Dissimuler son passé?

Catherine Perrin animait ce matin à Médium Large une discussion sur le thème Politique: comment gérer son passé numérique?

J’y reviens parce que j’ai trouvé que la conversation est malheureusement restée en surface, accordant trop d’importance aux polémiques et pas assez à ce que celles-ci révèlent au sujet des candidats.

Un peu plus et on affirmait tout bonnement que la duplicité était devenue plus importante que l’authenticité pour gagner une élection.

***

Je ne pense pas que les électeurs accordent tant d’importance qu’on l’a dit aux archives des réseaux sociaux des candidats en tant que tels. Je crois que les gens sont prêts à pardonner bien des erreurs de jeunesse, des erreurs de jugement, et même des changements d’idées ou d’affiliation partisanes (plus facilement que jamais même!).

Plusieurs personnes verront même probablement une forme de courage dans le fait d’assumer des prises de positions qui apparaissent, après coup, en contradiction avec le programme du parti qu’un candidat souhaite défendre.

Les commentateurs devraient cesser d’infantiliser les électeurs en faisant comme s’ils interprétaient tout au premier degré.

Je crois que ce à quoi les gens accordent beaucoup d’importance, en contrepartie, c’est au tempérament que le passé numérique des candidats révèle. Ce n’est pas une simple nuance: c’est un changement fondamental de perspective.

Est-ce que la personne qui veut que je vote pour lui est un loose canon? Est-ce un opportuniste vire-capot? Un impulsif qui semble incapable de réfléchir avant de parler? Un accroc aux likes prêt à dire n’importe quoi pour avoir sa dose? Un intransigeant? Quelqu’un qui manque de discernement?

Les électeurs veulent connaître les gens pour qui ils vont voter, les aimer, les comprendre, et surtout savoir s’ils peuvent leur faire confiance. C’est normal.

Des gens qui font des erreurs? Pourquoi pas? C’est même attachant!

Des gens qui changent d’idées? Pourquoi pas? Qui n’a jamais changé d’idée?

Des polémistes? Pourquoi pas? Il fait oser dire les choses après tout…

Encore faut-il être en mesure de comprendre leur raisonnement, de croire à leur parcours, et que cela nous inspire confiance.

Dans cette perspective, le défi pour les partis politiques ne devrait pas tant être de chercher l’aiguille dans la botte de foin: une déclaration qui peut retrousser dans cinq, dix ou vingt ans d’archives.

Le défi devrait plutôt être de prendre le temps de connaître suffisamment la démarche intellectuelle et le parcours des candidats qui les représenteront.

***

Quand j’ai été candidat pour la première fois, en 2014, on m’a demandé de faire le tour de tout ce que j’avais publié sur mon blogue (plus de 1500 textes depuis 2001!) et mes réseaux sociaux pour effacer tout ce qui pouvait être sujet de controverse.

Je n’en ai rien fait. J’étais prêt à assumer tout ce que j’avais écris. Je faisais confiance à la cohérence de ma réflexion, avec des détours et ses contradictions. J’étais prêt à tout expliquer et à le défendre au besoin.

Je refuse de croire que notre passé sur le web et les réseaux sociaux est un handicap. Il doit être une force. Les partis devraient d’ailleurs le voir comme tel.

On ne peut pas aspirer à diriger une nation en 2018 si on perçoit le web et les réseaux sociaux comme une menace avant d’y voir une opportunité. C’est vrai aussi au moment de choisir des candidats.

Il faut le dire, clairement: la démocratie gagne à ce que les gens s’expriment publiquement, sur une longue période, et qu’ils laissent des traces de leur réflexion. C’est un moyen privilégié pour les gens de connaître celles et ceux qui aspirent à les représenter.

Les électeurs veulent d’abord et avant tout voter pour des gens authentiques — et franchement, nettoyer son passé juste avant une élection c’est le contraire de l’authenticité.

J’aurais aimé l’entendre ce matin.

Un commentaire

  1. Tu as tout à fait raison. En lisant la chronique de ce matin de Michel David « Le Canada providence », j’imagine que François Legault aurait raison, à l’instar de Molière, de dire « Couvrer ce sein, que je ne saurais voir… »

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