Zagreb

Je ne suis jamais allé en Croatie, mais je tiens beaucoup à ces deux petits personnages de bois peint. Ils ont toujours été accrochés à la poignée d’une porte d’armoire dans la cuisine depuis notre retour de France, il y a huit ans.

Nous avons habité presque trois ans à Paris, dans le XIIe arrondissement, tout près du Parc de Bercy. Pour nous rendre sur la rue Taine ou sur la rue de Charenton pour faire nos courses, nous devions contourner la petite église de la Place Lachambeaudie, puis passer sous les rails qui menaient à la Gare de Lyon.

Sous les rails, à l’abri de la pluie, il y avait généralement un ou deux groupes de SDF (sans domicile fixe). Le plus souvent des immigrants dont l’origine nous était inconnue. Et évidemment pas toujours les mêmes. Ils étaient étonnamment installés, disposants parfois même quelques meubles. Leur présence était tolérée (je me demande si c’est encore le cas aujourd’hui, et si elle le sera encore demain).

Au début de notre séjour, leur présence nous impressionnait évidemment beaucoup. Nous accélérions le pas à leur abord, sans trop les regarder.

Mais avec le temps nous nous sommes habitués à leur présence. Nous avons échangé quelques sourires et nous leur avons souhaité bonne journée. Nous leur avons parfois donné quelques pièces de monnaie et il m’est arrivé d’aller leur porter quelques fruits achetés spécialement pour eux.

Ce jour-là, nous savions que c’était une des dernières fois que nous passions près d’eux parce que nous nous préparions à revenir au Québec. C’était manifestement une famille qui était là, avec deux jeunes enfants et quelques adultes.

Nous avons glissé quelques pièces de monnaie dans la main de chacun de nos trois enfants, qui les ont déposées tour à tour dans la petite boîte de conserve qui était placée sur un petit meuble. Et nous avons poursuivi notre route en appréciant la chance que nous avions de vivre avec autant de confort.

À peine quelques pas plus loin, une voix nous a interpellés, dans une langue qui nous était inconnue. Une voix de femme, portée par l’écho du viaduc.

Nous nous sommes retournés et nous avons marché vers cette petite femme, souriante qui nous tendait la main.

Elle tenait à nous remercier en donnant aux enfants ce petit objet — qu’elle avait pourtant trouvé assez précieux pour l’apporter avec elle dans son pénible périple à travers l’Europe. Nos mains se sont touchées. Nous étions émus. Les enfants étaient tout sourire.

Nous ne sommes jamais allés à Zagreb mais cet objet est précieux dans l’histoire familiale. Il nous relie à toutes les personnes qui sont forcées de quitter leur pays et de chercher un nouvel endroit pour être heureux.

Il nous rappelle notre devoir de solidarité.

Mise à jour: Ana me rappelle que ce n’était pas tout à fait ça… C’était vraiment le dernier jour de notre séjour à Paris et nous venions de leur apporter le reste de notre garde-manger (farine, huile, fruits et légumes, etc.). Comme quoi, la mémoire… mais l’histoire n’en est pas moins belle!

 

NOTE: Ce texte est le premier de la série Le tour du monde (sans sortir de chez moi)

 

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