Déjà six mois

Déjà six mois que j’ai quitté Québec pour relever de nouveaux défis à Paris.

Déjà six mois que je vis éloigné de mes parents et amis — guidé par l’idée:

de découvrir le monde tel qu’il se présente vu d’ailleurs;
de mieux comprendre qui je suis;
d’aller à la rencontre de l’Autre.

…tout ça pour avoir une meilleure idée de ce qu’il faut savoir aujourd’hui — quand on a 33 ans, 32 ans, 8 ans, 6 ans et 4 ans — pour être libre, vivre inspiré par son appartenance à l’Humanité et être pleinement conscient de la solidarité que cela implique.

Alors, qu’est-ce que j’ai découvert jusqu’à présent?

Candidement, en vrac:

J’ai évidemment constaté que ce qui peut faire l’objet d’un jugement rapide demande généralement du temps, parfois beaucoup de temps, pour être compris.

J’ai appris que le concept de « qualité de vie » est bien plus flou que je ne le croyais… je pense maintenant que c’est un concept qui ne peut essentiellement être interprété sur une base personnelle: « j’ai une qualité de vie extraordinaire à Québec »… bien, mais est-ce que ça permet pour autant de vendre « LA qualité de vie à Québec » à des gens d’ailleurs, qui ont des goûts, des habitudes et une culture différente de la mienne? Maintenant j’en doute.

J’ai réalisé qu’il n’y a pas qu’aux États-Unis « que ça se passe »… que l’Europe est une construction politique et économique aussi extraordinaire qu’étonnante et qu’il est infiniment dommage que cela ne soit pas plus perceptible à partir du Québec. Il y a beaucoup à découvrir et à accomplir ici pour des Québécois… et il y bien des avantages à avoir développé des points de repères dans « un petit pays » avant d’en aborder un plus grand — en affaires notamment.

J’ai aussi constaté que l’omniprésence du multilinguisme (parfois cinq ou six langues, voire plus, sur les emballages, l’affichage, etc.) a pour effet salutaire (indirect?) de nous rappeler continuellement que nous vivons dans un monde multiculturel et qu’il n’est pas (plus) possible de réfléchir et d’agir « en vase clos », avec nos seuls repères culturels — au risque de vivre repliés sur nous-mêmes. En politique, en affaires, comme dans les domaines culturels et éducatif, il me semble plus essentiel que jamais de savoir — et de comprendre — qu’il existe plusieurs manières de voir le monde (et de développer l’empathie qui doit accompagner ce constat). En ce domaine, les habitudes culturelles défensives (légitimes et généralement essentielles) du Québec — telles que la Loi 101 — sont peut-être parfois un obstacle à une prise de conscience pourtant nécessaire.

J’ai été étonné (et ravi!) de constater que malgré des systèmes scolaires et des « des rapports à l’école » bien différents, les défis auxquels font face la France et le Québec dans le domaine de l’éducation sont très semblables et que les réformistes et les conservateurs se retrouvent, de part et d’autre de l’Atlantique, dans des positions semblables. J’ai par ailleurs été surpris de réaliser à quel point l’horaire de l’école française n’était pas soumis à la logique du marché du travail et de constater toutes les pirouettes et les inconvénients que cela peut représenter pour les parents — évidemment le plus souvent pour les femmes… pour qui il conviendrait même de parler de sacrifices (les garderies à 7$ et les « services de garde » québécois sont vraiment des merveilles!). Toujours par rapport à l’éducation, j’ai constaté (avec horreur) l’incroyable influence de la publicité directement adressée aux enfants… ce que nous avons le bonheur de ne pas connaître au Québec.

J’ai aussi pu découvrir que les gens que j’admire le plus, ceux qui m’inspirent avec qui j’apprécie le plus collaborer sont des gens déterminés, guidés par des idées personnelles claires, qui leur permettent de prendre des décisions sans trop d’hésitation… tout en restant attentifs aux opinions qui leurs sont communiquées, et qui font même en sorte que des points de vue contradictoires puissent s’exprimer librement. J’ai encore une fois la chance d’être entouré de plusieurs personnes de ce type… et je compte apprendre encore beaucoup en les côtoyant. Vision, détermination, efficacité et écoute.

J’ai finalement beaucoup apprécié pouvoir vérifier que les moyens de communication dont nous disposons aujourd’hui permettent effectivement de rester en contact avec nos proches — où qu’on soit dans le monde — et que le principal obstacle à cet égard n’est plus technique ni économique… c’est essentiellement le temps dont on dispose — un temps qui s’enfuit si on ne se l’accorde pas.

Mais plus que tout, j’ai pu constater au cours des six derniers mois que toutes ces découvertes n’ont fait qu’accroître mon désir de changer le monde grâce à l’éducation. Je suis plus que jamais convaincu que les apprentissages que je fais quotidiennement grâce à ce dépaysement seront très précieux pour les prochaines étapes de la poursuite de cet objectif — un objectif qu’il serait évidemment prétentieux de penser pouvoir accomplir, mais qui est néanmoins indispensable de poursuivre: parce que c’est l’essence de la vie telle que je la perçois aujourd’hui.

Je suis prêt pour le prochain six mois. Il y a encore tant à apprendre.

Go!

5 commentaires

  1. Beau billet, Clément. Très inspirant tout en portant à réfléchir. Ça me donne le goût de repartir juste pour me brasser!

  2. Formidable, Clément. Ta candeur te sert bien. J’ai particulièrement aimé tes réflexions sur la richesse du multilinguisme. J’en prends note pour motiver mes élèves.

  3. Et pourtant, Clément, tu es arrivé dans un pays qui a beaucoup de difficultés à regrader sereinement au delà de ses frontières. Mais ce qui importe c’est l’expérience de ces diversités que tu vis au quotidien. Effectivement tu démontre que le monde prend vraiement sa dimension quand on le visite, quand on le partage autrement que par les médias. Je reviens récemment d’Algérie et avant du Liban dont on connait les malheurs du moment, et chaque fois je trouve cette formidable envie de vivre qui traverse tous nos peuples. Une de mes filles revient d’une année de voyage et d’engagement au Liban, Indes et Thailande, l’autre est actuellement au travail à l’hopital de Ouagadougou, nous restons en contact, et elles aussi avec les amis. Quelle autre vision du monde construisent tous ces jeunes qui sortent réellement de leur pays pour enfin de tenter de comprendre ce que c’est que la « bonne distance » .
    Bien évidemment, comment lire la notion qualité de vie quand au quotidien on vit la relation avec les libanais ? Comment accepter ces différences si nous ne sommes pas capables d’aller réellement à la rencontre ?
    Je salue ici la qualité de ta démarche et l’analyse que tu en fais. Espérons que la suite de ton expérience te donnera encore davantage raison.

  4. Salut Clément, je viens de lire un autre billet celui sur les post-blogueurs… et je découvre que vous êtes à Paris, ma ville. J’espère que vous ne nous trouvez pas trop froid, et que les six prochains mois seront aussi fructueux pour vous que les six premiers.

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