Culture et alimentation

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Dans une discussion avec des amis hier après-midi, nous évoquions les plaisirs de l’alimentation, leur grande importance culturelle — et les nombreux enjeux économiques et écologiques qui accompagnent la transformation de cette industrie absolument essentielle. Tout ça autour d’un très bon repas, simple et savoureux.

Nous avons évidemment besoin d’infrastructures logistiques complexes pour approvisionner les villes et villages du Québec en fruits, légumes, viandes et autres aliments toute l’année. Mais il y a aussi un grand intérêt à faire coexister des circuits plus courts et plus directs entre les producteurs et les consommateurs. Il ne s’agit pas d’opposer les deux systèmes: nous avons de plus en plus besoin de l’un et de l’autre.

Nous avons fait référence à l’exposition Manger ensemble, au Musée de la civilisation (à laquelle Ana-Laura a largement contribué) et à la partie du film Demain qui est consacrée à l’alimentation. Nous avons évoqué plusieurs initiatives québécoises qui vont dans le même sens. Je suis reparti en me disant qu’il faudrait regrouper l’information existante sur tout ça — ou trouver où elle pourrait déjà avoir été regroupée.

Nous avons aussi évoqué le projet de développement immobilier sur les terres agricoles des Soeurs de la Charité de Québec. Un projet qui, au regard de cette discussion, apparaît tout à fait anachronique. Avoir la chance de disposer, encore aujourd’hui, des terres agricoles de cette qualité à proximité du centre-ville et penser les transformer en quartier résidentiel, c’est complètement fou.

C’est fou, mais ça s’explique pourtant très bien. Et ce ne sont pas les acteurs qui sont surtout en cause. C’est la logique qui guide tout le développement urbain au Québec qui amène presque inévitablement l’émergence de tels projets. Parce que les villes sont forcées de construire, parce que la fiscalité est quasiment leur seule source de revenus (une logique qu’il est urgent de revoir) et parce qu’on ne valorise pas à sa juste valeur l’existence de ces circuits agroalimentaires courts, qui ont pourtant une grande valeur économique.

Alors, forcément, en survalorisant la construction et l’augmentation de la valeur de la taxe foncière et en sous-valorisant les activités alternatives, on en arrive à des situations comme celle-là, où tout le monde se renvoie la balle au lieu de chercher des solutions innovatrices pour répondre aux besoins d’une ville moderne.

Il me semble que ces terres méritent mieux qu’une bataille de tranchées. Je trouve qu’il ne s’agit pas tant de protéger ces terres, mais de trouver rapidement une manière de les mettre en valeur, pour en faire une richesse (à tout point de vue, y compris économique) pour la région de Québec.

On devrait profiter de l’occasion pour faire une grande réflexion collective et imaginer un vaste projet innovateur — auquel des entrepreneurs et tous les paliers de gouvernement pourraient apporter leur concours (et pas que par de l’argent, mais peut-être surtout en facilitant des projets-pilotes et en assouplissant l’application de certains règlements, par exemple). Ce projet pourrait servir d’exemple à d’autres régions, ici et ailleurs. Un projet dont Québec pourrait s’enorgueillir. Un projet qui démontrerait aussi qu’en 2016, être une ville intelligente, ce n’est pas seulement être plus technologique, c’est aussi accorder de l’importance à la l’agriculture et à l’alimentation.

Ce n’est probablement ni en s’opposant systématiquement à tout développement résidentiel, ni en plaidant son absolue nécessité qu’on arrivera à ouvrir la voie à un projet aussi ambitieux.

C’est peut-être surtout en prenant le temps d’un grand remue-méninges. En rêvant un peu. Le plus concrètement possible. Peut-être y a-t-il déjà des gens engagés dans cette voie?

Imaginer, par exemple, un aménagement qui fournirait non seulement les marchés public de la ville ainsi qu’un réseau de livraison d’aliments frais à domicile, et qui permettrait aussi de recevoir adéquatement les enfants des écoles de la région pour qu’ils aient tous l’occasion, au cours de leur scolarité, de vivre quelques jours à la ferme, au contact de la terre et des animaux qui nous nourissent? Avec, pourquoi pas, une certaine place pour du développement résidentiel bien intégré dans le projet?

Je vais poursuivre mes recherches et ma réflexion.

Mise à jour: Yannick Roy suggère le visionnement de cette vidéo pour alimenter la réflexion (et je ne peux qu’être d’accord! Il est FANTASTIQUE!): Home Grown, moving next to the farm

4 commentaires

  1. Très inspirant comme réflexion cher Clément. C’est tellement important et tellement souvent ignoré… On t’invite à souper avec juste des aliments locaux. Ce sera déjà un geste qu’on peut tous faire, à notre échelle, pour favoriser notre agriculture. Au fait, l’idée d’une indépendance alimentaire pour le Québec, c’est toujours d’actualité quelque part?

  2. Merci Clément de nous livrer le fruit de cet échange.
    Lorsque nous sommes en Europe et que nous migrons d’un pays à un autre, nous réalisons jusqu’à quel point le contenu de l’assiette exprime la différenciation de la culture et des coutumes d’une nation.
    Le Québec possède un capital alimentaire riche et diversifié autant par ce que nous produisons que par l’expertise que nous avons dans la transformation. Cette industrie est souvent anonyme car elle date, mais elle s’est modernisée énormément et ses pratiques sont de plus en plus en lien avec le développement durable. Aussi, à ne pas oublier, c’est une industrie non-délocalisable.
    Alors au lieu d’accorder une importance démesurée au secteur minier localisé loin de nos lieux de vie, il serait très pertinent de poursuivre le développement de notre secteur agro-alimentaire car il est source d’activité économique, de santé, de culture et de reconnaissance internationale.
    Rappelons-nous que le Québec exporte plus porc (en $) que d’avions.

  3. Bonjour Clément,

    Ton blogue sur la Culture et l’Alimentation traite d’un sujet très approprié et qui fait l’objet de débats dans la Région de Québec. Pour poursuivre ta recherche, je te suggère deux articles du dernier numéro de la Revue Perspecto, École Supérieure d’aménagement du territoire et de développement régional. https://www.esad.ulaval.ca/files/esad/Perspecto2016_enligne.pdf.
    * Entre Bourg et Prairie : Lier centralité et périphérique. Pour une transformation durable des milieux de vie. pp. 10-17
    * L’urbanisme participatif à l’heure de la densification ou comment densifier autrement. pp. 42-47.
    Le sujet et les enjeux sont intéressants et concernent d’abord les communautés qui vivent sur ces territoires. Chaque cas est à analyser et les projets doivent être conçus et développés avec la population dans une ouverture d’esprit dégagée d’intérêt particuliers. C’est pas facile !

  4. Merci pour vos commentaires.

    @Michel, je vais prendre le temps de lire ça dans les prochains jours/semaines.

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