Première génération de post-blogueurs

Même si je n’écris toujours pas autant que je le souhaiterais, je continue d’être un lecteur assidu d’un grand nombre de blogues. C’est une partie essentielle de ma gymnastique intellectuelle quotidienne.

Plusieurs textes m’interpellent depuis quelques temps, il y a quelque chose qui se passe, entre les lignes, comme si une page était sur le point de se tourner.

Nous avons assisté il y a un peu plus d’un an à une explosion de nouveaux blogueurs, et constaté l’effet de mode qui l’a porté. Pour être hot, il fallait avoir son blogue. Sentant le tapis leur glisser sous les pieds, les médias ont fortement incité leurs journalistes vedettes à se mettre au blogue. Certains l’ont fait avec un indéniable succès alors que pour d’autres l’expérience a été plus mitigée. Des formes de publications variées, plus ou moins directement inspirée du blogues ont, par ailleurs, progressivement fait leur apparition dans les principaux sites de médias — qui se sont majoritairement ouverts davantage aux commentaires des lecteurs. C’est d’ailleurs à mon avis la principale retombée positive de cette déferlante.

Richard Martineau publie cette semaine un texte — Ras le bol! — qui pourrait marquer une étape important dans l’exploration du blogue comme « complément » à des formes plus traditionnelles de médias de masse (presse, télévisuelle, etc.). Il en a marre le blogueur: trop de commentaires impertinents, pas assez d’auto-contrôle des lecteurs-commentateurs, etc. Le problème c’est que c’est aussi ça le blogue!

Il me semble que Martineau ne fait pas une bonne analyse de la situation. Sans compter qu’il s’exprime avec rancoeur, sur un ton qui appelle la réplique: il souffle sur les braises pour éteindre le feu. Je pense que son analyse révèle qu’il n’a pas encore tout à fait compris ce qu’est un blogue. Un blogue ce n’est pas un espace pour déposer des textes auxquels les gens pourrons sagement associer des commentaires. C’est un incubateur de dialogues. Des dialogues qui pourront être plus ou moins vifs selon la portée polémique des sujets qu’on choisi d’aborder. Et de la même façon qu’on est toujours responsable de ce qu’on écrit, sur un blogue on est aussi responsable des dialogues qui peuvent prendre forme à la suite de nos textes. Rien de nouveau sous le soleil: si je me lève dans un café pour déclamer mon opinion sur un sujet chaud… il faut que je m’attende à me faire répondre, par des gens de tous les genres, et je ne pourrai pas simplement déplorer par la suite que ceux-ci ne m’adressent pas la parole avec autant de respect que je l’aurais souhaité. Je ne pourrai pas non plus simplement dénoncer le fait que des gens poursuivent la discussion sans moi, même à ma table, même si j’estime personnellement que tout a été dit.

Mario décrit très bien le fond de ma pensé sur le sujet: pour assurer la santé et la vitalité d’un blogue, il faut obligatoirement s’impliquer dans les commentaires, prendre part aux dialogues suscités par nos textes. En tout premier lieu lorsqu’ils prennent forme sur le blogue lui-même, mais également lorsqu’ils s’évadent vers d’autres espaces, d’autres blogues, d’autres types de publications. Ce n’est évidemment pas facile, c’est très exigeant intellectuellement (et parfois émotivement) et cela demande quelquesfois beaucoup de temps. Sans compter qu’on ne choisi pas toujours le moment où surviennent les pires dérapages. Mais si on n’est pas prêt à jouer le jeu, vaut mieux abandonner le blogue et revenir à une forme plus classique: je publie, vous m’écrivez, je décide de ce que je fais de votre point de vue. Pourquoi pas? C’est une méthode qui a fait ses preuves à bien des égards et qui n’est pas moins noble.

Sauf que ce n’est pas « à cause des autres » que Martineau cessera éventuellement de publier son blogue. Ce sera parce qu’il n’aura pas envie, pas le temps, ou pas les moyens de s’engager dans ce type de publication. Il faudra bien qu’il le reconnaisse. Ce sera son choix. Martineau aura le mérite d’avoir tenté l’expérience, d’être allé au bout de ce qu’il pouvait faire dans cette piste avant de l’abandonner… en toute connaissance de cause. C’est tout à son honneur.

Tout cela pour dire que je pense que nous sommes à l’aube d’une nouvelle étape dans l’exploration du potentiel des blogues et des contraintes qui l’accompagnent.

Je pense que si nous avons souvent catégorisés les gens entre « blogueurs » et « non-blogueurs » au cours des derniers mois, nous verrons bientôt se développer une catégorie de « post-blogueurs ».

Ce groupe sera formé de gens qui auront expérimenté le blogue avec sincérité et qui, pour une raison ou pour une autre, auront conclu qu’ils ne souhaitaient pas poursuivre l’expérience. Même s’ils n’auront peut-être plus directement pignon sur Web, ces gens connaîtront tout de même l’interaction qui peut naître autour des blogues et lerenouveau que cela peut présenter pour la démocratie et pour l’éducation, en particulier.

À l’avance, je désire remercier tous les gens qui rejoindront ce groupe parce que même s’ils auront abandonné une forme de publication que j’adore — et dans laquelle je crois beaucoup — je sais qu’ils se seront laissés transformer par l’expérience et qu’ils n’hésiteront pas à partager ce qu’ils auront appris avec leur entourage. On entre forcément dans le groupe des « post-blogueurs » plus ouvert d’esprit que lorsqu’on a fait son entrée chez les « blogueurs ».

Et avec un peu de chance on cessera peut-être bientôt d’analyser la blogosphère en termes essentiellement quantitatifs. Parce qu’à tout prendre, il vaut sans doute mieux constater la croissance du nombre de « post-blogueurs » que de voir sans cesse apparaître des gens qui n’utilisent les blogues que pour nous manipuler, sans véritable intention d’entreprendre un dialogue.

Merci Martineau. Merci Mario. Vos réflexions font progresser la mienne.

Note: Martine Pagé aborde un sujet semblable ici.

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