Tout va bien (ou presque)

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Il n’y a rien comme écrire un bon texte à l’allure rassurante dans une période d’instabilité pour être cité et partagé encore et encore sur les réseaux sociaux. La recette marche à tous les coups.

Le dernier en liste à avoir utilisé ce bon vieux truc est le CEO de Hachette, Michael Pietsch. Dans un billet rédigé pour The Wall Street Journal, le président nous dit que malgré les apparences ça va bien, globalement, pour l’édition — et que les bouleversements provoqués par le numérique restent, sommes toutes, marginaux.

Hachette CEO Michael Pietsch on the Future of Publishing | WSJ | 1er décembre 2015

« I’ve been hearing about the demise of book publishing since the first day I stepped through the doors of a publisher back in 1978. […] The most recent variant of the death watch: A digital revolution would cause e-books to replace printed ones. [But] print books have proved durable because, as a format, they’re simply hard to improve on. »

Qui plus est, de son point de vue, le métier d’éditeur devrait rester, pour l’essentiel, inchangé. Alors pourquoi s’en faire?

« Publishers’ essential work will remain the same—identifying, investing in, nurturing, and marketing great writers. »

Ça fait du bien à lire. Ça rassure. Ça peut même justifier un certain retour du conservatisme. Alors on partage généreusement. C’est la photo de chat faite discours. Et on like, on repartage, on tweete«Vous voyez, je vous l’avais bien dit…»

Sauf qu’il y a quand même un petit hic dans tout ça… Michael Pitsch ne le cache d’ailleurs pas — mais ce n’est pas le passage le plus cité de son texte:

« At the same time, publishers will need to innovate and challenge assumptions about every aspect of the business. »

Eh ben voilà le chat qui sort du sac… tout va bien MAIS les éditeurs vont devoir innover et se remettre en question dans toutes les dimensions de leurs activités! Il y a même une courte (!) liste de quelques uns des défis qui attendent les éditeurs:

« The abundance of titles readers have come to expect will continue to gush forth. Pictorial storytelling will increase in popularity, and comic versions of novels and nonfiction will become commonplace. More titles will be published for children and young-adult readers, including books blended and layered with games. Beloved best-selling writers, living and dead, will publish books more frequently, often with help from co-writers. (Especially the dead ones.) Self-publishing will continue to grow, and appetites unnoticed by mainstream publishers, like the erotica explosion that began in online fan fiction, will find, well, satisfaction. New forms will emerge for mobile devices, as millions abandon e-readers with phones already in their pockets.

Ever-larger retailers and wholesalers bring significant margin pressure, which will lead to continued conglomeration. Social media will continue to expand the writer’s ability to connect with readers; publishers will deepen their relationships with writers, but they’ll also create content of their own. As runaway books sell ever-larger numbers, publishers will earn more on their biggest sellers—which will keep driving up the advances they pay for potential hits. »

Rien que ça…

Alors, ça va toujours? Encore rassurés? Le chat prend soudain des allures de tigre, vous ne trouvez pas?

Quand le gros, le puissant, celui qui a eu les moyens de faire des expériences, celui qui a l’argent pour acquérir les startups les plus innovatrices, celui qui a déjà complètement intégré sa chaîne de production, de distribution et de mise en marché — quand il dit, ce géant que tout va bien dans l’édition, et que les éditeurs ne devraient pas trop s’inquiéter… eh bien moi, je pense qu’il faut se méfier.

Ce qu’il nous dit ce géant, c’est qu’il a un plan de match… et les moyens de le réaliser.

Les petits, ceux qui n’ont pas les mêmes moyens que lui, ceux qui s’essoufflent à faire le minimum, qui n’ont pas les moyens d’innover parce qu’ils trop occupés à survivre — eux, ils ne devraient peut-être pas trop se réjouir de la confiance manifestée par le géant.

Le défi ne prendra peut-être pas la forme prévu, c’est vrai, mais il n’en sera pas moins grand.

Quand tout va bien ou presque — tout est dans le presque.

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