Faut-il être élu pour parler de politique?

Certains, dont Michael, ont louangé l’ouverture de Gilles Duceppe la semaine dernière. Bien. Mais quand je lis des choses comme cela, ça me désespère:

« Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a pour sa part invité Justin Trudeau à sauter dans l’arène politique en se faisant élire s’il veut débattre de questions politiques. » (Source: Cyberpresse)

Comment est-il possible de dire des énormités comme cela? Tout le monde a le droit (le devoir?) d’exprimer des opinions à haute voix, non? N’est-ce pas un peu le sens de la démocratie? À la base… avant même l’idée de « démocratie représentative ».

Je déplorais déjà qu’on accordait beaucoup trop d’importance aux élections dans la vie démocratique du Québec et du Canada, par rapport à l’animation du débat public… alors là, ça dépasse vraiment les limites de l’acceptable à mon avis. Personne n’a le droit d’imposer le silence à quelqu’un de cette façon.

Je ne partage pas l’avis de Justin Trudeau, mais je lui souhaite la bienvenue dans la discussion — surtout s’il peut s’y engager autrement que sous forme de clip publicitaire.

Resaisissez-vous M. Duceppe, on vous sait être un meilleur debater que cela.

5 commentaires

  1. M. Trudeau tire quand même grand avantage d’être le fils de l’autre. S’il émettait son opinion de manière anonyme, qui donc penserait la commenter?

    Le propos de Duceppe est évidemment une niaiserie de politicien (en fait, c’est un sophisme). C’est juste une niaiserie plus nounoune que bien d’autres…

  2. Gilles, est-ce tu ne viens pas précisément de commenter une opinion émise de façon bien plus anonyme que celle de Justin Trudeau?

    C’est bien toute la beauté des blogues que de redonner la parole à quelques « anonymes » et de leur donner l’occasion de progressivement participer à influencer, un peu plus efficacement que par le passé, il me semble, l’évolution de la société dans laquelle ils vivent. Tu ne crois pas?

    Je regrette par ailleurs le cynisme noir dont tu fais preuve en suggérant que « niaiserie de politicien » est un sophisme.

  3. Je sais qu’il est assez facile d’être cynique envers la classe politique, surtout dans cette période où ils n’ont vraiment pas la cote : le taux de participation aux élections n’a jamais été aussi bas.

    Mais savent-ils lire ce cynisme?
    Ce que j’entends de politiciens qui n’aiment pas le cynisme sont des phrases du genre « On n’obtient rien avec le sarcasme. »
    C’est vrai. Parce que le politicien n’y voit qu’une personne anonyme qui, selon toute probabilité, ne votera pas pour lui. Donc, il est inutile de mettre des énergies à décrypter son discours.

    Cher Clément « anonyme », on verra bien si M. Duceppe viendra commenter ton billet. Permets-moi d’en douter.

  4. Évidemment que M. Duceppe ne viendra pas commenter mon billet, mais qu’importe…

    …j’ai semé une opinion, qui aura été lue par quelques personnes, en aura peut-être influencée certaines, et qui, si elle avait été vraiment essentielle, aurait peut-être été relayée par d’autres pour donner lieu à une discussion plus vive, voire être portée sur la place publique avec beaucoup plus de visibilité. Et je fais bien davantage confiance aujourd’hui à ce type de processus qu’à celui du « jugement objectif des médias ».

    Quand à savoir si l’opinion de Justin Trudeau a une importance démesurée par rapport à la mienne du simple fait qu’il est le fils de l’autre… je dirais que cela fait probablement bien l’affaire de toutes les personnes concernées… M. Duceppe compris… parce qu’en réalité, en choisissant de réagir à son opinion, il contribue à lui donner de l’importance.

    Le mouvement souverainiste a, lui aussi, bien besoin d’ennemis… et il vaut parfois mieux les choisir… en réagissant aux propos de certains et en ignorant les autres. Justin Trudeau est manifestement « un ennemi qu’on aime avoir pour se faire valoir ».

