Défendre la réforme?

Il ne se passe plus une journée sans que des amis me disent qu’ils aimeraient que j’écrive un peu plus souvent sur mon blogue. J’apprécie. Merci. Moi aussi je le souhaiterais. Il faudra toutefois pour cela que je retrouve un peu de temps pour le faire… parce je suis pour le moment dans une période d’apprentissages professionnels incroyablement intense et que cela me laisse bien peu de temps pour prendre le recul nécessaire à l’écriture bloguesque telle que je la conçois.

Cela dit, j’ai été un peu piqué au vif dans les derniers jours par quelques amis qui m’ont « accusé », gentillement, de les avoir abandonnés dans la défense de la réforme de l’éducation qui est en cours au Québec. Je me suis dit que ce pourrait être amusant de répondre à leur provocation et de profiter de l’occasion pour écrire un texte sur le sujet — très spontanément, comme pour voir de quelle façon je pourrais arriver à formuler un plaidoyer pour ma défense.

Abandonner mes amis qui sont au coeur de la réforme, moi? Jamais!

Alors voilà, pour ma défense…

* * *

IL FAUT CESSER DE DÉFENDRE LA RÉFORME !

Je me désole de la tournure que prends le dossier du « renouveau pédagogique » depuis quelques semaines. Entre les revendications de la coalition « Stoppons la réforme », le plaidoyer de Bernard Landry et le discours opportuniste de Mario Dumont… l’espace public apparaît monopolisé par les réactionnaires.

Certes, tout n’est sans doute pas parfait dans cette audacieuse réforme… que je suis pourtant très fier que le Québec ait entrepris avant de nombreux autres pays — dont la France, où j’habite depuis un peu plus de deux ans. Certes, des ajustements pourraient y être apportés. Ce sera d’ailleurs toujours vrai de tous les systèmes scolaires — qu’ils soient officiellement ou non en cours de réforme. Il faut accepter l’idée que dans une société en rapide et profonde transformation, le système scolaire sera toujours inévitablement au coeur de tous les enjeux, toujours insatisfaisant, sans cesse à réinventer.

Les appels à stopper ou à faire un moratoire dans la réforme me semblent le fait de gens qui proposent aux Québécois d’attendre de voir la forme que prendra le monde de demain pour y adapter ensuite notre système scolaire. Je pense que c’est une double erreur. D’abord parce que le monde est en perpétuel changement. Ensuite parce que le Québec ne peut pas se contenter de regarder le monde prendre forme, il doit participer à son invention — en être un acteur de premier plan.

Le réflexe du moratoire est compréhensible, mais c’est un piège. Il faut être plus progressiste. Il ne faut pas se contenter d’être observateur d’un monde en changement. Il faut y préparer les jeunes. Il faut leur en donner les moyens. Il faut leur apprendre de nouvelles façons d’aborder les défis auxquels ils sont confrontés; leur permettre de développer la capacité du travail collectif; le difficile exercice de la démocratie et l’exigence de la solidarité; les aider à développer une vision du monde qui fasse une place à l’Europe, au Brésil, à l’Inde et à la Chine; leur permettre de s’exprimer clairement dans plus d’une langues et de tirer profit des nombreuses technologies qui sont à leur disposition. Il faut aussi donner aux enseignants les moyens de faire tout cela avec les élèves. C’est nécessaire pour que le Québec puisse prendre une part active dans le nouveau concert des nations.

Cet objectif exige qu’on prenne quelques risques et que nous cédions un peu du confort que procure la tradition éducative. Il faut rester critique, bien sûr, rejeter les effets de modes, mais accepter de prendre des risques! Il faut rejeter — toujours! — les appels au moratoire et à l’immobilisme. J’invite d’ailleurs les détracteurs de la réforme à proposer d’autres alternatives que l’arrêt ou que le simple retour en arrière.

