J’allais me coucher. « Un dernier coup d’oeil aux actualités à la télé », que je me suis dit. Merde.
On a retrouvé le corps de Roland Giguère flottant dans la rivière des Prairies.
Les mots me manquent. La poésie, la magie et tant de sentiments apprivoisés en sa compagnie depuis quinze ans dans L’Âge de la Parole, La Main au feu et Forêt vierge folle. Il me semble que ce n’est pas possible. Je ne peux pas dormir.
À mesure que je tourne et retourne les pages de ces trois incontournables ouvrages, il me semble que se compose lentement un collage improvisé:
Après ces fêtes de couleurs et ces bariolages éclatés
voici [qu’il est entré] en noir domaineun noir où l’on s’enfonce
où l’on se noie sans fin
jusqu’à plus être[Pourtant, encore hier]
[Ses] mots-flots [venaient] battre la plage blanche
où [il écrivait] que l’eau n’est plus l’eau
sans les lèvres qui la boivent.[Ma] nuit hurle
un long cri d’amour
[pour] celui qui ne se lèvera plus [jamais]
le front couvert d’étoiles encore chaudes.VIVRE, c’est bien là le pari: il s’agit pour chacun de nous d’en trouver le moyen… le moyen de vivre… Il s’agit à toute minute de se trouver des raisons.
[et] pour aller loin: ne jamais demander son chemin à quelqu’un qui ne sait pas s’égarer.
Merci pour toutes ces images et ces mots merveilleux. Merci.