Croire dans l’éducation

Un texte de François m’a bousculé il y a quelques jours: désillusion de l’éducation. J’ai dû prendre un peu de temps pour y penser avant de réagir… parce qu’il ne faut pas perdre confiance dans l’éducation. Nous n’en avons pas les moyens… il n’y a rien d’autre pour faire face à l’obscurantisme, à l’injustice, à la misère à la guerre et aux espoirs déçus.

Quand on ne croit plus dans l’éducation on ne croit plus en rien. Il faut y croire. Par conviction ou, à défaut, par obligation.

En contrepartie, il faut sans doute accepter de remettre en question notre conception de l’éducation et la manière dont on la conduit généralement.

* Charles-Antoine insiste sur l’importance du « vivre ensemble »;
* Negroponte, cité par Mario, rappelle que l’enseignement n’est qu’une des manières d’éduquer;
* Le congrès des Villes éducatrices (où je serai évidemment!) sera l’occasion de nous rappeler que les écoles ne sont pas le lieu exclusif de l’éducation.

C’est juste, je partage tout ça, mais je pense qu’il faut aller plus loin. Il faut surtout remettre en cause notre conception pittoresque de « l’éducateur solitaire » — celui qui enseigne seul devant son groupe d’élève — et (re)bâtir une conception de l’éducation comme une responsabilité véritablement collective, où l’enseignant joue un rôle essentiel au sein d’un vaste ensemble d’intervenants, dans et hors de l’école.

Être éducateur aujourd’hui, être prof, être pédagogue, est-ce que ça ne devrait pas d’abord et avant tout être un leader — celui qui prend les devants — être celui ou celle qui coordonne le déploiement de toutes les ressources que la société choisi de mettre à la disposition des enfants pour apprendre à vivre en société? Être celui qui accompagne, celui qui trace le parcours par lequel un petit humain devient un adulte? Être prof, n’est-ce pas avant tout être en mesure de mettre en contact, au moment opportun, ceux qui savent et ceux qui veulent ou ont besoin d’apprendre?

Pas facile tout ça. Impossible, sans doute, dans le contexte actuel. Mais est-ce une raison suffisante pour ne pas y croire? Pour ne pas l’espérer? Pour ne pas travailler à faire en sorte que cela puisse se réaliser?

Je comprends très bien que François puisse flirter avec la désillusion. Ce doit être difficile, très difficile, par les temps qui courent, d’être un prof solitaire dans une école-sanctuaire.

Vraiment, plus que jamais, la pédagogie telle que je la conçois passe par:

– Une ouverture croissante de l’école sur son milieu;
– La conception de la ville comme une cité éducative;
– La reconnaissance des profs comme les indispensables catalyseurs de la réalisation d’un travail social qui ne peut être que le résultat d’une concertation et d’un engagement collectif permanent.

Voilà pourquoi je rêve d’une ville où des incitatifs seraient mis en place pour:

– encourager les écoles à mettre en tous temps leurs ressources à la disposition des communautés qui vivent à proximité;
– pour multiplier les interactions de nature éducative entre tous les acteurs de la communauté;
– valoriser le travail des enseignants et leur accorder les privilèges nécessaires pour leur permettre de collaborer plus facilement entre eux, de tirer profit des ressources de leur milieu, de faire appel aisément aux médias, aux entreprises, aux élus, etc.

Quand il est question d’éducation, devant le risque de désillusion il faut rêver. Croire et rêver.

3 commentaires

  1. Rapidement, comme ça, ce matin je dirais qu’il faut faire une distinction entre l’éducation et l’école.
    L’éducation est certainement nécessaire. L’école, quant à elle, l’est sans doute beaucoup moins. L’éducation est peut-être trop importante pour laisser l’école s’en occuper. (Relire Illich !)

    Il faudrait définir l’école ouverte sur son milieu. Est-ce qu’il s’agit de prêter ses gymnases, ses laboratoires de sciences, d’informatique? S’agit-il de laisser entrer des « enseignants » qui n’en sont pas pour combler le manque de ressources?

    Quant à la reconnaissance des profs… oubliez-ça : les politiciens nous traitent comme de la m…..

  2. Gilles fait une distinction importante. Et je crois savoir que lui aussi ressent un ras-le-bol. Pour ma part, ce qui m’inquiète de plus en plus, c’est que ma désillusion, d’abord centrée sur l’école, déborde maintenant sur l’éducation. Il n’y a pas que « les politiciens qui nous traitent comme de la m… », comme le dit si bien Gilles. La société se fout pas mal du système scolaire (lire « école »). C’est un système vieillot ; à partir du moment où les enfants rentrent à la maison désenchantés, les parents comprennent le message.

    L’éducation sociale, pour sa part, est maintenant largement l’affaire des médias et, parallèlement, de la publicité qui les financent. Le rôle de la famille s’effiloche de plus en plus. La philosophie est associée à l’antiquité. L’humanisme, c’est pour les faiblards. La science, la richesse, l’individualisme, voilà les valeurs qui comptent réellement.

    Heureusement qu’il y a encore des esprits larges comme toi et Mario pour maintenir la flamme. Mais je constate de plus en plus que les optimistes se situent à l’extérieur de la classe. Dans le milieu, je constate que la désillusion frappe les professeurs de plus en plus tôt dans la carrière.

    Je veux bien continuer à croire dans l’éducation, quoique c’est toujours relatif, mais sans la foi des professeurs, que peut-on espérer ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s