Perdre son âme dans les discussions byzantines

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Qu’est-ce que je pense de l’entrevue que Jacques Parizeau a accordée à Michel Lacombe et qui a été diffusée un peu plus tôt aujourd’hui?

Le PQ a perdu son âme, selon Parizeau | Radio-Canada | 6 avril 2015

J’ai d’abord trouvé que l’ancien Premier ministre était étonnamment serein, malgré la déception de ne pas avoir réussi à faire la souveraineté du Québec, seule raison pour laquelle il s’était engagé en politique, a-t-il rappelé.

Bien sûr qu’il est dur, très dur même, avec le Parti Québécois. Et les médias se font déjà un plaisir de le mettre en évidence. Mais il faut bien admettre qu’il a un peu raison… non? «On [s’est] égaré dans des discussions byzantines», dit-il. Ce n’est certainement pas moi qui vais le nier. Nous avons multiplié depuis plusieurs années les sujets sur lesquels les membres se sont divisés — jusqu’à oublier la cause qui les rassemble. Il n’y a qu’à lire notre programme pour le constater! J’espère que la nouvelle mouture du programme qui émergera du prochain congrès sera simplifiée, à l’extrême. Vous pouvez compter sur moi pour y travailler.

En ce qui concerne la souveraineté du Québec tout dépendrait maintenant, selon monsieur Parizeau, de la volonté des jeunes de 30 et 40 ans (dont je fais partie) et de la modernisation de l’économie québécoise, qu’il présente comme comme une condition préalable à la souveraineté. J’ajouterais personnellement à ces conditions la capacité de faire une pédagogie plus efficace de nos convictions.

Cette pédagogie politique devra également éviter les pièges du dogmatisme qui colore actuellement l’ensemble des discours politiques, comme nous le rappelle, à juste titre, monsieur Parizeau.

Tout est aujourd’hui comme s’il fallait que nos convictions se concrétisent immédiatement sans quoi elles perdraient leur sens, alors que l’Histoire montre bien qu’il faut faire preuve de stratégie, de détermination et de patience avant de voir se concrétiser une idée.

La prise de position de l’ancien premier ministre en faveur de la gratuité scolaire était particulièrement éclairante à ce sujet: «Modernisons d’abord l’économie québécoise, afin de nous donner les moyens de s’offrir la gratuité scolaire, mais cela ne nous empêche pas de plaider en faveur de cette idée dès maintenant». Une chose à la fois, c’est dit.

Avancer étape par étape, en fonction d’un objectif clairement défini, sur une route dont tout le monde accepte de bon coeur les nécessaires détours et compromis… parce que s’il est tentant de croire que chacun de son côté on ira plus vite, c’est évidemment ensemble qu’on pourra aller le plus loin. Je pense que c’est cette conviction que monsieur Parizeau décrit comme «l’âme perdue» du Parti Québécois.

Il faut revenir à la base: notre parti est une coalition de gens qui croient dans l’action collective pour construire l’avenir, en se dotant des moyens dont dispose un pays — avec toutes les nuances et les compromis qui sont nécessaires pour rester solidaires dans la poursuite de cet objectif. J’y crois. Et je pense que la région de la Capitale nationale peut contribuer à faire renaître cet esprit dans le parti.

Jacques Parizeau n’est pas parfait. Il a fait des erreurs (je ne lui pardonne toujours pas le discours de la défaite en 1995) et il pose un regard parfois nostalgique sur le passé, mais le message qui ressort de cette entrevue, même très dûr, ne me démotive pas du tout. Au contraire.

J’en retiens essentiellement:

  • qu’il est indispensable de toujours se rappeler pourquoi on fait de la politique (« parce que ce n’est pas la politique qui est importante, c’est de construire l’avenir »).
  • que la clé du succès, c’est de savoir rassembler autour de soi les gens qui partagent les mêmes motivations essentielles.
  • qu’il est important de distinguer ces motivations essentielles des motivations secondaires et accepter de faire des compromis sur les secondes quand cela permet de poursuivre la réalisation des premières (à défaut de quoi, c’est dans un groupe de pression qu’il est préférable de s’engager, plutôt que dans un parti politique).

Autrement dit, la politique, c’est l’art du possible.

Plus que jamais.

2 commentaires

  1. Très bonne analyse. Un bon objectif. Une cible à visée dans le centre.

  2. Je reste d’avis que le PQ est le parti politique le plus mobilisé et le plus motivé. La course à la chefferie, loin de le diviser tend à le rassembler davantage autour de l’objectif principal, mais de plus, les candidats y présentent des projets vraiment intéressant pour répondre mieux aux attentes de la population. Enfin, je crois sincèrement que le Parti Québécois, après de nombreux efforts consacrés par ses chefs bien sur, mais au surplus par ses militants, ont labourés et sèmés de nouveau le champ de ruine laissé au lendemain du référendum de 1995. Je préfère regarder devant pour construire avec ceux qui croient que c’est possible de vivre mieux au Québec et réaliser ce désir de pays.

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