Au sujet du manifeste de la CLASSE

Il y a quelques jours Le Devoir publiait le manifeste de la CLASSE, intitulé Nous sommes avenir.

De nombreux échanges ont immédiatement suivi, notamment sur Twitter, où j’ai eu l’occasion de déplorer les raccourcis par lesquels certains critiquaient le texte. Dans la foulée, j’ai proposé à Mario Asselin de sortir des 140 caractères pour préciser sa pensée. Il l’a fait ce matin. Je l’en remercie.

Presque au même moment où je prenais connaissance du texte de Mario, j’ai aussi eu un échange avec un ami, par Facebook et par courriel, au sujet du manifeste.

C’est comme ça que mon opinion sur le sujet prend forme lentement. Voici mes réflexions à ce stade:

Je trouve inutile de reprocher à la CLASSE de faire appel à un vocabulaire suranné et à un ton clinquant. On s’en fout, c’est du style! Et puisque c’est destiné à rejoindre des gens qui se reconnaîtront dans ces choix, pourquoi pas? Tout au plus peut-on déplorer que cela fasse un peu prêchi-prêcha.

Je trouve intéressante l’idée de viser « une démocratie directe sollicitée à tous les instants ». Je pense que Mario a tort de prétendre que cela signifierait forcément « interroger le peuple aussi souvent que possible » — parce que la démocratie c’est plus que de répondre à des questions par un vote. Favoriser l’engagement des citoyens dans divers organismes, multiplier les occasions d’échanges entre eux, favoriser l’émergence de médias plus participatifs, mettre en place des mécanismes de consultation continue et miser sur la transparence de l’État: ce sont tous des moyens de favoriser l’exercice d’une démocratie plus directe et moins centrée sur la tenue d’élections.

Je déplore toutefois l’opposition que la CLASSE semble faire entre « démocratie directe » et « démocratie représentative ». Je pense qu’il n’y a pas là d’opposition, mais plutôt deux choses complémentaires qui sont nécessaires à un exercice efficace de la démocratique.

Dans la même perspective, je déplore le manque de considérations pour nos institutions que je sens se faufiler entre les phrases du manifeste. Je pense toutefois que Mario exagère en allant jusqu’à dire que cela sous-tendrait « un déni de la responsabilité individuelle ». Par ailleurs, je ne peux m’empêcher de penser que le cynisme et l’insolence du gouvernement actuel au regard de nos institutions sont bien plus dommageable que la candeur du programme de la CLASSE à cet égard.

Je pense qu’il faut prendre le temps de réfléchir et de débattre du concept de la « juste part » — et éviter d’en balayer toute critique du revers de la main comme le fait Mario dans son texte. Je le comprends un peu parce que c’est un concept qui est central dans l’argumentaire de la CAQ — mais, justement pour cette raison, il me semble que ce serait doublement intéressant de s’y intéresser davantage.

Sur le reproche qui a été fait à la CLASSE de s’être approprié un peu trop facilement le « nous » et de parler comme si le mouvement représentait l’ensemble du peuple québécois, je trouve que plusieurs commentateurs ont la mèche courte. L’inclusion est un procédé qui me semble normal dans un texte qui vise à rallier pour bâtir un rapport de force et je pense qu’il ne faut pas y voir davantage. Je trouve que ceux qui s’offusquent le plus de cela témoignent surtout de l’importance qu’ils accordent au mouvement. Je ne lui en accorde pas tant.

Une critique plus pragmatique du « nous » me rejoint toutefois. C’est celle des « membres involontaires » de la CLASSE, comme cet ami qui me dit:

« Je comprends que de l’extérieur, on peut trouver ça « beau » que la CLASSE ait l’audace d’écrire un tel manifeste. (…) Cependant, je suis, oui, foutument exaspéré. Exaspéré parce que j’ai l’impression de me retrouver par défaut membre du Parti Communiste. (…) J’aimerais me désaffilier de la CLASSE mais c’est impossible. »

Je reconnais qu’il y a un problème d’extension de la portée du « nous » qui est plus inconfortable de ce point de vue que de celui des commentateurs extérieurs.

Cet ami n’est pas resté les bras croisés:

« C’est pourquoi j’ai simplement créé ce groupe facebook. C’est inoffensif, ils gardent mon 1$ et mon « 1 membre de plus » que je représente en leur sein, mais j’ai le droit de dire publiquement que parmi leurs nombreux membres, il y en a pas mal qui n’endossent rien de ce qu’ils crient trop fort. »

Je salue son initiative. C’est aussi ça la démocratie.

* * *

Je m’interroge par ailleurs, de façon plus générale, sur la place qu’occupe la CLASSE dans l’actualité et sur la place qu’ils occuperont vraisemblablement dans le cadre de la prochaine élection.

Certains déplorent une certaine confiscation de l’espace public par le mouvement étudiant et un accaparement des médias par les thèmes qui lui sont chers. Ainsi, il serait plus difficile de parler de langue, d’une meilleure gestion de nos ressources, de politiques énergétiques ambitieuses, de soins médicaux à domicile, d’intégrité et du bilan gouvernemental. De la souveraineté aussi — parce qu’il le faudra bien, parce que c’est plus que jamais nécessaire.

Je ne le crois pas.

C’est vrai que cela peut sembler compliqué de parler de tout cela dans un contexte aussi chargé que celui qui s’annonce, mais je ne pense pas que le silence amorphe de la politique des dernières années était plus propice à faire avancer d’autres causes.

Prêcher dans le désert, c’est plus facile — mais c’est inefficace. J’aime mieux me battre pour des idées dans un espace public animé que de devoir lutter contre l’indifférence.

Et pour ça, je pense qu’il faut apprécier la contribution de la CLASSE pour (re)dynamiser l’espace public et politique — malgré ses traits parfois caricaturaux et ses quelques excès (de démocratie directe, notamment).

Et c’est pour cela que ce manifeste me plaît bien — dans le mesure où on prend le temps de le mettre en contexte.

Un commentaire

  1. Je partage ton avis à propos de la complémentarité des démocraties directe et représentative. Des pays ont déjà un mode de fonctionnement qui au moins s’en rapproche, alors si c’est possible pour eux, ce l’est aussi pour NOUS! ;-)

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