    Real politik quand tu nous tiens…

  5. J’imagine qu’un politicien (comme n’importe qui du reste) peut «risquer» l’aventure de la conversation dans la mesure où il sent un espace pour influencer son interlocuteur; ou comme tu le mentionnes Clément, se servir de celui-ci pour influencer d’autres chez qui il sent cet espace.

    Je soupçonne Gilles de rêver au jour où il sera surpris par un politicien qui éviterait les «niaiseries»! Est-ce que c’est possible pour eux d’éviter de sombrer dans la niaiserie, compte tenu de ce que nous leur imposons comme règles du jeu, collectivement. Aucune permission à l’erreur, aucune marge de manoeuvre sur l’image qu’ils projettent quand ils s’éloignent de leur ligne et surtout, quand ils se montrent plus intelligents, on les affuble de la pire étiquette qu’un politicien puisse porter: «bof, c’est un intellectuel qui se prend pour un autre».

    Je ne blâme pas Gilles de faire preuve de cynisme. J’essaie juste de voir si dans les faits, il ne ferait pas partie de la majorité qui voudrait qu’on ne laisse plus passer sans rien dire les niaiseries quand elles surviennent. C’est peut-être aussi lié aux attentes qu’on entretient envers eux puisqu’ils ont un pouvoir qu’ils pourraient exercer autrement, selon les valeurs de chacun. Gilles exprime peut-être de grands espoirs derrière son cynisme ;-)

    J’ai quand même le goût de dire que j’ai souvent été ravi de la grandeur des mêmes «personnes de pouvoir» qu’il m’était donné de rencontrer «en personne». Nous avons peut-être raison d’être durs (et cyniques) avec nos dirigeants, mais savons-nous vraiment avec quelle réalité ils ont à composer? Je ne dis pas ça pour les excuser; ils ne font pas pitié… ils savent dans quoi ils s’embarquent au moment de choisir cette vie de fou! Je crois tout simplement que nous ne devons pas laisser les politiciens définir seuls les règles du jeu; quand on les laisse dire n’importe quoi sans réagir, c’est ce que nous faisons. Quand on les traite de tous les noms (je ne dis pas que c’est ce que Gilles a fait), je ne pense pas qu’on ne fait pas beaucoup mieux. Entre les deux, il doit bien y avoir cet espace pour les remontrances et l’expression d’une critique bien sentie et constructive… pour que la politique, ça nous ressemble un peu plus! En tout cas, que ça ressemble à l’idée qu’on a de nous-mêmes comme groupe.

    Je crois que M. Duceppe a dit ce qu’il a dit parce que M. Trudeau est tenté par l’aventure de la politique. À quelque part, une personne publique comme Justin Trudeau a le beau rôle. Tout ce qu’il dit est immédiatement rapporté et il n’a pas à subir les contraintes de la vie de politicien ce que M. Duceppe a à vivre à chaque fois qu’il ouvre la bouche… Dans notre conversation avec lui, Michaël et moi, il s’est montré très accueillant à jaser de politique même si à nos yeux nous étions des novices sur «son territoire». Pensons-y… qui étions-nous pour lui demander le plus sérieusement du monde : «Lucide ou solidaire M. Duceppe?»

    Il nous a pris au sérieux et je crois qu’il doit aimer jaser comme ça avec le monde ordinaire; c’est ce que je soupçonne à partir de mon vécu… Je peux me tromper.

    «Faut-il être élu pour parler de politique?»
    Non, assurément. Mais on peut se comporter comme M. Duceppe s’est comporté avec M. Trudeau et considérer que chacun a sa place dans la conversation. Quand on voit un homme comme M. Bouchard agir «hors de la politique», comme il le fait souvent, j’imagine qu’on peut facilement devenir envieux de ce cadre dans lequel on peut se prononcer sur tout, sans trop coup férir…

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