Festival

J’y suis resté qui vingtaine de minutes. Au milieu de la rue. Appuyé sur la barrière qui indiquait pour l’occasion « Rue Saint-Jean piétonne ».

Il faisait très beau. Il y avait foule. Les gens déambulaient, détendus, au son des fanfares. Ambiance de festival.

Il y avait cet homme très mince, bermudas noirs, chemise très blanche, les bras croisés, qui marchait seul, cou tendu, regard fixe, apparemment insensible à toute distraction. Ses protubérants mollets m’ont fait penser que ce devait être un vieux cycliste.

Cette femme fin-trentaine aussi, au regard marron, particulièrement perçant. Impossible de ne pas la remarquer avec son élégante petite robe rouge agrémentée de dentelles, ses clavicules saillantes, ses épaules musclées et son bras tatoué. Une femme forte, à n’en pas douter. Je n’aurais pas été surpris d’apprendre qu’elle était trapéziste. Ce n’est que maintenant, en regardant la photo que j’en ai faite, que je remarque la prise athlétique de ses mains sur la poignée de la poussette.

Un peu plus loin, assise sur le trottoir, les pieds dans la rue, il y avait cette petite fille aux cheveux blond clair attachés de chaque côté de la tête. Elle devait avoir deux ans. L’émerveillement se lisait dans ses yeux. Elle portait une camisole bleu pâle. Son père, assis à côté d’elle, était aussi souriant. Il portait une camisole bleu marine. Et juste derrière eux: une poussette des deux mêmes bleus pour le plus grand plaisir du photographe. L’image du bonheur en sandales.

En me retournant j’ai eu tout juste eu le temps de voir passer cet homme chevauchant fièrement un BMX vêtu d’une camisole blanche portant l’inscription « Cocaïne & caviar » avec une typographie soignée. Bâti comme un boxeur, les bras tatoués sur presque toute leur surface, il semblait tout droit sorti d’un film de Luc Besson.

J’ai aussi été touché par cette vieille dame, très maigre, remontant péniblement la rue appuyée sur une marchette secouée par les pavés. Habillée comme une rockeuse, jupe courte noire et veste de jeans, elle portait le macaron lumineux du Festival bien en évidence. Visiblement, rien n’allait l’arrêter. Rock and Roll! Je me suis surpris à l’imaginer au bras du vieux cycliste, mais en y pensant bien, je me dis qu’elle préfèrerait probablement prendre une bière avec le type du BMX.

Les trois ados et leurs skateboards installés en bordure de la rue pour voir passer les filles, le clarinettiste à la recherche d’une scène et l’homme poussant un panier d’épicerie vide m’ont aussi fait sourire.

J’ai ensuite repris ma route, devenant à mon tour personnage dans cette foule bigarrée.

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