Deuil

J’allais me coucher. « Un dernier coup d’oeil aux actualités à la télé », que je me suis dit. Merde.

On a retrouvé le corps de Roland Giguère flottant dans la rivière des Prairies.

Les mots me manquent. La poésie, la magie et tant de sentiments apprivoisés en sa compagnie depuis quinze ans dans L’Âge de la Parole, La Main au feu et Forêt vierge folle. Il me semble que ce n’est pas possible. Je ne peux pas dormir.

À mesure que je tourne et retourne les pages de ces trois incontournables ouvrages, il me semble que se compose lentement un collage improvisé:

Après ces fêtes de couleurs et ces bariolages éclatés
voici [qu’il est entré] en noir domaine

un noir où l’on s’enfonce
où l’on se noie sans fin
jusqu’à plus être

[Pourtant, encore hier]

[Ses] mots-flots [venaient] battre la plage blanche
où [il écrivait] que l’eau n’est plus l’eau
sans les lèvres qui la boivent.

[Ma] nuit hurle
un long cri d’amour
[pour] celui qui ne se lèvera plus [jamais]
le front couvert d’étoiles encore chaudes.

VIVRE, c’est bien là le pari: il s’agit pour chacun de nous d’en trouver le moyen… le moyen de vivre… Il s’agit à toute minute de se trouver des raisons.

[et] pour aller loin: ne jamais demander son chemin à quelqu’un qui ne sait pas s’égarer.

Merci pour toutes ces images et ces mots merveilleux. Merci.

Réforme scolaire à Taiwan

Texte intéressant dans le Taipei Time en rapport avec la réforme scolaire en cours à Taiwan. On en apprend peu sur la nature de cette réforme, mais on découvre que là-bas aussi, on la dit parfois aussi improvisée. C’est toutefois l’angle d’analyse proposé par l’auteur de l’article pour défendre le modèle éducatif traditionnel de Taiwan qui a attiré mon attention:

Reformists believe that our traditional education method is a « cramming-style » method, which makes students adopt rigid learning methods without learning creativity. […]

[But] the creativity of an economy, in fact, lies in an environment that allows people — especially young people — to live according to their ideals and bravely realize what they really believe. […]

Hence, the following scenario is often seen here: a young employee chooses to leave his company due to a difference of opinion. When he leaves, he creates a new company, or even founds a more successful enterprise compared to the previous one. […] Thus young people are able to say « No » to their supervisors because it’s easy to start a new business. This is exactly the driving force behind the nation’s prosperity and creativity.

This theory can also explain why the overall creativity of Europe is relatively low — in spite of its « inspirational-style » education. It’s difficult for young people in Europe to leave their companies and start their own businesses. They can only be obsequious, or even curry favor with their supervisors. […]

We can say that one of the biggest mistakes of education reform is the lack of all-round and in-depth comprehension of our own characteristics. We are especially not confident of many of our own systems. As a result, we blindly strive to learn from advanced countries.

In fact, this problem occurs not only in our education reforms but also in many other areas — for example, the Labor Standards Law (???), the skill-certification and social welfare systems that Taiwan copied from the West. »

Je ne sais pas si c’est tout à fait complet comme analyse (va pour les caractères entrepreneurs, mais pour les autres?), mais le fond me semble intéressant. D’autant que le manque de confiance dans ses moyens qui amène à copier les autres en présumant que « c’est forcément mieux à New York ou à Paris » est un réflexe qui se manifeste aussi régulièrement chez les Québécois.

The Reusability Paradox

Le carnet d’Eric Baumgartner m’a récemment permis de découvrir un groupe de recherche intéressant installé à Utah State University: The Reusability, Collaboration, and Learning Troupe.

Dans un texte intitulé The Reusability Paradox, les membres du groupe soumettent à notre analyse une démonstration selon laquelle l’assemblage automatisé de certains types « d’objets d’apprentissage » (learning objects) s’avère impossible.

« As we have demonstrated, the method learning object proponents have evangelized as facilitating reusability of instructional resources may in fact make them more expensive to use than traditional resources. […] the more reusable a learning object is, the harder its use is to automate. Identically, the less reusable a learning object is, the easier its use is to automate. »

Une proposition qui semblera bien provoquante pour plusieurs personnes que je connais au moment où les « learning objects » sont tellement à la mode… (même si, bien installés autour d’une bière, ces mêmes personnes admettent sans trop de peine que tout ne peut évidemment pas être aussi simples que le soutiennent les plus ardents défenseurs de l’approche « objets »).

Leur analyse s’ouvre néanmoins sur quelques pistes intéressantes:

« If a more constructivist view of learning is admitted, small, highly reusable objects can be brought to bear on instructional problems without suffering from scalability issues. This could be accomplished by creating learning environments in which learners interact directly with the small objects, manipulating and combining them to construct meaning for themselves. Computer Supported Intentional Learning Environments (Scardamalia, et al., 1989), Open-ended Learning Environments (Hannafin, et al, 1999), and other computer-based constructivist environments provide models of ways in which these small objects might be used by learners. »

Voilà qui n’est pas très loin des sujets de discussions qu’auront sans doute ceux et celles qui se rendront à Toronto la semaine prochaine pour IKIT Summer Institute 2003.

Ajustements

Note: Suite à quelques ennuis de serveurs qui sont sur le point d’être réglés, j’ai entrepris de procéder à une petite mise à jour esthétique du site.

