Nationalisme et humanisme

Je suis en profond désaccord avec la charge que Mathieu Bock-Côté signe contre le Bloc québécois ce matin dans les pages du Devoir.

Le très médiatique candidat au doctorat à l’UQAM accuse Gilles Duceppe de trahison, participe au délirant discours du « coup d’état » et prétend que le Bloc s’est disqualifié pour de bon dans la défense des intérêts du Québec.

Foutaise!

On comprend que pour lui tout ce qui permettrait au Québec de vivre tranquille dans son coin (« un gouvernement fédéral plus discret [même très] conservateur ») est préférable à un fédéralisme plus centralisateur — il ajoute même que le Bloc devrait rester — comme au moment de sa fondation — « une coalition de nationalistes de tous les horizons »… comme si depuis 17 ans le contexte politique québécois, canadien et international ne s’était pas profondément modifié.

Je récuse le nationalisme d’isolement que plaide Mathieu Bock-Côté et je condamne le cynisme de ceux qui croient que le Bloc n’avait pas à se mêler des querelles entre le Parti conservateur, le Parti libéral et le NPD — voire pire, de ceux qui, comme Mathieu Bock-Côté croient que Gilles Duceppe aurait dû profiter de la situation et faire « une alliance [avec] un gouvernement conservateur s’ouvrant à certaines revendications historiques du Québec. »

Non, franchement. Le nationalisme doit avoir des limites et la volonté de faire du Québec un pays doit continuer d’être motivée par un projet de société (lequel nous manque cruellement aujourd’hui) et par des valeurs humanistes.

Dans ce contexte, de mon point de vue, il serait absolument inacceptable que le Bloc québécois s’allie à un gouvernement qui s’était proposé de couper le financement aux partis politiques, de retirer aux employés du gouvernement le droit de grève et d’abolir le droit pour les femmes de recourir aux tribunaux pour protéger leur droit à un salaire égal. Un gouvernement qui a par ailleurs démontré à maintes reprises depuis quelques mois, notamment dans le dossier de la culture, qu’il est prêt à renier sa parole à tout moment.

La situation à Ottawa est invraisemblable, c’est vrai. Mais pour ma part, je suis fier de constater que Gilles Duceppe a préféré assumer l’humiliante alliance avec les Libéraux (et leur chef!) et le NPD que de nous engager dans la voie d’un nationalisme prêt à tout pour vivre seul dans son coin.

Je souhaite, moi aussi, être « maître chez nous », mais pas si cela me demande, même par opportunisme, de renier mon engagement humaniste pour la démocratie et pour les droits des femmes et des travailleurs.

Pour cette raison, j’appuie pour le moment sans réserve le Bloc et la coalition que j’espère voir prendre place au Parlement fédéral.

7 commentaires

  1. Je suis tout à fait d’accord avec ce que tu as écrit. Les valeurs sociales du Bloc justifiaient amplement qu’il accepte de soutenir le gouvernement libéral/npd. En passant, l’équité salariale (en milieu de travail fédéral dans ce cas-ci) est un principe si fondamental que les deux bras m’ont tombé quand j’ai su que les conservateurs voulaient l’abolir. C’était de la pure provocation et je me demande bien quel calcul politique ils ont pu faire. !!

  2. 100 % d’accord avec ta réflexion. J’ai signé ma carte du RIN à 19 ans et après tout ce temps je suis encore prêt à voter OUI au prochain référendum. Mais j’apprécie particulièrement ce paragraphe de ton texte :

    « Non, franchement. Le nationalisme doit avoir des limites et la volonté de faire du Québec un pays doit continuer d’être motivée par un projet de société (lequel nous manque cruellement aujourd’hui) et par des valeurs humanistes. »

    Je ne suis pas prêt à cautionner n’importe quoi parce que cela « nuirait » à la cause. J’étais à gauche à 19 ans, je le suis encore.

    Les projets de société, aujourd’hui, sont surtout du côté des tiers parti (comme le RIN l’était à l’époque). Et heureusement, un de ceux-ci est à gauche et souverainiste. Il aura mon vote.

  3. Je suis totalement en accord avec tes propos.

    Il faut savoir ranger les doctrines lorsque des événements d’une importance cruciale, telle une crise économique mondiale, compromettent les intérêts supérieur d’une nation.. peu importe quelle nation.

    En ce moment, il faut que les citoyens mettent de côté leurs rivalités politiques pour que nous puissions nous préparer à la tempête économique qui s’en vient… Il est impératif que l’humanisme et la lucidité prévalent !

  4. Il faut une réponse organisée et soutenue à Mathieu Bock-Côté là où il sévit : Le Devoir. Il frappe sur tout ce qui bouge de progressiste et il devient urgent de faire contrepoids…

  5. Je propose que l’on décortique chacun de ses arguments, un à un, pour les réfuter. À toutes nos têtes, cela devrait bien lui clouer le bec un bref moment

  6. La politique est souvent un art du compromis. Le tout est d’éviter la compromission. Or, je suis d’accord avec vous, Clément, pour le Bloc, soutenir la coalition relève du compromis, même si ce dernier fut probablement douloureux, alors que soutenir le gouvernement conservateur relèverait de la compromission.

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