du 1er degré.

    Quoi qu’il en soit, je respecte les signataires du Manifeste. J’applaudis leur volonté d’intégrité dans l’expression. Pour ma part, je n’ai nullement envie de me priver des jeux de l’esprit. Peut-être, après tout, ai-je une prédilection pour tout ce qui est tordu.

  4. Sans même faire intervenir toute la richesse que nous donne le deuxième degré, je trouve que le manifeste repose sur des bases faillibles.

    Comment savoir ce que l’autre va y trouver? La seule façon de le savoir vraiment est d’être dans sa tête. Les mots, les expressions, les phrases ont rarement exactement le même sens pour l’un et l’autre. Lorsque nous apprenons à parler, nous reconstruisons en nous la langue, avec les déviations que ça implique. Et là, on parle d’un contexte assez uniforme culturellement. Lorsqu’on est confronté à un autre contexte culturel, ce que l’on conçoit comme clair et sans ambiguïté ne l’est pas nécessairement pour l’autre – pis encore, ce peut être clair et sans ambiguïté, mais avoir un tout autre sens; dans quel cas il n’y aura pas de recours à l’article 2.

    Voici un exemple simple de mésentente liée à une conception différente (qui, je l’avoue, ne s’applique pas à un contexte de discussion écrite). Dans une discussion, le récepteur utilise ce qu’on nomme (en anglais) le « back-channeling » pour indiquer qu’il suit l’intervention de son interlocuteur. Ceci peut prendre la forme de « hmm », de hochements de tête, etc. Plusieurs personnes vont utiliser « oui », pour dire qu’ils suivent l’argumentation (sans toutefois se prononcer sur sa validité). Par contre, pour plusieurs autres, « oui » signifie qu’on est d’accord avec l’affirmation. Avant de pouvoir être sûr qu’il n’y a pas de « sens caché », il faut connaître toutes ces petites différences, pour tous nos interlocuteurs et lecteurs.

    En outre, ne pas donner de sens caché à nos affirmations implique que nous savons clairement ce que nous voulons dire, et pourquoi. Ce qui est, lorsqu’on regarde de plus près, pas si souvent le cas.

    Je penche plus du côté de Clément. Il faut savoir s’exprimer clairement et reconnaître lorsqu’il est approprié d’utiliser un niveau de langue ou un autre.

  5. je pense que la communication la clee de la reussite sur tous les sujets de la vie courant

    je pense que d’etre efficace en communication il faut bien comprendre le message qu’on dit et de raisonner bien au lieu de repondre clairement

    d’autre part je crois que la plupart du temps le gens n’ecoute ps le message et fait une contreverser pour se defendre sur son position personnl

    il y a autant de chose de dire ce qu’on pense avec la personne qui aime communiquer bien et donner des bonne affirmation au lieu de dire n’apport quel forme

    le style de communication vaire selon le monde de personnage ‘ si tu s’adresse un enfant , ou bien un personne de ton age qui comprend commme toi je vx dire par la meme niveau d’etude et d’autre un personne ignorant et un personne age , les femme aussi selon le style de communication

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