Laurent Lafforgue sur les technologies à l’école

J’ai eu la chance de participer, il y a une quinzaine de jours, à un petit-déjeuner du Club sénat sur le thème l’éducation et les nouvelles technologies.

Parmi les personnes invitées à prendre la parole lors de cette rencontre se trouvait Laurent Lafforgue, mathématicien émérite, bien connu des Français pour ses prises de positions tranchées sur l’école (et sa démission du Haut Conseil de l’Éducation).

Polémiste conservateur (de mon point de vue), Laurent Lafforgue n’a pas dû décevoir ses partisans en formulant ses opinions sur les technologies à l’école. Extraits:

« Il ne faut surtout pas introduire l’ordinateur et les calculatrices à l’école
primaire. C’est inutile et nuisible à ce stade. »

« [selon une étude] moins les élèves utilisent l’ordinateur à l’école et à la maison, le meilleur ils sont en connaissance de la langue et en mathématiques. »

« Je suis fermement opposé à l’introduction des ordinateurs dans les écoles primaires. »

« Je supplie les responsables politiques de ne pas succomber au vertige de l’informatique. »

« Rien n’est pire que de placer des enfants qui ne savent pas écrire devant un ordinateur : ces enfants ne sauront jamais écrire avec la main. »

Et c’est sans compter que le résumé de la rencontre rapporte plusieurs des propos de Laurent Lafforgue de façon beaucoup plus modérée qu’ils n’ont été prononcés en réalité: « l’école primaire doit être intemporelle, éternelle », « il faudrait bombarder les IUFM », etc.

Je sais apprécier les polémistes lorsqu’ils appuient leurs propos sur des valeurs fortes — une société en a parfois besoin pour provoquer les plus profondes remises en question — mais dans ce cas, je doute que la démarche de Laurent Lafforgue soit très constructive.

Je suis inquiet par la polarisation des débats sur l’école. Il me semble que sur un sujet semblable, même les points de vue extrêmes devraient comporter une dimension dialogique. L’opposition conflictuelle ne convient pas pour résoudre les défis qui se posent aujourd’hui à l’école. Je suis convaincu que les enjeux autour de l’école nous obligent à trouver des manières d’animer le débat qui permetteront de faire entendre davantage les porteurs de propositions que ceux qui se limitent à objecter ou à critiquer.

Peut-être que Laurent Lafforgue adoptera une attitude différente devant un auditoire de pédagogues, à l’occasion des Entretiens Nathan, le 14 octobre prochain. Je le souhaite.

2 commentaires

  1. Le conservatisme de Lafforgue est intenable. Peut-on vraiment imaginer que les enfants apprendront de la même façon dans 500 ans qu’aujourd’hui ? Sans compter l’accélération de l’évolution. Ça ne tient pas la route.

    La question n’est pas de savoir si les nouvelles technologies favorisent les apprentissages ou leur sont néfastes. C’est secondaire, dans la mesure où elles sont là pour rester. L’important, aujourd’hui, est d’apprendre à les utiliser à bon escient. Ce qui ne nous éloigne pas nécessairement de l’essentiel, soit la primauté de l’Homme sur la machine.

  2. Il est malheureusement temps de refuser les propos très graves de Monsieur Lafforgue. La violence sous jacente à ses dires est la traduction concrète du modèle de relation humaine qu’il prône. Personne n’est dupe d’autant plus qu’aucun étayage scientifique sérieux ne vient en appui de la plus grande partie de ses propos.
    Il est dommage que l’académie des sciences soit invoquée à son propos, alors qu’il s’exprime en son nom propre

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