Merci Réjean Ducharme


C’est à travers le théâtre que j’ai découvert l’oeuvre de Ducharme. À travers les personnages d’Ines Pérée et d’Inat Tendu. J’avais été particulièrement ébloui par la mise en scène de cette pièce par Frédéric Dubois, en 2010. 

Je reprends ci-dessous le courriel que j’avais adressé à Frédéric, ainsi qu’à sa complice du Théâtre des Fonds de tiroirs, Julie-Marie Bourgeois, à mon retour à la maison.

En hommage à l’œuvre de Ducharme. 

Merci.

—/ début /—
Frédéric, Julie Marie,

Grand merci à vous deux pour cette extraordinaire soirée de théâtre — une soirée d’émotions, belles et fortes.

J’avais rencontré Ines une première fois en 1999, sous les traits d’Evelyne Rompré — dans une spectaculaire mise en scène de Jean-Pierre Ronfard. Scène centrale, décors tout en blanc, jeu irréel. Ines avait quelque chose du Petit Prince. J’en garde un souvenir impérissable, onirique.

Ce soir Ines était bien réelle. Elle était là — ici — j’ai même cru la revoir, assise sous un lampadaire de l’Ilot fleuri, en retournant à ma voiture. Je la croiserai peut-être aussi demain, rue Arago, rue Du Pont — ou même sur la rue Cartier — comme je l’ai croisée dans l’escalier de la Chapelle, quelques minutes après 19h.

Merci d’avoir ramené cette pièce dans la vie, dans la ville, dans l’asphalte. Elle s’y trouve bien mieux qu’elle ne l’était dans mes souvenirs.

Merci Frédéric de t’être permis de remplacer les deux alexandrins militaires de Ducharme par une allusion à René Lévesque. C’était habile. Ça fait mal par où ça passe, mais il faut aimer ce que ça déplace — je t’ai bien lu.

Le texte m’a évidemment bouleversé, comme la première fois que je l’ai entendu. Merci Ducharme! Merci à Catherine Larochelle aussi — particulièrement. Mais c’est la scène finale, inoubliable, qui m’a le plus ému — aux larmes, vraiment. Merci Frédéric!

Ce caillou dans ma poche tout au long de la pièce… pendant qu’Inat collectionnait les papillons dans les siennes, c’était déjà très fort. Mais l’envie, spontanée, de me lever pour aller porter mon caillou sur la scène, ce l’était ben plus encore. Et c’est de la reconnaissance, très sincère, que j’ai ressentie ensuite, en réalisant que tu avais prévu le coup. Un soulagement — vraiment, je n’aurais pas aimé repartir avec ce caillou dans ma poche. Ç’aurait été lourd à porter.

Serais-je allé le porter sur scène sans invitation? je ne sais pas — je n’ose pas y croire — mais je le crois possible. Et je fais le pari qu’avec un complice dans la salle, les comédiens n’auraient pas à inviter les spectateurs à y aller, ils seraient nombreux à suivre silencieusement l’exemple.

J’étais ému aux larmes en voyant les estrades vides, Tout-le-monde en scène, dans un renversement génial où, déposant son caillou, chacun posait un geste d’amour ambigu: reconnaissant à la fois sa complicité dans le drame et choisissant d’apporter sa pierre à l’édifice (à la pièce) au lieu de jeter la pierre (aux protagonistes). C’était magique, rien de moins. 

Merci de nous avoir fait aussi personnages qu’Inès et Inat étaient réels.

Rien à ajouter, sinon que je souhaite le même moment de grâce à ceux et celles qui auront la chance de voir la pièce au cours des prochains jours.

Clément

—/ fin /—
Mise à jour du 23 août 2016: Le Soleil présente ce matin une photo de la pièce. Ça me rappelle à quel point Catherine Larochelle était extraordinaire dans le rôle d’Ines. 

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