C’est loin d’être terminé… pardonnez donc les couleurs criardes et les inconvénients qui pourraient accompagner les prochaines heures de travail.

Merci.

Fielder sur Illich, les Learning Webs, etc.

Je faisais référence hier au chapitre Les réseaux du savoir de Une société sans écoles, d’Ivan Illich.

Je découvre ce soir par hasard que Sebastian Fiedler a récemment cité à au moins trois reprises le même texte dans des contextes très semblables:

Reference services for educational objects

Learning Webs

Technologies for deschooling society?

Rien de révolutionnaire, mais ça m’encourage à poursuivre mes réflexions dans cette direction.

Et je réalise par la même occasion que la version anglaise de l’ouvrage semble être disponible en entier ici… Wow!

The Secrets of Successful Idea People

Via elearningpost, un texte que je n’ai encore eu le temps que de lire en diagonale mais qui m’interpelle beaucoup et qui décrit assez bien, je pense, plusieurs des pratiques que la carnetosphère favorise par son organisation. Tiré du Harvard Working Knowledge à lire bientôt beaucoup plus attentivement.

« What idea practitioners share is more than the ability to get excited by an idea’s potential. As they scan the horizon for new ideas to bring back to their companies, their finely honed sensibility for what it will take for an idea to overcome internal resistance serves as a filter. Only those ideas that pass this workability test get brought forward. […] Recognition is not the true measure of success‹for an Idea Practitioner, the real reward lies in seeing the idea make a difference in the life of the organization.. »

Illich, la technologie, les médias et l’éducation

En relisant ce soir le quatrième chapitre du célèbre « Une société sans école » d’Ivan Illich (dont le nom était plus juste en anglais: Deschooling Society), je m’émerveille de constater à quel point ce texte, rédigé en 1970 préfigurait l’apparition d’Internet et des carnets. Bien sûr, tout n’y était pas, et l’utilisation que nous faisons actuellement des carnets ne correspond pas tout à fait à ce que l’auteur souhaitait… mais on est quand même pas trop loin.

Je note pour réflexion ultérieure cet extrait du chapitre, intitulé « les réseaux du savoir ». Il serait particulièrement intéressant de le mettre rapport avec cette autre lecture au sujet des télévisions communautaires du Venezuela.

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Quelques réflexions post-mortem

Bien des choses se sont dites sur la fermeture de Pssst! depuis quelques jours. Du dithyrambe le plus invraisemblable à la calomnie la plus désolante. Entre les deux, heureusement, beaucoup d’opinions intéressantes et nuancées.

À défaut de rédiger un texte faisant un bilan complet de l’aventure pssst! voici en vrac, quelques réflexions provoquées par la lecture de la centaine de commentaires que j’ai pu survoler depuis mon retour de vacances-loin-du-Web.

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Il faut savoir tourner la page

C’est la fin de pssst!

Nous avons pris cette décision parce que l’espace politique d’apprentissage collectif que nous avions mis sur pied en 1999 s’était progressivement métamorphosé en tout autre chose, qui ne répondait plus aux raisons [1] [2] qui avaient mené à la création de pssst!.

Ceux et celles qui désireraient obtenir des commentaires à ce sujet sont priés de formuler leur questions de manière à profiter de la fermeture de pssst! pour aborder plus largement des thèmes liés aux défis et enjeux du cyberespace québécois plutôt que de simplement chercher une courte citation pour rapporter l’anecdote. Merci.

En terminant, je tiens à dire un immense merci à tous ceux et celles qui ont rendu possible cette merveilleuse aventure, et de façon particulière à Daniel Côté (maître du code), Luis Baz et Carl-Frédéric De Celles. À tous les contributeurs aussi. Gros merci.

Humour et culture

Gilbert Rozon se désole dans Le Devoir du type d’humour qui se pratique actuellement au Québec:

« Très peu d’artistes s’intéressent à tenir des propos intelligents parce que pour bien faire ça, cela prend de la culture générale, de l’expérience, de l’ouverture d’esprit. Ce qui est assez rare… » […]

« Quand les étudiants arrivent à l’École nationale de l’humour, ils ont un français moyen, ils lisent le Journal de Montréal, ils ne voyagent pas, ils ne lisent pas de livres… C’est un bagage plutôt maigre pour faire réfléchir les autres. »

Encore du grand journalisme de Fabien Deglise (repris par RDI ce soir au Téléjournal). Merci.

Téléphone cellulaire et pédagogie

VousNousIls.fr rapporte les travaux d’un enseignants qui vient de mettre en place des équipes d’enseignants pour composer 1000 questionnaires pédagogiques auxquels les élèves français pourront répondre par téléphone cellulaire (pendant leur trajet scolaire, par exemple) afin de réviser ce qu’ils ont appris dans la journée… Ça me semble un peu naïf, mais qui sait?

Quant à dire, comme l’affirme avec enthousiasme le promoteur que « la pédagogie nomade est née », disons que ça semb le pour le moins risible… D’abord parce que l’origine même du mot pédagogie fait référence au fait qu’on apprend en se déplaçant, entre l’école et la maison… et aussi parce qu’il ne faudrait pas perdre de vue qu’il est possible de lire et de faire des questionnaires de révision sur papier…

Cela dit, les efforts réalisés par cette équipe sont loin d’être sans intérêt… ils mériteraient seulement d’être présentés un peu plus humblement.