Dans ce contexte, je souhaite aussi que les forces progressistes de la société québécoise consacrent moins de temps à défendre une réforme qui est de toute façon déjà irréversiblement en marche et qu’elles redeviennent forces de propositions — comme elles l’ont été dans les années qui ont précédées la réforme. Il faut occuper l’espace public différemment… par des idées, des témoignages, des récits, des défis, des projets éducatifs. Il faut remettre l’éducation au coeur de notre projet de société. Il faut décrire ce projet et forcer ceux et celles qui prônent le statu quo d’expliquer le projet de société qui les motive.

Parce qu’ils sont d’indispensables animateurs de l’espace public, je souhaite aussi que Pauline Marois, Mario Dumont et Jean Charest s’entourent rapidement de gens ambitieux pour traiter les questions éducatives; de personnes capables de propositions, de personnes qui savent que le monde change très vite, notamment sous l’influence de la globalisation et du développement des technologies. De gens qui ont voyagé, de gens qui ont occupés plusieurs emplois, de gens qui s’intéressent à la géopolitique, de gens créatifs et ouverts d’esprits.

Cessons de défendre la réforme. Il n’y a rien à défendre. Tout est à proposer. Nous avons un projet de société à bâtir.

4 commentaires

  1. Enfin, un peu de Laberge à se mettre sous les yeux ;-)

    Les réactionnaires qui se mettent facilement en vedette dans les médias : tout à fait québécois, ça ! (Allusion à la réflexion de Christian et la mienne sur le chiâlage)

    IL est aussi exact de dire qu’il nous faut prendre la parole dans le débat, non pas pour défendre, comme tu dis, car ça polarisera le débat dans un chemin stérile où chicanes stériles nuiront au vrai développement, durable de par son changement perpétuel… Il faut donc développer, bâtir, et pour cela, prendre la parole et intéresser ces médias assoiffés de réactions et d’opinions à tout-va !

    Merci de ce billet qui a aidé à mettre en mots ma réflexion amorcée plus tôt cette semaine à ce sujet.

  2. J’adore la conclusion, Clément. Sa concision ne fait qu’ajouter à la valeur de la réflexion et la position qui en découle.

    Je ne suis pas aussi confiant que toi de la capacité de nos institutions politiques à régler les problèmes de l’éducation. Les chefs auront beau s’entourer d’experts et de visionnaires, ce sera toujours insuffisant pour obvier au besoin d’être réélu.

    Il appert que nos institutions politiques ont également besoin d’être réformées. Les forces de ce changement devront nécessairement venir de l’extérieur. Je te rejoins cependant dans la volonté de la communauté d’opérer le changement.

  3. Merci Sylvain, Michel, François pour vos commentaires et suggestions.

    François: sur le fond, deux choses importantes par rapport aux éléments que tu soulèves:

    1. il me semble important de ne pas confondre « la politique partisane » et « les institutions politiques ». Pour moi, la politique au sens « politicienne » est responsable de traduire dans l’espace publique les aspirations des citoyens, de formuler des propositions, d’animer le débat démocratique et d’orienter le développement de la société. Les institutions, pour leur part, sont chargées d’inscrire le résultats de toutes ces discussions, délibérations et arbitrages dans le temps, c’est-à-dire de faire en sorte que tous ces échanges ne soient pas qu’éphémères blablas. Ce sont elles qui mettent en formes les lois, les font appliquer, donnent corps aux réformes, voient à ce qu’elles soient suivies d’effets, etc.

    2. J’ai déjà eu l’occasion de le dire, je le répète à nouveau: malgré le cynisme, je pense que nous n’avons pas le droit de cesser de croire dans le politique — dans la chose politique: dans la capacité des pouvoirs politiques d’avoir une influence sur l’évolution de la société. Abdiquer sur ce point c’est se résigner à accepter notre condition.

    Je préfèrerais que nous réfléchissions sur la manière de rehausser les exigences que nous avons envers les hommes et aux femmes politiques (notamment en ce qui concerne l’éducation) plutôt que d’abaisser ces exigences par dépit et nous retourner vers d’autres moyens d’action (qui sont sans doutes nécessaires, mais de façon complémentaire, par ailleurs).

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